Unis et à l’offensive pour une bataille communiste !

Jeudi 1er décembre 2016

46,5 % pour l’option 2, celle de la candidature communiste, 53,50 % pour l’option 1 visant à soutenir Jean Luc Mélenchon, jamais une décision stratégique ne se sera prise à une aussi courte majorité dans le PCF, alors que nous continuons de nous affaiblir puisque nous avons perdu depuis 2012 plus de 12000 cotisants.

C’est une victoire à la Pyrrhus pour Pierre Laurent et son équipe car elle s’est faite très largement sur la pédagogie de la peur, de l’affaiblissement de notre parti et de l’hésitation : recherche d’une hypothétique primaire de la gauche pour un candidat commun, refus de mettre la candidature communiste en débat au 37éme congrès, absence d’appel explicite à candidature, menaces d’un score catastrophique… l’exécutif national a tout fait pour rendre une candidature issue du PCF impossible. Jusqu’à la menace entretenue au coeur même du vote d’un possible retour vers un candidature issue de la primaire socialiste.Des camarades ont cru l’éviter en votant pour l’option 1, alors qu’elle reste présente dans les déclarations et décisions de la direction et de Pierre Laurent.

Nous apprécions donc très positivement le résultat de l’option 2 qui démontre l’attachement des communistes à leur parti, leur opposition aux tentatives liquidatrices et leur exigence croissante d’une bataille communiste. Il témoigne de capacités à se rassembler pour l’existence et l’avenir du PCF qu’il faut encore élargir.

Nous avons combattu le choix de soutenir Jean-Luc Mélenchon parce que ce choix accélère l’effacement du PCF de la vie politique nationale et internationale et ferme donc la perspective d’une alternative durable face aux forces du capital, au risque de l’extrême droite. Ce choix ne sera pas un point d’appui pour l’élection de députés communistes.

Cependant le vote sur l’option 1 est divers dans ses motivations. De nombreux camarades l’ont fait par défaut, insistant pour que soit développée une bataille communiste autonome de la France insoumise, pour l’élection présidentielle comme pour les législatives.

Engagé pour une candidature communiste dès le congrès, nous avons porté notre position jusqu’au bout du débat :

« Loin des présidentiables éphémères, notre parti peut porter un candidat et un programme communistes, se renforcer en influence idéologique et forces organisées, contribuer à ce que les forces populaires gagnent en conscience et en force face aux combats qui s’annoncent. Le PCF peut porter un candidat représentatif de ces millions de travailleurs qui ont combattu la Loi El Khomri et ne veulent pas baisser les bras. Cette candidature sera un point d’appui pour nos 577 candidats aux législatives, qu’il nous faut désigner rapidement, et affirmera notre volonté de continuer le PCF. »

Notre engagement pour l’avenir du PCF a irrigué le rassemblement autour de la candidature communiste. Nous avons contribué à ce que les communistes affirment fortement au travers de leur vote, leur détermination à continuer leur combat dans une forme d’organisation qui leur est propre et qui ne saurait être sacrifiée à l’air du temps en même temps que progresse l’exigence d’une bataille communiste offensive.

Pour conforter et étendre leur domination sur toute l’activité humaine et les richesses de la planète, la bourgeoisie et le capital s’apprêtent à verrouiller toute alternative à la présidentielle. Les renoncements de la gauche, de la soumission à l’Union européenne jusqu’à l’enfermement dans les institutions et le système électoral, nourrissent les surenchères réactionnaires, fascistes et racistes de la droite et du Front National.

Le combat pour la rupture avec le capitalisme ne peut se déléguer ni se réduire à un bulletin de vote : luttes, unité de la classe ouvrière, rassemblement populaire, programme. Nous avons besoin d’un véritable parti communiste. Oui, nous voulons relever défi d’un parti communiste moteur de la transformation révolutionnaire dans un grand pays capitaliste développé.

Nous n’aurons pas de candidat à la présidentielle mais des milliers de communistes peuvent être les candidats de leur parti et d’un programme communiste.

Nous prendrons toute notre place dans cette bataille et porterons un programme autour de cinq grands chantiers communistes pour une assemblée nationale
constituante, ouvrant la perspective d’une nouvelle république, la première république socialiste, autogestionnaire et internationaliste :
- Pour un emploi digne et utile pour tous, conquérir la souveraineté populaire sur l’économie
- Pour le droit au logement et à une santé de qualité pour tous, sortir de la marchandisation
- Pour la paix, le développement humain, la planète, sortir du néocolonialisme et des affrontements impérialistes.
- Pour une démocratie autogestionnaire, sortir du rôle répressif de l’état par une autre organisation des pouvoirs.
- Pour le développement des individus, sortir de la violence par la culture et la démocratie

Nous sommes déterminés à travailler pour que le peuple se renforce en organisation, en conscience et action pour affronter les durs combats qui s’annoncent. Avec la montée de l’extrême droite et d’une droite bien décidée à liquider ce qui reste des acquis sociaux, nous avons plus que jamais besoin d’une force révolutionnaire, pas d’un rassemblement hétéroclite qui se reconstitue à chaque échéance électorale pour se dissoudre entre deux élections. Notre parti doit redevenir l’outil indispensable aux combats à venir.

Vive le Parti Communiste Français !

Pour André Chassaigne, rallier Jean-Luc Mélenchon serait porter « un coup fatal au parti communiste »

http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2016/11/23/pour-andre-chassaigne-rallier-jean-luc-melenchon-serait-porter-un-coup-fatal-au-parti-communiste_5036710_4854003.html#xtor=AL-32280270


Invité de l’émission « Questions d’info » sur LCP, le chef de file des députés communistes se dit « disponible » pour une candidature.

Jean-Luc Mélenchon peut-il être le candidat des communistes à l’élection présidentielle ? Alors que les militants du PCF sont appelés à voter lors d’une consultation qui s’ouvre jeudi 24 novembre, André Chassaigne répond clairement par la négative. « Si le choix de rallier Jean-Luc Mélenchon est fait, je le dis avec une conviction voire une forme d’émotion dans la voix, je crois que c’est véritablement un coup fatal qui sera porté au Parti communiste », a déclaré, mercredi, le député PCF du Puy-de-Dôme, invité de l’émission « Questions d’info » sur LCP en partenariat avec Le Monde, France Info et l’AFP.

Pour justifier son opposition au leader de « la France insoumise » le chef de fil des députés communistes a mis en avant la pratique du pouvoir de Jean-Luc Mélenchon qu’il qualifie de « pyramidale ». « J’ai lu la charte des insoumis. Si je la signe, je n’aurai plus de liberté de vote, cela veut dire que je reviendrai à une conception de la politique qui a été abandonnée par le PCF il ya plusieurs décennies » a- t -il fait valoir en ajoutant : « Chez les communistes, on a vu le résultat du culte de la personnalité. »

André Chassaigne a également dénoncé la ligne de l’ancien allié du Front de gauche qui ne conduira selon lui qu’« au repli et à l’isolement » alors que le PCF doit « reconstruire une gauche susceptible de gouverner le pays ».

« Bloquer l’arrivée de la droite »

A cinq mois de l’élection présidentielle, le PCF est en pleine turbulence. Pierre Laurent et la direction du PCF se sont déjà ralliés à la candidature de Jean-Luc Mélenchon quitte à se faire désavouer, en novembre, par la conférence nationale du parti. Selon André Chassaigne, ils ne l’ont pas fait « par conviction, mais par crainte que les candidats de la France insoumise aux élections législatives puissent empêcher certains candidats communistes de reprendre des sièges qu’ils avaient perdus notamment en 2012 ».

