Ukraine : Heil mein Nato !

Manlio Dinucci, Il Manifesto

5 janvier 2015


 

La feuille de route pour la coopération militaire Otan-Ukraine, signée en décembre, intègre désormais pratiquement les forces armées et l’industrie guerrière de Kiev dans celles de l’Alliance sous conduite USA. Il ne manque plus que l’entrée formelle de l’Ukraine dans l’Otan. Le président Poroshenko a annoncé à cet effet un « référendum » dont la date est à définir, en pré-annonçant une nette victoire des « oui » sur la base d’un «sondage» déjà effectué. De son côté l’Otan garantit que l’Ukraine, « un des plus solides partenaires de l’Alliance», est « fermement engagée à réaliser la démocratie et la légalité ».

Les faits parlent clair. L’Ukraine de Poroshenko – l’oligarque qui s’est enrichi avec le saccage des propriétés d’Etat, duquel le premier ministre Renzi loue le « sage leadership » – a décrété par loi en décembre la mise au ban du Parti communiste d’Ukraine, accusé d’ « incitation à la haine ethnique et violation des droits humains et des libertés ». Sont interdits par loi même les symboles communistes : chanter l’Internationale comporte une peine de 5 à10 ans de réclusion.

C’est l’acte final d’une campagne de persécution analogue à celle que marquèrent l’avènement du fascisme en Italie et du nazisme en Allemagne. Sièges de parti détruits, dirigeants lynchés, journalistes torturés et assassinés, militants brûlés vifs dans la Bourse du Travail à Odessa, civils sans armes massacrés à Marioupol, bombardés au phosphore blanc à Slaviansk, Lougansk et Donetsk.

Un véritable coup d’état sous régie USA/Otan, avec l’objectif stratégique de provoquer en Europe une nouvelle guerre froide pour frapper et isoler la Russie et, en même temps, renforcer l’influence et la présence militaire des Etats-Unis en Europe. Comme force d’assaut ont été utilisés, dans le putsch de Place Maïdan et dans les actions successives, des groupes néo-nazis entraînés et armés à cet effet, comme le prouvent les photos de militants Uno-Unso entraînés en 2006 en Estonie. Les formations néo-nazies ont ensuite été incorporées dans la Garde Nationale, entraînée par des centaines d’instructeurs étasuniens de la 173ème division aéroportée, transférée de Vicence en Ukraine, accompagnés par d’autres de l’Otan.

L’Ukraine de Kiev est ainsi devenue le « vivier » du nazisme renaissant au cœur de l’Europe. A Kiev arrivent des néo-nazis de toute l’Europe (Italie comprise) et des USA, recrutés surtout par Pravy Sektor et par le bataillon Azov, dont l’empreinte nazie est représentée par l’emblème calqué sur celui des SS Das Reich. Après avoir été entraînés et mis à l’épreuve dans des actions militaires contre les Russes d’Ukraine dans le Donbass, on les fait rentrer dans leurs pays avec le «laissez-passer » du passeport ukrainien. Simultanément on diffuse en Ukraine l’idéologie nazie parmi les jeunes générations. Dont s’occupe en particulier le bataillon Azov, qui organise des camps d’entraînement militaire et de formation idéologique pour enfants et adolescents, auxquels on enseigne avant tout à haïr les Russes.

Cela advient avec la connivence des gouvernements européens : par initiative d’un parlementaire de la République Tchèque, le chef du bataillon Azov, Andriy Biletsky, aspirant « Führer »  de l’Ukraine, a été accueilli au parlement européen en tant qu’ « orateur invité ». Le tout dans le cadre de l’ « Appui pratique de l’Otan à l’Ukraine », comprenant le « Programme de potentialisation de l’éducation militaire » auquel ont participé, en 2015, 360 professeurs ukrainiens, instruits par 60 experts Otan. Dans un autre programme Otan, « Diplomatie publique et communications stratégiques », on enseigne aux autorités à «contrecarrer la propagande russe» et aux journalistes à « générer des histoires factuelles depuis la Crimée occupée et l’Ukraine orientale ».

 Edition de mardi 5 janvier 2016 de il manifesto

http://ilmanifesto.info/ucraina-heil-mein-nato/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

KKE: « Une épine dans le pied » de la social-démocratie

Une contribution du KKE

Ce n’est pas un secret que la ligne politique de KKE est particulièrement irritante pour les forces de la social-démocratie, à la fois de l' »ancienne » et la « nouvelle » social-démocratie, comme également pour ses « compagnons de voyage de gauche ».

A un moment où le KKE menait une sérieuse bataille politique, un article du journal turc « Özgürük Dünyasi », démontre cette irritation  sous le titre « Le social réformisme moderne et le KKE ».  Cet article a été traduit en anglais et transmis sur internet.

Il y a de nombreuses calomnies contre le KKE dans cet article, au sujet du « sectarisme » et du « fétichisme du parti », des calomnies qui, à notre avis, se fondent sur des références sans fondement  à la politique d’alliance de notre parti. L’article déforme, en faisant référence à  notre  attitude contre la nouvelle social-démocratie (le Parti SYRIZA), tout comme à notre position de principes au sujet du caractère socialiste de la révolution en Grèce et plus précisément l’abandon par notre parti du point de vue, qui a tourmenté le mouvement communiste international pendant de nombreuses décades, au sujet des « étapes vers le  socialisme ».

Sur la politique d’alliance

Au sujet de la première question, la politique d’alliance de notre parti, l’article en question prétend, sans aucun fondement, que le KKE est prétendument identique au PAME et aux autres rassemblements populaires. Qu’ils sont la même chose. C’est une accusation bien connue, que les forces de la social-démocratie (ancienne et nouvelle) et aussi de petits groupes de l’ultra-gauche reprennent dans le but de limiter le dynamisme que ces rassemblements et leurs alliances acquièrent continuellement.

Toutefois, une simple recherche de la part des auteurs de cet article aurait montré que  les syndicats qui sont affiliés au PAME ont un nombre d’adhérents enregistrés supérieur à celui du total des suffrages obtenus par le KKE au cours des élections. Des centaines de syndicats où les communistes ne sont pas majoritaires dans les comités exécutifs participent aux mobilisations organisées par le PAME. Par exemple, si les auteurs avaient assisté aux mobilisations des paysans, aux barrages routiers des paysans sur les autoroutes, où le rassemblement des paysans pauvre, PASY, joue un rôle dirigeant, ils auraient vu que les agriculteurs, dans leur vaste majorité, qui luttaient contre la ligne politique anti-populaire et l’Union Européenne ne sont pas communistes ni des électeurs du KKE.

Nous pouvons  mentionner que la récente proposition du PAME pour les manifestations du 22 octobre dans toute la Grèce  et la grève générale du 12 novembre  contre la ligne politique anti-populaire du gouvernement SYRIZA-ANEL et de l’UE ont été soutenues par plus de 600 syndicats et des organisations du mouvement de masse.

En conséquence, l’accusation contenue dans l’article que le KKE poursuit une « unité organisationnelle avec lui-même » est complètement calomnieuse.

Le KKE n’a jamais caché son plein soutien à ces organisations sociales populaires  qui luttent dans une direction anti-monopoliste-anti-capitaliste. Il ne cache pas qu’il soutient l’alliance sociale de la classe ouvrière avec les couches populaires pauvres dans les villes et à la campagne contre les monopoles et le capitalisme. Nous croyons qu’une telle alliance sociale peut entrer en conflit avec les mesures anti-populaires, combattre pour la restauration des pertes de revenus des travailleurs  qui ont été réduits à cause de la crise capitaliste, et des mesures pour renforcer la rentabilité du capital. En même temps, une telle alliance, selon notre estimation, peut paver le chemin pour le renversement social et la rupture avec le système capitaliste et les unions impérialistes, comme l’OTAN et l’UE.

Nous savons que cette politique d’alliance, qui n’a rien à voir avec des « alliances de gauche » ou « alliances anti-néolibérales », c’est à dire les alliances politiques visant  à rassembler de forces politiques et non sociales, dérange la social-démocratie. Elle dérange aussi les petites forces politiques de l’ultra-gauche comme NAR et Antarsya, lesquelles, aujourd’hui, suivent le programme de la social-démocratie et sont devenues la « queue » politique du social-démocrate SYRIZA. Cependant, ce malheur a traversé les frontières de la Grèce et est devenu un article en Turquie, publié en anglais, pour induire en erreur les travailleurs de votre pays et au plan international, qui n’ont pas les sources d’information et les données pour discerner où la réalité se termine et où commencent les mensonges.

Sur l’attitude envers la social-démocratie

L’article suggère que notre parti « établisse une plate-forme qui incorpore des revendications urgentes et pressantes des ouvriers et du public, dans une vaste alliance commune  avec SYRIZA et d’autres forces progressistes à travers cette plate-forme, l’adhésion à ces revendications étant une condition préalable de son alliance avec SYRIZA » alors qu’il estime aussi que  » certainement  cela irait  mal  pour le KKE d’être un partenaire d’une coalition dans un gouvernement dirigé par le social-réformiste SYRIZA ».

En d’autres mots ce qui est suggéré est que le KKE se transforme d’un parti qui œuvre pour le renversement de la barbarie capitaliste en un parti qui soutiendrait le gouvernement de « gauche » de SYRIZA et du nationaliste ANEL, sans y participer directement. C’est ce qui nous est proposé dans des conditions où les moyens de production en Grèce, les clés de l’économie, continueraient à être entre les mains des capitalistes dans notre pays qui resterait piégé au sein de l’organisation impérialiste de l’OTAN qui promeut les guerres et au sein de l’UE, qui entre autres choses détermine comment ses États-membres appliqueront les mesures pour renforcer le capital en réduisant les droits des ouvriers et des couches populaires. L’UE détermine aussi ce que le pays produit et aussi les quantités et les méthodes de production.

Cependant, une telle politique de « soutien critique » aux gouvernements bourgeois de la social-démocratie, c’est à dire aux gouvernements qui  fonctionnent à l’intérieur du cadre politique et économique de la société capitaliste, n’a jamais et nulle part mené à des résultats positifs pour les travailleurs. Bien au contraire! Cette politique a mené à la très grave désillusion des travailleurs et des masses populaires, au dégoût à l’égard des politiques, à la montée de l’extrême-droite et des forces fascistes. Dans notre pays, ces forces fascistes se sont renforcées. Mais le KKE n’est pas responsable de cela comme l’article nous en accuse sans fondement, juste parce que nous ne suivons pas la ligne politique que les auteurs proposent. Ces forces augmentent en  raison à la ligne politique des partis bourgeois et de la social-démocratie en particulier. Avant tout, c’est la responsabilité du PASOK qui a complètement ruiné les espoirs des couches populaires au début de la crise capitaliste, en promettant une gestion meilleure et plus humaine de la crise. Le gouvernement social-démocrate de SYRIZA a effectué quelque chose de semblable quand il a fait la promesse utopique avant les élections de « mettre le peuple au dessus des profits », mais a fini en appliquant les anciennes et les nouvelles mesures anti-populaires, transformant, une fois encore, le peuple en carburant pour les profits du capital.

Dans ces conditions, le rôle « pédagogique » du KKE ne peut pas être rempli en soutenant les illusions nourries par la social-démocratie, comme l’article nous le propose. Il sera rempli dans la lutte pour gêner ces illusions et les mesures anti-populaires avancées par le gouvernement de la « gauche ».

Le peuple sera éduqué et le rapport des forces changera à travers cette lutte, avec la formation d’une grande alliance sociale populaire, qui combattra les mesures anti-populaires et aura pour orientation stable la lutte contre les monopoles et le capitalisme. Cela renforcera l’organisation et le militantisme de la classe ouvrière et des autres couches populaires contre la soumission et le fatalisme, contre la subordination du peuple aux anciens et nouveaux gestionnaires de la barbarie capitaliste.

Un KKE plus puissant partout est nécessaire pour cette voie et non pas pour des raisons de « fétichisme du parti » que l’article nous attribue.

Sur les étapes

Cependant, nous mettons l’accent sur le fait que la stratégie proposée par l’article en question n’est pas « nouvelle ». Cette ligne politique des alliances plus étroites ou plus larges avec la social-démocratie a été suivie et est encore suivie par plusieurs partis communistes et ouvriers dans le monde entier. Dans le passé, particulièrement après le 20e Congrès du PCUS, cette ligne politique a prévalu dans le mouvement communiste, idéologiquement basée sur la « voie pacifique » au socialisme, les « nombreuses formes de transition au socialisme », la voie parlementaire etc. Souvent ce raisonnement a séparé la social-démocratie en « social-démocratie de droite » (mauvaise) et « de gauche » (bonne), en séparant aussi la bourgeoisie en une section « compradore servile » et une section « consciente patriotique-nationale ». Une alliance a été recherchée avec cette « bonne » social-démocratie et la « bonne » section de la bourgeoisie, même pour la gestion du capitalisme, comme une « première étape » du processus révolutionnaire unifié.

