La guerre par procuration contre Daech en Syrie a atteint son point culminant

Escalade militaire menant à une invasion terrestre commanditée par les USA et l’Otan?

Prof Michel Chossudovsky, Mondialisation.ca, 13 février 2016

http://www.mondialisation.ca/la-guerre-par-procuration-contre-daesh-en-syrie-a-atteint-son-point-culminant-escalade-militaire-menant-a-une-invasion-terrestre-commanditee-par-les-usa-et-lotan/5507662


Chossudovsky

Prof Michel Chossudovsky

La stratégie de Washington consiste à être le fer-de-lance d’une guerre régionale élargie en amenant la Turquie et l’Arabie saoudite, ainsi qu’Israël, à faire « le sale boulot à notre place ».

Jusqu’à tout récemment, les forces armées du gouvernement syrien et leurs alliés (la Russie, l’Iran et le Hezbollah) combattaient les soi-disant « rebelles de l’opposition », pour la plupart des terrorises « modérés » et des mercenaires qui comptent dans leurs rangs des éléments des services secrets et des forces spéciales des USA et de l’Otan agissant en secret.

Les terroristes affiliés à Al-Qaïda et les forces de l’État islamique (Daech) sont soutenus par les USA, l’Otan, Israël et leurs alliés membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG). La Turquie et l’Arabie saoudite, en étroite collaboration avec Washington, ont joué un rôle central dans le recrutement, la formation et le financement des terroristes.

Jusqu’ici, cette guerre par procuration s’est poursuivie sans confrontation directe entre les forces alliées des USA et de l’Otan et les forces armées du gouvernement syrien, qui sont soutenues militairement par la Russie et l’Iran.

Une transition majeure est en cours dans la conduite de la guerre en Syrie. Les terroristes sont en passe d’être vaincus par les forces armées du gouvernement syrien avec le soutien de la Russie. La guerre par procuration (sous la bannière officielle de « guerre contre le terrorisme ») a atteint son point culminant.

Nouvelle étape et rôle de la Turquie et de l’Arabie saoudite

Les forces turques sont maintenant directement impliquées dans des opérations de combat en territoire syrien.

stop_israel_us_saudi_arabia_turkey_qatar_supporting_isis_terroristsPour sa part, l’Arabie saoudite, un État qui commandite le terrorisme, a annoncé son intention de déployer des militaires en Syrie, prétendument pour combattre les terroristes de Daech, qui sont en fait soutenus par l’Arabie saoudite.

Le brigadier général Ahmed Al-Asseri a déclaré, au nom de Riyad, que les forces armées saoudiennes :

« vont combattre avec les alliées de la coalition dirigée par les USA pour défaire les militants de Daesh en Syrie, en ajoutant que Washington est davantage en mesure de répondre aux questions relatives aux détails de toute opération terrestre à venir. » (Al Arabyia)

Que signifie cette affirmation?

Que la guerre par procuration contre Daech est terminée?

Une nouvelle guerre par procuration impliquant directement la Turquie et l’Arabie saoudite dans des opérations terrestres se trame, avec les USA et l’Otan qui tirent les ficelles derrière. Riyad a confirmé qu’un organisme de coordination militaire turco-saoudien a été également créé.

L’Arabie saoudite planifie maintenant d’envahir la Syrie sous les ordres de Washington :

« Le royaume est prêt à participer à toute opération terrestre que la coalition (contre l’État islamique) pourrait convenir de mener en Syrie, (…)

Asseri a indiqué que l’Arabie saoudite est un membre actif de la coalition dirigée par les USA dans son combat contre l’État islamique depuis 2014, et qu’elle a effectué plus de 190 missions aériennes.

(…)

« S’il y a consensus parmi les dirigeants de la coalition, le Royaume est disposé à participer à ces efforts, car nous croyons que les opérations aériennes ne constituent pas la solution idéale et qu’il doit y avoir un jumelage d’opérations aériennes et terrestres », a déclaré Asseri. (Reuters, le 4 février 2016)

Les opérations aériennes céderont la place à des opérations terrestres amenant le déploiement de militaires saoudiens à l’intérieur de la Syrie.