Se déclarant « disponible », André Chassaigne entend se battre jusqu’au bout pour défendre les couleurs du PCF à l’élection présidentielle. Alors que le PS organise sa primaire en janvier, il n’a cependant pas fermé la porte à une « candidature de rassemblement » de la gauche susceptible de « bloquer l’arrivée de la droite ». Ce rassemblement « ne peut pas se construire à n’importe quel prix. Il doit symboliser une gauche de combat contre la dérive libérale », a-t-il prévenu. Selon lui, François Fillon et Alain Juppé, les deux finalistes de la primaire de la droite, incarnent la même droite « décomplexée et réactionnaire ».

Le député du Puy-de-Dôme a confirmé qu’il serait candidat à sa succession aux législatives de juin. « Je sais que j’aurai un candidat de la France insoumise contre moi mais je n’ai pas l’habitude de vendre mon âme pour un plat de lentilles », a- t-il conclu.

 

Nous, Communistes

Un appel d’André Chassaigne pour la candidature communiste


Réunis en conférence nationale le 5 novembre à Paris, les délégués du PCF de tout le pays ont envoyé un message fort, dont la teneur et le sens profond méritent ici d’être précisés. Les médias l’ont en effet interprété comme un vote contre Jean-Luc Mélenchon. Cette lecture est superficielle. Certes, la personnalisation de cette candidature, comme son orientation, suscitent de justes interrogations auprès de nombre de nos militants. Il n’empêche, l’essentiel est ailleurs. Ce vote revêt un sens positif, constructif et dynamique.

Dans le contexte actuel, une candidature issue du parti communiste est légitime et nécessaire pour faire entendre la voix des communistes. Bien au-delà, elle a vocation à rassembler les progressistes de notre pays. Malgré les coups de boutoirs assénés depuis 2012 par les gouvernements socialistes, nous demeurons toujours animés par un « esprit de conquêtes sociales », par un attachement viscéral aux valeurs humanistes, celles de paix, de justice, de partage, d’égalité et de fraternité. Ces mots et ces valeurs nourrissent et animent l’engagement de nos militants dans tous nos départements.

Notre identité est une identité généreuse. C’est aussi une identité d’avenir, celle d’où viendra le salut de la gauche.

Alors que certains sont pressés d’enterrer les communistes et annoncent la fin de leur parti historique, nous sommes pourtant toujours vivants, debout, combatifs, force organisée et ouverte, présents dans les assemblées élues comme dans les combats menés par nos concitoyens.

Nous, communistes, avons vocation à fédérer le peuple de gauche, à unir tous les progressistes et former ainsi un front uni contre les forces de l’austérité et de la xénophobie.

Loin de toute ambition personnelle, nous pensons que les défis à relever sont collectifs : contrer à gauche la dérive libérale du parti socialiste, empêcher le retour au pouvoir d’une droite extrême et faire face au danger du Front National, refuser l’abandon de l’idéal progressiste de notre Contrat social hérité de la Révolution et de la Résistance.

Il revient aux communistes, forts de leur histoire faite de luttes sociales émancipatrices, de porter aujourd’hui une candidature de la révolte face à la résignation, une candidature qui rassemble, dans le respect, tous ceux qui souhaitent incarner une alternative à la dérive libérale qui gangrène notre société et désespère les peuples. Une candidature qui portera l’exigence et l’urgence de mettre en chantier une société nouvelle.

Une candidature qui n’affronte pas seulement la finance par les mots, mais par les actes, en s’appuyant sur les intelligences et les mobilisations sociales.

Cette fin de semaine, par leur vote, les communistes se doivent de prendre leur responsabilité devant l’Histoire, notre Histoire.

André Chassaigne, publié dans l’Humanité du 22 11 2016

PCF : faire le choix de l’audace !

Guillaume Sayon

https://guillaumesayon.wordpress.com/author/guillaumesayon/


Voilà nous y sommes. Ce week end de très nombreux militants communistes vont choisir la voie qu’ils veulent emprunter pour les échéances à venir. Deux choix s’offrent à nous. Le choix de soutenir Mélenchon ou le choix de construire une candidature issue de nos rangs. On pourrait discuter la formulation du bulletin de vote. On pourrait de nouveau rappeler que ce processus arrive bien trop tard. On pourrait s’insurger face aux sournoiseries en cours depuis la conférence nationale au travers du journal l’Humanité, ou même face au dernier billet de Pierre Laurent publié sur son blog qui fait comme si une importante majorité des participants de la conférence nationale n’avait pas fait un choix clair, libre, contraire à celui que ce dernier avait formulé la veille. Nous en avons vu d’autres et c’est avec la même constance que nous continuons à rester cohérent et à argumenter dans le respect et avec le soucis prioritaire de l’unité du Parti. Même si, et c’est suffisamment singulier pour le souligner, c’est une première de voir un secrétaire national désavoué à ce point.

La première chose qui me vient à l’esprit, c’est la fierté d’appartenir à cette grande famille communiste. Malgré toutes les tentatives successives depuis le début de l’année pour contourner l’hypothèse d’une candidature communiste, c’est en lucidité et en faisant preuve de beaucoup d’intelligence que de nombreux communistes font pourtant actuellement ce choix. Cela n’était pas évident puisque le parti est historiquement légitimiste. Des réseaux internes se sont constitués pour porter la contradiction se pliant toujours néanmoins au fait majoritaire. Cependant, très globalement, les communistes suivent la direction que nos congrès établissent et qui est déclinée dans le texte proposé par la direction sortante. C’est ainsi que la réaction à la mutation portée par Robert Hue a pris beaucoup de temps, que de trop rares camarades s’y sont opposés dès le départ. Même chose concernant Marie-George Buffet et le choix de participer aux collectifs antilibéraux. Alors que nous avions arraché une magnifique victoire en 2005 lors du référendum sur le projet de constitution pour l’Europe ouvrant un chemin intéressant, nous avons sans doute fait le pire des choix : nous engluer dans une fronde de groupuscules gauchistes qui partageaient tous un même trait de caractère, leur détestation du PCF. C’est ainsi qu’ils ont fait le choix tardif de José Bové alors que Marie-George Buffet avait été choisie par la consultation populaire. Le même José Bové et sa moustache légendaire qui siège aujourd’hui sur les bancs des Verts, à côté de Daniel Cohn-Bendit, au parlement européen. C’est ainsi qu’on peut relire avec délice Clouscard qui était sans doute le plus lucide des intellectuels sur ce qu’était mai 68 et les leaders de la trempe de Dany le rouge.

Il y avait à l’époque (déjà!) des collectifs antilibéraux, Clémentine Autain. J’ai une détestation viscérale pour ce genre de personnage. Après avoir profité d’un mandat d’adjointe à la mairie de Paris sur le contingent des communistes, elle a passé son temps ensuite dans les colonnes de son journal Regards, à cracher sur le PCF, à dire à quel point nous sommes rétrogrades, mauvais, arriérés. Elle a nourri, non sans un certain talent, les conceptions communautaristes, bras d’honneur aux dynamiques de classes qui se sont affaiblies avec les conséquences que l’on sait. Elle a pu compter et peut toujours compter sur le concours de Martelli, l’historien révisionniste, qui lui aussi ne manque jamais d’inspiration pour démolir le PCF. Les mêmes sont aujourd’hui ceux qui nous font la leçon, eux qui n’existent que grâce ou plutôt à cause du PCF. Et voilà que les « plus rouge que moi tu meurs » se rangent eux aussi derrière Mélenchon. Le PRCF, la Coordination Communiste … Pour de très nombreux membres de ces organisations j’ai du respect et de l’amitié. Mais l’enthousiasme dont ils font preuve pour s’immiscer dans nos débats internes et pour nous vendre les qualités incontestables du « Jaurès insoumis » devient délirant. Tous deviennent nerveux parce que les communistes restent insensibles à leurs manœuvres.