Le paradoxe est tandis que l’article critique le 20e Congrès du PCUS, il défend en même temps cette logique qui a prévalu ensuite dans le PCUS et qui plus tard a étendu son influence dans le mouvement communiste international, avec des conséquences douloureuses pour le mouvement révolutionnaire.

Le KKE a étudié l’expérience historique à un niveau national et international. Cependant le KKE a forgé des liens de sang historiques avec la classe ouvrière et les paysans pauvres de Grèce dès les premiers instants de sa fondation. À travers la lutte armée contre l’occupation étrangère, il est entré directement en conflit deux fois avec le pouvoir bourgeois. Notre parti, en étudiant ses 100 années d’histoire, ainsi que l’expérience du mouvement communiste international, est arrivé à la conclusion que cette stratégie particulière des étapes intermédiaires n’a non seulement mené à un renversement révolutionnaire nulle part (quelque chose qui est évident et bien connu)  mais elle agit comme un obstacle à la formation d’une stratégie révolutionnaire. Notre parti a abandonné le raisonnement des étapes en 1996 et même plus tôt en 1980, il a créé un front stable idéologique-politique contre la social-démocratie, qui est un pilier du système politique bourgeois.

Notre parti a formé sa stratégie qui n’est pas déterminée par le rapport de forces à un moment donné mais par le fait que les conditions matérielles préalables au passage à une forme supérieure de société sans exploitation de classe et guerres impérialistes ont été créées. Notre parti s’efforce ainsi que la classe ouvrière acquière la conscience de sa mission historique pour abolir son exploitation et, en conséquence, toute exploitation de classe et d’oppression; cela serait annulé avec l’adoption de la théorie du processus des étapes du pouvoir intermédiaire sur le terrain du capitalisme.

Sur ces bases, le KKE est le seul parti aujourd’hui qui révèle au peuple qu’il fait face à une stratégie en faveur du capital, et pas simplement à un « mauvais » gouvernement ou une ligne politique qui est imposée par des dirigeants suprêmes  ou des colonialistes, une conséquence de la timidité et de mauvaises négociations de la part du gouvernement, comme le déclarent d’autres forces politiques.

Le KKE révèle au peuple la nature et la cause réelle de la crise capitaliste. Il démontre que les solutions proposées par les partis politiques bourgeois (de droite et sociaux-démocrates) sont des formes de gestion en faveur du capital.

Le KKE explique au peuple qu’il n’y a qu’une solution qui est dans son intérêt et non celui de la ploutocratie: le pouvoir populaire, l’autre voie de développement qui sert exclusivement les intérêts du peuple. Les positions du parti et la voie de sortie qu’il propose gagnent du terrain dans la conscience populaire, rendant difficile à la bourgeoisie de faire progresser sa ligne politique anti-populaire.  Les positions du parti  déclenchent des processus qui aident à émanciper la conscience populaire de la ligne politique bourgeoise. Elles constituent un pôle de mobilisation populaire contre la ligne politique anti-populaire.

Le KKE combat à rendre le peuple conscient du besoin de lutter afin de paver le chemin pour le pouvoir populaire et l’économie populaire. Il joue le rôle dirigeant dans l’organisation des luttes du peuple, avec des formes de luttes et des revendications qui correspondent aux besoins de nos jours de la classe ouvrière et des familles populaires. Le KKE réfute les concepts idéologiques promus par la bourgeoisie, c’est à dire,  que le peuple est conjointement responsable de la crise, des dettes et des déficits capitalistes, et c’est pourquoi il doit les payer.

La ligne politique et l’activité du KKE dans les lieux de travail, les quartiers, les lieux d’éducation, sont caractérisées par des efforts pour organiser et développer la lutte, pour forger l’alliance de la classe ouvrière avec les autres couches populaires, les petits et moyens paysans, les artisans, les femmes et les jeunes afin que l’expression de leur lutte et de leurs revendications soit unifiée, avec l’objectif d’établir une alliance du pouvoir populaire. Cette alliance est une condition nécessaire pour un résultat victorieux de la lutte, avec le renversement du pouvoir des monopoles, la construction du socialisme-communisme.

Section des Relations Internationales du CC de KKE

21/12/2015

Relevons le défi de l’existence du PCF pour le combat révolutionnaire du 21éme siècle !

Une déclaration du réseau Faire vivre et renforcer le Pcf relative aux élections régionales des 6 et 13 décembre 2015

Ces élections régionales laissent un goût amer. Le Parti socialiste et la droite se partagent des régions dans lesquelles le Front National obtient un nombre croissant d’élus.

Certes ce dernier ne dirigera aucune région. Mais cela ne saurait occulter que le piège FN a bien fonctionné. Le Front National obtient en effet sur l’ensemble du territoire un nombre de suffrages jamais atteint. Ce vote est évidemment renforcé par la politique désespérante du gouvernement Hollande et par la main de fer de l’Union européenne qui étrangle les peuples. Election après élection, le vote FN augmente, stimulé par la contre-performance d’un front républicain qui loin de le contenir, à long terme fait son jeux en accréditant l’idée du « tous pourris ».

Le FN est sciemment entretenu par François Hollande et Cambadélis, comme par Sarkozy et consorts à droite, qui espèrent ainsi gagner les élections présidentielles pour que rien ne change, c’est à dire pour que tout continue de s’aggraver pour les peuples en France, dans l’Union européenne et dans le monde.

Loin de bousculer la vie politique, comme le croient certains électeurs qui se fourvoient, le vote FN contribue à maintenir le pouvoir des représentants du capital et à bloquer toute perspective de changement. C’est ainsi qu’il faut comprendre le soutien déguisé de Gattaz à Marine Le Pen.

Ses scores, comme ceux des «  Républicains », traduisent la droitisation de la vie politique et de la société française, sa présence renforcée dans les assemblées régionales va favoriser des décisions toujours plus dures contre le monde du travail et les services publics .

En PACA et Nord/Pas-de-Calais /Picardie, la décision de retrait unilatérale du PS conduit à que la droite et son extrême dirigent seuls deux des plus importantes régions de France.

Au final, l’objectif est atteint. Ces grandes régions, faites pour satisfaire le capital et détruire les nations au profit de l’Union européenne, se mettent en place dans des conditions particulièrement défavorables au peuple, alors que l’État d’Urgence pèse sur les mobilisations nécessaires.

La manipulation du suffrage universel atteint un sommet. Comment s’étonner du dégoût croissant de nombreux citoyens de la vie politique qui se traduit dans une abstention qui reste un fait dominant de la situation ?

En l’absence d’une ligne et d’un projet politique à la hauteur des attentes du monde du travail, le PCF essuie une défaite électorale. Nous ne conservons des élus que dans 5 régions sur 13. Dans 6 régions, nos listes n’ont pas atteint la barre des 5%, dans deux régions la décision de retrait du PS nous a contraints à jeter l’éponge.

Le PCF, comme force nationale sur l’ensemble du territoire, subit un nouvel affaiblissement. Nos accord au second tour avec les socialistes nous permettent de sauver quelques élus. Mais ils nous enfoncent en même temps dans une impasse politique. Car prétendre combattre la droite et l’extrême droite en s’alliant avec un PS qui fait et fera une politique au service du capital est source d’ambiguïté et de discrédit.

Les élus communistes ne doivent pas se fourvoyer dans des exécutifs qui accompagneront la politique gouvernementale et les objectifs de Bruxelles, se fondre et se confondre dans des oppositions dominées par le PS. Il y a un espace pour travailler à la résistance, aux projets alternatifs, aux luttes que nos élus doivent occuper en travaillant sur le terrain avec les communistes, les forces syndicales et citoyennes.

La direction du PCF est bien obligée de reconnaître l’échec . Encore faut-il en rechercher les causes et les solutions. Depuis le refus d’une candidature communiste en 2012 jusqu’à l’écrasement de la Grèce cet été, en passant par les pertes des municipales en 2014, les appels à un débat sans tabou n’ont pas manqué, relayés par de nombreux communistes. Quelle est la nature du vote FN, comment le combattre au-delà d’une posture morale ? Comment expliquer dès les législatives de 2012, le recul électoral du PCF et du Front de gauche ? Quelles conséquences d’alliances à géométrie variable aux municipales de 2014 et à ces dernières régionales ? Pourquoi une telle absence de bataille et visibilité nationales, sur l’affichage comme sur le fond des propositions ? Allons nous en finir avec des stratégies mortifères limitées à une vision électoraliste et institutionnelle de la vie politique ? Enfin, quand allons nous reconnaître l’échec de notre ralliement au PGE et à l’Europe sociale, quand il nous faudrait au contraire combattre frontalement la forteresse européenne pour la faire tomber, regagner notre souveraineté nationale et populaire et travailler à de nouvelles coopérations et solidarités, en Europe et dans le monde.

Ces questions doivent s’ouvrir dans le parti sans que les réponses soient figées à l’avance et en laissant aux communistes le temps nécessaire pour en débattre.

Les accords de sommet et nouvelles combinaisons politiques ne sont pas à l’ordre du jour. Pour rassembler, pour reconstruire une gauche de combat, il faut exister et le moins qu’on puisse dire, c’est que cette exigence est la première question pour le PCF.

Dans des conditions difficiles et diverses, des communistes agissent pour reconstruire dans les entreprises et les quartiers, les organisations communistes de base, indispensables à l’action, la solidarité et l’éducation populaire, des communistes travaillent à reconstruire une pensée communiste utile pour résister, agir et transformer la société.
Les points d’appui existent pour faire vivre et renforcer le PCF de résistance et de combat dont nous avons besoin.

Le 17 décembre 2015

 

Union européenne : ceux qui ont écrasé les Grecs ont frayé la voie au FN

David PESTIAU, PTB, 11 décembre 2015

http://ptb.be/articles/union-europeenne-ceux-qui-ont-ecrase-les-grecs-ont-fraye-la-voie-au-fn


 

Pour comprendre les causes profondes de la percée du Front national, nous devons toucher aux politiques appliquées par les partis traditionnels en France et en Europe. Nous devons aussi voir pourquoi l’Union européenne est responsable de la montée du FN et comment la remise en cause fondamentale de la politique de l’UE est aussi la seule manière de contrer le FN.

C’était il y a un an, à la veille du Nouvel An, avant les attentats et la crise des réfugiés. Le célèbre économiste Thomas Piketty signait une tribune « 2015 : quels chocs pour faire bouger l’Europe ? » [1] où il écrivait : « Le plus triste, dans la crise européenne, est l’entêtement des dirigeants en place à présenter leur politique comme la seule possible, et la crainte que leur inspire toute secousse politique susceptible d’altérer cet heureux équilibre. (…) Alors, quels chocs pourraient permettre de faire bouger les lignes en 2015 ? Il y a, en gros, trois possibilités : une nouvelle crise financière ; un choc politique venant de la gauche ; ou bien un choc politique venant de la droite. Les dirigeants européens actuels devraient avoir l’intelligence de reconnaître que la deuxième possibilité est de loin la meilleure : les mouvements politiques qui prospèrent aujourd’hui à la gauche de la gauche, comme Podemos en Espagne ou Syriza en Grèce, sont fondamentalement internationalistes et proeuropéens. Plutôt que de les rejeter, il faudrait au contraire travailler avec eux pour formuler les contours d’une refondation démocratique de l’UE. Faute de quoi, on risque fort de se retrouver avec un choc autrement plus inquiétant, venu de la droite : compte tenu du mode de scrutin, il est tout à fait possible que le FN emporte des régions lors des régionales de décembre 2015. »

Un an plus tard, nous connaissons le résultat. L’expérience grecque anti-austérité de gauche a été écrasée avec le diktat du 13 juillet, malgré que le peuple s’était exprimé totalement dans un sens contraire, à la fois lors des élections du 25 janvier et du référendum du 6 juillet. Elle a montré que, dans cette Union européenne, sous la garde de la main de fer de Merkel et des kilos de pactes et de traités qui instituent la politique d’austérité, il n’y a aucune latitude pour plier, ou même adapter prudemment, l’obsession de l’austérité. La volonté des peuples de pouvoir avoir une politique sociale et qui s’attaque aux plus riches pour sortir de la crise a été simplement interdite par l’establishment européen.

De Juncker à Merkel, de Dijsselbloem à Hollande, l’unité a été scellée pour prolonger le calvaire grec en imposant un troisième mémorandum encore plus étouffant. Un diktat qui résonnait aussi comme un gigantesque avertissement aux autres peuples d’Europe : « ne sortez pas des clous, sinon nous allons vous écraser ».

Et, en dépit de leurs cris effarouchés d’aujourd’hui sur la montée du Front national en France, tous ces dirigeants sont responsables du choc venu de la droite annoncé par Piketty. Car, en bouchant la voie de l’alternative à gauche, ils ont créé les conditions pour que les gens cherchent à l’extrême droite une solution à leur désespoir. Pire : la politique de l’Union européenne a créé les conditions pour le renouveau du Front national, ce parti fasciste du 21e siècle.

