Décodex: le vieux Monde se meurt

Grégoire LALIEU, Investig’action, 6 février 2017

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Le vieux Monde se meurt, le nouveau Monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgit le Décodex. Cet outil du quotidien de révérence est censé labelliser les sites d’information fiables. Tentative de sauvetage désespérée d’une presse aux abois ? Michel Collon et Investig’Action en font les frais, ils se prennent un carton rouge. Mais les fact-checkeurs du Monde justifient cette décision en citant un article erroné.

Ça y est, le Décodex est en ligne ! L’outil pensé par les Décodeurs du Monde est censé faire le ménage sur la Toile en aidant les internautes à trier les vraies des fausses informations. Concrètement, le Décodex se présente comme un moteur de recherche. On y entre l’adresse d’un site d’info et l’outil nous dit s’il est fiable ou pas. Une extension est même disponible pour les navigateurs Chrome et Firefox, ainsi que pour les réseaux sociaux Facebook et Twitter. « L’idée pour caricaturer, c’est de mettre en rouge les reptiliens et les illuminati, et en vert les médias plutôt fiables, qui vérifient la plupart du temps ce qu’ils publient », confie à Arrêt sur Images Samuel Laurent, le responsable de la rubrique[1].

Surprise ou pas, Michel Collon et le site Investig’Action sont repris dans le Décodex du Monde. Et c’est un carton rouge ! « Ce site diffuse régulièrement de fausses informations ou des articles trompeurs ». Des exemples ? Hélas, non[2]. Mais deux références pour appuyer la décision. Un article du Monde daté du 5 juin 2012, « Le petit monde composite des soutiens au régime syrien »[3]. Sur Michel Collon, le texte indique : « Antiaméricain et antisioniste, il a beaucoup milité contre l’opération de l’OTAN en Libye. Il s’est d’ailleurs rendu à Tripoli en juillet 2011, à l’invitation du régime Kadhafi. Michel Collon, que Pierre Piccinin revendique comme un ami, s’était déjà élevé contre l’intervention de l’OTAN au Kosovo, en 1999. » C’est tout ? Oui. Passons l’épithète « antiaméricain »,   la critique de la politique étrangère des Etats-Unis ne se résume pas à une forme de racisme primaire. Que reproche Le Monde finalement ? De s’opposer à la colonisation de la Palestine et de dénoncer les interventions de l’Otan ?

L’auteur de cette pièce justificative est Christophe Ayad. Invité sur le plateau de Ce Soir ou Jamais à débattre de la guerre en Libye avec Bernard-Henri Lévy, le journaliste lancera au philosophe : « Sans vous il y aurait malgré tout eu une intervention en Libye, mais tant mieux, vous avez joué un rôle. »[4] Envoyé spécial à Benghazi, Ayad a couvert l’intervention de l’Otan en Libye pour Libération. Un copié-collé de la version de l’alliance atlantique, agrémenté de quelques témoignages de rebelles. Son article du 21 mars 2011, « Sous le feu à Benghazi »[5], est ainsi résumé : « Le contexte. Une série de frappes de la coalition internationale a permis d’instaurer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de Benghazi. L’enjeu. Faire cesser la répression sanglante d’une révolte contre le régime Kadhafi. » En réalité, les frappes de l’Otan n’étaient pas seulement destinées à instaurer une zone d’exclusion aérienne. L’alliance a pilonné les positions de l’armée libyenne pour permettre aux rebelles de renverser le gouvernement. Ensuite, l’enjeu sur la protection des civils pose sérieusement question. Confirmant les rapports de plusieurs observateurs internationaux, le Parlement britannique a sèchement condamné l’engagement de David Cameron dans la guerre libyenne, indiquant notamment que son gouvernement n’avait « pas pu vérifier la menace réelle que le régime de Kadhafi faisait peser sur les civils »[6]. Les parlementaires ajoutent que Cameron n’a pas exploité les solutions politiques, préférant se « focaliser exclusivement sur le changement de régime par des moyens militaires ». « Tant mieux », dirait Christophe Ayad. Pendant que l’ex-journaliste de Libé jouait les attachés de presse de l’Otan à Benghazi, Michel Collon a commis le crime d’aller voir, de l’autre côté, les dégâts infligés par nos bombes[7]. Ayad était du côté Bien, Collon aura donné la parole aux mauvaises victimes. Impardonnable !