« Pourparlers de paix » en prévision de la prochaine étape de la guerre en Syrie

Récemment, le vice-prince héritier et ministre de la Défense saoudien Mohammed ben Salmane était à Bruxelles, dans les quartiers généraux de l’Otan, pour « discuter de la guerre civile en Syrie ». Cette réunion a eu lieu sur l’initiative du Pentagone et non de l’Otan. Elle visait à planifier la prochaine étape de la guerre en Syrie.

Fait notable, le prince ben Salmane a rencontré à huis clos le secrétaire à la Défense des USA Ashton Carter.

Pendant ce temps à Munich, John Kerry et Sergei Lavrov discutaient de la mise en œuvre d’unecessation des hostilités à la grandeur de la Syrie.

Selon le scénario diabolique du Pentagone, les forces engagées sur le théâtre des opérations seront saoudiennes et syriennes, soutenues par les USA et l’Otan d’une part, et par la Russie et l’Iran d’autre part.

Des rapports confirment que les terroristes commandités par les USA et l’Otan et soutenus par l’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie et d’autres ont été en grande partie vaincus. Vont-ils être remplacés par des forces armées conventionnelles saoudiennes et turques, avec le soutien de nouveaux membres des forces spéciales des USA et de l’Otan sur le terrain en Syrie?

Dans ce scénario en évolution, il y a aussi le risque que les forces armées turques et saoudiennes agissant pour le compte des USA et de l’Otan soient confrontées militairement avec la Russie et l’Iran, ouvrant ainsi une dangereuse boîte de Pandore, une porte vers une escalade militaire.

Le brigadier général saoudien Ahmed Al-Assiri a également fait une menace voilée à l’Iran, en disant que « si Téhéran est sérieux dans sa lutte contre Deash, il doit cesser de soutenir le terrorisme en Syrie et au Yémen ». (Al Arabyia)

La stratégie de Washington à cet égard consiste à être le fer-de-lance d’une guerre régionale élargie en amenant la Turquie et l’Arabie saoudite, ainsi qu’Israël, à faire « le sale boulot à notre place ».

Cette guerre commanditée par les USA est en définitive dirigée contre la Russie et l’Iran.

Michel Chossudovsky

Article original en anglais : The Syria Proxy War against the Islamic State (ISIS) Has Reached its Climax. Military Escalation, Towards a US-NATO Sponsored Ground Invasion?, 12 février 2016.

Traduit par Daniel pour Mondialisation.ca

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur d’économie à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en 12 langues).

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Exclusif: les brutalités de la police parisienne contre les Kurdes

Ksénia Lukyanova, Sputnik, 10 février 2016

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20160210/1021637215/berivan-firat-kurdes-mouvement-europe.html


Berivan Firat, animatrice de la manifestation, du Conseil démocratique des Kurdes en France raconte à Sputnik le deroulement de la manifestation pacifique des kurdes à Paris à proximité de l’Ambassade de Turquie, pour dénoncer le massacre de 60 civils kurdes dans la ville de Cizre.

Ce lundi 8 février nous nous sommes rassemblés, rue Lamballe métro Passy, à proximité de l’Ambassade de Turquie, pour dénoncer le massacre de 60 civils kurdes dans la ville de Cizre.

​Je voudrais souligner que ces civils étaient depuis plus de deux semaines réfugiés dans une cave, et malgré que nous ayons demandés, malgré que les familles, les avocats de Turquie aient demandé à la Cour européenne des droits de l’homme de prendre une décision urgente pour que les ambulances puissent aller récupérer ces blessés, que la Turquie arrête ces bombardements.

manifestation organisée par le conseil démocratique des kurdes en France
© SPUTNIK.
manifestation organisée par le conseil démocratique des kurdes en France

Rien n’a été fait et donc ce lundi, ces gens ont été massacrés et très certainement avec des armes chimiques parce qu’il n’y avait aucune trace de balles, plutôt des brulures, mais les vêtements sont en places donc ils ont été massacrés à l’arme chimique, et pour dénoncer cela nous avons organisé une manifestation autorisée, je voudrais le souligner, qui était autorisée place à proximité de l’Ambassade de Turquie, à peu près 300 mètres juste en dessous. Et donc quand nous sommes arrivés, généralement la police met des barricades juste à l’emplacement pour nous empêcher d’avancer vers l’Ambassade, mais là, la place était ouverte, ils étaient placés beaucoup plus haut, donc nos responsables ont demandés et ils nous ont dit qu’on pouvait se rassembler rue Lamballe pour manifester. Donc nous avons commencé notre manifestation en ayant notre propre groupe de sécurité de gens pour empêcher justement des débordements ou même des agressions externes.