21 avril 2002 – décembre 2015 : qu’ont-ils fait en 13 ans contre l’austérité ?

Il y a 13 ans, le 21 avril 2002, la France avait déjà vécu un choc : Jean-Marie Le Pen se qualifiait au second tour des élections présidentielles, écartant le candidat du PS Lionel Jospin. Dans les jours qui ont suivi, des centaines de milliers de jeunes sont descendus dans les rues pour faire barrage à l’extrême droite, dans ce qui a été appelé le « nécessaire grand front républicain ». Et le président de droite Chirac a été élu avec un score de 82 %. Beaucoup de promesses ont été faites. On allait lutter contre le chômage, les banlieues pourraient sortir de leur misère, on allait s’attaquer à la « fracture sociale »… Mais rien de tout ça n’est venu. La vague d’austérité, de précarisation de l’emploi (le fameux CPE) et de privatisations a déferlé en France comme ailleurs en Europe, soutenue par toutes les grandes familles traditionnelles européennes, libérales, sociales-démocrates et conservatrices.

En 2007, Sarkozy s’est hissé au pouvoir en reprenant une grande partie du discours du FN. L’identité nationale, la France garante des valeurs chrétiennes, le nettoyage des banlieues au karcher ont été les leitmotivs de Sarkozy qui s’est vanté, au soir de sa victoire, d’avoir réduit Le Pen père à 8 %. En « oubliant » qu’il avait amplifié, élargi et banalisé le discours du FN, qu’il a contribué à lui faire gagner la bataille des idées, qu’il a œuvré à la « lepénisation des esprits ».

Mais la démagogie de Sarkozy – le « moralisateur du capitalisme » de 2008 – s’est écrasée sur la réalité sociale. À l’issue de son mandat, en 2012, le chômage était passé de 8 à 9,4 %, bien plus encore chez les jeunes. Et ce, en ayant retardé l’âge de départ en retraite, supprimé des centaines de milliers d’emplois dans la fonction publique, travaillé main dans la main avec Angela Merkel pour faire aboutir le traité d’austérité européen TSCG… Le tout, en diminuant les impôts sur les plus riches. Ce qui lui a valu son surnom de « président des riches ».

Hollande : la « dernière chance » qui déçoit

Puis est venu Hollande. Pour faire échec à la montée du Front de gauche en 2012, sa rhétorique a viré toujours plus à gauche. Hollande a été jusqu’à promettre dans sa campagne électorale la révision du Pacte de stabilité. Avec son discours « mon ennemi, c’est la finance », une « dernière chance » a été donnée par beaucoup d’électeurs à la sociale-démocratie pour montrer qu’elle ferait les choses autrement que la droite.

Or Hollande n’a pas touché à une virgule du Pacte de stabilité et a appliqué les programmes d’austérité européens, reprenant à Sarkozy son rôle dans le duo avec Merkel. Fin 2014, le Premier ministre Manuel Valls confirmait l’objectif de 50 milliards d’euros d’économies à réaliser « en trois ans ». « Tous les acteurs publics sont concernés, » a-t-il déclaré. De cette manière, Hollande continuait la politique antisociale de Nicolas Sarkozy, tout en continuant à transférer de nouveaux cadeaux fiscaux aux plus grandes entreprises.

Hollande a même fait rentrer au gouvernement, comme ministre de l’Économie, un haut représentant de la finance (celle qu’il prétendait pourtant combattre) : Emmanuel Macron, ex-banquier d’affaires chez Rothschild & cie. Celui-ci a fait passer la fameuse loi Macron, qui prévoit d’élargir le travail du dimanche, le travail de nuit, facilite les licenciements, affaiblit considérablement les syndicats, prépare la privatisation des transports… La loi s’est aussi attaquée aux petits indépendants (grandes surfaces ouvertes le dimanche, fin des protections pour les taxis, coiffeurs…). Ceux du CAC-40 (les 40 plus grandes sociétés de la Bourse de Paris) et le MEDEF (la FEB française) ont applaudi des deux mains les mesures du gouvernement Valls. Résultat : le chômage a passé la barre des 10 %[2]  et les inégalités ont continué à exploser. Il y a ainsi eu plus de 700 000 chômeurs supplémentaires en trois ans.

Entre une droite qui court après l’extrême droite et une sociale-démocratie qui se dit de gauche, mais mène une politique de droite, tous les ingrédients sont là pour créer une confusion politique totale. D’abord par une désaffection politique majeure des classes populaires : 50 % n’ont pas voté le 6 décembre, dont 59 % des ouvriers, 65 % des moins de 25 ans et 66 % des inactifs. Ensuite, le FN apparaît, pour beaucoup de ceux qui vont quand même voter, comme la seule alternative qui brise le consensus austéritaire des deux grands partis traditionnels. Cependant, l’analyse doit être plus profonde si on veut aller à la racine des causes du succès du FN.

Le mépris du peuple et la démocratie bafouée

Autre date clé de l’histoire politique française : le 29 mai 2005. Ce soir-là, les résultats du référendum sur la Constitution européenne s’affichent sur les écrans de télévision : 55 % des Français rejettent un traité qui coule dans le marbre l’austérité néo-libérale. Pourtant, la presque totalité des grands partis traditionnels et une grande partie des médias ont milité pour le « oui ». Les commentaires d’après référendum affichent le mépris d’une élite politique envers un peuple qui « n’a pas compris ». Cela ne provoque aucune remise en cause de la politique de l’Union européenne (la Constitution étant aussi rejetée aux Pays-Bas quatre jours plus tard). Au contraire, deux ans plus tard, le texte à peine modifié revient sous le nom de « Traité de Lisbonne » et est adopté sans débat ni référendum. Une gifle aux millions de Français qui avaient fait entendre leur voix en 2005.

Le cas français n’est d’ailleurs pas unique en Europe. Ainsi, en Irlande, le gouvernement va même faire revoter le peuple trois fois jusqu’au moment où il répond « correctement » à la question posée.

Et en Grèce, le référendum convoqué le 6 juillet dernier sur les mesures imposées par la Troika européenne est sans appel : 61 % des Grecs votent contre. Pourtant, bien que, selon la Constitution grecque, le résultat d’un référendum ait la même valeur qu’une loi adoptée par le Parlement, le Parlement grec se voit obligé, le mercredi 15 juillet, d’accepter l’essentiel de ces mesures sous la menace du diktat de l’Union européenne de Merkel, Hollande et consorts.

Tout cela témoigne de l’autoritarisme d’une Union européenne qui écarte les votes démocratiques qui ne l’arrangent pas, qui prend des décisions essentielles au sein d’organes non élus, comme la Banque centrale européenne ou l’Eurogroupe. La colère latente gronde dans toute l’Europe contre cette Union européenne de l’entre-soi, où la Table ronde des Industriels (regroupant les grandes multinationales) et Business Europe décident en réalité des axes essentiels de la politique. Et, en France, contre les privilégiés du CAC-40, comme les milliardaires Liliane Bettencourt et Bernard Arnault.

Comment ne pas s’étonner, devant cette hypocrisie, qu’une partie de la population ne suive pas les appels à défendre les Hollande et Sarkozy de ce monde et tombe dans les griffes d’une Marine Le Pen qui prétend, elle, incarner le peuple ?

Comme l’écrit The Guardian ce 9 décembre : « La dynamique commune (en Europe) apparaît comme l’interaction de l’insécurité financière et du détachement des élites gouvernementales de leur population. De Paris à Varsovie, les politiciens du centre technocratique professionnel sont perçus comme une caste à part avec ses privilèges, isolée de l’anxiété provoquée dans leur électorat par les turbulences économiques et les changements démographiques. »[3]

La concurrence de l’Union européenne entre les travailleurs, substrat du poison raciste

Deux autres éléments essentiels de la politique de l’Union européenne alimentent le substrat du Front national : la concurrence entre travailleurs érigée en principe cardinal et la politique de guerre et de conquête des grandes puissances européennes.

En dépit des déclarations, l’Union européenne n’est pas dans son essence un projet coopératif entre les peuples. Au contraire : les politiques économiques des traités européens visent à mettre en concurrence les pays de l’Union entre eux dans une spirale vers le bas. Des tableaux socio-économiques comparatifs sont établis pour inciter voire obliger les États à s’en prendre aux « coûts salariaux » trop élevés (avec, du coup, une baisse du pouvoir d’achat), contre « les rigidités du marché du travail » (lisez ultra-flexibilisation et précarisation du travail), contre « l’intervention des États et le non-respect des principes de concurrence » (lisez libéralisation et privatisation des services publics). Durant des mois, les Allemands ont été montés contre « les Grecs paresseux » qui « profitent de l’Union ». Les Belges, Français et Néerlandais ont eux été sommés de rattraper la locomotive allemande en bloquant leurs salaires et en introduisant leurs « mini-jobs ».

D’autre part, avec la directive sur les travailleurs détachés de l’Union européenne, les travailleurs de la construction et du transport routier ici ont vu des travailleurs polonais, roumains et bulgares venir travailler sur les chantiers pour des salaires de misère, sans aucune obligation de leurs patrons de verser des salaires et d’accorder des protections sociales et des conditions de travail égales à celles des travailleurs résidents ici.

En posant le tabou qu’on ne peut pas toucher au 1 % le plus riche et en organisant la concurrence, l’Union européenne alimente le substrat sur lequel le poison du racisme et de la division peut se propager.

Immigration et réfugiés : toujours plus de guerres et de murs

La politique étrangère de grandes puissances européennes comme la France est aussi à remettre en cause. Elle crée toutes les conditions pour alimenter le racisme.

D’une part, les guerres menées par les États-Unis, mais aussi par la France, provoquent « à retardement » la venue de centaines de milliers de réfugiés en Europe (voir notre article « Les réfugiés syriens, irakiens ou afghans sont le miroir à retardement de nos guerres »). Mais l’immigration est aussi provoquée par d’autres décisions de l’Union européenne, comme, par exemple, les politiques climatiques décidées à la COP21 à Paris.

Le refus obstiné d’avoir un programme réellement ambitieux pour le climat, le refus d’adopter comme objectif une limite maximale d’1,5°C pour le réchauffement et celui de financer à hauteur suffisante les programmes de soutien au Sud (surtout en matière de transfert de technologies) pour réaliser la transition aux énergies renouvelables est aussi à la base de la venue de dizaines de milliers de réfugiés climatiques aujourd’hui, et surtout demain.

D’autre part, l’Union européenne construit des murs toujours plus hauts autour, mais aussi à l’intérieur de l’Europe, comme en Hongrie, Slovénie et même en Autriche, validant en réalité les programmes de l’extrême droite qui désignent l’immigré comme l’ennemi intérieur. Au lieu d’intégrer les populations qui fuient les conséquences des politiques de « nos » gouvernements dans leur pays, les réfugiés sont mis en quarantaine de la société. Dans des camps fermés, voire même dans une « jungle » comme à Calais, où les autorités françaises laissent pourrir une situation inhumaine, au lieu d’offrir un accueil décent à ceux qui fuient une misère indescriptible. Ainsi sont créées les conditions de tensions grandissantes avec les habitants voisins.

La politique actuelle de l’Union européenne crée toutes les conditions du nationalisme

Comme nous l’avions écrit dans Comment osent-ils ? La crise, l’euro et le grand hold-up (de Peter Mertens), la continuation de la politique actuelle de l’Union européenne ne peut mener qu’à l’autoritarisme (comme on l’a vu en Grèce) ou au nationalisme (comme on le voit aujourd’hui en France). Et nous assistons aujourd’hui aux deux.

Aussi, on ne peut combattre le nationalisme du Front national de Le Pen en défendant l’autoritarisme de l’Union européenne et en ne s’en prenant pas aux racines de sa politique.

Car, si l’on interdit, comme l’Union européenne le fait, des politiques qui touchent les privilèges des plus riches, il ne reste qu’à s’en prendre aux plus faibles. Il n’y a pas de troisième voie. S’il n’y a jamais d’argent pour des nouveaux logements publics, on crée la base pour que ceux d’en bas se battent entre eux pour les logements qui existent. Si l’on coupe dans les budgets de l’enseignement, des services publics et de la vie associative, on crée toutes les conditions du repli sur soi et des tensions d’aujourd’hui et de demain.

Remettre en cause la politique antisociale, antidémocratique et guerrière de l’Union européenne est une condition indispensable pour la reconquête des classes populaires.

Une autre est évidemment de dévoiler la nature profonde du Front national derrière sa démagogie sociale. Et on ne peut le faire que si on rejette réellement le néo-libéralisme, qui se cache aussi dans le programme FN.

