EUROPE ENTRETIEN Zoi Konstantopoulou: l’euro est devenu «un instrument de chantage»

Amélie POINSSOT, Médiapart

20 février 2016

Le deuxième sommet du « plan B » se déroule ce week-end à Madrid. Objectif : faire converger les alternatives à l’austérité sur le continent. Zoi Konstantopoulou, l’ancienne présidente du parlement grec, fait partie des intervenants. Entretien.

 

Plusieurs personnalités européennes sont à Madrid samedi 20 et dimanche 21 février pour le deuxième sommet du « plan B ». Parmi elles, Zoi Konstantopoulou, qui fut présidente du parlement grec de janvier à juillet 2015, avant la mise à l’écart de l’« aile gauche » de Syriza. Cette avocate de profession, élue pour la première fois députée Syriza en 2012, a notamment œuvré à la tête de la Vouli pour le lancement d’un audit sur la dette publique grecque. Lors des élections législatives anticipées de septembre dernier, en froid avec le parti, elle se présente comme candidate indépendante avec Unité populaire, qui rassemble les élus « frondeurs » de Syriza. Mais ce dernier ne parvient pas à dépasser le seuil des 3 %, et Zoi Konstantopoulou n’est pas réélue. Après sa participation au premier sommet du plan B, à Paris fin janvier, elle a répondu à nos questions sur les ambitions de cette initiative européenne. L’occasion, aussi, de revenir sur le revirement, cet été, du gouvernement Tsipras et les orientations prises par l’exécutif grec depuis septembre.

Vous serez à Madrid ce week-end pour le deuxième sommet du « plan B », après le premier qui s’est tenu à Paris en janvier. Quelles conclusions tirez-vous de la première réunion, à laquelle vous avez assisté, en présence de Jean-Luc Mélenchon ?

Zoi Konstantopoulou : Le plan B met l’accent sur la démocratie et la souveraineté du peuple. Nous pensons qu’il est urgent de se coordonner avec les mouvements sociaux et les autres forces politiques qui partagent nos idées afin de conduire l’Europe vers la prospérité et en particulier celle des jeunes générations. À Paris, fin janvier, nous nous sommes réunis pendant deux jours et nos débats ont montré de façon limpide qu’il y a des alternatives à l’Europe de l’austérité, à ce totalitarisme économique dont nous avons été victimes ces dernières années.

Les défis d’aujourd’hui dépassent la géographie politique traditionnelle. Ils touchent le cœur des sociétés. La gauche doit assumer sa responsabilité vis-à-vis de l’avenir et se transformer en une force innovatrice et radicale pour mettre en œuvre ces alternatives.

Quelles sont ces alternatives ?

D’un point de vue politique, l’alternative doit être démocratique. Il faut que les mandats des élus soient respectés. Il nous faut un système économique qui suive le politique et non l’inverse. L’économie n’a pas à contraindre le politique.

L’alternative, en outre, doit mettre l’accent sur la justice sociale et la justice en général. Il faut se tourner vers ces jeunes citoyens aujourd’hui marginalisés alors que leurs connaissances, leurs idées pourraient précisément être un instrument de revitalisation pour l’Europe.

Cela passe-t-il par l’abandon de l’euro ?

Selon moi, la monnaie n’est pas la question. La monnaie, ce n’est qu’un moyen, un instrument pour aboutir à la prospérité des citoyens, hommes et femmes, afin qu’ils aient une vie digne et respectueuse des droits de l’homme.

Ce que l’on constate en Europe depuis 2013, avec le premier chantage économique exercé contre Chypre, c’est que l’euro devient un instrument, non pas de prospérité, mais de chantage et de misère. Il est inconcevable qu’une monnaie soit transformée en arme contre une population qui revendique son choix de la liberté et de la démocratie. C’est une stratégie de guerre qui utilise les banques comme instrument. Ce qui s’est passé l’été dernier avec le peuple grec, c’est qu’on lui a adressé un chantage en lui imposant un choix entre l’euro et la démocratie – qui est pourtant un acquis politique de l’Europe. Ce type de chantage démolit l’idée de l’Europe unie, il faut y répondre avec détermination : il faut impérativement renverser cet autoritarisme monétaire destructeur pour le peuple européen. L’euro ne doit pas être dans une hiérarchie politique, il doit permettre à une politique démocratique de se dérouler.

Pourquoi ne vous êtes-vous pas rendue à Berlin le 9 février pour le lancement du nouveau mouvement européen autour de Yanis Varoufakis ? Vous partagiez pourtant avec l’ancien ministre des finances le même constat lorsque vous vous êtes écartés du gouvernement Tsipras après le référendum de juillet…

L’initiative de Yanis Varoufakis et la nôtre ne sont pas concurrentes du tout. Toutes les initiatives dont le but est de démocratiser l’Union européenne et les États membres sont bonnes. D’ailleurs, nous avons signé ensemble, en septembre, l’appel pour un plan B en Europe. Le sommet de Paris était le premier pas qui faisait suite à cet appel. Le deuxième pas se déroule donc à Madrid ce week-end, et Varoufakis sera cette fois-ci à nos côtés. Nous sommes en bons termes, tout en sachant que nous ne coïncidons pas sur tous les sujets.

Une trahison du peuple et de la gauche

Quelles sont vos divergences politiques ?

Je préfère ne pas parler de divergences. Le but, c’est que ces initiatives convergent à l’avenir.

Pour moi, ce qui est important, c’est la souveraineté populaire. Il faut que, au sein de l’UE, une vraie démocratie s’exerce pour les peuples européens, il faut rétablir la souveraineté du peuple et sa représentativité au sein des institutions européennes. Aujourd’hui, l’Union est gérée par des instances qui n’ont aucune légitimité démocratique.

Comment rétablir cette souveraineté ?

Il faut commencer par mettre en place des procédures de transparence et de responsabilité dans le fonctionnement des institutions européennes. Ces dernières doivent rendre compte de ce qu’elles font et décident, trop de choses restent complètement dans l’ombre aujourd’hui. C’est le cas notamment pour la Banque centrale européenne (BCE) et la Commission. Je pense également que nous devrions renforcer le rôle du parlement, qui reste décoratif pour l’instant. Et il faudrait davantage de participation des citoyens aux décisions prises par les institutions. On pourrait imaginer par exemple la mise en place de référendums sur les questions qui concernent les peuples européens.

Trop souvent, le peuple n’a aucune information sur les paramètres des décisions qui sont prises. La BCE par exemple ne fait aucun compte-rendu de ces réunions, ni au grand public, ni même aux gouvernements ! Le parlement de son côté vote la plupart du temps en l’absence de débat avec les citoyens, qui sont très peu informés.

Comment avez-vous vécu le revirement du premier ministre Alexis Tsipras, cet été à Bruxelles ?

Alexis Tsipras n’avait pas le droit de violer et de contourner un mandat populaire qui était pourtant très fort et très clair. Le peuple grec s’était prononcé en toute lucidité, il avait clairement rejeté les politiques d’austérité. Tsipras avait comme devoir de répondre à ce mandat pour lequel Syriza avait été élu. Les Grecs avaient ensuite dit massivement « non » à la question de poursuivre l’austérité, posée par le référendum… Mon interprétation est que Tsipras pensait qu’ils allaient voter « oui » et qu’il n’avait proclamé ce référendum que pour le perdre et s’abriter derrière le nouveau mandat. Mais c’est le contraire qui s’est passé ! Alors que j’avais cru au départ aux motivations démocratiques de Tsipras lorsqu’il a convoqué le référendum – à ce moment-là, je faisais partie des personnes qui le défendaient le plus ! –, je suis maintenant convaincue qu’il s’était mis d’accord avec les créanciers avant même son arrivée au pouvoir… Le revirement de juillet n’est pas tant une capitulation selon moi qu’une trahison du peuple et de la gauche.

À présent, nous avons un gouvernement issu des élections de septembre qui met en œuvre une politique néolibérale. Il poursuit la privatisation d’entreprises et de biens publics, le soutien aux banques, et les attaques contre les plus défavorisés : les Grecs surendettés n’ont désormais plus la garantie de pouvoir conserver leur logement, et la réforme en cours des retraites va instaurer des pensions très basses, à 384 euros par mois, c’est-à-dire la moitié du niveau de pauvreté. C’est la 12e coupe dans les retraites depuis 2010 ! Le gouvernement Tsipras met en œuvre tout ce que les gouvernements PASOK [socialistes – ndlr] et ND [Nouvelle Démocratie, droite conservatrice – ndlr]n’ont pas réussi à faire passer…

Le problème, c’est que ces élections législatives anticipées, en septembre, étaient inconstitutionnelles. Elles ont été proclamées dans un délai extrêmement court, du jamais vu en quarante ans. Elles ont été décidées avec le président de la République et les créanciers sans que le parlement lui-même n’en soit averti ! Moi qui étais présidente du parlement, je l’ai appris dans les médias… Par ailleurs, près de la moitié des électeurs ne se sont pas rendus aux urnes, et 2,5 % des électeurs ont voté blanc ou nul. Résultat, Tsipras ne représente en réalité que 36 % des votants et 18 % de l’électorat dans son ensemble, c’est 350 000 voix de moins qu’en janvier 2015.

En réalité, ces élections ont été organisées pour écarter du parti les députés qui résistaient au diktat des créanciers. On ne peut pas les utiliser pour dire que le peuple aurait légitimé le chantage de Bruxelles. Les Grecs ne soutiennent d’ailleurs pas massivement ce gouvernement. Il y a eu de nombreuses manifestations depuis septembre.

