Le Pentagone fait le tour du monde

suivi de

Petit tour en Turquie de trois parlementaires français

Manlio Dinucci


Aujourd’hui arrive en Italie le chef du Pentagone Ash Carter qui, au nom de l’administration sortante Obama, est en train de faire « le tour du monde pour remercier les troupes USA déployées en Asie, Moyen-Orient et Europe et rencontrer d’important partenaires et alliés ».
Le tour a commencé le 3 décembre en Californie, où Carter a tenu le discours de clôture au « Forum Reagan », qui lui a remis le prix « La paix à travers la force ».
  Carter s’est ensuite rendu au Japon, où il a passé en revue les troupes USA et rencontré le ministre de la défense Inada. Le Japon, qui contribue avec 1,6 milliards de dollars annuels à la permanence de 50 mille soldats étasuniens sur son territoire, est particulièrement important comme base avancée des systèmes de missiles USA dirigés contre la Chine dans un «but défensif » et, précise le Pentagone, est un allié « en mesure de défendre d’autres pays qui puissent être attaqués ».
Du Japon Carter s’est envolé pour l’Inde, devenue le second acquéreur mondial d’armes étasuniennes après l’Arabie Saoudite : un résultat de la stratégie de Washington qui vise à affaiblir les rapports de l’Inde avec la Russie, minant le groupe Brics attaqué en même temps par le putsch « institutionnel » au Brésil.
  Le chef du Pentagone est ensuite allé au Bahrein, où il a participé au « Dialogue de Manama » organisé par l’Institut international d’études stratégiques, influent think tank britannique financé par l’émirat avec plus de 38 millions de dollars. Intervenant sur la « logique de la stratégie américaine au Moyen-Orient », Carter a précisé que dans cette région sont basés plus de 58 mille militaires USA, dont plus de 5 mille sur le terrain en Irak et Syrie : « pas seulement pour se battre contre des terroristes comme ceux de l’Isis (Etat islamique), mais aussi pour protéger nos intérêts et ceux de nos alliés » (raison pour laquelle les USA et les monarchies du Golfe, comme il a été amplement documenté, ont secrètement soutenu l’Isis, fonctionnel à leur stratégie en Syrie et Irak). Carter a accusé la Russie de ne pas combattre l’Isis en Syrie, mais de n’avoir qu’ « enflammé la guerre civile et prolongé les souffrances du peuple syrien ». Il a ensuite ajouté que, comme « l’Iran continue à déployer des missiles », les USA sont en train de réaliser avec leurs alliés « une défense de missiles régionale », comprenant un puissant radar au Qatar, des missiles Thaad aux Emirats et d’autres systèmes de missiles (en réalité non pas de défense mais d’attaque, étant donné que les mêmes tubes de lancement peuvent être utilisés pour des missiles d’attaque y compris nucléaire).
Du Bahrein Caret est allé en Israël, où hier il a participé avec le ministre de la défense Lieberman à la cérémonie de l’arrivée des deux premiers chasseurs F-35 pour l’aéronautique israélienne, symbole du partenariat militaire de plus en plus étroit avec les USA, « porté à des niveaux sans précédents par l’accord décennal d’assistance signé en septembre dernier ».
D’Israël le chef du Pentagone arrive aujourd’hui en Italie, pour une visite de deux jours aux troupes USA stationnées ici dans le but -déclare un document officiel- de « soutenir les opérations des USA et de leur coalition à échelle mondiale, dont la dissuasion à l’agression russe en Europe orientale et le renforcement du flanc sud de l’Otan ».
Le tour mondial, qui se confluera à Londres le 15 décembre par une réunion de la « coalition anti-Isis », a un but politique bien précis : réaffirmer à la veille de le remise du pouvoir la stratégie de l’administration Obama, qu’aurait dû poursuivre la démocrate Clinton, pour que restent ouverts les fronts de tension et de guerre au Sud et à l’Est que le démocrate Obama laisse en héritage au républicain Trump.
Qui a au moins le mérite de ne pas être Prix Nobel de la paix.
Edition de mardi 13 décembre 2016 de il manifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

 
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La guerre par procuration contre Daech en Syrie a atteint son point culminant

Escalade militaire menant à une invasion terrestre commanditée par les USA et l’Otan?

Prof Michel Chossudovsky, Mondialisation.ca, 13 février 2016

http://www.mondialisation.ca/la-guerre-par-procuration-contre-daesh-en-syrie-a-atteint-son-point-culminant-escalade-militaire-menant-a-une-invasion-terrestre-commanditee-par-les-usa-et-lotan/5507662


Chossudovsky

Prof Michel Chossudovsky

La stratégie de Washington consiste à être le fer-de-lance d’une guerre régionale élargie en amenant la Turquie et l’Arabie saoudite, ainsi qu’Israël, à faire « le sale boulot à notre place ».

Jusqu’à tout récemment, les forces armées du gouvernement syrien et leurs alliés (la Russie, l’Iran et le Hezbollah) combattaient les soi-disant « rebelles de l’opposition », pour la plupart des terrorises « modérés » et des mercenaires qui comptent dans leurs rangs des éléments des services secrets et des forces spéciales des USA et de l’Otan agissant en secret.