Le FN : remplacer l’austérité made in Union européenne par une austérité made in France

Car, en effet, le FN reprend en paroles des termes propres aux traditions de gauche. Il critique la mainmise des multinationales sur l’économie, les taxes qui étranglent citoyens et petits entrepreneurs, l’Europe qui impose l’austérité à la France…

Mais, si l’on examine les mesures proposées dans le programme du FN, autant le vague domine le volet social, autant il est précis quand il s’agit de l’immigration. Pour tout ce qui concerne l’emploi et la réindustrialisation de la France, il n’y a que des formules, aucune proposition concrète (et même, il veut réduire le nombre de fonctionnaires, ce qui est loin d’être une mesure créatrice d’emploi).

Par contre, le thème omniprésent est ce que le FN appelle la « priorité nationale ». Celle-ci implique que les citoyens de nationalité française auraient plus droit que les autres à la sécurité sociale et aux services publics, ainsi qu’à l’emploi. Le piège est que, contrairement à l’image que cela veut renvoyer, cette mesure est avant tout une manière de favoriser l’austérité : plutôt que de pointer le manque d’emploi, de logement, de places en crèche, etc., le FN veut en priver une partie de la population, et donc justifier la pénurie. C’est d’autant plus le cas que le FN est très dur vis-à-vis des chômeurs et allocataires sociaux, et compte s’en prendre durement à ceux-ci, Français ou non. D’une part, il fait donc semblant de protéger les « pauvres » français contre les autres, mais, d’autre part, il compte bien traiter tous les défavorisés comme des « parasites » – à l’instar d’un Bart De Wever. Ainsi, dans plusieurs villes dirigées par le FN, les tarifs de cantine scolaire ont explosé pour les familles précaires et les subventions ont diminué – quand elles n’ont pas disparu – pour les associations d’aide aux personnes les plus pauvres.

L’immigré comme cible est un moyen d’épargner les banquiers et grands patrons qui ont profité de la crise pour s’enrichir. Le FN reprend ainsi de nombreuses propositions propres à la droite ultralibérale : on parle d’« alléger le coût du travail », de diminuer le pouvoir des syndicats, de réduire le nombre de logements sociaux, d’offrir des cadeaux fiscaux aux entrepreneurs, etc. Et, quand il semble vouloir s’en prendre aux grandes entreprises, « les 50 plus fortes capitalisations boursières, fleurons des entreprises françaises, devront affecter 15 % de leur résultat net en réserve spéciale de réindustrialisation », c’est en réalité pour la forme, car le programme stipule bien que ce sera « sans incidence sur leur rentabilité » et que les sommes seront « restituées » au terme d’une période de 5 ans.

Malgré des déclarations qui semblent anti-système, le programme du FN est une version nationaliste du libéralisme. Le discours sur « la France d’abord » vise à rallier les travailleurs et petits indépendants français derrière un programme qui servira le 1 %… français.

C’est d’ailleurs dans cette optique que des responsables FN ont mené récemment une opération de séduction vis-à-vis du monde patronal. Ainsi, Christophe Boudot, tête de liste FN en Auvergne-Rhône Alpes, s’est félicité d’une rencontre avec Jean-Dominique Senard, président du groupe Michelin, et a déclaré fièrement que « le FN est l’ami de l’entreprise ».

En ce qui concerne la fiscalité, l’ISF, l’impôt sur la fortune, doit passer à la trappe pour le parti de Marine Le Pen qui veut le « fusionner » avec la taxe foncière. Pas étonnant quand on sait que la famille Le Pen est elle-même soumise à l’ISF. La famille tient sa fortune de l’héritage du magnat du béton Hubert Lambert, que Jean-Marie Le Pen a touché en 1985. Les membres de la famille continuent de bénéficier de ce patrimoine à travers de sociétés civiles immobilières. Comme l’a écrit Jean-Marie Le Pen dans la brochure « Droite et démocratie économique » : « Mieux vaut hériter de bons chromosomes conduisant à la richesse, plutôt que de faibles chromosomes qui vous font perdre le magot légué. »

Finalement, le FN ne peut se présenter comme anti-système que parce qu’il trompe sur la nature du système. Il pointe du doigt les immigrés, l’Europe et les pays étrangers. Mais c’est bien l’élite économique française qui a contribué à la construction de cette Europe, ce sont les grands patrons français qui exercent un lobbying acharné pour des traités ultralibéraux qui précarisent les travailleurs, menacent la sécurité sociale et donnent tout le pouvoir aux multinationales. Mais le 1 % des plus riches Français, c’est le grand absent des discours du FN, ce 1 % qui s’enrichit notamment par l’exploitation des travailleurs sans-papiers, dont certaines entreprises bien françaises, comme le géant de la construction Vinci.

C’est là que se situe la grande ligne de fracture : entre une élite économique qui s’enrichit toujours plus et la majorité de la population qui craint toujours plus pour son avenir. Et, dans cette situation, le FN n’offre qu’un discours qui divise les gens. Et propose en réalité, à la place d’une austérité made in Union européenne, une austérité made in France.

Contre l’Europe de la concurrence et de l’inégalité et contre le FN

Nous savons qu’en ces temps de crise, des gens peuvent devenir de plus en plus aigris. Beaucoup voient que le monde ne tourne pas rond, ce qui peut produire le meilleur, dans la recherche d’alternatives, ou le pire, avec des solutions nationalistes et simplistes.

La gauche authentique doit pouvoir transformer positivement cette colère. Pas en cherchant un consensus avec ceux, dans l’Union européenne, qui ont frayé la voie au FN, mais, au contraire, en osant désigner les responsables de la crise sociale dans laquelle l’Union européenne s’enfonce depuis sept ans : le 1 % le plus riche. Celui des Arnault, Bettencourt et Albert Frère de ce monde.

La gauche ne doit pas s’unir pour se mettre à la remorque de politiques de droite, comme le fait le PS d’Hollande et Valls, mais bien pour avoir une vraie politique de gauche, qui combatte pied à pied la politique actuelle de l’Union européenne.

« La concurrence et la chasse au profit sur le libre marché sont la base de l’Union européenne. Elles sont gravées dans les textes de base de l’Union. Elles pourrissent et étouffent tout, écrivions Peter Mertens et moi-même en 2011 dans Comment osent-ils ?. Nous ne devons pas rhabiller de neuf cette construction de la concurrence ni donner une nouvelle couche de peinture aux déséquilibres. Nous avons besoin d’autres fondations. La coopération et la solidarité doivent remplacer la concurrence et l’inégalité. Cela suppose une tout autre Europe. »

Ces mots nous semblent plus actuels que jamais. Dans cette Union européenne, il n’y a pas place pour une politique basée sur la coopération, la solidarité, les investissements équilibrés et le développement régional. Si une Europe répondant aux besoins des gens doit grandir, elle ne peut le faire qu’en remettant en cause les fondements de l’Union européenne. Autrement, soit l’Union s’enfoncera dans l’autoritarisme croissant, soit toute l’Union éclatera et les tensions nationalistes du début du 20e siècle referont leur entrée dans ce jeune 21e siècle.

Comme l’écrivait Antonio Gramsci : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. » Faisons en sorte, ensemble, que les monstres soient arrêtés à temps pour aider à construire un nouveau monde.

 


 

[1]   Tribune Libération 29 décembre

[2]   Le 3 décembre dernier, on apprenait que le chômage atteignait son plus haut niveau depuis 1997, avec plus de 10 % de la population active concernée.

[3]   As Le Pen rises Europe’s liberal dream is disappearing in front of our eyes, Rafel Behr, The Guardian 9 decembre

L’exemple grec nous apprend-il quelque chose ?

Interview du professeur Eric Toussaint

invité à Ljubljana par les syndicats slovènes pour y participer à une table ronde intitulée : « La dette publique : Qui doit à qui ? »

Par Mimi Podkrižnik, journaliste du quotidien slovène Delo.

5 novembre 2015

http://cadtm.org/Eric-Toussaint-L-exemple-grec-nous

Croyez-vous au projet européen ? Y croyez-vous encore ?

Très clairement : non. Le projet européen s’est transformé en une camisole de force pour les peuples. ll n’y a pas de marge de manoeuvre permettant à un gouvernement élu démocratiquement de mettre en œuvre des politiques au service de l’intérêt général et de respecter dans le même temps les règles européennes. En effet, les différents traités et l’architecture institutionnelle dans laquelle ils s’inscrivent – le Parlement européen, la Commission européenne, les gouvernements nationaux et la Banque centrale européenne – posent un cadre extrêmement hiérarchisé et contraignant qui laisse de moins en moins de place à l’exercice de l’autonomie, autrement dit à la démocratie et à la parole des citoyens. Nous venons d’en avoir l’illustration avec la Grèce. En janvier 2015, le peuple a porté au pouvoir un gouvernement sur la base d’un programme de rupture avec des politiques qui avaient complètement failli. Ce peuple a réaffirmé son rejet des politiques d’austérité lors du référendum du 5 juillet 2015. Or cela n’a fait qu’exacerber l’obstination des différentes institutions européennes d’empêcher que cette volonté populaire se concrétise. C’était même dit clairement. On a eu des déclarations de Jean-Claude Juncker affirmant qu’il n’y a pas de place pour le référendum. Selon les dirigeants européens, pour se prononcer sur des politiques européennes, la voie est toute tracée par la Comission et l’eurogroupe : il n’y a pas de moyens d’en sortir ou d’en dévier.

Pourquoi ? Sommes-nous vraiment dans un cercle vicieux ?

La construction même de l’Europe – c’est-à-dire l’adhésion à des traités et une conception très autocratique du fonctionnement des institutions – vise à restreindre le plus possible le fonctionnement démocratique. Par ailleurs, les grandes entreprises privées exercent un lobby extrêmement puissant sur la Commission et le Parlement pour les inciter à prendre des décisions favorisant leurs intérêts particuliers. À la tête de la BCE, on trouve Mario Draghi qui a été l’un des stratèges de Goldman Sachs pour toute l’Europe. C’est emblématique d’une situation qui voit les grandes entreprises privées européennes placer à des positions de pouvoir des personnes qui sont issues de leur milieu, ou diposer de l’entier soutien de chefs d’Etat et de hauts fonctionnaires pour faire adopter des mesures qui favorisent leurs intérêts. Un tel système s’apparente fortement à un système oligarchique où quelques uns imposent leurs décisions et définissent les politiques au service d’une petite minorité.

La gauche, elle aussi, est tombée dans le piège – on voit ce qui se passe en France avec la gauche traditionnelle, les socialistes de François Hollande, ou bien en Grèce avec la gauche radicale, la nouvelle gauche d’Alexis Tsipras.

Je distingue la gauche traditionnelle et la gauche radicale, parce que il est clair qu’on ne peut plus parler de la gauche pour François Hollande ou bien pour Tony Blair ou Jeroen Dijsselbloem. Ce dernier est membre du parti socialiste hollandais ce qui ne l’a pas empêché d’être l’un des plus actifs pour poser des obstacles sur le chemin du gouvernement grec issu des élections du 25 janvier 2015. On peut ranger ce type de parti socialiste du côté des forces conservatrices. Appelons-les « néolibérales » ou « social-libérales ». Dans ces partis, il y a toujours une gauche qui existe et qui essaye de s’exprimer : le Labour party a élu Jeremy Corbyn contre l’avis de Tony Blair et de Gordon Brown. Mais quelle sera la marge de manoeuvre de Jeremy Corbyn ? Attendons de voir ce qui va se passer avec le Labour Party. En tout, cas Corbyn a indiqué clairement que, s’il devenait Premier ministre, il reviendrait sur ce qui a été fait par Magaret Thatcher et Tony Blair. Il parle de renationaliser les chemins de fer et va donc plus loin que ce que Tsipras avait annoncé en janvier 2015… François Hollande, les socialistes hollandais, les socialistes allemands, tous ces partis socialistes ont voté en faveur de tous les traités européens avec l’autre grand groupe parlementaire de droite : le Parti populaire. La conclusion est claire : ces socialistes-là sont les architectes de tout ce à quoi nous sommes confrontés en ce moment. Un mouvement comme celui d’Alexis Tsipras ou Podemos en Espagne et d’autres initiatives qui peuvent y ressembler n’ont pas participé à la construction de cette architecture.