Pourtant, l’aile gauche de Syriza qui a fait scission cet été n’a obtenu aucun siège à la Vouli… La gauche qui proteste semble en minorité aujourd’hui.

Ceux qui résistent au 3e mémorandum ne sont pas une minorité. Le parti Unité populaire, avec lequel j’ai fait campagne en septembre en tant que candidate indépendante, n’est pas le seul à critiquer la politique du gouvernement. Nous partageons avec eux et avec d’autres une même volonté de résister et de rétablir la démocratie en Grèce et en Europe. De mon côté, je suis en contact permanent avec des collectifs sociaux et culturels qui font bouger les choses. Je suis aussi très présente dans les secteurs professionnels touchés par les prochaines mesures d’austérité. Et puis nous continuons notre combat pour l’audit de la dette grecque. Le nouveau président de l’assemblée a en effet retiré notre rapport du site officiel du parlement et une décision unilatérale a déclaré que nos travaux étaient terminés. Or notre audit n’était pas fini, il était prévu une deuxième phase d’étude après l’été ! Les serrures du bureau du comité d’audit au parlement ont en outre été changées et nous n’avons plus accès du tout à nos dossiers… C’est une attaque directe, qui révèle que le gouvernement actuel ne veut plus entendre parler des engagements électoraux de janvier 2015.

KKE: « Une épine dans le pied » de la social-démocratie

Une contribution du KKE

Ce n’est pas un secret que la ligne politique de KKE est particulièrement irritante pour les forces de la social-démocratie, à la fois de l' »ancienne » et la « nouvelle » social-démocratie, comme également pour ses « compagnons de voyage de gauche ».

A un moment où le KKE menait une sérieuse bataille politique, un article du journal turc « Özgürük Dünyasi », démontre cette irritation  sous le titre « Le social réformisme moderne et le KKE ».  Cet article a été traduit en anglais et transmis sur internet.

Il y a de nombreuses calomnies contre le KKE dans cet article, au sujet du « sectarisme » et du « fétichisme du parti », des calomnies qui, à notre avis, se fondent sur des références sans fondement  à la politique d’alliance de notre parti. L’article déforme, en faisant référence à  notre  attitude contre la nouvelle social-démocratie (le Parti SYRIZA), tout comme à notre position de principes au sujet du caractère socialiste de la révolution en Grèce et plus précisément l’abandon par notre parti du point de vue, qui a tourmenté le mouvement communiste international pendant de nombreuses décades, au sujet des « étapes vers le  socialisme ».

Sur la politique d’alliance

Au sujet de la première question, la politique d’alliance de notre parti, l’article en question prétend, sans aucun fondement, que le KKE est prétendument identique au PAME et aux autres rassemblements populaires. Qu’ils sont la même chose. C’est une accusation bien connue, que les forces de la social-démocratie (ancienne et nouvelle) et aussi de petits groupes de l’ultra-gauche reprennent dans le but de limiter le dynamisme que ces rassemblements et leurs alliances acquièrent continuellement.

Toutefois, une simple recherche de la part des auteurs de cet article aurait montré que  les syndicats qui sont affiliés au PAME ont un nombre d’adhérents enregistrés supérieur à celui du total des suffrages obtenus par le KKE au cours des élections. Des centaines de syndicats où les communistes ne sont pas majoritaires dans les comités exécutifs participent aux mobilisations organisées par le PAME. Par exemple, si les auteurs avaient assisté aux mobilisations des paysans, aux barrages routiers des paysans sur les autoroutes, où le rassemblement des paysans pauvre, PASY, joue un rôle dirigeant, ils auraient vu que les agriculteurs, dans leur vaste majorité, qui luttaient contre la ligne politique anti-populaire et l’Union Européenne ne sont pas communistes ni des électeurs du KKE.

Nous pouvons  mentionner que la récente proposition du PAME pour les manifestations du 22 octobre dans toute la Grèce  et la grève générale du 12 novembre  contre la ligne politique anti-populaire du gouvernement SYRIZA-ANEL et de l’UE ont été soutenues par plus de 600 syndicats et des organisations du mouvement de masse.

En conséquence, l’accusation contenue dans l’article que le KKE poursuit une « unité organisationnelle avec lui-même » est complètement calomnieuse.

Le KKE n’a jamais caché son plein soutien à ces organisations sociales populaires  qui luttent dans une direction anti-monopoliste-anti-capitaliste. Il ne cache pas qu’il soutient l’alliance sociale de la classe ouvrière avec les couches populaires pauvres dans les villes et à la campagne contre les monopoles et le capitalisme. Nous croyons qu’une telle alliance sociale peut entrer en conflit avec les mesures anti-populaires, combattre pour la restauration des pertes de revenus des travailleurs  qui ont été réduits à cause de la crise capitaliste, et des mesures pour renforcer la rentabilité du capital. En même temps, une telle alliance, selon notre estimation, peut paver le chemin pour le renversement social et la rupture avec le système capitaliste et les unions impérialistes, comme l’OTAN et l’UE.

Nous savons que cette politique d’alliance, qui n’a rien à voir avec des « alliances de gauche » ou « alliances anti-néolibérales », c’est à dire les alliances politiques visant  à rassembler de forces politiques et non sociales, dérange la social-démocratie. Elle dérange aussi les petites forces politiques de l’ultra-gauche comme NAR et Antarsya, lesquelles, aujourd’hui, suivent le programme de la social-démocratie et sont devenues la « queue » politique du social-démocrate SYRIZA. Cependant, ce malheur a traversé les frontières de la Grèce et est devenu un article en Turquie, publié en anglais, pour induire en erreur les travailleurs de votre pays et au plan international, qui n’ont pas les sources d’information et les données pour discerner où la réalité se termine et où commencent les mensonges.

Sur l’attitude envers la social-démocratie

L’article suggère que notre parti « établisse une plate-forme qui incorpore des revendications urgentes et pressantes des ouvriers et du public, dans une vaste alliance commune  avec SYRIZA et d’autres forces progressistes à travers cette plate-forme, l’adhésion à ces revendications étant une condition préalable de son alliance avec SYRIZA » alors qu’il estime aussi que  » certainement  cela irait  mal  pour le KKE d’être un partenaire d’une coalition dans un gouvernement dirigé par le social-réformiste SYRIZA ».

En d’autres mots ce qui est suggéré est que le KKE se transforme d’un parti qui œuvre pour le renversement de la barbarie capitaliste en un parti qui soutiendrait le gouvernement de « gauche » de SYRIZA et du nationaliste ANEL, sans y participer directement. C’est ce qui nous est proposé dans des conditions où les moyens de production en Grèce, les clés de l’économie, continueraient à être entre les mains des capitalistes dans notre pays qui resterait piégé au sein de l’organisation impérialiste de l’OTAN qui promeut les guerres et au sein de l’UE, qui entre autres choses détermine comment ses États-membres appliqueront les mesures pour renforcer le capital en réduisant les droits des ouvriers et des couches populaires. L’UE détermine aussi ce que le pays produit et aussi les quantités et les méthodes de production.

Cependant, une telle politique de « soutien critique » aux gouvernements bourgeois de la social-démocratie, c’est à dire aux gouvernements qui  fonctionnent à l’intérieur du cadre politique et économique de la société capitaliste, n’a jamais et nulle part mené à des résultats positifs pour les travailleurs. Bien au contraire! Cette politique a mené à la très grave désillusion des travailleurs et des masses populaires, au dégoût à l’égard des politiques, à la montée de l’extrême-droite et des forces fascistes. Dans notre pays, ces forces fascistes se sont renforcées. Mais le KKE n’est pas responsable de cela comme l’article nous en accuse sans fondement, juste parce que nous ne suivons pas la ligne politique que les auteurs proposent. Ces forces augmentent en  raison à la ligne politique des partis bourgeois et de la social-démocratie en particulier. Avant tout, c’est la responsabilité du PASOK qui a complètement ruiné les espoirs des couches populaires au début de la crise capitaliste, en promettant une gestion meilleure et plus humaine de la crise. Le gouvernement social-démocrate de SYRIZA a effectué quelque chose de semblable quand il a fait la promesse utopique avant les élections de « mettre le peuple au dessus des profits », mais a fini en appliquant les anciennes et les nouvelles mesures anti-populaires, transformant, une fois encore, le peuple en carburant pour les profits du capital.

Dans ces conditions, le rôle « pédagogique » du KKE ne peut pas être rempli en soutenant les illusions nourries par la social-démocratie, comme l’article nous le propose. Il sera rempli dans la lutte pour gêner ces illusions et les mesures anti-populaires avancées par le gouvernement de la « gauche ».

Le peuple sera éduqué et le rapport des forces changera à travers cette lutte, avec la formation d’une grande alliance sociale populaire, qui combattra les mesures anti-populaires et aura pour orientation stable la lutte contre les monopoles et le capitalisme. Cela renforcera l’organisation et le militantisme de la classe ouvrière et des autres couches populaires contre la soumission et le fatalisme, contre la subordination du peuple aux anciens et nouveaux gestionnaires de la barbarie capitaliste.

Un KKE plus puissant partout est nécessaire pour cette voie et non pas pour des raisons de « fétichisme du parti » que l’article nous attribue.

