Relevons le défi de l’existence du PCF pour le combat révolutionnaire du 21éme siècle !

Une déclaration du réseau Faire vivre et renforcer le Pcf relative aux élections régionales des 6 et 13 décembre 2015

Ces élections régionales laissent un goût amer. Le Parti socialiste et la droite se partagent des régions dans lesquelles le Front National obtient un nombre croissant d’élus.

Certes ce dernier ne dirigera aucune région. Mais cela ne saurait occulter que le piège FN a bien fonctionné. Le Front National obtient en effet sur l’ensemble du territoire un nombre de suffrages jamais atteint. Ce vote est évidemment renforcé par la politique désespérante du gouvernement Hollande et par la main de fer de l’Union européenne qui étrangle les peuples. Election après élection, le vote FN augmente, stimulé par la contre-performance d’un front républicain qui loin de le contenir, à long terme fait son jeux en accréditant l’idée du « tous pourris ».

Le FN est sciemment entretenu par François Hollande et Cambadélis, comme par Sarkozy et consorts à droite, qui espèrent ainsi gagner les élections présidentielles pour que rien ne change, c’est à dire pour que tout continue de s’aggraver pour les peuples en France, dans l’Union européenne et dans le monde.

Loin de bousculer la vie politique, comme le croient certains électeurs qui se fourvoient, le vote FN contribue à maintenir le pouvoir des représentants du capital et à bloquer toute perspective de changement. C’est ainsi qu’il faut comprendre le soutien déguisé de Gattaz à Marine Le Pen.

Ses scores, comme ceux des «  Républicains », traduisent la droitisation de la vie politique et de la société française, sa présence renforcée dans les assemblées régionales va favoriser des décisions toujours plus dures contre le monde du travail et les services publics .

En PACA et Nord/Pas-de-Calais /Picardie, la décision de retrait unilatérale du PS conduit à que la droite et son extrême dirigent seuls deux des plus importantes régions de France.

Au final, l’objectif est atteint. Ces grandes régions, faites pour satisfaire le capital et détruire les nations au profit de l’Union européenne, se mettent en place dans des conditions particulièrement défavorables au peuple, alors que l’État d’Urgence pèse sur les mobilisations nécessaires.

La manipulation du suffrage universel atteint un sommet. Comment s’étonner du dégoût croissant de nombreux citoyens de la vie politique qui se traduit dans une abstention qui reste un fait dominant de la situation ?

En l’absence d’une ligne et d’un projet politique à la hauteur des attentes du monde du travail, le PCF essuie une défaite électorale. Nous ne conservons des élus que dans 5 régions sur 13. Dans 6 régions, nos listes n’ont pas atteint la barre des 5%, dans deux régions la décision de retrait du PS nous a contraints à jeter l’éponge.

Le PCF, comme force nationale sur l’ensemble du territoire, subit un nouvel affaiblissement. Nos accord au second tour avec les socialistes nous permettent de sauver quelques élus. Mais ils nous enfoncent en même temps dans une impasse politique. Car prétendre combattre la droite et l’extrême droite en s’alliant avec un PS qui fait et fera une politique au service du capital est source d’ambiguïté et de discrédit.

Les élus communistes ne doivent pas se fourvoyer dans des exécutifs qui accompagneront la politique gouvernementale et les objectifs de Bruxelles, se fondre et se confondre dans des oppositions dominées par le PS. Il y a un espace pour travailler à la résistance, aux projets alternatifs, aux luttes que nos élus doivent occuper en travaillant sur le terrain avec les communistes, les forces syndicales et citoyennes.

La direction du PCF est bien obligée de reconnaître l’échec . Encore faut-il en rechercher les causes et les solutions. Depuis le refus d’une candidature communiste en 2012 jusqu’à l’écrasement de la Grèce cet été, en passant par les pertes des municipales en 2014, les appels à un débat sans tabou n’ont pas manqué, relayés par de nombreux communistes. Quelle est la nature du vote FN, comment le combattre au-delà d’une posture morale ? Comment expliquer dès les législatives de 2012, le recul électoral du PCF et du Front de gauche ? Quelles conséquences d’alliances à géométrie variable aux municipales de 2014 et à ces dernières régionales ? Pourquoi une telle absence de bataille et visibilité nationales, sur l’affichage comme sur le fond des propositions ? Allons nous en finir avec des stratégies mortifères limitées à une vision électoraliste et institutionnelle de la vie politique ? Enfin, quand allons nous reconnaître l’échec de notre ralliement au PGE et à l’Europe sociale, quand il nous faudrait au contraire combattre frontalement la forteresse européenne pour la faire tomber, regagner notre souveraineté nationale et populaire et travailler à de nouvelles coopérations et solidarités, en Europe et dans le monde.