manifestation organisée par le conseil démocratique des kurdes en France
© SPUTNIK.
manifestation organisée par le conseil démocratique des kurdes en France

Et j’étais l’animatrice de la manifestation, et étant un peu souffrante j’ai même à plusieurs reprises donné le micro à une autre amie pour souffler un peu, je revenais, je repartais, et à un moment donné ils auraient fait l’appel puisque moi je n’ai pas entendu, de reculer vers place de Pérou je crois si je ne me trompe pas, enfin à peu près une centaine de mètres plus bas mais moi je n’ai rien entendu, j’étais parmi les manifestants et je me suis senti happée, c’est-à-dire tirée de toutes les forces par des policiers, et en quelques secondes je me suis retrouvée à terre avec 3 policiers essayant de faire je ne sais pas quoi, j’ai pas compris parce que ça été tellement vite et à un moment donné j’ai perdu connaissance, quand je suis revenue à moi j’étais couverte de sang, j’avais mon pantalon qui était complétement couvert de sang, j’étais en état de panique, donc je ne comprenais pas, et après on m’a dit non ce n’est pas votre sang c’est celui de quelqu’un d’autre, et j’ai vu un camarade, du nom de Morad qui était allongé sur le ventre les mains menottés dans le dos, qui saignait, on peut dire qui pissait le sang, qui avait vu plusieurs policiers sur moi et qui était venu pour me protéger et donc il a été très violemment agressé, donc il avait trois fractures; à la tête, à l’arcade sourcilière et tout ça.

Kurdes attaqués par la police
© SPUTNIK.
Kurdes attaqués par la police

Au final ils ont arrêtés 25 personnes, ils nous ont menottés, ils nous ont amenés juste devant l’Ambassade Turque, devant la porte de l’Ambassade Turque, nous sommes restés plus d’une quarantaine de minutes menottés devant la porte de l’Ambassade Turque. Je pense, je suis même certaine, que de cette façon ils ont voulu donner le message à l’ambassade Turque en disant ont les a arrêtés, ils sont là, et voilà on vous les présente, on nous a carrément installé devant la porte de l’ambassade Turque avec les menottes aux bras. Au final nous étions donc 25 à être placé en garde à vue et 14 à être amené dans un commissariat du côté de Chatelet, l’hôtel Dieu, et arrivé de toute manière tout le long de la route nous avons été victimes d’insultes, d’injures, du genre de menaces vous feriez ça en Turquie, vous feriez je sais pas quoi, en fait des choses assez vulgaires, ces insultes ont continué aussi au commissariat, on nous a présenté des procès-verbaux de garde à vue quand personnellement j’ai voulu le lire j’ai dit je le lis avant de le signer, l’officier qui était de service, une dame m’a dit tu me casses les couilles, elle refuse de signer, elle est partie.

Kurdes attaqués par la police
© SPUTNIK.
manifestation organisée par le conseil démocratique des kurdes en France

Donc c’était des humiliations on a était considéré comme si on avait commis un crime, on nous a accusé de refuser d’obtempérer à une demande de dispersement alors que personnellement moi je n’ai même pas entendu cette soit disant somation. J’ai appris par la suite par les organisateurs qu’ils avaient demandé à ce qu’on se déplace à une centaine de mètre plus bas, place de Bolivie, ça y est je me rappelle du nom. Pendant que les organisateurs essayaient de faire bouger les manifestations ils ont attaqué et tout à débordé et après ils nous ont très violement place en garde à vue. Nous avons été pendant 24 heures détenus en garde à vue, privé de notre liberté pour avoir dénoncé le massacre des civils à l’arme chimique par l’Etat turc; la Turquie que je souligne qui est le deuxième armée de l’OTAN, qui est aussi payé, financé par l’Europe pour soit disant contenir les réfugiés qui viennent d’Irak et de Syrie, cette Turquie massacre le peuple kurde devant le silence complice, c’est de la complicité active de l’Occident, de l’Union Européenne et même de la France.