Sur les étapes

Cependant, nous mettons l’accent sur le fait que la stratégie proposée par l’article en question n’est pas « nouvelle ». Cette ligne politique des alliances plus étroites ou plus larges avec la social-démocratie a été suivie et est encore suivie par plusieurs partis communistes et ouvriers dans le monde entier. Dans le passé, particulièrement après le 20e Congrès du PCUS, cette ligne politique a prévalu dans le mouvement communiste, idéologiquement basée sur la « voie pacifique » au socialisme, les « nombreuses formes de transition au socialisme », la voie parlementaire etc. Souvent ce raisonnement a séparé la social-démocratie en « social-démocratie de droite » (mauvaise) et « de gauche » (bonne), en séparant aussi la bourgeoisie en une section « compradore servile » et une section « consciente patriotique-nationale ». Une alliance a été recherchée avec cette « bonne » social-démocratie et la « bonne » section de la bourgeoisie, même pour la gestion du capitalisme, comme une « première étape » du processus révolutionnaire unifié.

Le paradoxe est tandis que l’article critique le 20e Congrès du PCUS, il défend en même temps cette logique qui a prévalu ensuite dans le PCUS et qui plus tard a étendu son influence dans le mouvement communiste international, avec des conséquences douloureuses pour le mouvement révolutionnaire.

Le KKE a étudié l’expérience historique à un niveau national et international. Cependant le KKE a forgé des liens de sang historiques avec la classe ouvrière et les paysans pauvres de Grèce dès les premiers instants de sa fondation. À travers la lutte armée contre l’occupation étrangère, il est entré directement en conflit deux fois avec le pouvoir bourgeois. Notre parti, en étudiant ses 100 années d’histoire, ainsi que l’expérience du mouvement communiste international, est arrivé à la conclusion que cette stratégie particulière des étapes intermédiaires n’a non seulement mené à un renversement révolutionnaire nulle part (quelque chose qui est évident et bien connu)  mais elle agit comme un obstacle à la formation d’une stratégie révolutionnaire. Notre parti a abandonné le raisonnement des étapes en 1996 et même plus tôt en 1980, il a créé un front stable idéologique-politique contre la social-démocratie, qui est un pilier du système politique bourgeois.

Notre parti a formé sa stratégie qui n’est pas déterminée par le rapport de forces à un moment donné mais par le fait que les conditions matérielles préalables au passage à une forme supérieure de société sans exploitation de classe et guerres impérialistes ont été créées. Notre parti s’efforce ainsi que la classe ouvrière acquière la conscience de sa mission historique pour abolir son exploitation et, en conséquence, toute exploitation de classe et d’oppression; cela serait annulé avec l’adoption de la théorie du processus des étapes du pouvoir intermédiaire sur le terrain du capitalisme.

Sur ces bases, le KKE est le seul parti aujourd’hui qui révèle au peuple qu’il fait face à une stratégie en faveur du capital, et pas simplement à un « mauvais » gouvernement ou une ligne politique qui est imposée par des dirigeants suprêmes  ou des colonialistes, une conséquence de la timidité et de mauvaises négociations de la part du gouvernement, comme le déclarent d’autres forces politiques.

Le KKE révèle au peuple la nature et la cause réelle de la crise capitaliste. Il démontre que les solutions proposées par les partis politiques bourgeois (de droite et sociaux-démocrates) sont des formes de gestion en faveur du capital.

Le KKE explique au peuple qu’il n’y a qu’une solution qui est dans son intérêt et non celui de la ploutocratie: le pouvoir populaire, l’autre voie de développement qui sert exclusivement les intérêts du peuple. Les positions du parti et la voie de sortie qu’il propose gagnent du terrain dans la conscience populaire, rendant difficile à la bourgeoisie de faire progresser sa ligne politique anti-populaire.  Les positions du parti  déclenchent des processus qui aident à émanciper la conscience populaire de la ligne politique bourgeoise. Elles constituent un pôle de mobilisation populaire contre la ligne politique anti-populaire.

Le KKE combat à rendre le peuple conscient du besoin de lutter afin de paver le chemin pour le pouvoir populaire et l’économie populaire. Il joue le rôle dirigeant dans l’organisation des luttes du peuple, avec des formes de luttes et des revendications qui correspondent aux besoins de nos jours de la classe ouvrière et des familles populaires. Le KKE réfute les concepts idéologiques promus par la bourgeoisie, c’est à dire,  que le peuple est conjointement responsable de la crise, des dettes et des déficits capitalistes, et c’est pourquoi il doit les payer.

La ligne politique et l’activité du KKE dans les lieux de travail, les quartiers, les lieux d’éducation, sont caractérisées par des efforts pour organiser et développer la lutte, pour forger l’alliance de la classe ouvrière avec les autres couches populaires, les petits et moyens paysans, les artisans, les femmes et les jeunes afin que l’expression de leur lutte et de leurs revendications soit unifiée, avec l’objectif d’établir une alliance du pouvoir populaire. Cette alliance est une condition nécessaire pour un résultat victorieux de la lutte, avec le renversement du pouvoir des monopoles, la construction du socialisme-communisme.

Section des Relations Internationales du CC de KKE

21/12/2015

Peuples d’Europe, debout!

Déclaration finale de la rencontre internationale « Sortir de l’Euro »

http://www.m-pep.org/Declaration-de-la-rencontre-internationale-de-Barcelone-des-10-et-11-octobre

http://salirdeleuro.net/


Le « Plan de sauvetage » imposé par l’Eurogroupe à la Grèce a mis à nu, devant les citoyens des Etats et peuples d’Europe, la vraie nature de l’Union Européenne au service des banques, l’hégémonie du gouvernement allemand. Cet épisode de la guerre économique, de conspiration pour bloquer la volonté du peuple grec, provoquer la déstabilisation du gouvernement grec et obtenir sa reddition, constitue, par ses méthodes et ses résultats, un coup d’Etat organisé par les dirigeants de l’UE.

Le rêve d’une Europe, garante du bien-être social et de la démocratie, superviseur des conflits entre ses membres, solidaire avec ses citoyens les plus vulnérables et les nations les moins développées, s’est évanoui devant la réalité de ce qui s’est passé en Grèce.

Certes, la logique néolibérale à outrance des memoranda imposés par la Troïka n’est pas limitée à la Grèce. Elle concerne le Portugal, l’Italie, l’Espagne, l’Irlande, la France etc…qui ont souffert de la brutalité des politiques d’ajustement et d’austérité, qui ont provoqué la régression généralisée des droits sociaux et du travail, l’augmentation du chômage, de la pauvreté et des inégalités, et une délégitimation des institutions de la gouvernance et de la représentation de ces pays aux yeux de leurs citoyens et de leurs peuples, la déstabilisation interne des Etats qui composent l’UE, l’apparition de nouvelles tensions inter-Etats et des tentations impérialistes.

L’architecture de l’Union européenne a été conçue pour servir les intérêts des élites et le capital transnational, contre les classes populaires, sans politique de redistribution fiscale évitant les déséquilibres économiques potentiels et les crise prévisibles de la dette de ses Etats membres. Même certains de ceux que l’on appelle « pères de l’UE » reconnaissent le péché original du Traité de Maastricht et l’erreur fatale de l’Euro. L’introduction de la monnaie unique a aggravé les inégalités ou asymétries économiques entre les Etats en renforçant l’hégémonie de ceux qui, comme l’Etat allemand, ont pu bénéficier extraordinairement de leur position dominante.

Actuellement, l’UE se divise entre Etats vainqueurs et vaincus. Les peuples du Sud de l‘Europe se situent dans le camp des perdants, condamnés à appliquer des politiques d’ajustement et d’austérité pendant des décennies pour payer une dette aux créanciers qui, en provoquant une spirale de politiques de récession, devient impayable. Les traités de l’UE, particulièrement le « Pacte de l’Euro Plus » et le « Traité de stabilité, coordination et de gouvernance de l’Union Economique et monétaire », se sont transformés en instruments légaux d’une relation semi-coloniale entre pays créditeurs et pays endettés. La dialectique barbare entre créditeurs et endettés, transformés en maîtres et esclaves comme nous l’avons vu tout au long de l’histoire, réapparaît crûment dans le fonctionnement de l’UE.

Cette domination ne s’est pas seulement exprimée dans les memoranda et les « plans de sauvetage », elle a aussi produit la contre-réforme antidémocratique de la Constitution espagnole, avec l’article 135, où elle a favorisé la chute de chefs de gouvernement en leur substituant un larbin de service selon le bon vouloir de l’UE.

L’hégémonie des puissances gagnantes au sein de l’UE n’aurait pu se faire sans l’aveuglement, l’irresponsabilité, l’asservissement ou la corruption des élites économiques et politiques au sein de l’UE. Les oligarchies victorieuses ont bâti leur hégémonie non seulement par le biais d’alliances économiques ou d’intérêt avec les banques et les secteurs exportateurs du grand capital des différents pays européens, mais par l’intermédiaire d’idéologies et l’imposition du mythe d’une UE porteuse d’une nouvelle puissance-nation garante du progrès, de la paix et de la démocratie, hors de laquelle on serait condamné au sous-développement et à la dépendance. Dans la construction de ce mythe, l’Euro est la clé de voûte, sans laquelle l’édifice des intérêts et de la domination de l’actuelle UE s’effondrerait. Ceci explique l’agressivité du discours néo-libéral pseudo-religieux dominant quand il établit qu’hors de l’Euro, point de salut.