La deuxième pièce justificative du Décodex est particulièrement éloquente. Il s’agit d’un article de Libération, daté du 9 février 2012. « Des réseaux français au service de la Syrie »[8] cite brièvement Michel Collon. Il aurait participé à un voyage de presse en Syrie aux côtés de sympathisants du Front National. Le hic ? Collon n’a jamais fait partie de cette expédition. Il n’a même jamais mis un pied en Syrie. Ainsi, le Décodex, spécialiste du fact-cheking qui invite à « vérifier une information avant de la partager », relaie un article erroné pour justifier la mise au  ban d’Investig’Action. Les braconniers ne font pas les meilleurs gardes-chasse !

L’autre Monde

Nous ne sommes pas seuls. Nos amis du Grand Soir, « site peu fiable qui relaie des théories conspirationnistes » ont l’illustre honneur de partager le rouge reptilien du Décodex. Fakir hérite d’un orange qui invite à la prudence. Mise en garde du Décodex: « Un journal indépendant de gauche […] avec une ligne éditoriale militante et un parti pris clairement revendiqué ». Réponse des principaux intéressés : « Tout le monde sait que les ouvriers, les employés, les syndicalistes, les économistes hétérodoxes, les chômeurs, les agriculteurs sont des sources “peu fiables” avec lesquelles il faut être “prudent”. Un bon lobbyiste à Bruxelles, hein, c’est toujours plus sérieux ! » La gauche, ce terrain miné sur lequel l’internaute doit s’engager avec prudence. Le Monde Diplomatique est ainsi considéré comme une source fiable par le Décodex. Mais l’outil juge utile de préciser que le Diplo est un « mensuel français d’information et d’opinion, marqué à gauche ». Taquin le Décodex: au lieu de placer ouvertement le Monde à droite, il précise avec subtilité que le quotidien est « détenu depuis 2010 par les hommes d’affaires Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse ».

Cela ne prive pas le Monde d’une bonne note. À croire que certains égarements du quotidien de révérence auront échappé à la vigilance des décodeurs du Décodex. C’est Le Monde qui avait découvert en 1991 des charniers sandinistes qui n’existaient que dans l’imagination de son envoyé spécial[9]. C’est Le Monde encore qui avait authentifié le plan « Fer-à-cheval » de Milosevic ; ce plan avait été inventé par le gouvernement allemand pour justifier les bombardements au Kosovo[10]. C’est Le Monde toujours qui annonçait la fausse démission de Chavez lors de la tentative de putsch en 2002[11]. C’est Le Monde que quitte Hervé Kempf en 2013, alors que la direction du journal l’empêche de couvrir la mobilisation contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes[12]. C’est Le Monde aussi qui reproduit un décompte farfelu des victimes syriennes, à partir des statistiques d’une obscure ONG proche du Quai d’Orsay[13]. C’est le même Monde qui avait en un temps record attribué à l’armée syrienne l’attaque chimique de la Ghouta en 2013[14]; par contre un expert du Massachusetts Institute of Technology et un ancien inspecteur de l’ONU imputeront la faute aux rebelles[15] tandis que les Nations Unies confirmeront l’usage d’armes chimiques sans établir de responsabilités.

Ces quelques exemples de dérives journalistiques ne sont pas l’apanage du Monde. En fait, à chaque guerre de l’Otan, les mensonges de l’alliance atlantique sont relayés dans la presse mainstream. L’ensemble de cette presse est pourtant considéré comme fiable par le Décodex. À l’inverse, un coup d’œil sur la base de données de l’outil nous montre que les sites d’info alternative dénonçant les interventions de l’Otan doivent être considérés comme suspects. C’est à se demander comment l’équipe du Décodex a procédé pour classer les quelque 600 sites référencés. « Il n’y avait pas de critères pointus », indique Samuel Laurent, responsable de la rubrique. « C’est simplement une grille qui nous a guidés dans notre choix. On ne l’a pas utilisée de manière scientifique. »[16]

L’anti-critique des médias 2.0

La grille du Décodex blanchit la presse mainstream. Elle s’assied sur une riche et abondante littérature d’analyse critique des médias, au profit du fact-checking. C’est plus tendance. Mais c’est boiteux dans le cas du Décodex. Aux oubliettes donc l’étude empirique d’Herman et Chomsky ainsi que leur modèle des filtres de l’information[17]. À la trappe, la collusion entre les pouvoirs médiatique, politique et économique, illustrée par Geuens[18]. Oubliée, la marchandisation de l’information dénoncée par Ramonet[19]. Pardonnée, l’inquiétante concentration des médias entre les mains d’une poignée de riches industriels, comme l’a notamment illustré Halimi[20]. Ignoré, le poids de l’habitus social théorisé par Bourdieu, ces lunettes particulières « à partir desquelles [les journalistes] voient certaines choses et pas d’autres ; et voient d’une certaine manière les choses qu’ils voient [21]». Absentes, les conditions de travail des journalistes dont Accardo a mis en lumière l’impact sur la qualité de l’info[22]. Tous les travers de l’industrie médiatique sont passés entre les mailles du Décodex. Agitant l’épouvantail reptilien, Le Monde tente d’offrir une nouvelle virginité à la presse mainstream. Le Décodex, c’est l’anti-critique des médias 2.0. Un moteur de recherche et une extension Facebook pour ramener les internautes sur le droit chemin de l’idéologie dominante. Y arriveront-ils ?