​L’Union Européenne, la Cour Européenne des Droits de l’Homme refuse de voir qu’il y a un peuple qui est en train de se faire massacrer, on déclare qu’il s‘agit de combattants ou de résistants kurdes et nous et moi je dis en toute honnêteté, clairement même s’il s’agit de combattants kurdes, des gens qui sont blessés ont comme chacun, comme un être humain droit aux soins, ce n’est pas parce que ce sont des militants ou parce que soit disant des combattants qu’ils doivent être exécutés ou tués à l’arme chimique. Que dans tous les cas dans la ville de Cizre il n’y a pas de combattants du PKK, il s’agit de civils qui dont certains ont été obligés de prendre les armes pour se défendre contre la barbarie turque.

Et voilà la situation, et je dénonce par cela le comportement des forces de l’ordre française qui nous ont très violement chargés le corps, j’ai le corps couvert d’ecchymoses, j’ai une luxation de l’épaule, j’ai été victime de deux malaises graves j’ai donc dû être amené à l’hôpital, en plus de cela des humiliations en tant que femmes, ce sont des choses que je trouve qui ne sont pas digne de la France, de la France que j’aime, de la France que je connais. Et encore une fois, je dénonce la barbarie de l’État fasciste turc, je souligne que les massacres et les blocus sur les villes kurdes comme Cizre continuent, des massacres ont lieu actuellement, les civils kurdes crient à l’aide, demandant de l’aide, encore le actuellement, il y a encore des gens confinés, enfermés dans des caves qui attendent les secours, des gens qui meurent de faim et soif en pleine ville à cause du blocus de l’Etat fasciste Turque. Je dis encore une fois, si la Turquie, un Etat fasciste est coupable de commettre un génocide sur son peuple, l’Occident, l’Union Européenne et la France est tout aussi complice de son silence par leur silence car si on ne dénonce pas on est complice, c’est clair et nette. Et c’est tout ce que je voulais dire. Je voulais aussi souligné que demain nous ferions une déclaration de presse au 16 rue d’ Enghien à 10 heures pour dénoncer justement le comportement de la police française et ce que nous avons subi en 24 heures de garde à vue. Voilà c’est tout ce que j’ai à dire et merci de nous avoir donné la parole.

Les opinions exprimées dans ce contenu n’engagent que la responsabilité de l’auteur.

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Le prix du chaos meurtrier: qui finance Daeсh?

Ksénia Lukyanova, Sputnik, 17 novembre 2015

http://fr.sputniknews.com/opinion/20151117/1019599790/daech-financement.html


129 innocents ont perdu la vie à Paris vendredi dernier. 129 raisons pour les dirigeants des pays d’agir ensemble en mettant de côté leurs égos et les compétitions politiques ou diplomatiques.

 La communauté internationale est consciente d’être en face d’un ennemi extrêmement organisé, intelligemment administré et fortement financé. Ce sont des personnes physiques venant de 40 pays qui financent l’Etat islamique. C’est ce que révélait Vladimir Poutine, lors du sommet du G20 en Turquie. Il n’a pas donné plus de détails ou de noms, mais la question soulevée est cruciale. Les forces de l’Occident et de la Russie réunies dans cette lutte pourraient manquer d’efficacité si le soutien financier qui nourrit le groupe terroriste augmente jour après jour. Pierre Berthelot, chercheur au Centre de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman nous expose sa supposition sur la provenance de l’argent de Daech:

« Il est toujours difficile de se prononcer sur ces questions assez sensibles. Quand il pense à un pays du G20, on peut penser à la Turquie par exemple, aujourd’hui je ne dis pas que le gouvernement turc lui-même finance, Poutine lui-même parle de personnes physiques. Mais la Turquie est un Etat qui a un rôle par rapport à cette question du financement, parce qu’il est frontalier des territoires contrôlés par Daech, et on peut imaginer que s’il mettait autant d’ardeur et d’efforts qu’il met contre les Kurdes pour lutter contre Daech, cela assècherait les finances de l’Etat islamique. Au G20, on peut penser à une autre puissance sunnite régionale, qui est l’Arabie saoudite. Mais là encore une fois, on ne peut pas dire que ce sont les autorités de ces pays, mais effectivement des personnes physiques. Mais est ce qu’on déploie tous les moyens pour empêcher ces personnes physiques de faire ces transferts de fonds? C’est une vraie question ».Quels sont les sources? En premier lieu c’est le trafic de pétrole. Selon le Financial Times le trafic d’hydrocarbures peut rapporter à l’Etat Islamique jusqu’à 1,5 million de dollars par jour, ce qui revient à 500 millions par an pour une production quotidienne d’entre 34.000 et 40.000 barils de brut. Le pétrole serait produit et vendu principalement en Irak et en Syrie, mais il est fort possible qu’une partie franchisse la frontière turque, et une fois que c’est le cas, il est impossible de tracer la provenance du pétrole:

« Les acheteurs finaux ne savent pas forcément que le pétrole vient de zones contrôlées par l’Etat islamique. Pourquoi? Parce que la principale porte de sortie pour le pétrole de Daech, c’est la Turquie, c’est la frontière principale. C’est du pétrole de contrebande qui va passer par des intermédiaires souvent situés en Turquie. Comment tracer l’argent du pétrole? Je ne pense pas que quelqu’un achète volontairement du pétrole en sachant que ça vient de Daech, même s’il peut y avoir des doutes ».

Hormis le trafic de pétrole, ce sont également les prises d’otages, les pillages et le trafic d’antiquités qui permettent à Daech de se développer, de rémunérer ses combattants et de verser de l’argent aux familles des djihadistes morts au combat. L’agriculture fait également partie des sources de financement du groupe terroriste. Notre expert revient sur l’affaire « made in Daech », parlant du coton syrien qui finit en T-shirts et en chemises portés par les Français:

« Récemment, il y a une étude qui a été faite qui estimé qu’en France peut être 1% des T-shirts et des vêtements de coton qui étaient achetés par la population, était à la base du coton syrien, mais qui était situé dans des zones sous le contrôle de Daech. Ce coton, comme le pétrole, passe en Turquie. Encore une fois, difficile de savoir si les industriels turcs sont au courant ou pas, mais du coton leur est livré à bon prix, comme pour le pétrole, bradé. Et ça leur permet de fabriquer des T-shirts ou des chemises et l’argent va dans les poches de Daech ».

 

Les populations vivant sur les territoires occupés par l’Etat islamique subissent une violence quotidienne mais se trouvent aussi obligées de participer au financement des barbaries. Pierre Berthelot explique comment fonctionne leur système d’impôts:
« Daech se veut être un Etat. On n’est pas dans un mouvement classique terroriste dont l’objectif est uniquement de commettre des attentats, leur objectif est de gérer un territoire, comme un Etat, et administrer ce territoire. Dans cette administration, il y a l’administration fiscale. Toutes les personnes qui vivent sur le territoire de Daech doivent payer l’impôt. Il y a aussi des impôts spéciaux pour les minorités qui ne sont pas musulmanes, notamment les chrétiens, qui ont parfois le choix, soit la conversion, soit un impôt spécifique qui concerne les minorités religieuses. Mais le plus souvent ils sont simplement pris en otages, et en échange de versement d’une somme, ils peuvent être rendus à leur famille et pas systématiquement exécutés ».

Après la tragédie du vendredi 13, le gouvernement français revient sur sa politique internationale. Des décisions plus concrètes sont attendues très prochainement.

Kunduz, Turquie. Le double standard de Jens Stoltenberg

Nicolas Gros-Verheyde, Bruxelles2, 6 octobre 2015

http://www.bruxelles2.eu/2015/10/06/le-double-standard-de-jens-stoltenberg/


Autant le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a été prolixe et incisif, tout à l’heure lors de son point de presse, sur l’incursion russe dans l’espace aérien turc — « une violation grave », un fait « inacceptable », etc. — autant il a été beaucoup plus elliptique sur le bombardement d’un hôpital de MSF. « Je suis terriblement attristé par les évènements. Une enquête complète a été mise sur pied » a-t-il lâché. Et c’est tout.