Au long de l’histoire, les peuples, les nations, l’ensemble des citoyens, les classes laborieuses, opprimés par les puissances impériales, coloniales, autoritaires, ou par des gouvernements et des classes d’exploitants, ont subit un discours semblable pour obtenir leur résignation et leur soumission. Mais ils n’ont pas pliés et se sont organisés pour se libérer de l’esclavage, de la tyrannie ou de la domination. Les révolutions démocratiques et populaires des derniers siècles ont gravé par le fer et le feu cette vérité : « sans souveraineté populaire sur les instruments et les leviers de l’économie, pas de démocratie ».

L’UE réelle est la négation de la démocratie et de la souveraineté populaire. L’UE des oligarchies, protégées par le nouvel empire allemand, n’est pas réformable de l’intérieur. Ils ne céderont rien de leurs privilèges et de leurs avantages accumulés depuis le Traité de Maastricht et l’implantation de l’Euro. S’ils n’écoutent pas non plus les avertissements de leur « ami américain » et de son instrument le FMI, il est à craindre que la poursuite des politiques économiques inhérentes à la monnaie unique finisse par ruiner le redressement économique international et déclenche, ou favorise, une nouvelle crise économique mondiale.

Les nations et les peuples du Sud de l’Europe, de par leur conditions d’opprimés par la dette, sont appelés à mener la rébellion contre l’UE antidémocratique et antisociale qui les opprime en montrant la voie de la liberté et de la justice sociale au reste des nations et peuples européens, pour construire de nouvelles relations basées sur le respect mutuel, le pacte entre égaux et la solidarité.

L’émancipation des peuples et des nations du Sud de l’Europe a comme condition la sortie de l’Euro et l’indépendance réelle vis-à-vis de l’UE réellement existante, pour recouvrer la souveraineté démocratique et populaire, garantir le droit à l’autodétermination et mener les politiques économiques et sociales qui permettront de dépasser la spirale récessive des politiques néolibérales d’ajustement et d’austérité pour aller vers la transformation de la société.

Mais toute stratégie émancipatrice exige des outils d’organisation qui en permettent la réalisation.

Les organisations politiques, activistes, sociales, et les personnes participant à la « Rencontre internationale pour la sortie de l’Euro », réunies à Barcelone, décidons de convoquer un processus constituant d’un « Front de Libération des Nations et des Peuples du Sud de l’Europe » avec la volonté d’agir avec d’autres mouvements de pays de l’UE ayant des objectifs et des valeurs similaires, qui rendra possible la sortie de l’euro et l’émancipation vis à vis de l’UE, le désengagement vis à vis de l’OTAN, et permette de construire un nouveau projet de collaboration et de coordination entre Etats, nations et peuples, basé sur le respect mutuel, les pactes entre pairs et la solidarité réelle.

Dès aujourd’hui, nous développerons les travaux préparatoires en vue d’une coordination permanente, avec la plus grande volonté d’élargissement, pour organiser la prochaine rencontre où se constituera formellement le « Front de libération des nations et des peuples du Sud de l’Europe.

Barcelone, le 11 octobre 2015

Grèce : la version intégrale de l’accord annotée par Yanis Varoufakis

JB Duval, Huffington Post, 16 juillet 2015

http://www.huffingtonpost.fr/2015/07/15/grece-yanis-varoufakis-dette-fmi-bce-austerite-economie-grece_n_7803324.html

GRÈCE – L’ex-ministre des finances grec Yanis Varoufakis, démis de ses fonctions au lendemain du référendum du 5 juillet, ne s’est pas résigné à prendre une retraite discrète. Au contraire. Après plusieurs interventions musclées et à quelques heures du vote du Parlement sur l’accord du 13 juillet, celui-ci a publié une version intégrale du texte, avec ses remarques et annotations corrosives.

En voici ci-dessous la version intégrale traduite en français (les annotations figurent en gras):

« Le sommet de la zone euro souligne la nécessité cruciale de rétablir la confiance avec les autorités grecques [le gouvernement grec doit instaurer une austérité encore plus rigoureuse frappant les citoyens grecs les plus vulnérables, qui ont déjà largement souffert], condition préalable pour un éventuel futur accord sur un nouveau programme du MES [pour un report de ce prêt non viable]. À cet égard, il est essentiel que la maîtrise du processus revienne aux autorités grecques [le gouvernement Syriza doit signer une déclaration stipulant qu’il s’est soumis à la ‘logique’ de la troïka], et les engagements pris dans ce contexte devraient être suivis d’une mise en œuvre effective.

Il est attendu d’un État membre de la zone euro demandant l’assistance financière du MES qu’il adresse, lorsque cela est possible, une demande similaire au FMI. Il s’agit d’une condition préalable pour que l’Eurogroupe approuve un nouveau programme du MES. La Grèce demandera donc que le FMI maintienne son soutien (surveillance et financement) à partir de mars 2016 [Berlin continue à croire que la Commission n’est pas digne de confiance pour faire la ‘police’ sur ses propres programmes européens de ‘sauvetage’].

Compte tenu de la nécessité de rétablir la confiance avec la Grèce, le sommet de la zone euro se félicite que la Grèce ait pris l’engagement de légiférer sans délai sur une première série de mesures [la Grèce doit s’infliger à elle-même un supplice de waterboarding fiscal, avant même qu’un quelconque financement soit proposé]. Ces mesures, prises en accord total et préalable avec les institutions, porteront sur:

– Pour le 15 juillet:

• Une rationalisation du régime de TVA [le rendre plus régressif, par des hausses de taux qui encouragent la fraude à la TVA] et un élargissement de l’assiette fiscale afin d’accroître les recettes [porter un grand coup au seul secteur grec de croissance – le tourisme].

• Des mesures directes pour améliorer la viabilité à long terme du système des retraites dans le cadre d’un programme global de réforme des retraites [diminuer les plus basses des petites retraites tout en faisant semblant de ne pas voir que l’épuisement des fonds des caisses de retraite est dû au PSI (ndt : accord de renégociation de la dette avec les créanciers privés) élaboré par la troïka en 2012 et aux effets de la baisse du nombre d’emplois et de la hausse du travail au noir].

• La garantie de la pleine indépendance juridique d’ELSTAT [la troïka exige un contrôle total sur la manière dont la Grèce élabore son équilibre budgétaire, en vue de contrôler complètement l’ampleur de l’austérité qu’elle impose au gouvernement].

• La pleine mise en œuvre des dispositions pertinentes du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire, notamment en rendant opérationnel le conseil budgétaire avant la finalisation du protocole d’accord et en introduisant des réductions quasi automatiques des dépenses en cas de dérapages par rapport à des objectifs ambitieux d’excédents primaires, après avoir sollicité l’avis du conseil budgétaire et sous réserve de l’accord préalable des institutions [le gouvernement grec, qui sait que les objectifs fiscaux imposés ne seront jamais atteints avec l’austérité imposée, doit s’engager dans une austérité plus forte et systématique du fait des dernières erreurs de la troïka].

– Pour le 22 juillet:

• L’adoption du code de procédure civile, qui représente une refonte en profondeur des procédures et modalités propres au système de justice civile et peut accélérer considérablement les procédures judiciaires et réduire les coûts dans ce domaine [les saisies, les expulsions et la liquidation de milliers d’habitations et d’entreprises qui ne sont pas en mesure de rembourser leurs emprunts].

• La transposition de la directive relative au redressement des banques et à la résolution de leurs défaillances, avec le soutien de la Commission européenne. Ce n’est qu’après –et immédiatement après– que les quatre premières mesures susmentionnées auront fait l’objet d’une mise en œuvre au plan juridique et que le Parlement grec aura approuvé tous les engagements figurant dans le présent document, avec vérification par les institutions et l’Eurogroupe, qu’une décision pourra être prise donnant mandat aux institutions de négocier un protocole d’accord [le gouvernement Syriza doit être humilié, au point qu’il lui est demandé de s’imposer à lui-même une austérité rigoureuse, en prélude à une nouvelle demande de prêt toxique de sauvetage, ce type même de prêt dont le rejet a fait la célébrité internationale de Syriza].

Cette décision serait prise sous réserve de l’achèvement des procédures nationales et à condition que les conditions préalables prévues à l’article 13 du traité instituant le MES soient réunies, sur la base de l’évaluation visée à l’article 13, paragraphe 1. Afin de pouvoir servir de base à la conclusion positive du protocole d’accord, les mesures de réforme présentées par la Grèce doivent être sérieusement renforcées compte tenu de la profonde dégradation de la situation économique et budgétaire du pays au cours de l’année dernière [le gouvernement Syriza doit acquiescer au mensonge que c’est lui, et non les tactiques d’asphyxie des créanciers, qui a provoqué la forte détérioration de la situation économique au cours des six derniers mois – on demande à la victime de prendre sur elle la faute qui incombe au méchant].