Les terroristes affiliés à Al-Qaïda et les forces de l’État islamique (Daech) sont soutenus par les USA, l’Otan, Israël et leurs alliés membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG). La Turquie et l’Arabie saoudite, en étroite collaboration avec Washington, ont joué un rôle central dans le recrutement, la formation et le financement des terroristes.

Jusqu’ici, cette guerre par procuration s’est poursuivie sans confrontation directe entre les forces alliées des USA et de l’Otan et les forces armées du gouvernement syrien, qui sont soutenues militairement par la Russie et l’Iran.

Une transition majeure est en cours dans la conduite de la guerre en Syrie. Les terroristes sont en passe d’être vaincus par les forces armées du gouvernement syrien avec le soutien de la Russie. La guerre par procuration (sous la bannière officielle de « guerre contre le terrorisme ») a atteint son point culminant.

Nouvelle étape et rôle de la Turquie et de l’Arabie saoudite

Les forces turques sont maintenant directement impliquées dans des opérations de combat en territoire syrien.

stop_israel_us_saudi_arabia_turkey_qatar_supporting_isis_terroristsPour sa part, l’Arabie saoudite, un État qui commandite le terrorisme, a annoncé son intention de déployer des militaires en Syrie, prétendument pour combattre les terroristes de Daech, qui sont en fait soutenus par l’Arabie saoudite.

Le brigadier général Ahmed Al-Asseri a déclaré, au nom de Riyad, que les forces armées saoudiennes :

« vont combattre avec les alliées de la coalition dirigée par les USA pour défaire les militants de Daesh en Syrie, en ajoutant que Washington est davantage en mesure de répondre aux questions relatives aux détails de toute opération terrestre à venir. » (Al Arabyia)

Que signifie cette affirmation?

Que la guerre par procuration contre Daech est terminée?

Une nouvelle guerre par procuration impliquant directement la Turquie et l’Arabie saoudite dans des opérations terrestres se trame, avec les USA et l’Otan qui tirent les ficelles derrière. Riyad a confirmé qu’un organisme de coordination militaire turco-saoudien a été également créé.

L’Arabie saoudite planifie maintenant d’envahir la Syrie sous les ordres de Washington :

« Le royaume est prêt à participer à toute opération terrestre que la coalition (contre l’État islamique) pourrait convenir de mener en Syrie, (…)

Asseri a indiqué que l’Arabie saoudite est un membre actif de la coalition dirigée par les USA dans son combat contre l’État islamique depuis 2014, et qu’elle a effectué plus de 190 missions aériennes.

(…)

« S’il y a consensus parmi les dirigeants de la coalition, le Royaume est disposé à participer à ces efforts, car nous croyons que les opérations aériennes ne constituent pas la solution idéale et qu’il doit y avoir un jumelage d’opérations aériennes et terrestres », a déclaré Asseri. (Reuters, le 4 février 2016)

Les opérations aériennes céderont la place à des opérations terrestres amenant le déploiement de militaires saoudiens à l’intérieur de la Syrie.

« Pourparlers de paix » en prévision de la prochaine étape de la guerre en Syrie

Récemment, le vice-prince héritier et ministre de la Défense saoudien Mohammed ben Salmane était à Bruxelles, dans les quartiers généraux de l’Otan, pour « discuter de la guerre civile en Syrie ». Cette réunion a eu lieu sur l’initiative du Pentagone et non de l’Otan. Elle visait à planifier la prochaine étape de la guerre en Syrie.

Fait notable, le prince ben Salmane a rencontré à huis clos le secrétaire à la Défense des USA Ashton Carter.

Pendant ce temps à Munich, John Kerry et Sergei Lavrov discutaient de la mise en œuvre d’unecessation des hostilités à la grandeur de la Syrie.

Selon le scénario diabolique du Pentagone, les forces engagées sur le théâtre des opérations seront saoudiennes et syriennes, soutenues par les USA et l’Otan d’une part, et par la Russie et l’Iran d’autre part.

Des rapports confirment que les terroristes commandités par les USA et l’Otan et soutenus par l’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie et d’autres ont été en grande partie vaincus. Vont-ils être remplacés par des forces armées conventionnelles saoudiennes et turques, avec le soutien de nouveaux membres des forces spéciales des USA et de l’Otan sur le terrain en Syrie?

Dans ce scénario en évolution, il y a aussi le risque que les forces armées turques et saoudiennes agissant pour le compte des USA et de l’Otan soient confrontées militairement avec la Russie et l’Iran, ouvrant ainsi une dangereuse boîte de Pandore, une porte vers une escalade militaire.

Le brigadier général saoudien Ahmed Al-Assiri a également fait une menace voilée à l’Iran, en disant que « si Téhéran est sérieux dans sa lutte contre Deash, il doit cesser de soutenir le terrorisme en Syrie et au Yémen ». (Al Arabyia)

La stratégie de Washington à cet égard consiste à être le fer-de-lance d’une guerre régionale élargie en amenant la Turquie et l’Arabie saoudite, ainsi qu’Israël, à faire « le sale boulot à notre place ».

Cette guerre commanditée par les USA est en définitive dirigée contre la Russie et l’Iran.

Michel Chossudovsky

Article original en anglais : The Syria Proxy War against the Islamic State (ISIS) Has Reached its Climax. Military Escalation, Towards a US-NATO Sponsored Ground Invasion?, 12 février 2016.