De la même façon, Jens Stoltenberg, n’est pas avare de quelques précisions sur ce qui s’est passé sur la frontière turque. « Cela ne ressemble pas à un accident » explique le secrétaire général de l’OTAN, donnant moult détails. « Il y a eu deux violations au cours du Week-end (NB : par un Sukhoi 30 et un Sukhoi 24). Et cette violation a duré longtemps par rapport aux violations de l’espace aérien dans d’autres points de l’Europe. Les renseignements que nous avons reçus me font (donc) dire que ce n’est pas un accident. »

Sur l’Afghanistan, il reste beaucoup plus prudent, même très prudent. Ici pas de renseignement de première main, le flou règne. On attend. « Il faut une enquête complète pour établir les faits, une investigation approfondie et complète, ensuite on tirera les conclusions » souligne Stoltenberg.

Une erreur de la chaîne de commandement ?

Cependant les informations publiques à disposition font état d’un bombardement, durant plusieurs minutes, à plusieurs reprises, par des avions américains membres de l’Alliance. On parait assez loin d’un simple dégât collatéral : on est soit face à une énorme bévue « technique » de l’armée de l’air américaine qui imposerait des mesures immédiates de correction ; soit en présence d’un objectif sciemment visé (l’hôpital abritant les talibans). Dans tous les cas, il y a une nécessaire remise en ordre dans la chaîne de commandement Otan et US.

Le double standard !

Le double standard règne. Quand un avion allié de l’OTAN mène une frappe qui, normalement, doit être considéré comme un crime de guerre — le bombardement d’un hôpital, normalement neutre, tue soignants et soignés —, on est seulement (un peu) tristes. Mais c’est tout. Quand la Russie déborde, sciemment, de sa ligne et fait une incursion en territoire de l’Alliance mais sans aucun autre effet, collatéral que ce qu’on pourrait appeler un show of force, c’est le branlebas de combat, l’alerte rouge, le déferlement de qualificatifs… En termes d’honnêteté d’information, ce n’est pas très sage. Et cela ne prête guère à l’optimisme quant à l’honnêteté des différentes forces en présence.


Nicolas Gros-Verheyde Journaliste. Rédacteur en chef de B2 – Bruxelles2. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Ouest-France et Lettre de l’expansion. Auditeur de la 65e session de l’IHEDN (Institut des Hautes Etudes de la Défense nationale).

Attaques de foules coordonnées et lynchages contre les Kurdes dans l’ouest de la Turquie

Communiqué urgent du Congrès National du Kurdistan

http://www.elunet.org/spip.php?article87739


Des centaines de civils kurdes ont été blessés dans l’ouest de la Turquie et plusieurs ont été tués dans des attaques commises par des foules auxquelles la police a participé.

Le Président turc Erdogan et son parti, l’AKP, ont incité des groupes racistes, nationalistes et fascistes à des manifestations violentes. Ceux-ci ont entrepris des actions de terreur contre les civils kurdes dans de nombreuses villes de l’ouest de la Turquie, notamment à Istanbul, Ankara, Kirsehir, Kocaeli, İzmir, Balikesir, Malatya, Mulga, Mersin, Keçiören, Tuzluçayır, Beypazarı, Balgat, Isparta, Konya et Antalya. Ils ont mené des attaques coordonnées contre les maisons, commerces et établissements des Kurdes, ainsi que contre les bureaux du HDP. Ces attaques durent depuis 48 heures.

Des centaines de civils kurdes ont été blessés au cours de ces attaques et plusieurs ont été tués. Des centaines de Kurdes sont par ailleurs bloqués dans différents bureau du HDP où ils se sont réfugiés pour se protéger des lynchages de foule. Les groupes racistes ont démoli les enseignes, cassé les vitres et scandé des slogans contre les Kurdes et le HDP. Cependant, la police turque n’est pas intervenue pour faire cesser ces actes de terreur et de vandalisme.

Depuis le début de la guerre menée par la Turquie contre les Kurdes, soit depuis 32 ans, c’est la première fois que l’on assiste à des violences commises à une aussi large échelle.

Ces violences racistes et nationalistes sont directement et délibérément provoquées par Erdogan et l’AKP. Il y a deux jours, Erdogan a officiellement ordonné aux forces de police de tirer à vue sur tout civil considéré comme représentant une « menace ». Il a par ailleurs appelé la population à dénoncer tout individu jugé « suspect ». Ceci reflète une volonté de diviser la société, d’attiser les conflits interethniques et de stimuler le racisme anti-kurde. Les violences contre les Kurdes sont planifiées et coordonnées via les réseaux sociaux. En l’espace de 48 heures, 128 bureaux du HDP ont été attaqués, leurs enseignes ont été détruites et remplacées par des drapeaux turcs. Plusieurs bureaux ont par ailleurs été incendiés.