Le gouvernement grec doit s’engager formellement à renforcer ses propositions [de les rendre plus régressives et plus inhumaines] dans un certain nombre de domaines recensés par les institutions, en les accompagnant d’un calendrier suffisamment précis pour ce qui est de la législation et de la mise en œuvre, y compris des critères de référence structurels, des échéances et des critères de référence quantitatifs, afin de donner une idée claire de l’orientation des politiques à moyen terme. Il doit notamment, en accord avec les institutions:

• Mener d’ambitieuses réformes [coupes] des retraites et définir des politiques visant à compenser pleinement l’incidence budgétaire de l’arrêt de la cour constitutionnelle relatif à la réforme des pensions de 2012 [annuler la décision de la Cour favorable aux retraités] et mettre en œuvre la clause de déficit zéro [réduire de 85% les compléments de retraite que le gouvernement Syriza avait défendus bec et ongle au cours des cinq derniers mois] ou des mesures alternatives mutuellement acceptables [trouver des victimes ‘équivalentes’] d’ici octobre 2015;

• Adopter des réformes plus ambitieuses du marché des produits assorties d’un calendrier précis de mise en œuvre de toutes les recommandations du volume I du manuel de l’OCDE pour l’évaluation de la concurrence [les recommandations auxquelles l’OCDE a désormais renoncé après avoir redéfini ces réformes en coopération avec le gouvernement Syriza], y compris dans les domaines suivants: ouverture des magasins le dimanche, périodes de soldes, propriété des pharmacies, lait et boulangeries, à l’exception des produits pharmaceutiques vendus sans ordonnance qui feront l’objet d’une mise en œuvre à un stade ultérieur, ainsi qu’en ce qui concerne l’ouverture de professions fermées essentielles au niveau macro-économique (par exemple, les transports par ferry). En ce qui concerne le suivi du volume II du manuel de l’OCDE, l’industrie manufacturière doit être comprise dans les actions préalables;

• En ce qui concerne les marchés de l’énergie, procéder à la privatisation de l’opérateur du réseau de distribution d’électricité (ADMIE), à moins que l’on puisse trouver des mesures de remplacement ayant un effet équivalent sur la concurrence, comme convenu par les institutions [ADMIE sera liquidé au profit d’intérêts particuliers étrangers sous commandement des institutions];

• En ce qui concerne le marché du travail, entreprendre un réexamen rigoureux et une modernisation des négociations collectives [s’assurer qu’aucune négociation collective n’est possible], de l’action syndicale [qui doit être interdite] et, conformément à la directive pertinente de l’UE et aux bonnes pratiques, des procédures de licenciement collectif [qui doivent être soumises aux caprices des employeurs], selon le calendrier et l’approche convenus avec les institutions [c’est la troïka qui décide]. Sur la base de ces réexamens, les politiques du marché du travail devraient être alignées sur les meilleures pratiques internationales et européennes, sans que cela se traduise par un retour aux politiques antérieures qui ne sont pas compatibles avec les objectifs de croissance durable et inclusive [il ne doit exister aucun mécanisme permettant aux salariés d’obtenir de meilleures conditions des employeurs];

• Adopter les mesures nécessaires pour renforcer le secteur financier, y compris des mesures radicales concernant les prêts non performants [un tsunami de saisies s’annonce] et des mesures visant à renforcer la gouvernance du Fonds hellénique de stabilité financière (HFSF) et des banques [les Grecs qui gèrent le HFSF et les banques n’auront exactement aucun pouvoir de contrôle sur le HFSF et les banques], en particulier en éliminant toute possibilité d’interférence politique, notamment dans les processus de nomination [sauf l’interférence politique de la troïka]. Par ailleurs, les autorités grecques prendront les mesures suivantes:

• Élaborer un programme de privatisation nettement plus étoffé avec une meilleure gouvernance; des actifs grecs de valeur seront transférés dans un fonds indépendant qui monétisera les actifs par des privatisations et d’autres moyens [une structure similaire au Treuhand pour l’Allemagne de l’est est envisagée pour liquider tous les biens publics, mais sans l’équivalent des lourds investissements que l’Allemagne de l’Ouest avait déversés à l’est pour compenser le désastre du Treuhand]. La monétisation des actifs constituera une source permettant le remboursement programmé du nouveau prêt du MES et générera sur la durée du nouveau prêt un montant total fixé à 50 milliards d’euros, dont 25 milliards d’euros serviront au remboursement de la recapitalisation des banques et d’autres actifs, et 50% de chaque euro restant (c’est-à-dire 50% de 25 milliards d’euros) serviront à diminuer le ratio d’endettement, les autres 50% étant utilisés pour des investissements [les biens publics seront liquidés et les maigres sommes ainsi obtenues seront destinées au service d’une dette insoutenable – sans qu’il reste rien pour des investissements publics ou privés]. Ce fonds serait mis en place en Grèce et géré par les autorités grecques sous la supervision des institutions européennes concernées [il sera officiellement en Grèce mais, comme le HFSF ou la Banque de Grèce, il sera intégralement contrôlé par les créanciers]. En accord avec les institutions, et sur la base des bonnes pratiques internationales, un cadre législatif devrait être adopté pour garantir des procédures transparentes et une valorisation adéquate des ventes d’actifs, conformément aux principes et aux normes de l’OCDE sur la gestion des entreprises publiques [la troïka fera ce qu’elle voudra].

• Conformément aux ambitions du gouvernement grec, moderniser et considérablement renforcer l’administration publique grecque, et mettre en place, sous l’égide de la Commission européenne, un programme de renforcement des capacités et de dépolitisation de l’administration publique grecque [faire de la Grèce une zone sans démocratie sur le modèle de Bruxelles, une forme de gouvernement soi-disant technocratique, politiquement toxique et macro-économiquement inepte]. Une première proposition devrait être présentée d’ici le 20 juillet après discussion avec les institutions. Le gouvernement grec s’engage à réduire encore les coûts de l’administration publique grecque [diminuer les bas salaires tout en augmentant légèrement les salaires des quelques apparatchiks proches de la troïka], conformément à un calendrier convenu avec les institutions;

• Normaliser complètement les méthodes de travail avec les institutions, y compris le travail nécessaire sur le terrain à Athènes, pour améliorer la mise en œuvre et le suivi du programme [la troïka contre-attaque et exige que le gouvernement grec l’invite à revenir à Athènes en vainqueur – la paix carthaginoise dans toute sa splendeur]. Le gouvernement doit consulter les institutions et convenir avec elles de tout projet législatif dans les domaines concernés dans un délai approprié avant de le soumettre à la consultation publique ou au Parlement [le parlement grec doit à nouveau, après cinq mois d’une indépendance éphémère, se faire l’annexe de la troïka – faire passer mécaniquement des lois traduites]. Le sommet de la zone euro souligne une nouvelle fois que la mise en œuvre est capitale et, dans ce contexte, se félicite que les autorités grecques aient l’intention de demander d’ici le 20 juillet le soutien des institutions et des États membres en vue d’une assistance technique, et demande à la Commission européenne de coordonner ce soutien de l’Europe;

• À l’exception de la loi sur la crise humanitaire, le gouvernement grec procédera à un réexamen en vue de modifier les dispositions législatives adoptées qui sont contraires à l’accord du 20 février puisqu’elles constituent un retour en arrière par rapport aux engagements pris au titre du programme précédent ou il définira des mesures compensatoires clairement équivalentes pour les droits acquis qui ont été créés par la suite [en plus de promettre qu’il ne légiférera plus de manière autonome, le gouvernement grec annulera rétrospectivement toutes les lois qu’il a fait voter durant ces cinq derniers mois].

Les engagements énumérés plus haut correspondent au minimum exigé pour entamer les négociations avec les autorités grecques. Toutefois, le sommet de la zone euro a clairement indiqué que le fait de commencer des négociations n’exclut pas la possibilité d’un accord final sur un nouveau programme du MES, qui devra reposer sur une décision relative à l’ensemble du paquet (y compris les besoins de financement, le caractère soutenable de la dette et un financement-relais éventuel) [flagellez-vous, imposez plus d’austérité à une économie déjà écrasée par l’austérité, et nous verrons ensuite si l’Eurogroupe vous marquera encore au fer avec de nouveaux prêts toxiques et non viables].

Le sommet de la zone euro prend acte de ce que les besoins de financement du programme pourraient se situer entre 82 et 86 milliards d’euros, selon les estimations des institutions [l’Eurogroupe a sorti du chapeau un montant exhorbitant, bien supérieur à ce qui est réellement nécessaire, pour souligner qu’une restructuration de la dette est hors de question et que le but du jeu est en fait la servitude infinie de la dette]. Il invite ces dernières à étudier les possibilités de réduire l’enveloppe de financement, en suivant une autre trajectoire budgétaire ou grâce à des recettes plus élevées tirées des privatisations [et d’ailleurs, il est bien possible que les cochons puissent voler]. Rétablir l’accès au marché, ce qui est un des objectifs de tout programme d’assistance financière, diminue la nécessité de puiser dans l’enveloppe de financement totale [ce que les créanciers feront tout pour éviter, par exemple en s’assurant que la Grèce n’accédera au programme d’assouplissement quantitative de la BCE qu’en 2018, une fois que l’assouplissement quantitatif sera… terminé].

Le sommet de la zone euro prend note des besoins de financement urgents de la Grèce qui rendent d’autant plus nécessaire de progresser rapidement pour prendre une décision sur un nouveau protocole d’accord: d’après les estimations, ces besoins s’élèveraient à 7 milliards d’euros d’ici le 20 juillet, et à 5 milliards d’euros supplémentaires d’ici la mi-août [encore une nouvelle version de report de prêts non viables].

Le sommet de la zone euro est conscient qu’il importe de veiller à ce que l’État grec souverain puisse régler ses arriérés vis-à-vis du FMI et de la Banque de Grèce et honorer ses titres de créances dans les semaines qui viennent afin de créer les conditions qui permettront de mener à bonne fin les négociations. Le risque de ne pas pouvoir conclure rapidement les négociations demeure entier pour la Grèce [on exige encore une fois de la victime qu’elle prenne sur elle la faute qui incombe au méchant]. Le sommet de la zone euro invite l’Eurogroupe à discuter d’urgence de ces questions.