Traduit par Daniel pour Mondialisation.ca

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur d’économie à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en 12 langues).

Avancée Otan à l’Est et au Sud

Manlio Dinucci, Il manifesto, 16 février 2016


Les ministres de la défense Otan ont décidé de « renforcer la présence avancée dans la partie orientale de notre Alliance ». Cela sert à « nous défendre des menaces élevées provenant de la Russie », a clarifié le secrétaire étasunien à la défense, Ash Carter. Dans ce but, les USA quadruplent les financements pour l’ «Initiative de réassurance de l’Europe » qui, avec une rotation de forces (environ 6mille soldats), permettra davantage d’exercices militaires Otan (les plus de 300 effectués en 2015 n’ont pas suffi), la potentialisation d’aéroports, le pré-positionnement d’armements lourds, le déploiement permanent à l’Est d’unités cuirassées. Cela, a souligné Carter,  « permettra aux USA de former en Europe une force armée à haute capacité, à déployer rapidement dans le théâtre régional».
En accusant la Russie de « déstabiliser l’ordre de la sécurité européenne », USA et Otan ont rouvert le front oriental, entraînant l’Europe dans une nouvelle guerre froide, voulue surtout par Washington pour briser les rapports Russie-Ue dommageables pour les intérêts étasuniens.
En même temps USA et Otan préparent d’autres opérations sur le front méridional. A Bruxelles le chef du Pentagone a « accueilli » (en considérant l’Europe comme chez lui) les ministres de la défense de la « Coalition globale contre l’Isis », dont font partie sous commandement étasunien, avec l’Italie, l’Arabie Saoudite et autres sponsors du terrorisme de « marque islamiste ». La réunion  a lancé un non plus précisé « plan de la campagne militaire » en Syrie et Irak. Là-bas les choses vont mal pour la coalition, non pas parce que l’Isis (Daech) est en train de vaincre mais parce qu’elle en train de perdre : soutenues par la Russie, les forces gouvernementales syriennes sont en train de libérer des parties croissantes du territoire occupé par Isis et d’autres formations, qui reculent aussi en Irak. Après avoir fait semblant pendant des années de combattre l’Isis, tout en l’approvisionnant en sous-main en armes à travers la Turquie, les USA et alliés demandent à présent un cessez-le-feu pour des «raisons humanitaires». En substance ils demandent que le gouvernement syrien cesse de libérer de l’Isis son propre territoire, parce que – a déclaré le secrétaire d’Etat John Kerry en renversant les faits- « plus Assad conquiert de territoire, plus il arrive à créer de terroristes ». En même temps l’Otan renforce les « mesures de réassurance » de la Turquie, qui vise à occuper une bande de territoire syrien dans la zone frontalière.
En Afrique du Nord, la coalition sous conduite USA se prépare à occuper, sous prétexte de les libérer de l’Isis, les zones côtières de la Libye les plus importantes économiquement et stratégiquement. L’intensification des vols depuis le hub aérien de Pise, limitrophe à la base étasunienne de Camp Darby, indique que l’opération « sous conduite italienne » a déjà commencé avec le transport d’armes dans les bases d’où elle sera lancée.
Dans le même cadre stratégique se place la décision des ministres de la défense, « sur requête conjointe de l’Allemagne, de la Grèce et de la Turquie », de déployer en Egée le Second groupe naval permanent de l’Otan, aujourd’hui sous commandement allemand, qui vient à peine de conclure « des opérations étendues avec la marine turque ».
La mission officielle de la flotte de guerre « n’est pas d’arrêter ou repousser les embarcations des réfugiés, mais de fournir des informations contre le trafic d’êtres humains », en collaborant avec l’agence Frontex de l’Ue. Dans le même objectif « humanitaire », sont aussi envoyés, à la demande des USA, des avions radar Awacs, centres de commandement volants pour la gestion du champ de bataille.
« La mobilisation atlantique est un bon signe », commente Il Fatto Quotidiano (12 février), en rappelant que «ce n’est pas la première fois que l’Alliance s’engage dans une action humanitaire ». Exactement comme en Yougoslavie, Afghanistan et Libye.
Edition de mardi 16 février 2016 de il manifesto
(Site inaccessible au moment de cette diffusion, NdT)
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
Il Fato Quotidiano est considéré comme « un journal de gauche » . NdT à la demande de l’auteur.

« Nous allons vers une guerre générale »

Interview de Michel T. Flynn, lieutenant-général de l’US Army à la retraite, ancien directeur du Renseignement militaire (DIA)

Par Kommersant le 06 janvier 2016

 


Ancien patron du service de renseignement du Pentagone de 2012 à 2014, Michael Flynn s’est rendu à Moscou en décembre 2015 à l’invitation de la chaîne Russia Today, qui vient de fêter son dixième anniversaire. Connu pour son attitude critique à l’égard de l’invasion américaine en Irak et de l’opération militaire internationale en Libye, Michael Flynn était sur le plateau de l’émission Vlast [«La Patrie», NdT] et a répondu aux questions sur les conséquences de l’intervention russe dans le conflit syrien.

Question – Selon Al Jazeera, vous êtes le premier officiel américain à dire publiquement que les États-Unis, la Turquie et l’Arabie saoudite ravitaillent en armes des groupes liés à al-Qaïda pour renverser Bachar al-Assad, et ce, à l’intérieur de la Syrie. Est-ce bien ce que vous avez dit ?