Les groupes de violence ont stoppé des bus de longue ligne et contrôlé les identités de passagers afin d’identifier ceux qui étaient kurdes. Quand les chauffeurs ont essayé de poursuivre leur trajet afin d’échapper aux groupes enragés, la police est intervenue pour stopper les bus, exposant les chauffeurs et les passager à davantage de violences.

A plusieurs reprises, on a vu la police participer aux attaques commises contre les Kurdes par les groupes fascistes. Les agressions contre les Kurdes se poursuivent dans les villes de l’ouest, menaçant des centaines de milliers de personnes.

Nous appelons la communauté internationale à soutenir les Kurdes face à ces agressions extrêmement inquiétantes menées de façon coordonnée et à appeler immédiatement le gouvernement d’Erdogan à mettre un terme à ses politiques de division prônant la violence et le racisme.

Congrès National du Kurdistan (KNK)

8 septembre 2015

Des centaines de milliers de personnes se sont soulevées en Turquie!

pc-turquieCommuniqué du Parti communiste de Turquie

La résistance au parc Taksim Gezi, qui se poursuit depuis plusieurs jours, s’est transformée en mouvement populaire ce 31 mai. Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue à Istanbul et dans plusieurs régions de Turquie pour protester contre l’offensive inhumaine et délirante du gouvernement AKP.

Personne n’a le droit de tromper le peuple, d’essayer de tirer de fausses conclusions du déroulement des événements ou d’essayer de profiter de l’occasion pour en tirer des petites victoires politiques ou réaliser des démonstrations de force personnelles. Le mouvement historique et massif d’hier fut une éruption de colère populaire, qui est l’aboutissement de 11 ans de gouvernement AKP. Ces personnes qui partagent la même colère se retrouvent dans des tendances politiques différentes mais elles se retrouvent dans leur riposte commune contre le gouvernement.

Il ne s’agit pas d’un « printemps turc » comme les médias occidentaux aiment à le définir. Ce mouvement qui monte prend un caractère anti-impérialiste et laïque. Il est étroitement lié à l’opposition populaire à la politique belliciste du gouvernement en Syrie et à l’islamisation rampante de la vie publique. Ainsi, il diffère des autres soulèvements au Moyen-orient.

En dépit d’une brutalité policière sans limites et du manque de direction dans le mouvement, les manifestants ont soigneusement évité toute provocation. Depuis hier matin, plusieurs centaines de milliers de personnes défilent dans les rues sans crainte, parcourant en tout des milliers de kilomètres sans mener la moindre action qui puisse laisser un espace pour dénigrer cette résistance populaire légitime.

La terreur d’État qui s’est fait jour hier a fait plusieurs milliers de blessés et conduit à l’arrestation de centaines de manifestants. Cependant, cela n’a pas fait fléchir la résolution et la détermination populaire. Désormais, la riposte va bien au-delà du projet gouvernemental de construction d’un centre commercial à Gezi Parkı près de la place Taksim. Le gouvernement AKP porte l’entière responsabilité de l’escalade des événements. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a essayé de minimiser les protestations et il doit désormais être prêt à affronter une dure réalité : les gens n’ont plus peur de son gouvernement et ils veulent s’en débarrasser le plus vite possible.

Notre parti va maintenant proposer de nouvelles initiatives pour améliorer la coordination de la lutte contre ces plans illégitimes du gouvernement.

Le Parti communiste de Turquie appelle ses adhérents et sympathisants à se rassembler place Taskim à 15 h.

Nous appelons notre peuple à boycotter les médias dominants, qui ignorent, déforment les nouvelles des manifestations et minimisent systématiquement le nombre des manifestants. Les gens doivent soutenir les médias alternatifs, qui sont la véritable source d’information.

Maintenant que le peuple s’est soulevé, la fin de ce gouvernement cruel est proche !

Solidarité contre le fascisme !

A bas la dictature du capital !

Source : solidarité internationale pcf