Ces questions doivent s’ouvrir dans le parti sans que les réponses soient figées à l’avance et en laissant aux communistes le temps nécessaire pour en débattre.

Les accords de sommet et nouvelles combinaisons politiques ne sont pas à l’ordre du jour. Pour rassembler, pour reconstruire une gauche de combat, il faut exister et le moins qu’on puisse dire, c’est que cette exigence est la première question pour le PCF.

Dans des conditions difficiles et diverses, des communistes agissent pour reconstruire dans les entreprises et les quartiers, les organisations communistes de base, indispensables à l’action, la solidarité et l’éducation populaire, des communistes travaillent à reconstruire une pensée communiste utile pour résister, agir et transformer la société.
Les points d’appui existent pour faire vivre et renforcer le PCF de résistance et de combat dont nous avons besoin.

Le 17 décembre 2015

 

L’échec du Front de Gauche

Raoul Marc Jennar, 25 mars 2015

On ne peut que malheureusement partager l’analyse de Raoul-Marc JENNAR, en rajoutant que le Parti communiste français, qui n’hésite pas à passer des alliances scandaleuses avec le PS pour sauver des positions électives, contribue plus encore que les autres, au discrédit de la pratique polique. Caroline ANDREANI

Ne nous leurrons pas : ce ne sont pas quelques succès d’estime ici ou là qui font une tendance générale. Force est de le constater, le Front de gauche est un échec. C’est un échec, puisqu’il a été incapable d’offrir une alternative à gauche aux politiques de recul démocratique, de destruction sociale et de dégradation écologique des libéraux de droite comme des libéraux qui osent encore se prétendre de gauche.

Alors que, comme jamais dans son histoire, le PS s’affirme comme le parti du monde des affaires et de la finance ! Alors que comme jamais, un gouvernement issu et soutenu par le PS pratique une politique de droite, une politique qui répond même aux attentes de l’extrême-droite lorsqu’il s’agit de stigmatiser une population Rom pour ce qu’elle est – comme d’autres stigmatisent les Juifs ou les Arabes pour ce qu’ils sont !

Dans un tel contexte où dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement soutenu par le PS a accumulé les raisons de désespérer (adoption du TSCG/ pacte budgétaire, ANI, cadeaux somptueux aux banques et au MEDEF au travers de pactes de ceci ou de cela, loi Macron, privatisations, obéissance aveugle aux logiques antidémocratiques et ultralibérales de l’UE, soutien au gouvernement grec de droite avant qu’il perde les élections, asservissement à l’OTAN, soutien aux violations du droit international par Israël, soutien aux accords UE-pays d’Afrique des Caraïbes et du Pacifique, UE-Canada et à la négociation du traité transatlantique, …), le désespoir ne se traduit pas par un vote positif pour les formations à la gauche du PS, mais par l’abstention ou le vote FN.

Cet échec a une explication : ces partis à la gauche du PS sont autant coupés du peuple que les partis dits de gouvernement. Ils font partie du système autant que ces derniers. Alors que c’est le système politique et économique qui doit être remis en question.

Par leur mode d’organisation et de fonctionnement, par le fossé qu’ils incarnent eux aussi entre leur discours et leurs pratiques, par leur manque total de crédibilité lorsqu’ils s’affichent aux côtés de ceux qui souffrent et qui luttent, que ce soit sur le terrain social ou écologique, les partis à la gauche du PS sont à l’image du système dominant.

Lors d’une de mes conférences contre le traité transatlantique, au moment du débat, une jeune intervenante m’a remercié pour les informations fournies et le décodage des enjeux en cause, mais ce qui m’a frappé, c’est ce qu’elle a ajouté ensuite, s’adressant aux organisateurs (le Front de Gauche). En substance, elle a déclaré « c’est bien, mais la solution ne viendra pas de vous ; vous n’êtes pas l’avenir, vous les partis ; le changement viendra de ceux qui ne se laissent pas récupérer. » Cette jeune femme qu’on retrouvera sans doute à Notre-Dame des Landes, sur les ZAD, devant des centrales nucléaires ou aux côtés des précaires et des discriminés victimes du système, cette jeune femme a raison.

Qui peut prendre au sérieux un député qui vient, une heure ou deux, s’afficher au premier rang d’une manif pour faire croitre qu’il est solidaire de ceux qui luttent dans des combats difficiles et de longue haleine ? C’est aussi risible et pitoyable que Sarkozy tentant de rejoindre le premier rang du cortège de dirigeants venus à Paris défendre une liberté d’expression qu’ils répriment violemment chez eux.