Pas encore …

Ils ne sont pas dans des lieux de pouvoir dans l’Union Européenne. Pourquoi sont-ils tombés dans la logique qu’on connaît en Grèce ? Parce qu’ils avaient l’illusion que les structures du pouvoir européen allaient leur donner une marge de manœuvre. Ils pensaient réellement que l’échec des politiques appliquées à la Grèce était évident, puisqu’il est reconnu par tant d’économistes très sérieux …

… par des prix Nobel …

Oui, ils pensaient qu’en échange de leur sens des responsabilités les dirigeants européens et les dirigeants des autres gouvernements nationaux allaient leur dire : d’accord, on va vous laisser mener votre expérience, réduire radicalement les mesures d’austerité et essayer de relancer l’activité économique de la Grèce. Et ils se sont trompés. Leur calcul était tout à fait erroné. Pour les dirigeants européens il était fondamental de démontrer à tous les peuples d’Europe qu’il n’y a pas de possibilité de sortir des rails de l’austérité, qu’il n’est pas possible de freiner la privatisation. Pour ces dirigeants européens – pour tous, que ce soit Matteo Renzi ou François Hollande, Wolfgang Schäuble ou Jeroen Dijsselbloem – il était essentiel d’empêcher la réussite de l’expérience de Syriza en Grèce. Parmi les plus furieusement décidés à faire échouer Tsipras il y avait bien sûr les premiers ministres Mariano Rajoy en Espagne et Coelho au Portugal. Car ils se disaient : si Tsipras réussit, Podemos viendra au pouvoir tôt au tard en Espagne. Et la même chose vaut pour le Portugal. Aucun gouverment des 28 autres pays de l’UE n’a réellement donné une chance au gouverment grec ; ni les institutions européennes ni un seul gouvernement. Or il est clair que Tsipras se disait : le gouvernement de Matteo Renzi et le gouvernement de François Hollande qui veulent eux-mêmes avoir un peu plus de marge en terme de déficit vont me soutenir. Et cela ne s’est pas produit.

Au vu des sondages de l’opinion publique, le tort causé à Syriza a affecté Podemos, dont la côte de popularité est tombée de 20% à 14 %…

L’objectif des dirigeants européens est de dire au peuple espagnol : « ne votez pas Podemos » et de dire à Podemos : « abondonnez votre volonté de changer réellement les choses. Vous voyez bien que Tsipras accepte de capituler. Même vous, si vous avez une chance de devenir membre d’un gouvernement, vous devrez accepter les règles. »

Vous distinguez en Europe les pays du centre des pays périphériques. La Slovénie fait partie de la périphérie, évidemment, comme la Grèce et le Portugal. Quand on en parle, on peut apercevoir un discours tout à fait différent. On traite le Portugal de bon élève, pour ce qui est de son programme et de son sauvetage par la troïka, tandis qu’on fustige la Grèce.

Comme on parle de bon éleve pour l’Irlande. Mais la situation réelle est extrêmement mauvaise au Portugal, en Irlande comme en Espagne. Il y a une apparence de réussite du point de vue des critères des dirigeants européens, parce que ces trois pays réussisent à rembourser leur dette sans demander la réduction de celle-ci. Mais tout cela est strictement lié à des taux d’intérêt qui sont provisoirement très faibles. Tous les pays européens, y compris la Slovénie, refinancent leur dette publique à un coût très bas pour le moment, mais il n’y a absolument aucune garantie que cela continuera. Au Portugal ou en Espagne, le taux de croissance est très faible ou bien il stagne, le taux de chômage est extrêmement élevé, la situation des banques portugaises, irlandaises, espagnoles est très mauvaise aussi ; il va falloir continuer à les recapitaliser. L’année passée, une des principales banque portugaise Banco Espírito Santo a fait faillite. En fait, les grands médias et le gouvernement européen octroient des satisfecits à certains gouvernements parce qu’il faut dire : « voilà, les Grecs sont des mauvais élèves et cela va mal pour eux. Les autres, ceux qui appliquent bien les réformes, se débrouillent ». Mais tout cela, c’est de la mystification. Le bilan réel est tout à fait différent.

On est entré dans la psychologie…

En Slovénie, vous êtes dans une situation un peu surréaliste. Si je ne me trompe pas, la majorité de la population slovène, le gouvernement slovène et les grands médias considèrent que vous êtes tellement proche du centre des grandes puissances – notamment de l’Autriche et de l’Allemagne – que vous vous en sortirez toujours. Que vous êtes peut-être dans la péripherie, mais avec un pied déjà dans le centre. Et certains pensent que vous êtes même carrément dans le centre. Or, on va voir si c’est durable. Votre dette publique est en train d’exploser à cause du sauvetage des banques et cela ne va pas s’améliorer à court terme. La Slovénie elle-même n’est pas à l’abri de difficultés dans les deux ou trois ans qui viennent. Et surtout, la grande différence entre la Slovénie, l’Allemagne et l’Autriche, c’est que vous n’êtes pas au centre du pouvoir européen. C’est Berlin, Paris, Londres et à un degré moindre Bruxelles et Amsterdam qui influencent la politique des dirigeants européens, ce n’est pas Ljubljana.

Quel regard portez-vous sur le rôle des médias ? On écrit différemment sur le Portugal ou sur la Grèce. Il y a beaucoup de manipulation, d’émotions aussi. On se perd dans le style et on oublie le fond – dans le style de Yanis Varoufakis, par exemple. On se préoccupe de son doigt, voire de ses vêtements.

Il est clair qu’on a stigmatisé la Grèce et la population grecque. Des commentateurs qui devraient être sérieux ont dit que la Grèce ne collectaient pas ses impôts depuis des siècles et qu’il s’agissait là d’un héritage de l’Empire ottoman. Il est clair qu’il y a de l’évasion fiscale en Grèce …

… et de la corruption. On est dans les Balkans… quand même.

Partout en Europe, il y a de la corruption. Partout. A la FIFA, dans tous les organismes … Mais on veut faire croire que c’est limité à quelques pays. Pour cacher la très grande corruption, on met l’accent sur un petit pays que l’on stigmatise. Ce que l’opinion publique slovène ne sait pas, c’est qu’un ministre de la défense grecque, qui vient d’ailleurs du Pasok [Akis Tsohatzopoulos], a été condamné en 2013 à 20 ans de prison ferme pour corruption. Il est en prison avec cinq membres de sa famille. Mais personne n’en parle. Or, combien de ministres en Europe sont en prison ? Je pense que certains ministres ou ex-ministres slovènes auraient leur place en prison, mais ils ne s’y trouvent pas, ils ne sont pas condamnés. En Grèce, il y a des procès pour corruption et des condamnations : il y a un procès en cours contre 69 Grecs impliqués dans une grosse affaire de corruption avec l’entreprise multinationale Siemens et il y aura des condamnations dans les mois qui viennent.
Oui, la Grèce a de graves problèmes en matière de corruption et de collecte d’impôts, mais le problème est largement répandu dans toute l’Europe. Dans toute l’Europe, les grandes entreprises et le pour cent le plus riche de la population européenne ont réussi à obtenir des cadeaux fiscaux. Les Etats pallient à ce manque de recettes fiscales par le recours à l’endettement public. A cela s’ajoute l’évasion fiscale, par exemple l’affaire de la Banque HSBC, ou encore l’affaire Luxleaks qui implique directement Juncker. N’oublions pas que Draghi était directement impliqué dans le scandale du maquillage des comptes publics grecs en 2001 et 2002… On a un grand problème en Europe comme aux Etats-Unis : c’est qu’on a de grandes entreprises, notament de très grandes banques qui se rendent systématiquement coupables de fraudes ou de corruptions. L’UE ne prend que des mesures extrêmement faibles à leur égard.

Personne ne se sent responsable ni coupable.

Les institutions européeennes, la Commission européenne, les gouvernements des principaux Etats pourraient prendre des mesures fortes pour empêcher l’évasion fiscale – qui est massive et qui porte surtout préjudice aux économies les plus faibles. Les riches des pays de la périphérie européenne placent leur argent dans les pays les plus sûrs, au Luxembourg, en Allemagne, en Autriche, en Belgique, à la City de Londres. Les responsables européens ont parfaitement les moyens de prendre des mesures, mais ils ne souhaient pas le faire.

Est-il possible qu’un jour quelqu’un soit traduit devant la justice ?

Je ne suis pas optimiste, surtout pas à court terme. Je ne crois pas que ces personnages seront traduits devant la justice, ni qu’ils seront condamnés, alors que leur comportement mériterait que la justice s’en occupe activement. Ce qui peut se produire en positif c’est qu’on tire les leçons de ce qui s’est passé avec la Grèce et que les nouvelles forces démocratiques progressistes comprennent quelles doivent être plus fermes, plus que Tsipras ne l’a été, et donc disposées en tant que gouvernements démocratiquements élus à désobéir aux ordres de la Commission européenne et de la BCE, si – comme on l’a vu dans le cas de la Grèce – elles prennent des mesures injustes pour les économies de leurs pays.

La vague d’indignation dure déjà depuis un certain temps. Stéphane Hessel a appelé à l’indignation il y a quelque années de cela. On a vu naître le mouvement des Indignés en Espagne et la formation de Podemos, mais rien n’a encore abouti. On se sent un peu face à une impasse.

Ces formations sont propulsées par une partie de la population qui veut des réponses radicales. C’est pour cela que Jeremy Corbyn qui n’avait aucun influence institutionnelle sauf dans les syndicats a gagné dans le Labour, et c’est aussi pour cela que Bernie Sanders aux Etats-Unis, qui a très peu de moyens, rencontre un grand soutien de la base dans le parti démocrate alors qu’il est perçu comme un socialiste radical. Il y a vingt ans, ceux qui avaient le vent en poupe, c’étaient Tony Blair et Gordon Brown, Clinton ou Barack Obama… Maintenant ce sont Sanders, Corbyn, Podemos. Pourquoi ? Parce que cela correspond à une volonté d’une partie de la population qui a elle-même tiré comme conclusion qu’il faut des politiques qui traitent le mal à la racine. Dans certains cas, les nouvelles formations politiques comme Syriza ou Podemos sont parfois trop modérées. Même si elles disent qu’il faudrait des solutions radicales, et recueillent pour cela un soutien populaire, elles ont peur de les mettre en pratique. On a besoin d’un gouvernement progressiste qui n’a pas peur de désobéir. L’intérêt des propos que tenait Stéphane Hessel, c’est de dire aux gens : quand ceux qui ont le pouvoir appliquent des politiques foncièrement injustes, il y a un devoir de rébellion, de révolte, de désobéissance. Et il est important que cela vienne de quelqu’un qui a résisté au nazisme, parce que justement ce sont ces gens-là qui ont résisté en France en s’opposant au régime de Vichy, à la police française, et pas simplement aux nazis. Il fallait avoir du courage pour lutter contre la police de son propre pays et contre son propre gouvernement qui collaborait. Aujourd’hui, nous ne sommes pas, bien sûr dans la même situation ; l’Allemagne d’Angela Merkel et de Wolfgang Schäuble n’est pas l’Allemagne nazie. Il y a une énorme différence, mais indéniablement dans le contexte actuel, il n’y a plus suffisamment d’espace pour exercer les droits démocratiques, et donc il faut être prêt à désobéir et à se rebeller. J’espère que ces forces politiques vont le comprendre, sinon on va aller de déception en déception. Ce qui risque d’arriver, c’est l’extrême droite avec…

…Marine Le Pen en France…

ou Viktor Orbán en Hongrie. Le risque est grand que cette extrême droite finisse par trouver des figures charismatiques et qu’avec une désobéissance violente, dirigée contre les immigrés, elle puisse apparaître comme une alternative crédible pour les populations. Il y a un danger réel en Europe. Il n’est pas immédiat, ce n’est pas pour dans un an ou deux, mais le danger est quand même là.

Quel regard portez-vous sur le rôle des syndicats ? On voit bien que, dans le secteur privé, beaucoup d’usines ont fermé les portes. La classe ouvrière est en train de disparaître.

C’est un peu exagéré, mais il est clair qu’il y a un affaiblissement structurel des grands secteurs de salariés. Les concentrations de travailleurs salariés se réduisent certainement dans certains pays ou bien dans des régions entières de l’Europe. Le mouvement syndical a perdu de sa force dans toute une série de pays.

Le syndicalisme se perd, du moins en Slovénie, dans une certaine nostalgie, mais aussi – il faut le dire – dans la démagogie. Le monde est en pleine mutation, il faut que les syndicats aussi suivent la dynamique.

Je compte beaucoup sur la capacité du mouvement syndical de redéfinir une doctrine cohérente dans le nouveau contexte. Un des grands problèmes en Europe c’est qu’on a une Confédération européenne des syndicats avec, si je ne me trompe pas, près de 60 millions de membres. Mais cette Confédération a soutenu tous les traités européens, sauf le dernier, qu’elle a critiqué : le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, le TSCG ou pacte budgétaire européen. Elle s’y est opposée, mais de manière extrêmement molle, sans mobilisation. Malgré cette réduction de grande concentration industrielle on a encore – avec la Confédération européenne des syndicats qui unit presque tous les syndicats – une puissance potentielle tout à fait considérable, mais ce n’est que potentiel. En pratique, elle a tout laissé faire, en croyant que l’Union européenne allait lui permettre comme direction syndicale de vivre tranquillement dans un soi-disant dialogue social. En réalité, les dirigeants européens n’avaient d’autre objectif que de précariser le travail et remettre en cause les conventions collectives. La confédération européenne des syndicats comprend très tardivement ce qui est en train de se passer et elle est incapable de réagir, parce qu’il y a un manque de fonctionnement démocratique dans cette énorme superstructure mais aussi et surtout un refus de la part de sa direction et de certains des grands syndicats qui en sont membres d’affronter les tenants de ces politiques de casse sociale.