Michael T. Flynn  – Non, ce n’est pas du tout ce que j’ai dit. J’ai voulu dire que comme nous soutenons, en Syrie, autant de forces diverses, toutes anti-Assad, une telle diversité de factions, il est impossible de comprendre qui est qui, et qui travaille avec qui. La composition de l’opposition armée syrienne, de plus en plus complexe, a rendu toute identification considérablement plus difficile. Pour cette raison, je suis certain que, du point de vue des intérêts américains, nous devons tout d’abord prendre du recul et soumettre notre stratégie à un examen critique. A cause de la possibilité, très réelle, que nous soutenions des forces liées à État islamique (une organisation interdite en Russie – Vlast), en même temps que d’autres forces anti-Assad en Syrie. Nous ne pouvons pas marcher sur le fil entre le Bien et le Mal. Nous devons définir clairement l’objectif que nous essayons d’atteindre et avec qui nous voulons travailler.

– Quels groupes les États-Unis soutiennent-ils en Syrie ?

– Ô mon Dieu, bien trop de groupes. Je me rappelle que nous comptions autour de 1 200 groupes belligérants. Je crois vraiment que personne, y compris la Russie, n’a une compréhension claire de ce à quoi nous avons affaire là-bas, mais sur le plan tactique, c’est vraiment très important de le comprendre. Une vision unilatérale de la situation en Syrie et en Irak serait une erreur.

– La Russie et les États-Unis ne voient pas de la même manière les activités des groupes rebelles en Syrie et ne peuvent même pas se mettre d’accord sur une liste commune des terroristes. Par exemple, Moscou propose d’y inclure des groupes radicaux comme Ahrar al-Cham et Jaich al-Islam  [Les hommes libres de Syrie et L’armée de l’Islam, NdT]. Que pensez-vous de ces groupes ?

– La Russie, comme les États-Unis, peut déclarer que certains groupes sont des organisations terroristes, prenant la responsabilité de le faire selon sa propre vision des choses. J’aimerais croire que nous – la Russie et les États-Unis – pourrions avoir des contacts réellement constructifs, discutant pour savoir si Jaich al-Islam ou Al-Chabab[Les jeunes, NdT], qui est associé avec al-Qaïda, ou d’autres groupes, doivent être désignés comme terroristes. En faisant ainsi nous devons nous communiquer mutuellement nos critères précis pour définir les groupes terroristes.

– Et pourtant, les États-Unis hésitent ouvertement au sujet de certains groupes. Par exemple, le groupe salafiste Ahrar al-Cham a une forte composante djihadiste et entretient des liens avec l’organisation terroriste Jabhat al-Nusra [Front pour la victoire (des gens de Syrie), NdT]. N’est-ce pas suffisant [pour les classer comme terroristes, NdT] ?

– Personnellement, je pense que c’est suffisant. Jabhat al-Nusra est partisan d’État islamique. Tout compte fait, je pense qu’il est important maintenant pour les États-Unis d’avoir une vision plus réaliste de qui est qui dans ce zoo. Parce que c’est un zoo et que les cages sont ouvertes. C’est une jungle. Et donc nous devons définir nos critères communs pour interagir avec tout cela.

Mais nous devons aussi décider de ce que nous faisons du régime Assad. Assad a utilisé des armes chimiques contre son propre peuple, il a violé la loi internationale et la loi morale ; il doit être remis à un tribunal international. C’est ce que je recommanderais. Nous ne pouvons pas considérer une telle personne comme un dirigeant national.

Quand tout cela a commencé, Assad a essayé de régler chaque incident, partout dans le pays, tentant de calmer les protestataires alors que des soulèvements avaient éclaté dans plusieurs pays arabes. Cependant, Assad n’a pas reconnu qu’il avait un gros problème avec l’ensemble du pays. Il a eu une mauvaise réaction. A mon avis, il a eu beaucoup de chance de rester en vie et au pouvoir. Et c’est grâce à la Russie. La Russie, avec toute la communauté internationale, a besoin de décider si oui ou non nous pouvons vivre sur la même planète avec des gens comme Assad. Cette personne peut-elle avoir la responsabilité d’un pays ? Le peuple syrien peut-il avoir le droit de voter ? Pensez-y : 10 millions de personnes déplacées, c’est la moitié de la population du pays. Nous – la communauté internationale – devons donner au peuple syrien la possibilité de choisir, nous devons donner aux réfugiés la possibilité de revenir, nous devons donner l’espoir dans un État prospère et stable.

– Vous avez déclaré en 2012 que le gouvernement américain a fermé les yeux sur un rapport de l’agence de renseignement du Pentagone, que vous dirigiez, détaillant les progrès considérables des groupes radicaux sunnites salafistes au sein de l’opposition syrienne. Pourquoi est-ce arrivé ?

– C’était intentionnel et fait pour des raisons politiques. Le problème était que cette enquête a été menée correctement, que la DIA a informé les autorités sur la situation réelle. Et cela, à mon avis, est la raison d’être des agences de renseignement – dire la vérité aux autorités. Si je dis la vérité au Président, mais qu’il fait semblant de ne pas entendre, ce n’est pas mon problème. Mon problème, c’est de lui fournir un rapport exact.