Compte tenu de l’acuité des problèmes rencontrés par le secteur financier grec, l’enveloppe totale d’un nouveau programme éventuel du MES devrait inclure la constitution d’un fonds de réserve de 10 à 25 milliards d’euros pour le secteur bancaire afin de pouvoir faire face aux éventuels besoins de recapitalisation des banques et aux éventuels coûts de résolution, dont 10 milliards d’euros seraient immédiatement mis à disposition dans un compte ségrégué au MES [la troïka reconnaît que la recapitalisation des banques en 2013-2014, qui ne nécessitait tout au plus que 10 milliards, était insuffisante – mais, bien entendu, rejette la faute sur… le gouvernement Syriza].

Le sommet de la zone euro est conscient qu’une décision doit être prise rapidement sur un nouveau programme pour que les banques puissent rouvrir, ce qui permettrait d’éviter une augmentation de l’enveloppe de financement totale [la troïka a fermé les banques grecques pour forcer le gouvernement Syriza à capituler et réclame maintenant leur réouverture]. La BCE/le MSU procédera à une évaluation complète après l’été. La réserve globale permettra de combler les éventuelles insuffisances de fonds propres suivant l’évaluation complète après que le cadre juridique aura été appliqué.

De sérieux doutes planent sur le caractère soutenable de la dette grecque [NB: sérieusement? Ça alors!]. Cela est dû au relâchement des politiques au cours des douze derniers mois, qui a entraîné la dégradation récente de l’environnement macroéconomique et financier du pays [Ce n’est donc pas le report des prêts de ‘sauvetage’ non viables en 2010 et 2012 qui, conjugué avec une austérité destructrice de PIB, a entraîné la dette sur des hauteurs aussi élevées – c’est la perspective, devenue réalité, d’un gouvernement qui critiquait ces reports de prêts de ‘sauvetage’ non viables qui a… provoqué la non viabilité de la dette].

Le sommet de la zone euro rappelle que les États membres de la zone euro ont, tout au long de ces dernières années, adopté une série impressionnante de mesures pour soutenir la viabilité de la dette de la Grèce, qui ont allégé le service de la dette de la Grèce et sensiblement réduit les coûts. [les premiers et seconds plans de ‘sauvetage’ ont échoué, la dette explose comme ça devait être le cas puisque le but réel de ces plans de ‘sauvetage’ était de transférer les pertes des banques vers les contribuables européens]. En conséquence, dans le cadre d’un éventuel programme futur du MES, et conformément à l’esprit de la déclaration de l’Eurogroupe de novembre 2012 [une promesse de restructuration de la dette au précédent gouvernement grec n’a jamais été tenue par les créanciers], l’Eurogroupe est prêt à envisager, si nécessaire, d’éventuelles mesures supplémentaires (un allongement éventuel des périodes de grâce et des délais de remboursement) afin de faire en sorte que les besoins bruts de financement demeurent à un niveau soutenable. Ces mesures seront subordonnées à la mise en œuvre intégrale des mesures à convenir dans le cadre d’un nouveau programme éventuel et seront envisagées après le premier réexamen qui aura abouti à un résultat concluant [encore une fois, la troïka laissera le gouvernement grec s’échiner sous le poids d’une dette impossible à rembourser et lorsque, au final, le programme se révélera être un échec, la pauvreté s’amplifiera et les revenus s’effondreront encore plus, alors nous envisagerons peut-être une réduction de la dette – exactement ce qu’a promis la troïka en 2012].

Le sommet de la zone euro souligne que l’on ne peut pas opérer de décote nominale sur la dette [NB: le gouvernement Syriza a suggéré, depuis janvier, une restructuration de la dette, sans réduction, qui maximisait la valeur nette actuelle des remboursements de la Grèce à ses créanciers – proposition rejetée par la troïka car son objectif était tout simplement d’humilier Syriza]. Les autorités grecques réaffirment leur attachement sans équivoque au respect de leurs obligations financières vis-à-vis de l’ensemble de leurs créanciers, intégralement et en temps voulu [NB: ce qui ne peut arriver qu’après une substantielle restructuration de la dette].

Pour autant que toutes les conditions nécessaires figurant dans le présent document soient remplies, l’Eurogroupe et le conseil des gouverneurs du MES peuvent, conformément à l’article 13, paragraphe 2, du traité instituant le MES, charger les institutions de négocier un nouveau programme du MES, si les conditions préalables énoncées à l’article 13 du traité instituant le MES sont réunies sur la base de l’évaluation visée à l’article 13, paragraphe 1. Pour contribuer à soutenir la croissance et la création d’emplois en Grèce (au cours des trois à cinq prochaines années) [NB :après avoir déjà détruit la croissance et les emplois au cours des cinq dernières années…], la Commission travaillera étroitement avec les autorités grecques pour mobiliser jusqu’à 35 milliards d’euros (dans le cadre de différents programmes de l’UE) en vue de financer des investissements et l’activité économique, y compris au niveau des PME [utilisera le même volume de fonds structurels, plus quelques fonds imaginaires, comme ce qui était déjà disponible entre 2010 et 2014]. À titre de mesure exceptionnelle et compte tenu de la situation exceptionnelle dans laquelle se trouve la Grèce, la Commission fera une proposition visant à augmenter le niveau de préfinancement d’un milliard d’euros afin de donner une impulsion immédiate aux investissements, dont se chargeront les colégislateurs de l’UE [sur les 35 milliards annoncés, vous pouvez considérer qu’1 milliard existe réellement]. Le plan d’investissement pour l’Europe offrira également des possibilités de financement pour la Grèce [la plupart des ministres des finances de l’eurozone parlent de ce plan comme d’un programme fantôme]« .

Grèce : Les exigences ahurissantes de l’Eurogroupe

Michel SOUDAIS, Politis, 12 juillet 2015

http://www.politis.fr/Grece-Les-exigences-ahurissantes,31895.html

Les ministres des Finances de la zone euro exigent d’Athènes des abandons de souveraineté. Pour la première fois, l’option d’une sortie de la Grèce de l’euro figure dans un document de l’Eurogroupe.

Pugilat au plus haut niveau à Bruxelles, où les chefs d’État et de gouvernement de la zone euro s’affrontaient dimanche pour décider du sort de la Grèce : aller vers un nouveau plan d’aide et arrimer le pays dans l’euro, ou le laisser dériver hors de la monnaie unique.
L’enjeu de ce week-end est de parvenir à un accord sur un nouveau plan d’aide à la Grèce, le troisième depuis 2010, pour un montant d’au moins 74 milliards d’euros sur trois ans, en échange de la mise en œuvre par le gouvernement d’Alexis Tsipras d’un plan de réformes impopulaires, incluant une hausse de la TVA, une réforme des retraites et des privatisations.

Auparavant, après deux jours d’une réunion marathon de 14 heures, les ministres des Finances de la zone euro étaient tout juste parvenus à élaborer une feuille de route, non consensuelle, avant de passer le relais aux chefs d’Etat.

Ce document de 4 pages, qui veut imposer à Athènes de nouvelles conditions très dures, estime qu’un troisième plan d’aide à la Grèce devrait peser entre 82 et 86 milliards d’euros et demande à la Commission, au FMI et à la BCE d’essayer d’alléger cette enveloppe en travaillant sur la fiscalité grecque ou les privatisations exigées d’Athènes. Mais il laisse surtout un certain nombre de questions ouvertes (onze en fait) « entre parenthèses », sur lesquelles les chefs d’État et de gouvernement devaient trancher.

- Parmi les nouveaux engagements réclamés à Athènes, figure le vote « d’ici le 15 juillet » par le Parlement grec d’un premier volet des mesures promises. Au prétexte de « reconstruire la confiance » entre Athènes et ses créanciers, il s’agit clairement d’un ultimatum, qui ne laisse que 72 heures au gouvernement et au parlement grec pour changer les taux de TVA, réformer les retraites, légiférer sur la procédure civile, et rendre indépendant l’Office grec des statistiques, ces nouvelles lois constituant un préalable à la reprise des discussions pour un plan d’aide. Selon plusieurs sources, Alexis Tsipras se serait engagé, après un entretien avec Angela Merkel et François Hollande, à faire adopter ces mesures dans le calendrier exigé.

- L »Eurogroupe fixe à la Grèce l’objectif d’un excédent budgétaire, sans les charges de la dette, de 3,5% du PIB en 2018. Cet objectif qui semblait jusque là hors de portée pour les créanciers implique qu’Athènes va devoir compenser en annonçant d’autres économies.

- Dans le cadre de cette négociation à venir, « les propositions de réformes grecques doivent être considérablement renforcées pour tenir compte de la forte détérioration économique et budgétaire du pays », selon le document. Il s’agit schématiquement de libéraliser l’économie, en modifiant par exemple les règles en vigueur dans le secteur énergétique, les retraites, le marché du travail, celles régissant le travail du dimanche, les périodes de soldes, sur les boulangeries ou le commerce du lait…

- L’Eurogroupe a ainsi ajouté quatre exigences : plus de privatisations, réduire le coût de l’administration, faciliter le travail de surveillance des institutions internationales, et imposer un droit de regard des institutions sur les projets normatifs grecs.

- Autre humiliation : « Le gouvernement doit consulter et obtenir l’accord des institutions sur tout projet de loi dans certains domaines importants (…) avant de le soumettre à une consultation publique ou au Parlement », selon le texte de l’Eurogroupe. En clair, il s’agit d’une mise sous tutelle d’un gouvernement démocratiquement élu.

- Gommer le vote des grecs le 25 janvier : Athènes doit revenir sur certaines des mesures adoptées depuis la victoire électorale de Syriza au début de l’année 2015, demande le document de l’Eurogroupe, ce dernier point n’ayant pas fait l’objet d’un consensus en son sein.