Quel est le rôle des entreprises d’armes, vu la crise de la dette publique aussi bien que la crise migratoire ?

Les industries d’armement jouent sans conteste un rôle important : dans le cas grec, les fournisseurs d’armes à la Grèce sont principalement les entreprises allemandes, françaises et nord-américaines. Elles sont responsables de la corruption. Je viens de vous parler de la condamnation de ce ministre grec ; évidemment il s’est fait corrompre par des entreprises comme Rheinmetall en Allemagne, Thales en France et Lockheed Martin aux Etats-Unis. Il y a des affaires très précises et bien connues où l’on a eu connaissance de pots-de-vin d’un montant considérable pour corrompre des dirigeants politiques. Cela porte sur des centaines de millions d’euros. On note la préoccupation d’une série de pays européens de développer leur industrie d’armement – notamment la Pologne qui vient de réaliser une grande foire internationale de l’armement. Le flux important des réfugiés venant de Syrie est le produit de la politique de l’Europe et des Etats-Unis à l’égard du Moyen-Orient. Je pense à l’intervention militaire en 2003 en Iraq qui a destabilisé la région sans réellement apporter la démocratie, à l’intervention en Libye, enfin à la politique menée à l’égard de la Syrie. Tout cela a généré le renforcement d’Al-Qaïda en Lybie et dans la zone proche du Soudan et du Mali et a favorisé la création de Daesh. On a des fournisseurs d’armes qui approvisionnent les différentes parties en conflit et entretiennent ainsi les guerres. Comme à d’autres moments de l’histoire, il y a effectivement un lien entre la stratégie suivie par les fournisseurs d’armes et le type de politiques menées pour résoudre les problèmes dans d’autres régions du monde. De telles politiques ne correspondent pas à l’intérêt des peuples ; un de leurs effets les plus désastreux est de jeter sur les routes des centaines de milliers de personnes, notamment des enfants et des vieillards, réduits à venir demander l’asile à des Etats qui refusent ou réchignent à les accueillir.

Récemment, la maison d’édition slovène CF a mis dans le livre sur la dette publique intitulé Qui doit à qui ? une photographie de soldats allemands hissant le drapeau nazi sur l’Acropole d’Athènes en 1941. Qu’en pensez-vous ?

C’était un message très fort qu’a voulu faire passer la maison d’édition. Son intérêt est de faire réfléchir car il ne faut pas oublier l’histoire européenne. Il n’y a pas si longtemps, les troupes de Mussolini, suivies des nazis, ont occupé la Grèce. La Grèce a été l’un des pays européens les plus martyrisés, touchés et détruits pendant la Seconde Guerre mondiale, à côté de l’Union soviétique, de la Pologne et en partie aussi de la Yougoslavie. La Grèce est toujours en droit de demander des réparations de guerre à l’Allemagne. Je la soutiens dans cette perspective-là. Cette photo doit faire réfléchir. Ce n’est pas une caricature, on n’a pas mis en dessous d’un casque la tête de Wolfgang Schäuble ou d’Angela Merkel. Cette photo ne veut pas dire que Angela Merkel se comporte comme les nazis, mais elle doit être considérée comme un rappel de notre histoire.

Je pense qu’il faudrait changer de rhétorique dans les médias et ne plus parler du quatrième reich, par exemple. Trop de souvenirs empêchent d’atteindre nos objectifs ; il vaut mieux apaiser le discours.

Il est très clair que nous ne sommes pas dans une situation de domination totale, certes pas dans une domination militaire de la part de l’Allemagne sur le reste de l’Europe. Au contraire, beaucoup de gouvernements nationaux sont très contents qu’Angela Merkel et Wolfgang Schäuble apparaissent comme les méchants et les plus durs. Cela arrange quelque part Matteo Renzi ou François Hollande de pouvoir dire « Ce sont eux qui nous empêchent de faire des concessions. »
Le problème aujourd’hui en Europe ce n’est pas seulement l’Allemagne, c’est l’architecture européenne. Pour changer tout cela il devient évident – si l’on veut véritablement une Europe démocratique – qu’il faudra abroger toute une série de traités européens. Il faudrait initier au plus vite un processus constituant au niveau européen, un processus démocratique – se traduisant par l’élection d’une assemblée constituante européenne par les différents peuples d’Europe. Dans chaque pays de l’Union européenne, des processus nationaux seraient également lancés afin d’élaborer collectivement et démocratiquement un nouveau projet pour l’Europe. On pourrait ici s’inspirer de l’expérience de la France au XVIIIe siècle où les populations de toutes les contrées du pays avaient rédigé « des cahiers de doléances » exprimant leur ressenti, leurs attentes, leurs exigences… Il est plus que temps de faire un bilan de la construction européenne des soixante dernières années et qu’on dise : « Maintenant on reprend cette construction en la rendant réellement démocratique avec la participation des peuples. » Je crois que toute une série de traités européens ne permet pas cela. Il va donc falloir un grand bouleversement en Europe, un grand mouvement européen permettant de déboucher sur un tel changement. Quand est-ce que cela va avoir lieu ? Cela commencera par quelques pays qui vont désobéir, certains vont sortir de la zone euro, l’Europe va rentrer dans une crise plus grave qu’aujourd’hui. Mais cela peut prendre dix ans ou vingt ans. Le processus sera lent et long. La sortie de l’Ancien régime d’absolutisme royal a été le fruit d’une longue lutte.

Sera-t-il possible de le faire paisiblement, vu l’histoire et la crise ?

Je crois que la force des structures autoritaires européennes s’appuie sur la soumission et la docilité des peuples ainsi que de leurs représentants politiques. Leur force est notre obéissance résignée. A partir du moment où une indignation devient massive et se transforme en mobilisation, l’Europe sera forcée de changer et cela n’implique pas d’exercer la violence. Il doit être possible de le faire avec fermeté et détermination mais sans violence.

Est-il correct de parler de 1% de riches contre 99% de pauvres ?

Oui, c’est bien. C’est très schématique, bien sûr, mais cela correspond à la réalité. J’ai étudié cette problématique et les travaux de Thomas Piketty l’ont bien mise en lumière. Le un pour cent le plus riche aux Etats-Unis détient 50 pour cent du patrimoine national. Si vous y ajoutez les neuf pour cent en plus, vous n’obtenez pas beaucoup plus … Parler d’un pour cent permet de dire qu’on peut cibler des mesures sur un secteur minoritaire de la société et qu’on n’a pas besoin de toucher à la classe moyenne. On est repassé à un tel niveau de concentration de la richesse que la formule de un pour cent est beaucoup plus juste qu’il y a trente ans. Il y a trente ans il fallait parler de 10%.

Mais en comparaison avec la période avant la Première Guerre mondiale ou après ? Etait-ce la même chose ?

On est revenu, au niveau de concentration de la richesse, à la situation d’il y a cent ans. C’est ce que montre Piketty.

Source en slovène : http://www.delo.si/sobotna/se-bomo-iz-vsega-kar-se-je-zgodilo-z-grcijo-kaj-naucili.html
Le quotidien Delo est le principal quotidien slovène.
La traduction du slovène vers le français a été réalisée par Mimi Podkrižnik. La version française a été revue par Patrick Saurin, Damien Millet et Eric Toussaint.

Elections en Grèce : La Commission européenne vote Tsipras !

M’PEP, 15 septembre 2015

http://www.m-pep.org/Elections-en-Grece-La-Commission-europeenne-vote-Tsipras


Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a démissionné le 20 août dernier et prononcé la dissolution du parlement. Il ne disposait plus de majorité puisque sa politique a conduit à diviser son parti, Syriza. En faisant le contraire des engagements qu’il avait pris, le Premier ministre grec a ainsi provoqué le départ du tiers des membres de son parti (sur 35.000 adhérents) et du tiers de ses parlementaires. Ses soutiens au parlement se sont alors réduits à 119 députés sur 300. Les lois étaient désormais votées grâce aux députés de droite (Nouvelle Démocratie) et socialistes (Pasok), ceux précisément contre lesquels Syriza avait lutté. Ces partis avaient accepté et mis en œuvre les deux premiers mémorandums ayant saigné la Grèce à blanc, pour être ensuite rejetés par la population notamment lors du référendum du 5 juillet 2015 (61% de NON).

Syriza était arrivé en tête aux élections législatives du 25 janvier 2015 sur un programme qui, certes, ne prévoyait pas de rupture avec l’Union européenne et l’euro, mais comprenait néanmoins des mesures visant à mettre un terme à l’austérité. C’était d’ailleurs la principale contradiction de ce programme, car il n’est pas possible de sortir de l’austérité dans le cadre de l’euro, nous venons d’en avoir la démonstration en grandeur réelle avec le cas de la Grèce. Toutefois, il était possible de penser que, confrontés à l’impossibilité de redévelopper leur pays tout en participant à la zone euro, les Grecs arriveraient progressivement, en plus grand nombre, à la conscience qu’il fallait revenir à la drachme et abandonner la monnaie unique. Ce n’est malheureusement pas le choix fait par Alexis Tsipras qui a provoqué, par sa lâcheté, ce gigantesque gâchis.

Quels enjeux pour ces élections ?

Dans son annonce du 20 août, Tsipras justifie sa démission en affirmant : « le mandat que j’ai reçu le 25 janvier a atteint ses limites ». C’est faux ! Alexis Tsipras n’a pas reçu du peuple grec un seul mandat, lors des élections législatives de janvier 2015, mais un second, qui a renforcé le premier, à l’occasion du référendum du 5 juillet 2015. La question posée à ce référendum (par lui-même) était de savoir si les Grecs acceptaient le nouveau mémorandum proposé par la Troïka. Avec 61,3% de NON, Tsipras disposait d’un rapport de forces beaucoup plus important qu’en janvier. Au lieu « d’atteindre ses limites », ce mandat issu du peuple, bien au contraire, ouvrait de nouvelles perspectives. Quant au mandat donné à Syriza lors des élections législatives de janvier 2015, sur la base du programme dit de Thessalonique, il restait entièrement valable, malgré ses limites, puisque rien ou presque n’avait été mis en œuvre par le gouvernement Syriza.

Le motif invoqué par le Premier ministre grec est donc fallacieux, il faut chercher d’autres raisons.

Il en existe une, parfaitement recevable, quand, toujours le 20 août, il demande au peuple de « décider si l’accord est valable pour sortir un jour des plans de rigueur ». Si la question est recevable, la réponse est négative pour deux raisons.

D’abord, cet « accord » (le 3e mémorandum) est encore plus sévère pour le peuple que les deux précédents. Or la preuve par l’expérience a été fournie que l’austérité n’était absolument pas la solution pour le développement économique et social harmonieux d’un pays. Sur ce point la plupart des économistes, pour une fois, sont d’accord. L’austérité, en revanche, est une excellente solution pour éponger les richesses d’un pays et les canaliser vers les détenteurs de la dette publique. Par ailleurs, selon un institut économique allemand, l’Allemagne a économisé 100 milliards d’euros depuis 2010 en raison de la baisse de ses coûts d’emprunt liée à la crise européenne de la dette. Les obligations allemandes ont servi de valeur refuge, ce qui a fait baisser leur taux d’intérêt, diminuant d’autant la dépense de paiement des intérêts pour l’Allemagne.

Tout le monde a compris que les « plans d’aide » à la Grèce, et notamment les 86 milliards d’euros qui ont commencé à lui être versés, ne servent qu’à une seule chose : rembourser les créanciers qui sont désormais, pour l’essentiel, des institutions  publiques. C’est pourquoi les oligarques européens, ayant trouvé le Veau d’or, font tout ce qu’ils peuvent pour entretenir cette dette publique pour qu’elle n’ait jamais de fin. Si la Grèce veut vraiment aller de l’avant, elle doit donc cesser immédiatement de rembourser, ce qui entraînera ipso facto sa sortie de l’euro. C’est à cela qu’elle doit se préparer activement en mettant ces questions en débat parmi la population.

Ensuite, cet « accord » n’est pas valable car il prévoit la mise sous tutelle de la Grèce. Il marque l’écrasement politique de ce pays qui devient une sorte de colonie allemande et de la Troïka. On a peine à croire que le gouvernement grec ait pu signer un tel abandon et qu’une majorité de parlementaires l’ait voté. Cet « accord » prévoit par exemple que « le gouvernement doit consulter les institutions [européennes] et convenir avec elles de tout projet législatif dans les domaines concernés dans un délai approprié avant de le soumettre à la consultation publique ou au parlement ». C’est marqué noir sur blanc dans « l’accord » du 12 juillet. Tous les dirigeants des autres pays de la zone euro (19) se sont ligués contre la Grèce, participant à la négation des deux votes du peuple grec de janvier et juillet 2015, c’est-à-dire à la négation du peuple grec lui-même. C’est à cela qu’ont participé activement Alexis Tsipras et le Parlement.