Alors que la fin se trouve déjà dans les moyens utilisés pour y parvenir, les partis à la gauche du PS en sont toujours à pratiquer l’adage selon lequel « la fin justifie les moyens » et agissent en interne à l’inverse du discours et des propositions qu’ils avancent. Ils prônent un sursaut démocratique, une 6e République même, mais en interne, c’est toujours une oligarchie qui décide. Ils en appellent au peuple, mais rien, dans leurs pratiques, ne témoigne d’une confiance dans le peuple. Ils prétendent donner le pouvoir au peuple, mais c’est pour eux-mêmes qu’ils réclament le pouvoir. Leur autisme n’a d’égal que celui des partis dits de gouvernement.

Ils suscitent l’espoir (le NPA, le PG, et d’autres comme les Verts), et ils créent, par leurs pratiques, la déception. Or, pour la vie démocratique, rien n’est pire que l’espoir déçu. En décevant, les uns après les autres, les partis à la gauche du PS ont autant contribué au succès de l’abstention et du FN que l’UMP ou le PS

Les partis à la gauche du PS ne font pas partie de la solution ; ils font partie du problème. C’est la leçon que je tire d’une séquence de ma vie qui a commencé il y a dix ans, lorsque, dans la foulée de rassemblements citoyens comme ceux du Larzac (2000 et 2003), comme les forums sociaux, je combattais le TCE (Traité Constitutionnel Européen). Cette séquence se termine aujourd’hui.

Bourdieu avait raison.

Raoul M. Jennar

Le débat sur la sortie de l’Euro dans le Parti communiste portugais

Commun, Commune, 28 mai 2013

Peut-on réformer l’Union européenne, ré-orienter l’Euro ou doit-on rompre avec le processus d’intégration européenne ? La question divise les Partis héritiers de la tradition communiste. Le PCP, comme d’autres en Europe, prône la rupture. Le Parti communiste portugais (PCP) a depuis trente ans porté avec constance une critique de l’Union européenne du capital : depuis l’adhésion du Portugal à la CEE jusqu’au Traité de Lisbonne. L’intégration européenne fut un outil au service de la bourgeoisie portugaise pour revenir sur les acquis sociaux et démocratiques de la révolution d’Avril, telle est l’analyse du PCP.

Lors de son dernier congrès, en décembre 2012, le PCP a réaffirmé sa position : l’Union européenne n’est pas réformable, la crise de la zone Euro est la conséquence logique de l’Union économique et monétaire, et de la nature de classe de cette UE. Désormais, le débat s’aiguise et se radicalise, sans que la décision ne soit encore définitivement tranchée : la question de la sortie de l’Euro est désormais posée.

Faut-il sortir de l’Euro ? Le débat est ouvert dans le PCP !

Le PCP a, depuis le Traité de Maastricht, toujours affirmé son opposition au projet de monnaie unique, y percevant un outil pour achever la destruction de l’appareil productif portugais, mettre sous tutelle le pays et casser les droits sociaux des travailleurs. Jusqu’à présent, le Parti refusait de prendre à son compte le mot d’ordre « sortie de l’Euro ». A l’initiative de certains économistes du Parti, tel Agostinho Lopes, le débat est désormais ouvert.

Avant le dernier congrès, le secrétaire-général du Parti, Jeronimo de Sousa, avait reconnu que la question se posait mais n’était pas encore tranchée. Le dernier congrès a réaffirmé la position de principe contre la monnaie unique, sans appeler à la sortie de l’Euro.

C’est dans ce contexte que le PCP a organisé, le 19 mars dernier, une grande rencontre à Lisbonne « L’Euro et la dette », réunissant quatre économistes du parti ou proches du parti, porteurs d’une ligne critique face à la monnaie unique.

Si nous tâcherons à l’avenir de reproduire ces interventions dans leur intégralité, voici les teneurs d’un débat riche en perspectives.

« Je ne crois pas qu’il y ait de solution au sein de l’Euro » (Ferreira do Amaral)

L’économiste Joao Ferreira do Amaral, proche du PCP, a insisté sur la nécessité de sortir de la monnaie unique. Pour lui, il est nécessaire de récupérer les instruments dont le pays a besoin, d’abord la maîtrise du taux de change et la possibilité de battre sa monnaie. Le premier est « un instrument essentiel pour stimuler le secteur productif de biens exportables », le second pour « éviter une faillite interne » et « gérer la sortie de l’euro de façon à défendre les familles endettées ».

« L’euro : une décision politique du grand capital européen dans une UE de classe » (Agostinho Lopes)

L’intervention d’Agostinho Lopes, économiste du parti et membre du Comité central, était très attendue. C’est lui qui a porté haut et fort au dernier congrès la nécessité d’envisager la rupture avec l’Euro et l’Union européenne. Lopes a rappelé la position historique du parti, d’opposition à la monnaie unique. Il a souligné que « l’Euro est un projet qui n’a pas échoué dans ses objectifs ». Au contraire, ce « fut une décision politique, un choix du grand capital européen et des puissances dominantes en Europe, dans un contexte d’intégration capitaliste, dans le cadre du processus de classe que constitue l’Union européenne ».