Ce rapport mentionnait notamment la détérioration significative de la situation dans la région. En 2013 il y a eu 300 attentats à la bombe en Irak. La situation se dégradait. La décision de nous retirer finalement d’Irak a alors ouvert la voie à l’émergence de l’État islamique.

– L’une des raisons pour lesquelles les États-Unis ont mis longtemps avant d’oser fournir des armes à l’opposition syrienne était qu’il n’y avait pas de garanties qu’elles ne tomberaient pas dans les mains des radicaux. Depuis, la situation n’a fait que s’aggraver. Pourquoi les États-Unis ont-ils fini par décider d’envoyer des armes en 2013 ?

– Je ne sais pas ce qui a emporté la décision. Je sais une chose : nous devons cesser de nous mêler de ce conflit. En fournissant des armes en Syrie, nous attisons le conflit. Et nous parlons de la Russie, aussi. Notre priorité, c’est de veiller à notre sécurité, et là, la communauté des États arabes a un rôle important à jouer.

– Pour vous, quelle est l’importance du soutien des alliés des États-Unis aux groupes sunnites radicaux ? Nous parlons de l’Arabie saoudite, de la Turquie et du Qatar. Que peut-on faire à ce sujet ?

– Ne nous embarquons pas dans ce sujet. Parce que ma contre-question est : que peut-on faire au sujet du soutien que l’Iran, allié du régime syrien, accorde au Hezbollah ? Le Hezbollah est une organisation terroriste internationale dont les filiales opèrent bien au-delà du Levant, il est clairement une menace sérieuse à la sécurité. Des membres du Hezbollah ont tué plein de monde, et pas seulement au Moyen-Orient. Par conséquent, l’Iran fait la même chose [que nos alliés, NdT] en soutenant le terrorisme. Une coopération fructueuse entre la Russie et l’Occident est possible seulement si l’Iran devient une partie de l’équation. Pour commencer à résoudre le problème, nous devons reconnaître que l’Iran en fait partie.

– Quelles sont les conséquences possibles de l’intervention russe dans le conflit ?

– De ce point de vue, l’intervention russe sous cette forme a changé immédiatement la donne et les dynamiques qui existaient auparavant. J’ai beaucoup apprécié d’en parler avec le président Poutine. Après tout, quelles conséquences et quels effets a-t-il vraiment perçu ? Nous avons eu l’incident où l’avion russe a été abattu par la Turquie, ainsi que l’explosion organisée par État islamique à bord d’un avion transportant des passagers russes, avec comme résultat de nombreux morts. Ce sont beaucoup de conséquences néfastes pour le début de cette intervention. L’une comme l’autre sont inacceptables, mais ce sont là des conséquences réelles.

La décision du président Poutine d’intervenir dans le conflit et de faire ce qu’il a fait sur place est, à mon avis, liée à des problèmes internes à la Russie. Cinq à dix mille citoyens russes combattent aujourd’hui en Syrie, ce qui est en partie la raison pour laquelle la Russie veut être là-bas – pour empêcher ces gens de retourner en Tchétchénie, au Daghestan, en Ouzbékistan ou à Moscou. Je pense que nous n’avions pas compris cela : le président Poutine essaie de régler un problème qui est bien réel, et pour lequel une partie de la solution se trouve en Syrie et en Irak. Le principal problème est comment nous – les grandes puissances, la Russie et l’Occident – pouvons travailler ensemble. C’est une question essentielle. Et je ne parle pas de négociations diplomatiques, je parle de la façon d’intervenir sur le champ de bataille, dans le champ de l’information et sur le champ de bataille numérique, qui est aussi une réalité.

Nous croyons fermement dans l’existence d’un intérêt mutuel à détruire cette tumeur maligne qu’est l’islam radical. Si nous ne le faisons pas ensemble, nous devrons le faire seuls, ce qui sera beaucoup plus difficile.

Comme j’étais un jeune officier, j’ai appris que le meilleur plan est celui qui au tout dernier moment vous laisse le plus de possibilités. Je me demande si le président Poutine croit qu’il a le meilleur plan. Est-ce que le président Obama pense la même chose ? Quand je regarde ce qui se passe – comment les choses sont – je vois une très lourde menace devant nous. Je ne pense pas que nous avons suffisamment d’alternatives. Et la direction dans laquelle nous nous engageons actuellement nous entraîne vers l’élargissement du conflit – vers une guerre générale. Plus nous en sommes proches, plus élevés sont les risques, plus élevé est le coût, plus limités sont nos choix. Alors il est important de travailler maintenant ensemble, les États-Unis et la Russie, à déterminer si nous pouvons développer des possibilités de stabiliser ensemble la situation.

– Est-ce que les États-Unis ont une stratégie à long terme pour la Syrie et pour la région dans son ensemble ?

– Là, je ne peux que donner mon avis personnel sur la question. Et tenez compte que je ne comprends pas réellement ce qu’est la stratégie des États-Unis aujourd’hui : elle manque de définition, de clarté et elle manque de consistance. A mon avis, la stratégie devrait comprendre quatre composantes : vous devez d’abord établir la sécurité, ensuite vous devez stabiliser la région, puis vous commencerez à y stimuler la prospérité économique, en apportant de nouvelles idées, de nouvelles technologies et un nouveau système éducatif. Vous devez donner à cette région suffisamment de temps pour se développer.