C’est un résultat tout à fait stupéfiant dans l’histoire des relations internationales : une coalition de puissances privées – les marchés financiers et les firmes multinationales – par agents interposés (les dirigeants de la Banque centrale européenne, ceux de la Commission européenne, la plupart des chefs d’États et de gouvernements des Vingt-Huit), ont pris directement le pouvoir dans un pays souverain. Ils l’ont fait avec l’accord de ce gouvernement pourtant réputé être à la « gauche de la gauche » et avec le vote du Parlement. Cet exemple dramatique réduit à néant les illusions de tous ceux qui considèrent que les autres pays européens sont des « partenaires » avec lesquels on peut « coopérer ». Dans la configuration politique actuelle, la plupart des pays de la zone euro et de l’UE (et de l’Otan) sont des adversaires. Le droit, la démocratie, la souveraineté des nations n’existent plus dès lors qu’un pays refuse les politiques néolibérales de l’UE. C’est pourquoi la sortie de l’euro et de l’UE ne peut pas se faire au moyen de l’article 50 du traité de Lisbonne, mais unilatéralement par une politique du fait accompli.

Dans son allocution du 20 août, le Premier ministre grec considère également que ces élections législatives du 20 septembre 2015 serviront à « savoir qui peut mener les réformes nécessaires ». Sur ce point il n’a pas tort, mais il demande en réalité aux Grecs de dire qui appliquera au mieux le 3e mémorandum au sein du nouveau bloc européiste pro-mémorandum qui vient de naître en Grèce : ND, Pasok, ou Syriza ? On peut ajouter que pour Alexis Tsipras il s’agit d’utiliser ces élections pour « nettoyer » le parti Syriza et son groupe parlementaire afin d’avoir les mains libres.

 Alexis Tsipras avait le choix

Contrairement à ce que beaucoup de gens prétendent, particulièrement dans la «  gauche de la gauche  », Tsipras avait le choix. Il n’avait aucun « révolver sur la tempe » comme l’affirme le dirigeant du PCF Pierre Laurent. La vie du Premier ministre grec n’était pas menacée. Personne, dans son entourage, n’a été physiquement agressé, expulsé de son logement, licencié, interné dans un camp. Tsipras, avec ses amis, a continué à vivre normalement. Il n’était pas obligé de capituler, personne ne l’a contraint à la reddition. Certes, il a subi des pressions politiques, et uniquement politiques, de la part de la Troïka. Mais qui peut croire que cette dernière serait une sorte d’organisme socio-éducatif chargée d’encadrer ses ouailles avec bienveillance et « d’aider » la Grèce ? Il faut arrêter de dire et de faire croire n’importe quoi. Tsipras a fait un choix politique. Et c’était aussi un choix politique, depuis son élection de janvier, de tergiverser, de ne pas appliquer le programme de Thessalonique et de ne pas contribuer au développement des mobilisations sociales.

Le gouvernement grec a toujours été souverain et il peut encore l’être, car il lui suffit de dire stop à la Troïka pour qu’il retrouve sa dignité. Ceux qui disent que Tsipras n’avait pas d’autre choix sont à classer dans le camp des thatchériens, lorsque Margaret Thatcher répétait « There is no alternative » (il n’y a pas d’alternative). Ainsi, pour Syriza, et plus généralement pour la gauche « radicale » européenne, il n’y aurait pas d’alternative à l’euro, nous en serions prisonniers, en sortir serait l’apocalypse.

On nous dit aussi que le gouvernement Tsipras n’avait pas de mandat, après les élections de janvier et après le référendum du 5 juillet, pour sortir de l’euro. C’est vrai, et personne ne prétend le contraire. En revanche, Tsipras n’avait pas non plus pour mandat de ne pas sortir de l’euro. Son mandat était le rejet de l’austérité incarnée par les mémorandums. Plus grave, et c’est à ce propos que l’on peut parler de trahison de Tsipras, ce dernier a signé le 3e mémorandum, en contradiction flagrante avec les 62% de NON du 5 juillet.

Tsipras devait envisager la sortie de l’euro. Face aux blocages de l’UE et du FMI il devait, par petites touches, acclimater l’opinion publique à la sortie de l’euro. Il devait laisser cette hypothèse ouverte et se garder de la diaboliser. Il a fait tout le contraire, disant par exemple qu’il livrerait « terre et eau » pour rester dans l’euro, ou que la sortie de l’euro serait la « faillite »de la Grèce. En tenant de tels propos, rejoignant ceux des grands médias et des oligarques, Tsipras a montré dans quel camp il se plaçait.

La Commission européenne vote Tsipras !

Le message a très bien été reçu par l’UE et le FMI. L’annonce de ces élections législatives anticipées n’a suscité aucun trouble particulier sur les marchés financiers. Aucun dignitaire de l’UE n’est venu faire campagne à Athènes, contrairement au référendum de juillet, pour alerter les Grecs sur les « dangers » de cette élection s’ils votaient Syriza. Et pour cause, car, en effet, pour les oligarques, tout danger est écarté pour l’instant. Ainsi, pour Martin Selmayr, directeur de cabinet du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker : « des élections rapides en Grèce peuvent être un moyen d’élargir le soutien au programme stabilisé que vient de signer au nom de la Grèce le premier ministre Tsipras ». Il ajoute : « une élection peut renforcer la capacité du gouvernement grec à mettre en œuvre les réformes ».

Dans la même eau, selon des propos rapportés par l’AFP le 12 septembre, le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, s’est dit « serein », à huit jours des législatives anticipées en Grèce, estimant qu’elles ne devraient pas remettre en cause les engagements pris par Athènes : « Je ne sais pas quel parti l’emportera, quelle coalition se formera, mais j’ai la sensation, y compris si je regarde les sondages, qu’il y a toujours une très nette majorité, une immense majorité en Grèce, pour les partis qui ont soutenu la démarche d’un programme d’aide en échange de réformes. Je n’ai pas d’inquiétudes de cette nature. Tous les partis politiques ont voté pour le Memorandum of Understanding [le MOU, le contrat de prêts] cet été. Donc il n’y a pas de souci à se faire sur sa mise en œuvre ».

Angela Merkel est encore plus claire : « les élections en Grèce font partie de la solution et non pas de la crise ». Autrement dit, le résultat probable sera une écrasante victoire des partis pro-mémorandum : Syriza, ND et Pasok. On comprend, par l’absence – nouvelle – de toute critique à l’encontre de Tsipras, et même le coup de chapeau qui lui est donné, que la meilleure formule serait la victoire de Tsipras. Il est désormais la meilleure garantie de l’application du 3e mémorandum dans la mesure où il lui reste encore un certain soutien dans la population.

Le seul enjeu de ces élections, pour l’avenir, est le poids électoral qu’obtiendront les forces progressistes anti-euro et anti-UE

Pour l’intérêt du peuple grec et pour les autres, il faut empêcher la mise en œuvre du 3e mémorandum. Si les Grecs veulent atteindre cet objectif, ils ne pourront pas voter pour l’un des trois grands partis pro-mémorandum qui ont signé avec les oligarques européens. Syriza est le plus emblématique d’entre eux puisqu’il avait annoncé qu’il mettrait un terme à l’austérité et même qu’il « changerait l’Europe ». On a vu le résultat !

Syriza et son leader ne sont plus les forces qui inspirent la confiance, la rupture avec le système et l’espoir. Tsipras a démissionné après avoir fait exactement le contraire de ce qu’il avait promis. Il a renié ses promesses électorales. En quelques jours, le NON au referendum du 5 juillet s’est transformé en OUI. La signature le 13 août par Alexis Tsipras du mémorandum a provoqué la désintégration de Syriza. Syriza dénonçait les vieux partis politiques du système, désormais il fait partie du système. Syriza (Coalition de la gauche radicale) est désormais un parti du mémorandum comme les autres. Alors que Tsipras avait juré qu’il ne gouvernerait pas avec les partis qui ont mis en œuvre les deux premiers mémorandums, il a annoncé le 3 septembre qu’il était prêt à une alliance avec le Pasok si celui-ci se débarrassait de ses anciens ministres. Cette position est parfaitement hypocrite, car la ligne politique du Pasok ne dépend pas de ces personnalités. Pilier du clientélisme, parti qui a poussé la Grèce dans l’euro et qui a largement contribué au chaos actuel, le Pasok va donc devenir l’allié de Syriza ? Syriza est désormais un cadavre politique dont il faut accélérer la décomposition.

Les Grecs ne peuvent pas non plus voter pour les petits partis qui n’ont pas été impliqués dans l’application des mémorandums, mais qui ne rêvent que de cela : To Potami (« centristes »), Grecs indépendant (ANEL) qui ont gouverné en alliance avec Syriza, Union des centristes (EK) donnée entre 3 et 5%, soutenue par la « grande » presse grecque qui fait tout ce qu’elle peut pour le faire entrer au parlement.

Le vote pour Aube dorée, à qui ces trahisons offrent un boulevard, est inimaginable. C’est un parti d’extrême droite, violent, meurtrier, raciste, qui devrait être interdit. Son dirigeant principal a été inculpé pour participation à une organisation criminelle.

Quant à voter pour le Parti communiste grec (KKE), ce serait une impasse. On rappellera que sa position lors du référendum du 5 juillet a été d’appeler à mettre dans les urnes un bulletin à l’effigie du KKE au lieu d’appeler à voter NON, ce qui rendait le vote nul. La conséquence a été un amoindrissement du score du NON et du rapport de forces qu’il exprimait. Ce dernier, avec les voix des électeurs communistes, bien que beaucoup d’entre eux n’aient pas respecté cette consigne étrange, aurait pu atteindre 65%.

Un texte récent publié par la Section des relations internationales du Comité central du KKE, le 27 août 2015, expose la position totalement incohérente et stérile de ce parti. Il commence par une critique en règle d’Unité populaire accusée de « régurgiter un certain nombre de mesures néokeynésiennes bien connues pour gérer le système ». Le premier exemple pris est celui de « la socialisation des banques afin qu’elles jouent un rôle dans le développement ». Étrange qu’un parti communiste soit contre la socialisation des banques ! Cette position s’explique cependant par le fait que le KKE est opposé à tout processus progressif de changement comportant des étapes dans l’affaiblissement du pouvoir des classes dominantes. Il veut le socialisme tout de suite. Notre désaccord avec cette thèse est total, car le socialisme ne saurait se limiter à un agencement matériel différent des rapports de production. C’est aussi, et peut-être même avant toute autre chose, un état d’esprit de la population, une conscience, une pratique de luttes et de solidarité, une fraternité en actes que seul un long processus de changement peut faire naître. Sans cet aspect immatériel décisif, la voie est ouverte aux systèmes autoritaires.

Autre perle que l’on peut qualifier de folklorique : l’Unité populaire est encore attaquée car elle parle de « l’annulation de la plus grande partie de la dette de sorte que le pays puisse respirer, en acceptant de cette manière, comme les autres partis du système, que le peuple soit responsable de la dette et doit la payer ». Ce qu’écrit ici le KKE n’a ni queue ni tête. L’annulation de la dette vise précisément à refuser que le peuple la paie !

Mais la cerise sur le gâteau, pourtant déjà bourratif, concerne l’euro. On aurait pu croire qu’un parti communiste qui se respecte serait contre l’euro, monnaie emblématique du système capitaliste. Pas du tout ! Le KKE critique tous ceux qui portent des « propositions politiques pour les monnaies nationales, car ils portent le manteau du radicalisme dans le but de tromper les peuples et de cacher leur véritable contenu anti-populaire. Cette nouvelle fausse dichotomie euro-drachme vise à cacher au peuple que les questions fondamentales sont le cours et la puissance du capital, la participation dans l’UE et le système impérialiste. Le peuple doit faire face à ces choses et ne pas s’aligner avec des sections du capital qui flirtent avec l’idée d’une monnaie nationale, une autre alliance monétaire ». […] « Tous ceux qui donnent un signe de tête et un clin d’œil aux sections du capital qui flirtent avec l’idée d’une monnaie nationale ne peuvent pas suivre un chemin différent autre que celui qui mène à la faillite du peuple. Il n’est pas important de savoir si cela soit effectué au moyen d’un mémorandum ou non. Il n’est pas important si cela soit effectué à l’intérieur ou à l’extérieur de la zone euro. Ce qui est important c’est que les efforts pour piéger le peuple dans un autre choix en faveur du capital doivent être contrecarrés ». Si c’est le « cours et la puissance du capitalisme » qui doivent concentrer notre attention – ce qui n’est pas faux – comment ne pas voir que l’euro est la monnaie qui renforce la puissance du capitalisme ? Mais le socialisme que le KKE appelle de ses vœux aurait-il l’euro pour monnaie ? On peut raisonnablement penser que non. Il faudra donc bien que la Grèce, à un moment ou à un autre sorte de l’euro. Le plus tôt sera le mieux, non ?