La presse traditionnelle est en crise. Avec Internet, elle ne bute pas seulement sur la concurrence d’un nouveau support où elle peine à trouver sa place et un modèle économique adapté. Elle voit surtout sa crédibilité affectée par l’apparition de nouveaux acteurs. C’était impensable il y a quelques années encore, alors que le paysage de l’information avait été laminé par l’industrialisation des médias, au détriment de la pluralité des opinions. En 2003 par exemple, lorsque George W. Bush envahissait l’Irak, 69 % des Américains pensaient que Saddam Hussein était impliqué dans les attentats du 11 septembre[23]. Cette guerre aurait-elle été possible si les citoyens des Etats-Unis avaient été mieux informés ? Quatorze ans plus tard, l’opération visant à renverser le gouvernement syrien semble conduire l’Otan et ses alliés dans l’impasse. De nombreux facteurs expliquent cet échec. Mais on remarquera que sur ce dossier, les tambours de guerre de la presse traditionnelle ont perdu ce qui leur restait de crédibilité. En décembre 2016, alors que Le Monde et cie s’alarmait sur le sort d’Alep, une courte vidéo d’Eva Bartlett dénonçant la propagande occidentale faisait le buzz[24]. Engrangeant des centaines de milliers de vues en quelques jours, l’intervention de la journaliste se classait dans le top 10 de YouTube. Si bien que la presse traditionnelle se voyait contrainte d’aborder le sujet pour dénoncer le « conspirationnisme » de la propagande russo-syrienne[25]. Sans même juger du fond du dossier, il est intéressant de noter que les commentaires de nombreux internautes ont révélé une certaine frilosité aux accusations des médias traditionnels. De toute évidence, le Web n’est pas acquis à la propagande de l’Otan. Dans ce contexte, l’étrange classement du Décodex apparait comme l’ultime tentative de sauvetage d’une presse aux abois.

De Gutenberg à WikiLeaks

La militante pacifiste Sara Flounders a établi un parallèle intéressant entre l’invention de la presse à imprimer d’une part, et le développement d’Internet et de WikiLeaks d’autre part[26]. Au 16e siècle, l’Église catholique romaine était une institution toute puissante. Elle avait la mainmise sur d’énormes quantités de propriétés, sur les privilèges, les titres, les héritages et, plus particulièrement, les idées. Mais la presse de Gutenberg et sa capacité à diffuser largement des informations vont briser non seulement l’autorité de l’Église, mais aussi les rapports de classes féodaux. « Fondamentalement, les nouvelles formes de technologie ont un effet déstabilisateur, pour l’ordre établi », analyse Flounders. « Ceci constitue toute la base de la compréhension matérialiste de l’histoire. » En 2006, WikiLeaks publiait des révélations fracassantes sur la guerre d’Irak. Dans la foulée, son fondateur Julian Assange faisait l’objet d’un mandat d’arrêt. Certains ont même lancé des appels au meurtre. Amazon, PayPal, American Express, Master Card ainsi que des banques américaines et suisses annulaient leurs services à WikiLeaks. Mais Sara Flounders remarque que ces tentatives de bâillonnement ont contribué à radicaliser partout dans le monde de nombreux jeunes hautement qualifiés: « Chaque effort pour fermer [WikiLeaks] n’a servi qu’à le populariser plus encore et à le rendre encore bien plus accessible. Des milliers de sites miroirs ont été installés dans les jours qui ont suivi la tentative de fermer WikiLeaks. » Ajouté à la débâcle irakienne, tout ceci rompait « l’image sans cesse peaufinée de l’impérialisme US en tant que puissance invincible disposant des technologies les plus sophistiquées. »

L’hégémonie occidentale a vécu. Les cures d’austérité sont administrées en guise de soins palliatifs à un modèle économique à bout de souffle. La démocratie spectacle ne fait plus illusion. Et comme l’orchestre du Titanic, la presse traditionnelle et son quotidien de révérence accompagnent le naufrage d’un système condamné. Le vieux Monde se meurt, le nouveau Monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgit le Décodex. Aux cartons rouges de ce vil détecteur d’infaux, nous préfèrerons les cellules grises de nos lecteurs. Internet a permis à l’information de retrouver une certaine diversité. On trouve bien sûr des révélations douteuses sur le Web. Tout comme des journalistes travaillant correctement dans la presse traditionnelle. Évidemment, Russia Today ou Sputnik peuvent défendre une vision intéressée de l’actualité. Tout comme CNN, la BBC ou France 24. Il revient donc au lecteur de profiter de la multiplicité des sources pour confronter les faits et se forger sa propre opinion. Bref, soyez votre propre Décodex !