Dans le même temps, nous devons supporter l’insupportable. Les envolées hystériques du « fan club insoumis ». Tous répètent à la virgule près, le même prêchi-prêcha du grand chef. Nous devons subir des torrents d’insultes, des caricatures insidieuses. Pire encore, alors qu’ils pensent se draper du manteau souverain de la pureté révolutionnaire, ils ne se rendent pas compte qu’ils perpétuent la vieille tradition poujadiste, ce populisme abscons anti-parti. Beaucoup vont déchanter quand les élections de 2017 passées, la France insoumise deviendra un parti. Il arrive même parfois que le délire atteint de tels sommets qu’il nous est impossible de pouvoir y répondre avec raison. J’avoue que plus d’une fois j’étais partagé entre le fou-rire et la consternation. Et nous devrions donc donner de la force et du crédit à cette chose ?

Aucune remise en cause, aucune contradiction, aucune écoute raisonnable sur les arguments économiques ou sur le nucléaire. Dans les évangiles selon Jean-Luc c’est dit comme ça, point à la ligne. Vous leur expliquez que proposer la sortie du nucléaire demande à être discuté, que des bassins industriels entiers dépendent de l’existence de centrales, que là où on stoppe la production du nucléaire civil comme en Allemagne on finit par émettre beaucoup plus de gaz carboniques … Non Jean-Luc a dit on sort du nucléaire et c’est comme ça ! Je les invite donc à venir taper aux portes dans les quartiers avec nous, à se rendre à la sortie des entreprises et à l’expliquer aux salariés. On va rire deux secondes. Ce discours qui a sans doute une belle portée chez ceux qui n’ont jamais vu une usine ou qui se complaisent dans les discours faciles à la Al Gore, ne mesurent pas que l’urgence est à relancer la machine industrielle, seule capable de créer les millions d’emplois dont notre pays a besoin pour sortir du marasme économique dans lequel il s’enfonce toujours un peu plus. Bien évidemment il va falloir lancer d’importants programmes publics de recherche dans les énergies du futur, mettre des centaines d’ingénieurs au travail pour inventer la production énergétique de demain. Cependant, Le Pen triomphera dans l’électorat populaire si nous continuons à axer symptomatiquement notre discours là-dessus. L’édification de quelques centrales thermiques ou l’installation d’éoliennes en mer ne permettront certainement pas de répondre aux défis colossaux qui nous attendent pour éviter le pire. Des millions de français veulent pouvoir avoir la certitude de mettre quelque chose dans leur assiette et celle de leurs enfants. D’ailleurs, bien évidemment il est juste d’évoquer les problématiques des protéïnes carnées et des circuits courts. Mais combien de foyers n’ont plus la possibilité de manger de la viande ne serait-ce qu’une fois dans la semaine ?  Un peu de bon sens serait le bienvenu …

On pourrait parler également du fait que le programme proposé par la France insoumise ne propose pas de détruire les logiques systémiques qui fondent le modèle libéral. Encore moins le modèle capitaliste. Hormis la proposition du retour à l’impôt progressif et l’augmentation du Smic, rien de bien palpitant il faut le dire. Le programme de 1981 était plus révolutionnaire encore que celui de Mélenchon. Dans le projet de la France Insoumise, on propose un plan de relance via le vecteur de l’économie verte aux potentialités réelles il est vrai, mais limitées. Quid de la nationalisation bancaire ? Quid de la place des salariés dans l’entreprise et de la possibilité de prendre progressivement le pouvoir dans cette dernière ? Quid des moyens proposés pour mettre fin à l’exil fiscal ? … Mélenchon travaille à perpétuer l’héritage du réformisme social-démocrate. Par ailleurs la révolution citoyenne, la refonte institutionnelle ne peuvent pas et ne doivent pas se limiter à un bidouillage constitutionnel qui ressusciterait la quatrième République et à inscrire la règle verte dans la prochaine constitution. Règle verte qui, si nous l’avions suivie à la lettre jusqu’ici, ferait que nous vivrions encore aujourd’hui à l’âge de pierre. La démocratie elle doit avant tout exister dans les entreprises et au travers d’assemblées populaires locales.

Bref j’invite mes camarades à aller au-delà l’enrobage qui peut paraître séduisant. Voyez l’arrivée de la droite la plus réactionnaire depuis la guerre et l’urgence de porter une alternative ambitieuse, véritablement révolutionnaire. De terribles années nous attendent sûrement et il va falloir une force organisée, patiente, militante pour pouvoir y faire face. Pas une auberge espagnole où l’on apprend par cœur son catéchisme pour ensuite le répéter en boucle sur les réseaux sociaux. Il faut des militants qui se forgent une conscience reposant sur une matrice philosophique solide, un marxisme de notre temps, une approche dialectique et matérialiste de l’histoire. Comment un militant qui pense qu’un homme peut tout changer peut-il avoir conscience de ce que sont les rapports de classes ? Que sans luttes, le progrès démocratique n’est rien ? Que la démocratie bourgeoise ne pourra jamais aller plus loin que ce qu’elle est ? Il ne s’agit pas de problématiques anodines mais bien du cœur de notre engagement.

Ne permettons donc pas, nous communistes, à cette entreprise de s’imposer seule dans le paysage alternatif. Ne nous abandonnons pas dans cette dynamique qui s’avérerait fatale en fin de compte. Nous subissons aujourd’hui encore les errements et renoncements du rassemblement autour du programme commun, ceux qui résultent également de la gauche plurielle qui a permis à Le Pen d’accéder au second tour de la présidentielle pour la première fois. Tirons donc les enseignements de nos échecs passés.

Que deviendra la France Insoumise sans son chef ? Ces gens qui n’ont pas l’expérience du temps long, qui n’ont pas l’expérience de la force collective pour surmonter l’adversité, les défaites successives, retrouverons-nous les demain pour empêcher les plans de la bourgeoisie de se réaliser ? Après 2012, où étaient-ils tous passés ? Pourquoi nous sentions-nous finalement si seul pour continuer la bataille ? Le candidat Mélenchon dans la circonscription d’Hénin-Beaumont, pourquoi n’est-il jamais revenu ? Pourquoi n’était-il pas, il y a peu, avec nous devant le local du Secours Populaire pour s’opposer à la sale manœuvre de la mairie FN ? Pourquoi pour s’opposer aux expulsions locatives il n’y avait que les communistes ?

Toutes ces interrogations doivent guider notre choix. Ne nous laissons pas endormir par les sondages ou les discours aventureux des uns et des autres. Le PCF ne rassemble plus parce que depuis des années nous nous sommes convaincus que nous n’en avions plus la force, la capacité. Pourtant, localement, lorsque nous sommes actifs, organisés, que nous ne renions pas ce que nous sommes, nous nous renforçons, nous rassemblons. Il est clair que nos concitoyens réclament de l’authenticité, de l’audace, du courage et une force qui leur ressemble. Non pas une simple bulle médiatique. Non pas de beaux discours bien prononcés. Nos idées ont de l’avenir. Elles ne pourront survivre et grandir que si elles sont portées par une organisation capable de ne pas flancher, capable de se déployer vite et bien, d’être en prise avec le réel, dans les quartiers et les entreprises. Alors camarades, l’heure n’est pas venue d’abdiquer ou de faire un choix contraint et forcé. L’heure est venue d’exister.