Pour le KKE, la puissance du capitalisme n’est qu’une abstraction. C’est de la pure rhétorique qui ne s’incarne ni dans les banques (qu’il ne faut pas socialiser), ni dans la mise en déficit des États par l’invention de la dette publique (qu’il ne faut pas annuler), ni dans la monnaie unique (dont il ne faut pas sortir).

Il ne reste que trois groupes portant les espoirs du renouveau de la Grèce et qui tous militent pour la sortie de l’euro :

  • ANTARSYA
  • EPAM (Front uni populaire)
  • Unité populaire qui vient d’être créée par Panagiotis Lamfazanis, ancien ministre de l’Énergie et de l’Environnement d’Alexis Tsipras. Son groupe a déclaré sa volonté de « rester fidèles » au programme de Syriza. Il ajoute « le gouvernement ne s’est pas fait renverser. Il s’est résigné, illustrant ainsi sa peur, son inertie et sa panique ».

À l’issue de ces élections, si ces trois groupes font un bon score, alors un rassemblement de luttes contre le mémorandum, pour la sortie de l’euro et de l’UE pourra se constituer. Une expression politique sera donnée aux forces sociales qui veulent se battre contre l’austérité et le retour de la Troïka via le nouveau mémorandum. Ce rassemblement sera l’expression politique du NON, qui s’est manifestée en juillet 2015.

Pierre Laurent (PCF) vote Tsipras

Le PCF continue de soutenir Tsipras, si on en juge par le communiqué de sa responsable des relations internationales, Lydia Samarbakhsh : « le discours tenu au soir du 20 août [par Tsipras] est un discours d’appel à la mobilisation et à la riposte du peuple grec. Un chapitre effectivement se ferme, un nouveau s’ouvre déjà appelant les Grecs à se mobiliser pour se doter d’un gouvernement qui luttera contre l’impact de ces mesures austéritaires sur les classes populaires et pour regagner leur souveraineté face aux créanciers. On est loin d’un renoncement et d’une trahison mais bien dans un combat politique âpre ». Ce petit texte n’appelle aucun commentaire tant il est éloigné de la réalité que chacun peut constater.

Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF, est lui aussi fâché avec la réalité si on en juge au contenu de l’entretien qu’il a accordé l’Humanité le 8 septembre 2015. Pour lui, « la principale leçon » que l’on peut tirer de l’affaire grecque, « c’est que la solidarité des forces sociales qui veulent sortir l’Europe de l’austérité doit se renforcer ». Pierre Laurent, à cet égard, ne propose rien. Sa déclaration n’a aucun effet pratique, elle ne fait que brasser du vent. Non, Monsieur Laurent ! La reddition d’Alexis Tsipras ne s’explique pas par la faiblesse de la solidarité des autres pays européens envers la Grèce. Ce n’est pas cela « la principale leçon ». Pour nous, la principale leçon est qu’il y a confirmation de ce que nous sommes un certain nombre à proclamer depuis plusieurs années : il n’est pas possible de transformer l’Union européenne de l’intérieur. Il faut avoir l’honnêteté, la lucidité et le courage de le reconnaître. La « principale leçon » est que la lutte contre l’austérité, pour être victorieuse, passe nécessairement par la sortie de l’euro et de l’UE. C’est pour avoir refusé de l’admettre que Syriza va connaître une débâcle, et c’est pour cette raison que le Front de gauche disparaît du paysage politique. Les appels à la lutte contre l’austérité, dans ces conditions, ne sont qu’un discours de façade dans lequel Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon excellent.

Conclusion

Les sondages sont de plus en plus préoccupants pour Tsipras et Syriza, même si les sondages en Grèce, davantage qu’ailleurs, sont sujets à caution. Certains n’avaient-ils pas prédit, la veille du référendum du 5 juillet, la victoire du OUI ? Il n’empêche que les signes convergents et répétés de l’affaiblissement de Syriza sont un indicateur à prendre en compte. Ainsi, entre mars et le 31 août 2015 (Université de Macédoine), la cote de confiance de Tsipras est tombée de 70% à 29%. Le 24 juillet (Metro Analysis), Syriza était à 33,6%, ND à 17,8% et To Potami à 6,1%. Le 2 septembre les choses ont radicalement changé, ND est donné en tête avec 29%, Syriza est à 28,7% (GPO). À la même date (ALCO), Syriza est donnée à 29,2% et ND à 28,7%. Le pourcentage des indécis est de 25%, dont la moitié a voté Syriza en janvier. Les sondages montrent en tout cas que le vainqueur devra faire alliance avec un ou peut-être deux partis.

Syriza était le premier gouvernement de la gauche « radicale » en Europe. Cet évènement avait un caractère historique car il pouvait laisser entendre que la relève de la vieille social-démocratie était assurée. Il n’en aura rien été, bien au contraire. Syriza, soutenu par une grande majorité de la gauche « radicale » européenne, aura donné sa bénédiction à l’austérité, à l’euro, à l’Union européenne, son accord à la mise sous tutelle d’un pays, son accord avec une dictature financière. Syriza apparaît désormais comme une escroquerie politique. On a observé la mutation de ce parti qui s’est transformé en parti de soutien au mémorandum et au système oligarchique de l’Union européenne. Pour y parvenir, ses dirigeants, Alexis Tsipras en tête, ont détourné les textes programmatiques du parti. Ils ont annulé les orientations essentielles du parti et installé le bonapartisme en son sein. C’est toute la gauche radicale européenne qui a été discréditée, liquidée. Ce processus politique, cette dégringolade qui est loin d’être terminée, a accru la dilution du clivage gauche-droite.

La preuve est faite, une nouvelle fois, que c’est autour de la question de l’euro et de l’Union européenne que la recomposition politique doit se faire, en rassemblant les forces politiques progressistes démondialisatrices.

La Fête de l’Huma choisit l’Union européenne contre la souveraineté du peuple grec

Parti de l’émancipation du peuple (ex-M’PEP), 9 septembre 2015

http://www.m-pep.org/La-Fete-de-l-Huma-choisit-l-Union-europeenne-contre-la-souverainete-du-peuple

Sans partager toutes les prises de position du M’PEP, nous publions cette analyse de la position du PCF vis-à-vis de la situation en Grèce. rappelons que dès août, Faire vivre et rassembler le PCF a lancé une pétition pour protester contre la position de la direction nationale et demander un débat entre communistes sur les véritables enjeux de l’Union européenne. Cette pétition, publiée par l’Huma, a d’ores et déjà rassemblé 400 signatures.

La revue « Unir les communistes », émanation de Faire vivre et renforcer le PCF, sera à la fête de l’Huma au village du livre.

Le programme de l’édition 2015 de la Fête de l’Huma confirme le soutien du PCF au Premier ministre grec Alexis Tsipras et à son parti, SYRIZA, qui a trahi son peuple. Affirmant, en France, qu’il lutte contre l’austérité, le PCF soutient l’austérité en Grèce. Condamné à l’austérité – c’est-à-dire à la pauvreté et au désespoir, au démantèlement complet des services publics, à la vente à vil prix de ses infrastructures publiques et entreprises et même d’une partie de son territoire (plusieurs îles ont déjà été acquises par des pays étrangers), à la démolition de la sécurité sociale, assurance maladie et retraite, à l’augmentation des prix via la TVA passée de 13% à 23% – le peuple grec est désormais totalement livré aux oligarques européens après la reddition d’Alexis Tsipras. Son parlement dépend directement de l’Union européenne. Sa souveraineté vient de passer à la trappe. La Grèce subit l’occupation d’une puissance étrangère qui ne dit pas son nom et agit au nom d’une organisation supranationale. Avec la complicité de tous les États membres de l’UE.

Cette capitulation du gouvernement grec, qui a permis le coup d’État de l’Union européenne, éclate à la face du monde. Il aurait, en d’autres temps, engendré des réactions de solidarité internationale, notamment menées par des partis communistes et donc par le PCF. Le coup d’État subi par le peuple grec aurait été au cœur même des débats de la Fête de l’Humanité et des actions du PCF. Mais les temps ont changé, depuis longtemps en réalité. La situation en Grèce est un sujet parmi d’autres. Mais pis encore, aucune lumière ne vient éclairer l’avenir. En condamnant le peuple grec au nom de la défense du mirage d’une Europe sociale, pouvant être transformée de l’intérieur, le Parti communiste français affiche son choix politique : il préfère se faire le complice de la mise à mort de la nation grecque plutôt que d’admettre que la seule solution est de de combattre pour la libération de la tutelle européenne et de l’euro. En condamnant ainsi les Grecs il affiche qu’il a définitivement rompu avec la défense des intérêts des peuples et en particulier des classes populaires. Il annonce clairement aux Français qu’il a choisi son camp : celui des classes dirigeantes, seules bénéficiaires de la création de l’Union européenne et de la monnaie unique. En invitant Syriza et Podemos à débattre à la Fête de l’Huma, partis favorables à l’UE et à l’euro, et en excluant l’Unité populaire qui vient de se créer en quittant Syriza, partisan de la sortie de l’euro, il démontre son soutien à l’Union européenne, quelles que soient ses gesticulations pour tenter de donner le change. Quelles que soient les circonstances politiques et historiques, c’est d’abord son appartenance au Parti de la gauche européenne, rouage du système de l’Union européenne et financé par elle, qui fonde les orientations du PCF.

Le peuple français – qui a largement perdu ses illusions sur la volonté du PCF d’être une organisation politique au service de la transformation sociale – constatera donc, une nouvelle fois, lors de la 80e édition de la Fête de l’Huma, qu’il s’agit d’un enterrement de première classe. Celui de la lutte pour l’émancipation des peuples, qui passe obligatoirement par la sortie de l’euro et de l’Union européenne. Les croquemorts sont le PCF et la gauche radicale qui ont soutenu sans faillir Tsipras et son gouvernement. Le Parti socialiste, la droite, le Front national peuvent se frotter les mains, ce ne sont pas les communistes qui vont les faire trembler. Les participants à la Fête de l’Huma viendront à la messe de la bien-pensance européiste et surtout aux concerts pas chers. La fête populaire politique historique que fut la Fête de l’Huma offre désormais aux visiteurs une grande braderie : celle de leur souveraineté et du combat de classes.

Bien sûr, quelques voix dissidentes vont s’exprimer : celles de communistes, au sein du PCF ou à l’extérieur, conscients de la reddition de la direction du PCF, et qui s’époumonent depuis plusieurs années pour la sortie de l’euro et de l’Union européenne sans que rien ne change dans les orientations de la direction du PCF. Celles de membres ou ex-membres du PG qui ont voté lors de leur congrès en juillet 2015 pour la motion qui a recueilli 45% des voix pour ouvrir un débat au sein de leur parti sur la sortie de l’euro. La direction du PG – sans doute inquiète de la démission de nombreux militants – fait mine d’ouvrir le débat pour un « plan B » au cas où l’UE ne changerait pas de l’intérieur… Nous lui reconnaissons au moins la capacité de donner le change, de faire mine d’être à l’écoute, en prise avec sa base. Mais qui peut être dupe ? Ce n’est pas un plan B dont nous avons besoin mais d’un plan A, le seul réaliste : la sortie de l’UE et de l’euro comme préalable à un programme politique favorable à la défense des intérêts populaires. La mascarade de la direction du PG est d’autant plus flagrante qu’elle passe des accords électoraux pour les régionales avec EELV. Le PG choisit donc de s’allier avec des fédéralistes convaincus dont la direction combat l’idée même de nation !

De surcroît nous attendons – mais cela sera sans surprise – de connaître les alliances du PCF, du PG et du Front de gauche au 2e tour des régionales avec le PS au pouvoir…
Alors que le chômage est supérieur à 10% en France, à 22% en Espagne, à 25% en Grèce, que le MEDEF mène ouvertement une guerre de classe sans merci, attaquant frontalement le Code du travail avec le soutien actif du gouvernement, que la Confédération européenne des syndicats (CES, équivalent syndical du PGE) tient son congrès à Paris fin septembre où elle invite à la fois Jean-Claude Juncker et François Hollande, quelles perspectives politiques s’offrent aux millions de Français ?

D’ici peu le Parti de l’émancipation du peuple (ex M’PEP), rendra public une partie de son programme politique qui contient une sortie de l’UE et de l’euro afin de s’engager hardiment dans un processus de démondialisation. Tous ceux qui attendent de voir comment c’est possible y trouveront des réponses précises, concrètes, détaillées.

Nous invitons les militants et les citoyens qui veulent agir, maintenant, pour ouvrir une nouvelle voie libératrice, à participer à notre Université d’automne à Nice du 7 au 9 novembre. Elle a pour titre « Du NON français de 2005 au NON grec de 2015, où en sont la résistance et la mobilisation pour reconquérir la souveraineté nationale ? ». Des militants grecs engagés pour la sortie de l’euro et de l’UE auront la parole et vous aussi !

Cette année le Parti de l’émancipation du peuple (ex-M’PEP) ne participera pas à la Fête de l’Humanité.