Pour que cela puisse se réaliser, la stratégie doit être mise en place non seulement par les États-Unis et l’Occident, mais aussi par les puissances régionales. La Russie, la Chine et l’Inde doivent aussi être impliquées. Parce que cette situation nous affecte tous, sans exception. Parce qu’à court terme, nous ne pouvons pas continuer à avancer dans la direction actuelle. C’est intenable.

Comment État islamique peut-il être vaincu ?

– À ce point, la composante militaire doit jouer un rôle essentiel – la destruction d’État islamique dans les territoires qu’il occupe. Mais bien sûr, ce n’est pas suffisant.

Après tout, les racines du problème sont économiques. Il est indispensable de promouvoir l’émergence d’une économie régionale viable. Nous devons priver les islamistes radicaux de leur justification, de la possibilité de rejeter sur l’Occident la responsabilité de tous les malheurs de la région. Donnons à ces pays ce qu’il faut pour priver les radicaux des occasions d’influencer les jeunes.

À long terme, il faut aussi travailler contre l’extension de l’idéologie salafiste et wahhabite. Nous avons besoin de dirigeants forts dans la communauté religieuse, qui puissent empêcher l’extension du radicalisme.

– Le projet du califat compte beaucoup de partisans dans le monde musulman, et pas seulement chez les déshérités. En Arabie saoudite, qui est le leader du monde musulman et dont la doctrine religieuse officielle est le salafisme wahhabite, environ 90% des gens croient que les règles établies par l’État islamique salafiste correspondent vraiment à l’islam, selon les résultats d’un sondage publié dans les médias arabes.

– Je ne crois pas que ce soit 90%. Et je ne pense pas que les autorités saoudiennes soient heureuses d’être comparées à des radicaux ou même d’être considérées comme faisant partie de cette communauté. Bien qu’il y ait, sans aucun doute, des Saoudiens là-bas (dans le groupe État islamique, Vlast).

Le Président Obama a dit une fois (commentant la proposition que Vladimir Poutine a faite à l’Assemblée générale des Nations Unies de créer une coalition anti-terroriste conjointe, Vlast) que la coalition menée par les États-Unis comptait 60 membres, tandis que le président Poutine n’avait que deux alliés (l’Iran et la Syrie, Vlast). Ce n’est pas comme cela que nous devrions parler. Il y a aujourd’hui des ressortissants de 80 pays dans les rangs d’État islamique. Leur coalition est plus large que la nôtre. Il y a entre 20 000 et 30 000 combattants étrangers en Syrie. Pourquoi ? Ce ne sont pas seulement les Saoudiens. C’est l’idéologie qui a été introduite dans de nombreux pays et qui a converti des gens là-bas en vrais croyants. Nous devons travailler ensemble pour trouver les moyens de contrer cet ennemi dangereux. Et pour cela nous avons besoin de nous débarrasser du complexe de culpabilité de l’homme blanc libéral.

– Le discours de Barack Obama à l’Université du Caire en 2009 a été compris par beaucoup comme le commencement d’un changement dans la politique américaine au Moyen-Orient. Il s’est créé une image d’ami de l’islam. Sa politique a-t-elle réellement changé ces dernières années ? Comment évalueriez-vous cela, en tenant compte de la situation actuelle ?

– Je ne pense pas qu’elle a vraiment changé. D’ailleurs, le président Obama s’est exprimé à ce sujet récemment dans son discours au Bureau Ovale. Nous n’avons pas changé la direction de notre politique – elle consiste toujours à combattre le terrorisme. C’est à dire que nous continuons à faire ce que notre pays a décidé qu’il fallait faire. La politique américaine actuelle manque de transparence, de clarté et de consistance. Je pense que nous avons seulement à admettre qu’elle ne fonctionne pas. Mais la politique russe n’est pas non plus entièrement claire. L’intervention russe est devenue un élément de plus en plus important, elle a radicalement changé les dynamiques et nous devons nous y adapter. Mieux vaut être ensemble que séparés.

Le 31 décembre 2015

Article original paru en russe dans Kommersant

Traduit par Ludovic, édité par Wayan pour le Saker francophone

Source: http://lesakerfrancophone.fr/l-nous-allons-vers-une-guerre-generale

Ukraine : Heil mein Nato !

Manlio Dinucci, Il Manifesto

5 janvier 2015


 

La feuille de route pour la coopération militaire Otan-Ukraine, signée en décembre, intègre désormais pratiquement les forces armées et l’industrie guerrière de Kiev dans celles de l’Alliance sous conduite USA. Il ne manque plus que l’entrée formelle de l’Ukraine dans l’Otan. Le président Poroshenko a annoncé à cet effet un « référendum » dont la date est à définir, en pré-annonçant une nette victoire des « oui » sur la base d’un «sondage» déjà effectué. De son côté l’Otan garantit que l’Ukraine, « un des plus solides partenaires de l’Alliance», est « fermement engagée à réaliser la démocratie et la légalité ».

Les faits parlent clair. L’Ukraine de Poroshenko – l’oligarque qui s’est enrichi avec le saccage des propriétés d’Etat, duquel le premier ministre Renzi loue le « sage leadership » – a décrété par loi en décembre la mise au ban du Parti communiste d’Ukraine, accusé d’ « incitation à la haine ethnique et violation des droits humains et des libertés ». Sont interdits par loi même les symboles communistes : chanter l’Internationale comporte une peine de 5 à10 ans de réclusion.