G.S

Mélenchon, génie politique et avenir de résistance ?

Caroline ANDREANI, 18 novembre 2016

Réponse à une déclaration de Claude Mazauric en faveur de JL Mélenchon*

(28 septembre 2016)


Depuis la conférence nationale du 5 novembre, qui a mis en minorité un secrétaire national à bout de souffle, les partisans de la candidature Mélenchon ne cessent de convoquer des avis éclairés pour convaincre les récalcitrants de voter comme il faut.

C’est ainsi que resurgit la contribution de Claude Mazauric, déjà vieille de plusieurs semaines, où il affirme son engagement en faveur de Mélenchon.

Que dit-il exactement ?

1- Que les partisans d’une candidature communiste font un choix moral et affectif, qui s’inscrit dans « un champ idéologique traditionnel par son référentiel », et dans « une perspective mythique et même eschatologique ». Lequel choix conduirait à « la presque fin pratique » du PCF.

Décryptage : les partisans de la candidature communiste sont des nostalgiques, qui n’ont pas compris que leur choix conduirait à l’extinction de leur parti.

Voilà une affirmation pour le moins lapidaire qui demanderait à être étayée.

2- Claude Mazauric soutient Mélenchon, convaincu qu’il a été par « le rapport argumenté de Pierre Dharéville ».

C’est curieux comme la perception des situations peut varier d’un individu à un autre. En entendant Pierre Dharéville, j’ai plutôt eu la sensation qu’il naviguait à vue, et que la ligne qu’il défendait était celle du report de la décision.

Claude Mazauric salue le « coup de génie politique » de Mélenchon qui en déclarant sa candidature fin 2015, aurait porté « un coup majeur » à la « crédibilité du Parti socialiste ».

On peut toujours trouver des justifications à ses choix politiques. Encore faudrait-il ne pas trop forcer le trait.

Quand Jean-Luc Mélenchon a déclaré sa candidature, il a surtout torpillé la primaire de la petite gauche voulue par Pierre Laurent. Les « Lundis de la gauche », qui donnaient la parole au ban et à l’arrière-ban des intellectuels non communistes, étaient un ballon d’essai à la recherche d’une candidature commune face à… Mélenchon ! Avec le flair politique qui le caractérise, Pierre Laurent a sollicité Caroline de Haas et Thomas Piketty… Et par un heureux hasard du calendrier, Emmanuelle Cosse a torpillé plus encore la perspective d’une candidature commune en trahissant les siens par son entrée surprise au gouvernement.

Quant à la crédibilité du Parti socialiste, quatre années de mesures en faveur du patronat, d’alignement sur les politiques européennes les plus régressives et de guerres coloniales tous azimuts l’ont certainement bien plus entamée que la candidature d’un électron libre issu de ses rangs.

Car enfin, on peut crier au génie politique. Mais il a tout de même fallu trente ans à Jean-Luc Mélenchon pour se rendre compte que le Parti socialiste s’était converti à « l’ordolibéralisme européiste », pour reprendre les termes de Claude Mazauric. C’est faire preuve d’une lucidité tardive.

Ensuite, l’appel à voter François Hollande sans poser de conditions – ce qui n’avait rien à voir avec une participation gouvernementale – ressemble sacrément à une erreur de stratégie plus qu’à une décision politique mûrement réfléchie. Cela aurait pu permettre de créer un rapport de forces, comme l’ont fait les communistes français en 1936 lorsqu’ils soutenaient le Front populaire tout en se refusant à participer à un gouvernement d’union avec les socialistes et les radicaux.

La position de Claude Mazauric, si respectable soit-elle, repose sur une analyse très partielle de la situation. La candidature de Jean-Luc Mélenchon peut-elle servir d’outil pour recomposer le paysage politique à gauche ? Rien n’est moins sûr. À Hénin-Beaumont, les classes populaires ne se sont pas reconnues dans le candidat de L’humain d’abord.

Le système médiatique fait la part belle à des personnalités comme Jean-Luc Mélenchon, qui ont l’habitude des plateaux de télévision et la répartie (un peu trop) facile. Mais il reste un objet médiatique, comme Besancenot avant lui, favorisé par l’absence d’autres candidatures porteuses. Jean-Luc Mélenchon est certes brillant, mais il n’a pas su créer, depuis sa candidature en 2012, autre chose qu’un mouvement-croupion regroupant des affidés.

Sa candidature est-elle un « avenir de résistance », un « avenir non mythique », comme l’affirme Claude Mazauric ?

Personnellement, j’ai du mal à y croire, et j’ai même du mal à comprendre comment un historien comme Claude Mazauric peut partager cette conviction, qui pour le coup ressort du mythe. Je ne saurais dire si une candidature communiste empêchera la disparition du PCF. Mais il y a une chose dont je ne doute pas, c’est que le soutien à la candidature Mélenchon se soldera par sa disparition.

Conférence nationale du PCF

Intervention de Caroline ANDREANI

5 novembre 2016

Quand on veut aborder la question du positionnement du PCF aux élections présidentielles, il faut se poser les bonnes questions.

Elles sont au nombre de trois :

1- Faut-il une expression communiste à l’élection présidentielle ?

2- Qu’avons-nous en tant que Parti communiste à apporter dans cette campagne en termes de programme, et quelles idées voulons-nous faire avancer ?

3- Avons-nous les capacités, dans tous les domaines – militant, financiers, humain – de porter une candidature ?

En 2012, lorsque les communistes ont décidé de choisir Jean-Luc Mélenchon comme candidat et le Front de gauche comme cadre politique pour l’élection présidentielle, nous étions un certain nombre à penser qu’il s’agissait d’une erreur politique majeure.

Dans la V° République, l’élection présidentielle est – malheureusement – un moment fort de la vie politique. C’était désarmer notre parti que de ne pas présenter de candidat, et se priver ainsi d’une tribune nationale pour porter un message politique et un programme.

Nous n’avons pas voulu aller à la bataille des présidentielles. Nous avons préféré le moindre risque. Nous avons accepté de nous ranger derrière la bannière d’un candidat, en minimisant les difficultés que cela allait forcément engendrer, et nous en payons les conséquences alors qu’elles étaient prévisibles. Allons-nous recommencer ?

Aujourd’hui, il faut tirer les conséquences de la campagne de 2012. J’en retiens deux, parmi d’autres : notre parti a su mobiliser ses forces, organiser des réunions publiques et des manifestations d’ampleur, aller à la rencontre des gens et les convaincre. Sans les communistes, sans leur mobilisation, jamais Mélenchon n’aurait atteint les 11%. Mais Mélenchon était porteur d’un programme et d’idées qu’il a défendus envers et contre tout. Il n’a pas eu peur de choquer, de trancher, de prendre à rebours l’idéologie dominante. Je crois que c’est ce que les électeurs ont apprécié. Et malheureusement, c’est ce qui manque aujourd’hui au Parti communiste : la capacité à défendre des idées révolutionnaires, à donner des perspectives de changement de société, à porter un projet de rupture avec le modèle capitaliste.

La question que je me pose est de savoir pourquoi dans la configuration de 2017, nous n’osons pas aller à la présidentielle avec une candidature communiste. Qu’est-ce qui nous retient ? Nous avons peur de présenter une candidature communiste, avec un programme communiste. A quel niveau de déchéance nous en sommes arrivés à force de décisions politiques désastreuses successives !

Nous avons butiné avec les « lundis de la gauche », en espérant qu’une candidature qui ne soit ni communiste, ni Mélenchon s’impose à nous. Nous avons courtisé les frondeurs qui ne nous ont pas pris au sérieux. Aujourd’hui, nous sommes dans une impasse. Toute la question est de savoir si nous voulons oui ou non en sortir.