- Ultime mise sous tutelle, le document de l’Eurogroupe reprendrait l’idée défendue samedi par le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble : la création d’un fonds, sous administration européenne, auquel la Grèce apporterait des actifs publics d’une valeur de 50 milliards d’euros. Ce fonds, conçu sur le modèle du Treuanstalt créé après la réunification allemande pour privatiser les actifs de l’ancienne Allemagne de l’Est, serait basé à Luxembourg, et vendrait ces actifs afin de rembourser une partie de la dette publique grecque, explique Le Soir. Plusieurs sources (voir par exemple ici, ou encore là affirment que le fonds en question ne serait autre que KFW qui a pour président… Wolgang Schaüble et au conseil d’administration duquel siège Sigmar Gabriel, président du SPD.

- Dans le cas où Athènes ne céderait pas, le document de l’Eurogroupe évoque noir sur blanc, et pour la première fois, même si ce passage figure entre crochets, signe qu’il n’a pas fait l’unanimité, l’option d’une « sortie temporaire de la zone euro » de la Grèce, une option évoquée samedi dans un document de travail allemand.

« En cas d’échec à trouver un accord, la Grèce se verrait proposer de négocier rapidement une sortie temporaire de la zone euro, avec la possibilité de restructurer sa dette », lit-on dans le document de l’Eurogroupe.

« Humilier un partenaire européen alors que la Grèce a renoncé à tout ou presque tout est impensable », voulait croire Matteo Renzi, dans un entretien paru dimanche matin dans Il Messaggero. Le Premier ministre italien se trompait. Gageons que, comme lui, des millions d’européens n’imaginaient pas que l’Eurogroupe demanderait à humilier encore plus un pays qui a déjà perdu 25 % de sa richesse nationale du fait de la politique absurde décidée et imposée par le même Eurogroupe.

L’AUSTÉRITÉ : UN REMÈDE QUI TUE

Christine CHALIER, Bakchich.info, 19 juin 2015

https://www.bakchich.info/international/2015/06/18/l-austerite-un-remede-qui-tue-64085

Actuellement en discussions âpres avec un monstre financier à trois têtes, le Premier Ministre grec lutte pour lancer les mesures sociales qui doivent contrecarrer au plus vite la crise humanitaire que subit le pays. A l’heure où le Comité mandaté par le Parlement grec vient de déclarer la dette illégitime, les couteaux semblent tirés et un accord semble de plus en plus renvoyé aux calendes grecques. Pendant ce temps, l’austérité continue. Jusqu’où ?

Autrefois connus sous le dénominatif de « Troïka », puis sous celui d’« institutions », ce sont maintenant « les créanciers » qui continuent de resserrer un « nœud coulant » selon les propres termes d’Alexis Tsipras, autour de la Grèce. Pourquoi tant d’amour, pourquoi tant d’acharnement à pratiquer cet étranglement méthodique ? On a beau avoir vu L’Empire des Sens, on ne comprend pas où réside le plaisir dans ce « There is no alternative » répété en mode autiste.

Depuis 2010 et le début des mémoranda, le trio infernal formé par la Banque Centrale Européenne (BCE), la Commission Européenne et le Fonds Monétaire International (FMI), ne cesse de marteler que la Grèce doit payer. Une dette équivalant à près de 180 % de son PIB, autant dire une mer jamais épongée, un tonneau des Danaïdes, puisque pour vivre il faut bien continuer à emprunter – ou vice versa. Pour y parvenir, le Cerbère européen applique l’unique recette de son grimoire : l’austérité. Au programme, hausse de la TVA, augmentation de l’âge de la retraite, coupe dans les salaires et les pensions, rétrécissement à gogo des budgets – déjà 40 % en ce qui concerne celui de la santé. Pendant ce temps, les solutions alternatives proposées par le gouvernement de gauche radicale récemment élu sont toutes vouées aux gémonies.

Après cinq ans d’austérité intensive appliquée à la Grèce, le revenu moyen a diminué de 40 %, les retraites jusqu’à 48 %, sachant que 44,5 % des retraités reçoivent une pension inférieure au seuil de pauvreté comme le rappelait Alexis Tsipras, premier ministre grec, dans sa tribune publiée dans Le Monde.

Pendant ce temps…

Pendant ce temps, l’austérité tue. 25 000 décès seraient directement liés à la crise d’après une enquête du dispensaire social et solidaire d’Ellinikon près d’Athènes. Le pays a vu une augmentation de 200 % du nombre d’infections au VIH depuis 2011 parallèlement à l’amputation des budgets dédiés à la prévention, selon une étude de l’Université de Portsmouth au Royaume-Uni. La mortalité infantile a augmenté, la malnutrition également. Quant au taux de suicides, il a explosé.

En mai dernier, une délégation du collectif franco-grec « Solidarité France Grèce pour la Santé » a fait le déplacement à Athènes en soutien aux dispensaires sociaux et solidaires qui agissent pour les populations les plus démunies. L’occasion de rencontrer Andréas Xanthos, le ministre grec délégué à la santé, alors que le pays était déjà suspendu à la possibilité d’un accord avec ses créanciers. Andréas Xanthos réagissait avec virulence à la politique de l’étranglement. « Nous considérons que la Grèce a fait l’objet d’un principe selon lequel ce sont les peuples qui doivent payer la crise. Et la Grèce fait figure de cobaye dans cette entreprise. Les conséquences de cette attaque ont été particulièrement catastrophiques pour notre société et pour les droits. Le peuple grec a compris que cette politique néolibérale ne profitait qu’au système bancaire et qu’elle avait aggravé les inégalités. Le peuple grec a compris qu’il n’existait pas d’issue dans le cadre de cette politique. En portant Syriza au pouvoir, les électeurs ont donné l’occasion à un gouvernement démocratiquement élu de contester pour la première fois depuis le début de la crise les recettes appliquées par l’Union européenne. »

En tant que ministre délégué à la santé, Andréas Xanthos, microbiologiste de son état, sait de quoi il cause. Il est en effet le co-fondateur du premier dispensaire social et solidaire qui a vu le jour en Grèce. C’était en 2008 à Rethymnon, en Crête. L’urgence à l’époque était de s’organiser pour accueillir les migrants. Déjà. Aujourd’hui, la pratique du dispensaire social et solidaire s’est fortement démocratisé, crise grecque oblige. Le pays en compte une cinquantaine environ sur son territoire. Les dispensaires sociaux et solidaires sont des structures autogérées par des bénévoles ou plutôt des « volontaires » comme ils aiment à se définir eux-mêmes, professionnels de santé, habitants du quartier, qui donnent de leur temps et de leur énergie pour offrir un accès aux soins grâce à des consultations gratuites ou aux médicaments par le biais de collectes. Une condition sine qua non pour une vie presque normale en milieu de crise aigüe. Selon le ministre délégué à la santé, 25 % de la population se trouve sans aucune couverture médicale aujourd’hui en Grèce. Soit environ 2,5 millions de personnes qui n’ont plus accès aux soins, suite généralement à la perte d’un emploi. Pour se soigner, il faut payer. Quant au service public, « il est au bord de l’effondrement ». Débordé, en pénurie de personnel et de matériel, il est depuis le début de la crise l’une des cibles privilégiées des coupes drastiques dans le budget de l’Etat imposées par l’hydre à trois têtes. « Toutes les mesures d’austérité décidées par la Troïka ont conduit à une privatisation passive du système de santé, et à sa désorganisation totale, c’est-à-dire la privation pour des centaines de milliers de personnes de soins élémentaires », poursuit Andréas Xanthos. L’une des premières mesures symboliques de Syriza au pouvoir a été d’abolir le forfait hospitalier de 5€ qui rendait le moindre accès à l’hôpital payant. Jusqu’à encore récemment, un accouchement à l’hôpital public pouvait coûter jusqu’à 1 000 €. Si la mère ne pouvait payer, l’administration fiscale exerçait une pression sur la famille allant jusqu’à la saisie des meubles.

Pour le moment, tout va bien

Les budgets des hôpitaux publics ne cessent de fondre. La politique mortifère menée par Bruxelles et ses alliés qui exclut la population par millions des soins primaires, a eu pour conséquences une explosion de la tuberculose, des taux de suicides jamais atteints, la réapparition de la rage et la malaria. La plupart des maladies chroniques comme le diabète ou le cancer, ne sont plus soignées. Le secteur dentaire est pratiquement intégralement privatisé. Les vaccins font défaut. Les hôpitaux psychiatriques ferment les uns après les autres et les malades sont livrés à eux-mêmes. La demande de prise en charge psychologique est galopante. L’espérance de vie a baissé de deux ans. Les dispensaires sociaux et solidaires essaient de répondre à l’urgence. Une situation qui conduit Andréas Xanthos à parler de « crise humanitaire ».

L’arrivée massive des migrants en provenance de la Lybie et de la Syrie via la Turquie notamment, rendent la situation grecque particulièrement dramatique. Le refus des pays limitrophes de la Grèce et de l’Italie confine à de la non-assistance à personnes en danger. Tant que l’Europe continue de croire qu’elle peut regarder ailleurs et faire comme si tout allait bien, pour le moment tout va bien.