C’est l’acte final d’une campagne de persécution analogue à celle que marquèrent l’avènement du fascisme en Italie et du nazisme en Allemagne. Sièges de parti détruits, dirigeants lynchés, journalistes torturés et assassinés, militants brûlés vifs dans la Bourse du Travail à Odessa, civils sans armes massacrés à Marioupol, bombardés au phosphore blanc à Slaviansk, Lougansk et Donetsk.

Un véritable coup d’état sous régie USA/Otan, avec l’objectif stratégique de provoquer en Europe une nouvelle guerre froide pour frapper et isoler la Russie et, en même temps, renforcer l’influence et la présence militaire des Etats-Unis en Europe. Comme force d’assaut ont été utilisés, dans le putsch de Place Maïdan et dans les actions successives, des groupes néo-nazis entraînés et armés à cet effet, comme le prouvent les photos de militants Uno-Unso entraînés en 2006 en Estonie. Les formations néo-nazies ont ensuite été incorporées dans la Garde Nationale, entraînée par des centaines d’instructeurs étasuniens de la 173ème division aéroportée, transférée de Vicence en Ukraine, accompagnés par d’autres de l’Otan.

L’Ukraine de Kiev est ainsi devenue le « vivier » du nazisme renaissant au cœur de l’Europe. A Kiev arrivent des néo-nazis de toute l’Europe (Italie comprise) et des USA, recrutés surtout par Pravy Sektor et par le bataillon Azov, dont l’empreinte nazie est représentée par l’emblème calqué sur celui des SS Das Reich. Après avoir été entraînés et mis à l’épreuve dans des actions militaires contre les Russes d’Ukraine dans le Donbass, on les fait rentrer dans leurs pays avec le «laissez-passer » du passeport ukrainien. Simultanément on diffuse en Ukraine l’idéologie nazie parmi les jeunes générations. Dont s’occupe en particulier le bataillon Azov, qui organise des camps d’entraînement militaire et de formation idéologique pour enfants et adolescents, auxquels on enseigne avant tout à haïr les Russes.

Cela advient avec la connivence des gouvernements européens : par initiative d’un parlementaire de la République Tchèque, le chef du bataillon Azov, Andriy Biletsky, aspirant « Führer »  de l’Ukraine, a été accueilli au parlement européen en tant qu’ « orateur invité ». Le tout dans le cadre de l’ « Appui pratique de l’Otan à l’Ukraine », comprenant le « Programme de potentialisation de l’éducation militaire » auquel ont participé, en 2015, 360 professeurs ukrainiens, instruits par 60 experts Otan. Dans un autre programme Otan, « Diplomatie publique et communications stratégiques », on enseigne aux autorités à «contrecarrer la propagande russe» et aux journalistes à « générer des histoires factuelles depuis la Crimée occupée et l’Ukraine orientale ».

 Edition de mardi 5 janvier 2016 de il manifesto

http://ilmanifesto.info/ucraina-heil-mein-nato/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

L’Otan s’élargit encore

Manlio DINUCCI, Il Manifesto, 8 décembre 2015


La décision « historique » du Conseil de l’Atlantique-Nord d’inviter le Monténégro à commencer la procédure d’accès pour devenir le 29ème membre de l’Alliance, constitue un pas ultérieur de la stratégie USA/Otan visant à l’encerclement de la Russie. Quelle importance a pour l’Otan le Monténégro, dernier des Etats (2006) qui se sont formés à la suite de la désagrégation de la Fédération Yougoslave, démolie par l’Otan au moyen de l’infiltration et de la guerre ?

On le comprend en regardant la carte géographique. Avec une superficie un peu inférieure à celle des Pouilles (à seulement 200 Kms sur la rive opposée de l’Adriatique) et une population d’à peine 630 mille habitants (un sixième de celle des Pouilles), le Monténégro a une position géostratégique importante. Il est frontalier avec l’Albanie et la Croatie (membres de l’Otan), le Kosovo (de fait déjà dans l’Otan), la Serbie et la Bosnie-Herzégovine (partenaire de l’Otan). Il a deux ports, Bar et Porto Monténégro, utilisables à des fins militaires dans la Méditerranée. Dans le second fit escale, en novembre 2014, le porte-avions Cavour. Le Monténégro est stratégiquement important aussi comme dépôt de munitions et autre matériel de guerre. Sur son territoire se trouvent dix grands bunkers souterrains construits à l’époque de la Fédération Yougoslave, où restent plus de 10 mille tonnes de vieilles munitions à liquider ou exporter, et des hangars fortifiés pour avions (bombardés en 1999 par l’Otan). Avec des millions d’euros fournis y compris par l’Ue, a commencé depuis longtemps leur restructuration (les premiers étant Taras et Brezovic). L’Otan disposera ainsi au Monténégro de bunkers qui, modernisés, permettront de stocker d’énormes quantités de munitions, armes nucléaires comprises aussi, et de hangars pour des chasseurs-bombardiers. Le Monténégro, dont l’entrée dans l’Otan est désormais certaine, est aussi candidat à entrer dans l’Union européenne, où déjà 22 des 28 pays membres appartiennent à l’Otan sous commandement étasunien. Un rôle important en ce sens a été joué par Federica Mogherini : visitant le Monténégro en tant que ministre italienne des affaires étrangères en juillet 2014, elle rappelait que « la politique sur l’élargissement est la clé de voûte de la réussite de l’Union européenne -et de l’Otan- dans la promotion de la paix, de la démocratie et de la sécurité en Europe » et félicitait le gouvernement monténégrin pour son « histoire de réussite ». Ce gouvernement à la tête duquel se trouve Milo Djukanovic que même Europol (l’Office de police de l’Ue) avait mis en cause dès 2013 parce que le Monténégro est devenu le carrefour des trafics de drogue de l’Afghanistan (où opère l’Otan) à l’Europe et le plus important centre de recyclage d’argent sale. Une « histoire de réussite », analogue à celle du Kosovo, qui montre comment même la criminalité organisée peut être utilisée à des fins stratégiques.