Il est temps que le PCF réagisse et se reconstruise. Il en va de notre survie. Ne plus porter de projet révolutionnaire, abandonner notre idéologie, c’est cela qui explique notre déclin, et qui va précipiter notre disparition. Nous ne pouvons pas nous permettre la énième erreur d’appréciation et de stratégie.

Certes, une candidature communiste, c’est choisir la difficulté. Mais c’est aussi préserver l’avenir. Ne croyez pas qu’en se rangeant derrière Mélenchon, nous sauverons des députés communistes. Au contraire, si nous disparaissons dans la présidentielle, nous serons invisibles durant les législatives. Je le dis solennellement, c’est la survie du Parti communiste qui se joue aujourd’hui. Se ranger derrière Mélenchon, c’est choisir la disparition du PCF.

LETTRE OUVERTE À PIERRE LAURENT

Mon cher Pierre,

Je croyais que le succès phénoménal des « Lundis de la gauche » aurait refroidi tes ardeurs. Que nenni ! Tu persévères avec une pétition au titre provocateur : « Vivement la gauche ». Un tout petit appel de quelques lignes qui résume à lui seul les errements de notre ligne politique, et surtout la confusion dans laquelle nous nous sommes collectivement plongés.

Et si je dis « tu », c’est que cet appel semble avoir été décidé en très petit comité. Même si je ne suis plus très assidue au Conseil national, il me semble qu’au dernier CN*, ni toi ni tes lieutenants ne l’aviez évoqué. Je n’ose pas croire qu’il serait né, miraculeusement, des suites de la « restitution » de la « grande consultation » du 8 octobre.

Tu connais la maxime : « Errare humanum est, perseverare diabolicum ». L’entêtement est diabolique… S’il y a une chose que nous, communistes, sommes encore capables de faire, c’est bien de persévérer dans l’erreur. Nos résultats électoraux en baisse constante depuis les années 80 en sont la preuve irréfutable.

Ah, la persévérance ! Je me rappelle encore, Pierre, de ton frère Michel, au moment des collectifs antilibéraux**, qui expliquait qu’il fallait « jouer la gagne », que le grain de sable s’appelait Besancenot, et qu’une unique candidature de gauche (à l’époque, nous pensions que celle de Marie-Georges Buffet allait naturellement s’imposer…) pourrait faire un score à deux chiffres.

Aujourd’hui, dans une situation politique renouvelée, nous persévérons. Une candidature unique de la « gauche d’alternative » pourrait faire un score à deux chiffres. Sauf que le grain de sable s’appelle Mélenchon, et qu’il aurait plutôt la taille d’un caillou (oserais-je dire d’un pavé). Bien entendu, l’appel agite les épouvantails que sont la droite et l’extrême droite. Ce serait dommage de ne pas avancer l’argument de culpabilisation.

« Vivement la gauche ». Cela ne devrait pas me surprendre. Et pourtant, on peut toujours être surpris. Pierre, est-ce qu’il t’arrive de sortir de Fabien, de pousser la porte du bunker ? Toi et ta garde rapprochée, s’entend. Est-ce que vous mesurez la réalité de la situation politique ? Est-ce que vous croyez vraiment que les électeurs sont prêts à signer un tel appel alors qu’ils associent naturellement la « gauche » au Parti socialiste ?

A l’occasion de cet appel, vous avez inventé un concept d’une rare souplesse, la « gauche d’alternative ». Je croyais avoir entendu à Fabien qu’il n’y avait pas deux gauches, et qu’il fallait bien se garder de dire que les socialistes n’étaient plus à gauche pour ne pas se couper de leurs électeurs. N’y a-t-il pas là une contradiction ? Et crois-tu vraiment qu’il sera facile de vendre aux communistes une alliance avec les Verts, qui méprisent et écrasent les classes populaires quand ils sont au pouvoir dans les collectivités territoriales ou au gouvernement ? Ou avec Christian Paul et les « frondeurs » qui sont restés au Parti socialiste, avalisant sa politique antisociale ?

Cet appel dénonce la finance et le Medef, mais surtout pas l’Union européenne. J’ai entendu avec un certain étonnement mon secrétaire de section expliquer que ça ne servait en définitive à rien de s’attaquer à l’Union européenne, parce qu’elle n’était qu’un instrument du capital. Voilà un argument nouveau dans la bouche d’un communiste. Malheureusement, c’est une vieille lune venue de… Lutte ouvrière. Sommes-nous à ce point de déliquescence idéologique qu’il faille emprunter à nos camarades trotskistes une argumentation pour le moins sujette à caution ?

Mais je m’égare. Nous, communistes, avons des objectifs bien plus élevés : nous voulons bâtir l’Europe sociale. Et comme si ça ne suffisait pas, nous voulons réorienter la politique de la BCE. Avec de tels objectifs, ce serait du temps perdu que de remettre en cause la construction européenne !

Ma dernière réunion de section, dans un département qui a longtemps été communiste, la Seine-Saint-Denis, m’a profondément interrogée. La pédagogie du renoncement fonctionne à plein dans le parti. Sur une vingtaine de camarades, tous sauf moi se sont prononcés pour la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Avec des arguments qui n’ont rien de rassurant quant à l’état d’esprit des militants communistes. Sais-tu pourquoi, in fine, des camarades qui tous critiquent Mélenchon se rallient à sa candidature ? En désespoir de cause. Parce que 1- ils sont aujourd’hui persuadés qu’un communiste ne peut pas être un candidat de rassemblement et 2- que le Pcf n’a plus dans ses rangs les ressources suffisantes pour trouver un candidat qui tienne la route. Soit dit en passant, ce n’est pas très flatteur pour notre direction.

Félicitons-nous d’avoir des militants à ce point lucides qu’ils soient capables de choisir la peste plutôt que le choléra.

En définitive, l’opération « Vivement la gauche » vise avant tout à empêcher l’émergence d’une candidature communiste. Surtout si elle ne provient pas du cénacle, surtout si elle est issue de province, surtout si elle vient du monde du travail. Vous soutiendrez Mélenchon comme la corde le pendu, au nom de l’unité du Parti. Parce qu’évidemment, l’unité du Parti, la seule qui vaille, c’est avec les soutiens de Mélenchon.

Comme nous sommes de grands stratèges, nous privilégions les élections législatives aux élections présidentielles. Comment imaginer que des candidats communistes auront une quelconque visibilité alors que leur parti sera absent de l’élection présidentielle ? Et surtout, comment peut-on réussir le tour de force de faire gober ça aux camarades ? Le légitimisme, autant que le renoncement, tue notre parti. Mais nous avons la parade, celle que nous ressortons à chaque défaite électorale depuis 20 ans : « Les électeurs n’ont pas compris notre stratégie ». Ils ne l’ont pas comprise ou ils l’ont sanctionnée ? Il serait temps de se poser les bonnes questions.

Tout faire, absolument tout pour conserver des élus, nous renvoie à chaque élection dans le giron des socialistes. C’est une stratégie de court terme, et elle ne fera pas recette en 2017. Car le Parti socialiste aura bien d’autres chats à fouetter que sauver 15 députés communistes et apparentés, crois-moi ! Par contre, tous ceux qui depuis cinq ans subissent la politique de Hollande et Valls ne sont pas prêts de nous pardonner notre inféodation systématique au Parti socialiste.