Un peu d’austérité à la rigueur

En France, on ne parle pas d’austérité – c’est un gros mot -, mais de rigueur. Certes, comme en Grèce, les budgets sont amputés, les personnels sont sans cesse réduits, mais on peut encore se soigner presque gratuitement. Une situation qui durera jusqu’à quand ?, peut-on se demander tant ici aussi les signaux se sont tous mis au rouge : privatisation insidieuse du service public, fermeture de lits, prétextes de fusion pour licencier du personnel, gel des recrutements. A quoi il faut ajouter une part de plus en plus grande des frais médicaux à la charge des usagers. Le parallélisme de la dégradation de notre système avec la dégradation de la situation grecque est frappant. Après avoir vécu la loi Bachelot « Hôpital, patients, santé et territoire » en juillet 2009, les personnels de santé s’attendent non sans crainte à une prochaine loi Touraine.

La ministre de la santé a d’ores et déjà annoncé que d’ici 2017, les hôpitaux devront réaliser une économie de 3 milliards d’euros. Ces économies passeront par la suppression de 22 000 postes (essentiellement des départs à la retraite non remplacés), le développement de la chirurgie ambulatoire qui permet au patient d’entrer à l’hôpital et de repartir le jour-même après y avoir subi une intervention, la préconisation d’une plus grande prescription de médicaments génériques et moins de prescriptions d’examens.

A ces turbulences, s’ajoutent de nouvelles avanies pour l’Assistance Publique et les Hôpitaux de Paris (AP-HP). L’actuel Directeur général de l’institution, Martin Hirsch, ancien Haut-Commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté du gouvernement Fillon, a décidé de réformer l’hôpital en remettant en cause les 35 heures. Une annonce qui a fait réagir Clémentine Fensch, une jeune infirmière en lutte. Sur le net, elle a fait le buzz. Sa vidéo a été visionnée plus de 300 000 fois en moins de deux semaines : « Cette semaine j’ai perdu ma foi en le service public (…) Vous voulez faire des économies sur notre dos : ce n’est ni éthique, ni moral », déclare-t-elle, entre autres. Le 11 juin, entre 3 700 et 15 000 salariés des hôpitaux parisiens ont marché sur l’Elysée pour protester. Et les négociations ont repris.

A Guéret, ce 13 juin, ce sont quelque 5 000 militants qui ont fait le déplacement à l’appel du Collectif « Convergence Services Publics » pour la défense du service public, notamment celui de la santé, de la poste et de la SNCF.

En Seine-Saint-Denis, l’ARS (Agence Régionale de Santé) s’est également mise au régime de la rigueur en remettant en question le versement au Conseil départemental d’une subvention d’ 1 million d’euros pour 2015 qu’elle avait pourtant consentie en 2014. Couplé aux 300 000 € que versait la CPAM, ce complément budgétaire (obtenu l’année dernière par la ministre de la santé), est nécessaire à la politique de dépistage et de prévention des maladies infectieuses dans le 93. Si ces 1,3 million venaient à faire défaut, le Département devrait renoncer à mener son activité de vaccination et fortement réduire sa lutte contre la tuberculose. Stéphane Troussel, le Président du Conseil départemental, et Pierre Laporte, Vice-Président chargé de la solidarité, en sont réduits à inviter acteurs et usagers de la santé à signer un « appel pour la santé en Seine-Saint-Denis ». Le 9 juin dernier, la Seine-Saint-Denis a observé une journée morte de la santé symbolique en fermant ses centres de dépistage et en suspendant ses actions de santé.

Sonnette d’alarme

Aujourd’hui les personnels de santé et les fonctionnaires tirent la sonnette d’alarme. Allons-nous les écouter ? Quel Etat peut décider de sacrifier sa santé publique sur l’autel des intérêts de la dette ? Une dette dont le grec Alexis Tsipras réclame en vain la restructuration. Une dette tout fraîchement déclarée « illégale, illégitime, et odieuse » par le comité sur la vérité sur la dette publique grecque dans un rapport préliminaire remis le 17 juin.

Refusant le découragement, Andréas Xanthos rappelle aux membres de la délégation de « Solidarité France Grèce pour la Santé » : « Il est très important pour nous de nouer des liens de solidarité ». Puis, dans une sorte de prédiction à la Cassandre : « Nous estimons que le mouvement de solidarité qui s’est manifesté ces derniers temps depuis l’étranger avec la Grèce, va apporter des forces à un peuple qui aujourd’hui se trouve dans les affres du combat contre le système néo-libéral. L’Europe doit être l’Europe de la cohésion sociale et des droits démocratiques et non L’Europe de l’austérité. L’affrontement sévère qui se déroule aujourd’hui entre la Grèce et les institutions européennes concerne l’ensemble des peuples européens. » Cassandre, dans la mythologie grecque, est celle qui prédisait les catastrophes mais que personne ne croyait.

Grèce : sans Sécu, le système D

egora.fr, Conception ALVAREZ, 8 mai 2013

2013-05-grecePour la première fois depuis 1975, les dépenses de santé ont reculé en Europe. Un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (Ocde), publié en novembre dernier, pointe ainsi l’impact sanitaire de la crise économique qui souffle sur le continent.

On l’appelle l’ »underground clinic », la clinique souterraine. Le centre médical et social d’Ellinikon, situé en banlieue d’Athènes sur une ancienne base militaire américaine, accueille depuis 2011 des patients grecs frappés par la crise qui n’ont plus accès au système de santé. Un lieu devenu indispensable alors que, désormais, près de 40 % de la population n’a plus de couverture maladie, et qu’un droit d’entrée de 5 euros a été instauré à l’hôpital.

En seulement une année, 4 500 patients sont venus se soigner à Ellinikon. « Des gens issus de la classe moyenne, des gens qui travaillent ou qui ont perdu leur emploi, des gens bien habillés… », raconte Olga Baklatzi, l’une des nombreuses volontaires du centre. Car, ici, tout le monde travaille bénévolement, y compris les médecins. Une collecte de médicaments a également été mise en place auprès de la population via le site Internet du centre qui publie régulièrement la liste de ses besoins. Ceux qui le peuvent envoient les boîtes de médicaments qui traînent dans leur armoire à pharmacie. Un système D pour pallier les carences de l’État, qui doit près de 1 milliard d’euros aux laboratoires pharmaceutiques et aux personnels travaillant dans le domaine de la santé.

Les tentatives de suicide ont progressé

« Tout est très aléatoire en Grèce : l’hôpital peut ne plus avoir tel ou tel traitement, le médecin peut être absent… en fait, ça dépend des moments. C’est extrêmement anxiogène pour le patient. Et puis, il y a le coût. Beaucoup de Grecs ne peuvent plus payer les cotisations pour bénéficier de la sécurité sociale, ils ne vont donc plus chez le médecin. Ils préfèrent ne pas connaître le diagnostic plutôt que de savoir qu’ils vont devoir dépenser tant d’argent. » Nathalie Simonnot est en charge du réseau international chez Médecins du monde (MdM). L’ONG, dont les centres médicaux étaient initialement destinés aux immigrants et aux réfugiés, a dû multiplier par deux ses programmes en Grèce. « Avant la crise, il y avait moins de 3% de Grecs qui venaient dans nos centres. Aujourd’hui, près d’un patient sur deux est grec, et jusqu’à 88 % selon le quartier. Et là où on ne voyait qu’une dizaine de personnes par demi-journée, maintenant on en voit 90 ! »

Le fait est que les Grecs sont plus malades qu’avant. Le chômage très élevé –il est de 56,5% chez les moins de 25 ans–, l’isolement, les conditions de vie dégradées ont fait naître un malaise profond au sein de la population. De plus en plus de personnes souffrent de dépression, et les tentatives de suicide ont progressé ces dernières années. En 2009, on avait recensé 677 tentatives contre 927 en 2011 et déjà 690 en août dernier. Les données du gouvernement ne précisent pas combien de tentatives ont été mortelles.

VIH : une augmentation inquiétante

Outre cette souffrance morale, le Centre de contrôle et de prévention des maladies en Grèce voit une augmentation notable du nombre de malades depuis 2009. Malaria, virus du Nil occidental, rougeole, coqueluche, le nombre de cas rapportés n’a cessé d’augmenter entre 2009 et 2012. Mais l’augmentation la plus inquiétante concerne le VIH. Entre 2010 et 2011, le nombre de nouvelles contaminations a augmenté de 57%. Premières victimes : les toxicomanes, que les coupes budgétaires n’ont pas non plus épargnés. Un tiers des centres de prévention a fermé, et de nouvelles drogues ont fait leur apparition, telles que la sisa, très bon marché et aux effets dévastateurs (insomnie, agressivité, noircissement de la peau, plaies cutanées).

« Ce sont des personnes qui étaient déjà marginalisées, mais qui le sont d’autant plus avec la crise, note Nathalie Simonnot, de MdM. Aujourd’hui, ce n’est évidemment pas sur elles que se porte l’attention vu tout le travail qu’il y a à faire avec les personnes âgées, les enfants… La situation est d’ailleurs la même pour les immigrés, qui se trouvent davantage rejetés. »

Le parti d’extrême droite Aube dorée n’hésite d’ailleurs pas à stigmatiser les populations migrantes. L’été dernier, il a mené campagne pour inciter les donneurs de sang grecs à réserver leurs dons à leurs seuls compatriotes, une initiative jugée « inhumaine » par les autorités politiques et médicales du pays. Toutefois, cela n’a pas empêché le gouvernement d’adopter une loi ouvrant la voie à la détention et à l’expulsion de migrants sans papiers atteints de maladies infectieuses ou jugés à risque pour la santé publique. En période de crise, les relents racistes ne se font jamais trop attendre, créant un climat nauséabond.