Ainsi continue l’expansion de l’Otan à l’Est.

En 1999 elle englobe les trois premiers pays de l’ex Pacte de Varsovie : Pologne, République tchèque et Hongrie.

En 2004, l’Otan s’étend à sept autres : Estonie, Lettonie, Lituanie (auparavant partie de l’Urss) ; Bulgarie, Roumanie, Slovaquie (auparavant partie du Pacte de Varsovie) ; Slovénie (auparavant partie de la Yougoslavie).

En 2009, l’Otan englobe l’Albanie (à un moment membre du Pacte de Varsovie) et la Croatie (auparavant partie de la Yougoslavie).

A présent, malgré la forte opposition interne durement réprimée, on veut faire rentrer le Monténégro, suivi par quelques «pays aspirants» -Macédoine, Bosnie-Herzégovine, Géorgie, Ukraine- et par d’autres encore à qui on laisse « la porte ouverte ».

En s’étendant à l’Est de plus en plus au bord de la Russie, l’Otan, avec ses bases et ses forces militaires y compris nucléaires, ouvre en réalité la porte à des scénarios catastrophiques pour l’Europe et le monde.

Edition de mardi 8 décembre 2015 de il manifesto

http://ilmanifesto.info/la-nato-si-allarga-ancora/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Avion abattu: un acte de vengeance d’Ankara pour les frappes russes contre l’EI?

Sputnik, 24 novembre 2015

http://fr.sputniknews.com/international/20151124/1019785722/avion-russie-turquie-vengeance-ei.html


Certains experts supposent qu’un bombardier russe Su-24 a été abattu par l’aviation turque à titre de vengeance pour les frappes aériennes portées par la Russie contre les positions des djihadistes de l’Etat islamique en Syrie.

Pour comprendre les raisons de la destruction de l’avion russe par la Turquie, il faut examiner la politique syrienne d’Ankara qui accorde toujours une assistance aux djihadistes de l’Etat islamiques (EI), a déclaré à Sputnik le vice-président du Parti démocratique des peuples (HDP), Nazmi Gür.

« Il faut tout d’abord évaluer le rôle qu’Ankara a joué et joue toujours dans la crise syrienne ces cinq dernières années. Ensuite, on ne doit pas non plus oublier que les Turkmènes syriens n’étaient au début ni bien armés ni organisés et n’aspiraient pas trop à faire la guerre contre Assad », a relevé l’expert.

Selon M.Gür, c’est la Turquie qui les a entraînés, armés et soutenus face à Damas.

« Et finalement, cette région de la Syrie (à la frontière avec la Turquie, ndlr) n’est actuellement plus uniquement peuplée par des Turkmènes. Différents groupes d’extrémistes radicaux s’y sont également installés. Tout le monde le sait, comme le fait que ces derniers bénéficient toujours d’un soutien de la Turquie », a indiqué le vice-président du parti pro-kurde.

Et de rappeler que l’aviation russe s’était mise à liquider les terroristes qui se livraient entre autres à la contrebande du pétrole.

« On comprend bien que certains milieux influents en Turquie en tiraient de gros bénéfices, en s’enrichissant pratiquement sur la guerre. Tous ces facteurs cumulés expliquent les raisons du comportement des militaires turcs », a conclu M.Gül.

Installés de longue date à Alep, Homs, Raqqa et au nord de Lattaquié, les Turkmènes syriens ont toujours vécu en bonne entente avec les populations arabes et kurdes. Mal aimés du régime de Hafez Al-Assad, le défunt père de l’actuel président syrien Bachar el-Assad, qui les stigmatisait pour leurs liens avec la Turquie, ils ont résisté des années durant à sa politique d’assimilation arabe. Quand les hostilités ont éclaté sur le sol syrien en 2011, les Turkmènes se sont ralliés aux forces anti-Damas. Ils se battent plutôt aux côtés de l’Armée syrienne libre (ASL), même si certains ont rallié l’EI, à Raqqa.

Un bombardier russe Sukhoi Su-24 engagé dans l’opération contre le groupe terroriste Etat islamique (EI) en Syrie s’est écrasé mardi sur le territoire syrien, à 4 km de la frontière turque. Selon le président russe Vladimir Poutine, le Su-24 a été abattu dans l’espace aérien syrien par un missile air-air tiré par un chasseur turc F-16.

La Turquie affirme que l’avion russe a violé son espace aérien. D’après le ministère russe de la Défense, l’avion se trouvait dans l’espace aérien syrien, à un kilomètre de la frontière turque.