Et nous revenons à notre problématique de départ : « Vivement la gauche ». Mon cher Pierre, si tu veux empêcher la disparition du parti, il va falloir faire autre chose que de rester en cercle fermé. Il va falloir sortir, rencontrer ces classes populaires qui n’en finissent pas de souffrir des politiques d’austérité imposées par l’Union européenne et ses amis de la finance. Il va falloir aussi tenir un autre discours que le salmigondis qui sert aujourd’hui de ligne politique au parti.

S’il y a une chose positive à retenir de l’aventure Mélenchon, c’est celle-ci : seul un discours clair et porteur de ruptures peut convaincre les classes populaires de renouer avec la politique. Je sais que certains dans nos rangs qualifient cela de populisme. Les manifestations contre la loi El Khomry, la résistance à l’état d’urgence (que, soit dit en passant, nos députés ont voté parce que « sinon, les gens n’auraient pas compris », véridique !), la solidarité active avec les migrants et avec les Rroms, les combats contre les fermetures d’usines ou les luttes pour la défense des services publics, montrent chaque jour qu’il faudrait une étincelle pour que le peuple redevienne un acteur de premier plan de la vie politique. N’est-ce pas le rôle d’un parti véritablement communiste que d’aider à cela ?

Si je peux te donner un seul conseil, Pierre, c’est celui-ci : renoue avec le communisme. Comme le capitalisme, il a de beaux jours devant lui.

Caroline ANDREANI

Section de Pantin, fédération de Seine-Saint-Denis

Membre du Conseil national

*Les 24 et 25 septembre.

** Élection présidentielle de 2007.

Après le 37ème congrès du PCF, pour empêcher un nouvel effacement programmé, faire vivre le PCF!

Poursuite de l’effacement du PCF ou renouveau communiste dans l’unité et l’action ? Le 37ème congrès n’a pas échappé aux questions qui montent dans les luttes de classe, bien au delà des communistes organisés eux-mêmes.

Les interrogations multiples des communistes, dont le vote avait montré la diversité, sont apparues dans les débats : effacement ou non de l’idéologie, de l’organisation communiste nationale dans les luttes et les moments électoraux. Nous avons pris toute notre place dans le débat avec de multiples interventions, tandis que le courant refondateur du texte 1 intervenait pour accentuer encore la dilution du PCF dans une nouvelle force politique. Au final, c’est la stratégie d’effacement du parti autour d’un programme et de candidatures communes de la gauche qui l’emporte. Les législatives, comme la présidentielle, restent soumises à ce nouveau carcan « socialiste/vert ». Le secrétaire national a mis tout son poids dans cette orientation qui peine à convaincre.

Le discours final de Pierre Laurent théorise à nouveau l’effacement du Parti communiste au nom du rassemblement, plutôt que d’affronter le débat sur les conditions du nécessaire renforcement du courant révolutionnaire porteur de transformations sociales. Pour l’instant, toute proposition de candidature communiste à la présidentielle est exclue jusqu’à novembre, moment où de fait nous serons le dos au mur.

Qui peut croire que ces ultimes combinaisons politiques vont battre la droite et le Front national, répondre à la colère et aux exigences sociales ?

Ainsi, après la gauche plurielle, les collectifs antilibéraux, la candidature Front de Gauche en 2012, nous repartirions dans une nouvelle fuite en avant aboutissant à une campagne pour Duflot, Hamon, Montebourg, sur un programme minimum, à moins d’ailleurs que nous n’aboutissions sur le « rien du tout » qu’espère Jean-Luc Mélenchon.

Dans cette perspective, il n’y a rien d’étonnant que le secrétaire national, par ailleurs président du PGE, ait refusé tout débat sérieux sur notre position sur l’Union européenne et l’euro après le diktat en Grèce, alors même que plus de 40 % des délégués l’ont demandé dans un amendement. Notre position sur l’UE reste donc un tabou.

Au plan international, la direction du PCF tourne le dos au socialisme existant (Chine, Viêt-Nam, Laos, etc.) et aux BRICS. Elle poursuit la rupture avec les partis communistes du monde entier au profit des forces réformistes. Dans ce contexte, l’intervention du représentant du Parti communiste portugais a été un moment fort témoignant d’une bataille communiste possible.

Mais la fin de l’histoire n’est pas écrite.

Le congrès n’efface pas les votes sur les différents textes, les discussions et votes des conférences de sections et départementales où les communistes ont largement exprimé leur rejet de la primaire et de la sujétion à la social-démocratie, frondeurs et autres.

Surtout, jusque dans ces quatre jours de congrès, la volonté des communistes de faire vivre le PCF et de mener les combats qui découlent de cette volonté s’est exprimée fortement, même si elle se heurte à une ligne politique qui tourne le dos à cette exigence. La rupture du PCF avec son histoire et la classe ouvrière, le renoncement au socialisme et à l’action révolutionnaire, l’acceptation de l’effacement du Parti communiste, tout cela ne fait pas l’unanimité au PCF. Les résistances sont toujours là, traversent les générations, interrogent de nouveaux militants.

Notre présence légèrement renforcée au Conseil national témoigne de la persistance de ce débat dans le PCF jusqu’au sein de sa direction et il est regrettable que la division notamment au travers de deux textes ait affaibli une fois de plus ceux qui veulent faire vivre et renforcer le PCF.

Le mouvement social contre la Loi Travail s’élargit et se renforce. Il peut gagner et de toutes façons, modifie déjà profondément les rapports de forces et les consciences. Il pose différemment toutes les questions politiques, ouvre une nouvelle séquence à peine effleurée par le congrès. Travaillons à ce que ce mouvement gagne en force et en conscience en mettant toutes nos forces pour le succès des manifestations prévues dans les jours qui viennent, particulièrement le 14 juin.

Les communistes peuvent dans les mois à venir prendre toutes les initiatives qu’ils jugent utiles pour placer le PCF en position offensive, mettre la question de sa force en débat dans la population comme élément essentiel du rapport de force, porter et faire grandir un projet de transformation sociale, ancrer des candidats communistes aux législatives.

Une conférence nationale aura lieu en novembre pour décider de notre stratégie aux présidentielles et les communistes seront consultés. Nous prenons date !

Après le vote des communistes, la primaire sans majorité, le débat s’impose !

Déclaration des initiateurs du texte « Unir les communistes »

Les résultats du vote des communistes pour choisir le texte qui sera la base commune de discussion sont maintenant connus.

Le résultat indique un nouvel affaiblissement de l’organisation communiste, avec une perte de 11.317 cotisants et 4.535 votants depuis le 36ème congrès. Le délitement du lien entre le parti et ses adhérents est donc confirmé, d’autant que les chiffres doivent être mis en lien avec le nombre total d’adhérents qui n’a pas été indiqué pour cette consultation. C’est la première question sur laquelle notre congrès devra travailler.

Dans ce contexte, notre texte « Unir les communistes » obtient 3.755 voix, soient 12,9 % des suffrages exprimés. Nous progressons de 61 voix et de près de 2 %. Les tentatives de division n’y ont rien changé, nous nous affirmons comme la première base d’opposition à l’effacement du PCF, force d’action et de proposition pour l’avenir du parti communiste. Le combat contre la liquidation du PCF a besoin d’unité et nous porterons la voix de tous ceux qui s’y opposent sans exclusive. Nous appelons au rassemblement de tous ceux qui veulent faire vivre et renforcer le PCF.

Notre texte arrive en tête dans le Pas-De-Calais, le Nord et les Ardennes, confirme son ancrage dans les départements où nous sommes traditionnellement présents, Rhône, Hérault, Bouche-du-Rhône, Gironde, Var, élargit son audience dans de nouveaux départements, Alpes-Maritime, Ain, Ardèche, Bas-Rhin, Savoie, Saône et Loire, Dordogne, Haute-Garonne… C’est un bon résultat obtenu par l’engagement courageux de nombreux camarades malgré l’affaiblissement du parti.