En ce sens, Lopes insiste sur la nécessaire récupération des instruments de souveraineté économique face à l’ « incompatibilité absolue entre l’Euro et l’alternative patriotique et de gauche proposée par le PCP ».

« La sortie de l’Euro : une condition nécessaire mais pas suffisante » (José Lourenço)

L’économiste José Lourenço, membre de la Commission économique du PCP a dénoncé dans l’Euro « un instrument au service de l’exploitation des travailleurs et des peuples, et de l’approfondissement des conditions de rentabilité du capital ».

Pour Lourenço, face à une zone Euro qui construit structurellement une Europe à plusieurs vitesses, la « sortie de l’Europe est une condition nécessaire à notre survie comme pays indépendant, mais elle n’est pas suffisante ». L’économiste insiste sur la nécessité de négocier cette sortie de l’Euro pour éviter l’effondrement du pays, dépendant de pays comme l’Espagne ou la France. Cette sortie doit également s’accompagner de la nationalisation du secteur bancaire. Pour lui, la question de la sortie de l’Euro dépend fondamentalement du droit du peuple portugais à décider de son propre sort.

« Une sortie unilatérale est souhaitable » (Octavio Teixeira)

Enfin, l’économiste du Parti Octavio Teixeira a martelé la nécessité d’envisager la seule possibilité restante : la sortie unilatérale de l’Euro.

La nécessité d’une dévaluation est prégnante pour résoudre les problèmes du Portugal : soit une dévaluation interne (baisse des salaires), celle du plan d’austérité, soit dévaluation du taux de change, qui suppose le contrôle de l’outil monétaire. La seule solution est donc « la sortie de l’Euro, quel qu’en soit le prix, toujours inférieur que celui qu’ont à payer les travailleurs portugais avec la politique de dévaluation interne actuellement pratiquée ».

Les économistes du Parti pour une sortie négociée : le PCP ouvre la piste

Le débat sur l’Euro a été lancé et a été poussé par les économistes du parti qui, unanimement, ont souligné la nécessité d’envisager la sortie de l’Euro, tantôt unilatérale (Teixeira, Lopes), tantôt négociée (Lourenço).

La synthèse du secrétaire-général, Jeronimo de Sousa, insiste autant sur la rupture inévitable avec l’Union européenne et l’Euro que sur la complexité des modalités pratiques de sortie de l’Euro. De Sousa a pointé l’incompatibilité entre la mise en place d’une « politique patriotique et de gauche » et « le maintien dans l’Euro fort et l’Union économique et monétaire ». Pour le secrétaire-général, il ne fait aucun doute que le Parti s’oriente vers une position de rupture avec la monnaie unique. Mais la défense pure et simple de la « sortie de l’Euro sans l’adoption de politiques qui doivent l’accompagner est quelque peu réductrice ».

Toutefois, Jeronimo de Sousa a réservé sa dernière pique pour le PS et surtout le Bloc de gauche, dénonçant ceux qui ne voient de solution que « dans le maintien de l’Euro et l’approfondissement du fédéralisme européen ».

Le débat entre partis du PGE pro-européens et Partis communistes vers la rupture avec l’UE

Le débat interne au PCP, illustratif de ce que peut être un échange théorique et concret de haut niveau sur une question centrale pour le mouvement communiste, est plus largement révélateur du débat qui secoue le mouvement communiste européen.

D’une part, dans les Partis communistes des pays au cœur de la crise, comme à Chypre, au Portugal ou en Irlande, l’hypothèse d’une « sortie de l’Euro » est désormais posée, en cohérence avec la ligne historique d’opposition à la monnaie unique. En Grèce, le KKE, tout en soulignant les illusions d’un retour pur et simple à la monnaie nationale, dénonce la monnaie unique et insiste sur la rupture avec l’ensemble du processus d’intégration européenne.

De l’autre côté, les partis liés au PGE (Parti de la gauche européenne), financés par Bruxelles, se raidissent dans leur soutien à la monnaie unique : c’est le cas de SYRIZA, de Die Linke, du Bloc de gauche ou encore du Front de gauche en France. Pourtant, la contradiction entre le maintien de l’Euro et la mise en œuvre d’une « politique de gauche » est de plus en plus patente. Elle est reconnue même par des économistes proches d’ATTAC en Espagne ou par Oskar Lafontaine en Allemagne.

Le débat, riche et complexe, sur la « sortie de l’Euro » continue dans les Partis communistes. Quelles que soient les réponses apportées dans des situations particulières à chaque pays, la ligne de fracture entre ceux qui désirent rompre avec l’UE et le capitalisme, et ceux qui veulent les aménager, se dessine plus nettement de jour en jour.

Article MO

Source: Solidarité Internationale PCF