Le texte proposé par le Conseil National n’a pas convaincu les communistes. Il ne recueille que 14.942 voix (51,2 %) soit une perte de 9.655 voix par rapport à 2012 (-22% des exprimés). Il est minoritaire dans 34 fédérations. C’est un résultat historiquement bas pour un texte proposé par la direction, qui traduit une grande perte de confiance. Même en cumulant les voix des deux textes de la direction (« Ambition communiste » et « France en commun »), le résultat est en dessous de 2012 avec 2.745 voix perdues (-11% de voix), aggravé hors région parisienne où la direction est moins présente avec 2.769 voix perdues (-14% de voix).

Trois questions importantes ont porté ce refus des communistes de légitimer le texte de la direction : le refus des primaires avec le parti socialiste, la nécessité d’un débat ouvert sur les conditions du refus du diktat européen après l’expérience grecque, la crédibilité et le contenu de notre projet de rupture avec le capitalisme.

Avec les conférences de section et départementales, une nouvelle étape du Congrès s’ouvre. Nous attendons du Conseil National qu’il tire les enseignements de ce vote, c’est pourquoi nous demandons qu’il se réunisse sans plus tarder.

La primaire et le soutien obligé à un candidat issu du PS sont de fait caduques, faute de majorité affirmée. Pour autant, la ligne de fuite en avant dans le Front de Gauche aboutissant à soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon n’a pas fait recette. Le vote sur les textes envoie un message fort, celui de la nécessité de réexaminer complètement la question de l’élection présidentielle dans toutes ses composantes : stratégie, candidats, programme. Une consultation des communistes sur la stratégie aux élections présidentielles devient une nécessité.

La faiblesse du résultat du texte proposé par le Conseil National, la dispersion des suffrages et la multiplicité des textes, la persistance depuis maintenant près de 20 ans de la contestation de la ligne d’abandon initiée au congrès de Martigues et jamais remise en cause depuis… tout cela oblige au débat stratégique que nous avons demandé au travers du texte 3.

Nous souhaitons que ce débat s’ouvre dans la fraternité et sans tabou et le Conseil National doit prendre des décisions précises et concrètes dans ce sens. Nous le disons fermement : il faut apprendre à écouter tous les communistes pour construire l’avenir du PCF avec eux. C’est incontournable pour éviter au PCF de s’enfermer dans une impasse mortifère, ouvrir une alternative à notre peuple face au capitalisme, reconstruire l’unité des communistes. Tout passage en force est voué à l’échec et au désaveu de la direction, nous prendrons toute notre place pour que les communistes aient le débat qu’exige leur vote, comme la situation politique et sociale.

Caroline Andreani (93), Paul Barbazange (38), Jean Baus (54), Luc Bazin (26), Floriane Benoit (38), Michelle Bardot (67), Pascal Brula (69), Robert Brun (26), Marie-Christine Burricand (69), Michel Dechamps (04), Herve Fuyet (92), Clara Gimenez (34), Guy Jacquin (01), Jean Jacques Karman (93), Armand Lecoq (34), Jean Pierre Meyer (83), Pierre Alain Millet (69), Sandrine Minerva (34), Hervé Poly (62), Gilbert Remond (69), Eric Ruiz (27), Laurent Santoire (93), Bernard Trannoy (33), Danielle Trannoy (33), Serge Truscello,…

PCF : l’orientation de Pierre Laurent est fortement contestée

Michel SOUDAIS, Politis

7 mai 2016

http://www.politis.fr/articles/2016/05/pcf-lorientation-de-pierre-laurent-est-fortement-contestee-34680/


Le texte présenté par la direction communiste en vue du 37e congrès était le seul à se prononcer pour une primaire avec le PS. Il n’obtient que 51,2 % dans un scrutin qui révèle une forte chute des effectifs.

Les communistes votaient du 2 au 5 mai sur le texte qui servira de base de discussion à leur 37e congrès qui se tiendra du 2 au 5 juin à Aubervilliers. Les résultats traduisent une forte contestation de la ligne impulsée par Pierre Laurent depuis quelques mois, si ce n’est depuis les municipales. Le texte initié par le secrétaire national du PCF, mais présenté comme « proposé par le Conseil national » car adopté par près de 80 % de ses membres, n’obtient que 14.910 voix (51,2 %) des 29.183 suffrages exprimés. Dans la fédération de Paris, dont M. Laurent est sénateur, il échoue à rassembler la majorité des suffrages avec 49,62 %.

A titre de comparaison, rappelle l’historien Roger Martelli, lors des deux précédents congrès, « le texte du Conseil national avait obtenu 63,5 % en 2008 et 73 % en 2013 ». La direction sortante obtient la majorité absolue dans 58 départements et elle est minoritaire absolument dans 34. C’est le cas dans cinq des onze fédérations ayant encore plus de 1.000 cotisants (Nord, Pas-de-Calais, Paris, Seine-Maritime, Rhône), la direction restant majoritaire dans les Bouches-du-Rhône, le Val-de-Marne, la Seine-Saint-Denis, les Hauts-de-Seine, la Haute-Garonne et la Gironde (voir lesrésultats détaillés) .

L’avertissement est donc sérieux. Or un point commun rassemble les quatre textes alternatifs présentés concurremment : le refus du processus de « primaire à gauche » dont la direction du PCF a fait son axe stratégique pour 2017. C’est donc bien sur ce point que le secrétaire national et la direction du PCF sont mis en difficulté.

Les vire-voltes de Pierre Laurent

Dans les semaines précédant ce scrutin interne, Pierre Laurent n’a pourtant pas ménagé ses efforts pour défendre sa ligne. Dans une « adresse aux communistes » publiée le 30 mars dans Communistes, le supplément interne du PCF encarté dans l’Humanité chaque mercredi, il affirmait :

Les appels à la primaires à gauche ont rouvert le débat, en contestant à Hollande le statut de « candidat naturel ». C’est pourquoi nous n’avons pas fermé cette porte. C’est pour éliminer Hollande que nous proposons de construire une primaire résolument citoyenne, bâtie sur un socle d’abord discuté au grand jour dans tout le pays. Est-ce possible ? Je le crois, mais j’entends le scepticisme. Débattons-en sans caricatures inutiles.

Dans ce texte, le numéro un communiste cherchait à rassurer les adhérents communistes et déjà infléchir le texte adopté en conseil national le 7 mars en assurant qu’il « devra être enrichi et amélioré ». Car dès le 11 janvier, lors de la présentation de ses vœux, Pierre Laurent s’était rallié à l’idée d’une primaire de toute la gauche réclamé le matin même par Thomas Piketty, Daniel Cohn-Bendit, Michel Wieviorka, Dominique Méda et une cinquantaine de personnalités dans un appel publié par Libération. S’il estimait alors que le programme de François Hollande ne pourrait pas être « celui d’un candidat de gauche », M. Laurent, invité dans l’émission Agora de France inter le 21 février, avait laissé entendre qu’une participation du chef de l’Etat ne lui posait « aucun problème » ayant « confiance dans le choix que feront les citoyens de gauche ».

Dans son « adresse aux communistes », le 30 mars, le secrétaire national du PCF rectifiait le tir :

J’entends dire parfois que nous souhaiterions « une primaire de toute la gauche de Macron à Mélenchon », voire que nous serions déjà presque prêts à nous rallier, devant le danger de la droite ou pour sauver quelques sièges de députés, à « mener campagne derrière Hollande », écrivait-il. Écartons ces caricatures, qui n’ont rien à voir avec nos objectifs, pour parler des problèmes que nous devons résoudre.

Par la suite, après une nouvelle réunion du conseil national le 15 avril, qui devait prendre acte du dépôt de quatre textes alternatifs, le numéro un communiste a très explicitement fait part du refus des communistes de participer à une primaire dont le vainqueur pourrait être le président de la République. Tout en affirmant à plusieurs reprises que « le périmètre des forces à rassembler, c’est toutes celles qui s’opposent à la loi El Khomri ».

Un périmètre trop large pour beaucoup de communistes. Ces derniers notent que nombre de parlementaires socialistes en opposition à la loi Travail ont approuvé le traité budgétaire européen sans renégociation, voté la traduction législative de l’ANI, le CICE, la loi réformant les retraites, ou le pacte de responsabilité, les budgets d’austérité et les réformes territoriales, quand ils n’ont pas tout récemment (le 5 avril) approuvé la loi modifiant les règles de la présidentielle et dénoncée par le PCF comme « un nouveau coup porté au pluralisme » au profit du PS, de LR et dans une moindre mesure du FN. Le « périmètre » anti-loi travail, somme toute conjoncturel, ne peut déboucher à leurs yeux que sur un programme sans grande prétention transformatrice, loin des ambitions transformatrices que portaient le Front de gauche ou qu’un parti communiste devrait défendre.

Le pôle identitaire se maintient dans la division

Ce refus d’une primaire s’est porté inégalement sur quatre textes. Trois d’entre eux, comme lors des précédents congrès, défendaient une position identitaire. Leurs signataires reprochent depuis plus d’une décennie maintenant à la direction du PCF de « ne pas valoriser suffisamment l’identité communiste et pour diluer l’organisation dans des rassemblements qu’ils jugent insuffisamment révolutionnaires, que ce soit avec le PS ou sans lui », rappelait Roger Martelli sur le site de Regards. A eux trois, ils totalisent 25,13 %, contre 26,85 % en 2013 lors du 36e congrès où ils étaient déjà divisés.

Le premier impulsé par La Riposte et Greg Oxley, intitulé « Pour une politique communiste » a recueilli 1.575 voix (5,40 %).

Le second, émanant du groupe Faire vivre le PCF, était signé notamment par le secrétaire fédéral du Pas-de-Calais, Hervé Poly, la maire de Venissieux, Michèle Picard, et Jean-Jacques Karman ; intitulé « Unir les communistes. Le défi renouvelé du Parti communiste! », il a recueilli 3.755 voix (12,87 %).

Le troisième porté par des sections très orthodoxes fédérées par Emmanuel Dang Tran (4,07 % en 2011 lors du vote de désignation du candidat à la présidentielle) était intitulé « Reconstruisons un parti de classe » et donnait la « priorité au rassemblement dans les luttes » ; il a obtenu 2.001 voix (6,86 %).

La dénonciation d’un complet changement de stratégie

La surprise est venue d’un quatrième texte intitulé « L’Ambition communiste pour un Front de gauche populaire et citoyen » qui a rassemblé 6.910 voix (23,68 %). Initié par des militants attachés au Front de gauche, qu’ils souhaitent transformer en le « décartelisant », et nettement hostiles à un rassemblement à nouveau centré sur les socialistes, ce texte était porté par de jeunes intellectuels et chercheurs (Yann Le Lann, Frédérick Genevée), mais aussi des élus chevronnés (Patrice Leclerc, maire de Gennevilliers, Brigitte Gonthier-Maurin, sénatrice des Hauts-de-Seine) ou non (Fanny Gaillanne, Hugo Touzet, Franck Mouly), d’anciens élus (Roland Muzeau, Muguette Jacquaint, Nicole Borvo) et des figures historiques du Parti (Michel Duffour, Roland Leroy, Patrice Cohen-Seat, Claude Mazauric). Les signataires de ce texte ne cachent pas leur « inquiétude » face à l’« orientation stratégique pour 2017 » développée par le texte de la direction :

Dans les faits, nous constatons que la proposition d’une primaire à gauche (…) nous amène en réalité à la recherche d’une candidature de consensus avec un Parti socialiste discrédité, reproduisant au final le schéma ancien de la gauche plurielle. Ce complet changement de stratégie nous ramènerait des années en arrière à un effacement de nos positions derrière une candidature au mieux social-démocrate, et probablement bien pire au vu de la configuration actuelle des forces.

Contrairement à la direction du PCF qui semble penser que les orientations d’Hollande et Valls heurtent la majorité des socialistes, leur texte affirme la politique du gouvernement n’a rien de « conjoncturelle » mais résulte « d’un processus qui dure depuis les années 1980 et a conduit le Parti socialiste à s’aligner progressivement sur l’évolution libérale de la social-démocratie européenne ». Ils rappellent que depuis plus de trente ans le PS a connu un « mouvement parfaitement assumé vers un social-libéralisme de plus en plus droitier et de moins en moins social » et que c’est sur cette orientation « combattue avec acharnement » par le PCF que François Hollande l’a emporté en 2011-2012 « avec le soutien final de tous les courants de son parti ».

Si le texte « L’Ambition communiste… » aborde toutes les questions mises en débat au congrès, le refus d’une primaire avec le PS est unanimement partagé par les quelques 104 communistes dont les « paroles » étaient reproduites sur le site de ce texte alternatif à la fin de la semaine dernière. Extraits :

  • « La stratégie de la primaire va nous conduire définitivement dans le mur. »
  • « L’invisibilité qui frappe le Front de gauche a été pour les municipales notre alliance dès le premier tour avec les socialistes dans les métropoles et autres grandes villes, ce qui a fait éclater le Front de gauche, et par là même, fait le jeux du FN. »
  • « Il faut rompre avec le PS qui est devenu un parti de droite. »
  • « Le texte « officiel » nous marginalise et nous laisse abattus. »
  • « Nous ne pouvons pas faire dépendre notre stratégie d’évolutions supposées du Parti socialiste, ce panier à crabes ami du capital !!!! »
  • « Le PCF au lieu de s’embourber dans les « primaires à gauche », qui est un processus contre nature que tous les congrès ont condamné (…) devrait être le fer de lance d’un Front de gauche populaire et citoyen. »
  • « Je refuse les orientations de la direction nationale qui nous mènent sans débat à des primaires dévastatrices et humiliantes. »

La chute des effectifs se poursuit

Ce scrutin interne enregistre une fois encore, un « affaiblissement du tissu militant », note Roger Martelli. En effet, en juin 2011, lors du vote sur la candidature à la présidentielle, le corps électoral composé des « cotisants » (le PCF les distingue des « adhérents », simples détenteurs d’une carte) recensait 70.000 inscrits et 49.000 votants. En 2013, lors du 36e congrès, le PCF comptait 64.000 cotisants et 34.600 votants. Un chiffre tombé à 51.000 cotisants et 29.000 votants, ces jours-ci.

D’un congrès l’autre, et en l’espace d’un peu plus de trois ans, « le PCF aurait perdu un cinquième de ses cotisants ; la perte est d’un quart entre 2011 et 2016 », observe Roger Martelli. « Quant aux votants qui donnent une indication approximative sur les communistes les plus engagés, poursuit-il, leur effectif a baissé de 40 % entre 2011 et 2016. »

Le Parti communiste n’échappe pas à la désaffection qui touche les partis politiques. Derrière les questions en débat dans ce congrès, auxquelles les communistes vont maintenant tenter de répondre en amendant le texte de sa direction, cette question des effectifs pèsera sur le choix des orientations pour 2017.