 

Source: Investig’Action

Notes:

[1] Robin Andraca, « Comment le “Décodex” du Monde va labelliser l’info en ligne, 25 janvier 2017, Arrêt sur Images.

[2] Voir notre dossier sur les méthodes de diabolisation. Le Décodex symbolise une méthode habituelle: discréditer par des étiquettes, sans apporter d’exemples, puis fuir le débat. Ainsi, le Décodex avance vaguement que Michel Collon est « proche des positions du conspirationniste Thierry Meyssan ». Ce dernier s’est fait connaitre pour ses thèses sur les attentats du 11 septembre. Michel Collon et Investig’Action n’en ont pas fait leur cheval de bataille, bien au contraire. Quant aux sempiternelles accusations de complotisme, voir notre mise au point.

[3] Christophe Ayad, “Le petit monde composite des soutiens au régime syrien”, 05 juin 2012, Le Monde.

[4] Ce Soir ou Jamais, 29 mai 2012.

[5] Christophe Ayad, “Sous le feu à Benghazi”, 21 mars 2011, Libération.

[6] Le Monde.fr avec AFP et Reuters, “Royaume-Uni : des parlementaires mettent en cause la décision de Londres d’intervenir en Libye”, 14 septembre 2016, Le Monde

[7] Michel Collon, “Sarkozy, combien d’enfants as-tu tué cette nuit ?”, 28 juillet 2011, Investig’Action, vidéo en ligne.

[8] Hala Kodmani, “Des réseaux français au service de la Syrie”, 9 février 2012, Libération.

[9] Voir Maurice Lemoine, “Au Salvador, 25e anniversaire des Accords de paix”, 16 janvier 2017, Mémoire des Luttes.

[10] Voir Michel Collon, Monopoly. L’Otan à la conquête du monde, EPO, Bruxelles, 2000

[11] Voir “Le Monde ou la voix de l’Amérique Latine ?”, 20 août 2002, Acrimed.

[12] Voir Hervé Kempf, “Adieu Le Monde, vive Reporterre”, 2 septembre 2013, Reporterre.

[13] Voir Bahar Kimyongur,  » Syrie : le révisionnisme du Monde a une odeur de camembert”, 17 septembre 2015, Investig’Action. Voir également Emmanuel Wathelet, « Qui se cache derrière le «Réseau Syrien des Droits de l’Homme» ? », 17 septembre 2015, Investig’Action.

[14] Le Monde.fr avec AFP et Reuters, “Syrie : l’armée accusée de bombardements massifs et d’attaques chimiques”, 21 août 2013, Le Monde.

[15] Richard Lloyd et Theodore A. Postol, Possible Implications of Faulty US Technical Intelligence in the Damascus Nerve Agent Attack of August 21, 2013, 14 janvier 2014, consultable en ligne.

[16] Robin Andraca, op.cit.

[17] Noam Chomsky et Edward S. Herman, La fabrique de l’opinion publique, Paris, Le serpent à plumes, 2003

[18] Geoffrey Geuens, Tous pouvoirs confondus, Belgique, Ed. EPO, 2003

[19] Ignacio Ramonet, La tyrannie de la communication, France, Ed. Gallimard, 2004

[20] Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, Paris, Ed. Raisons d’agir, 2005

[21] Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Paris, Ed. Raisons d’agir, 1996

[22] Alain Accardo, Journalistes précaires, journalistes au quotidien, Ed. Agone, 2007

[23] Olfa Lamloum, “Médiatisation de la guerre en Irak”, 24 novembre 2003, l’Humanité

[24] ONU : une journaliste démonte en deux minutes la rhétorique des médias traditionnels sur la Syrie, vidéo en ligne.

[25] Voir notamment Mathieu Dejean, Comment une vidéo conspirationniste sur la Syrie est devenue la deuxième la plus vue sur YouTube, 15 février 2016, Les Inrocks

[26] Sara Flouders, “WikiLeaks, la presse à imprimer et la Bible”, 14 janvier 2011, Investig’Action

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Unis et à l’offensive pour une bataille communiste !

Jeudi 1er décembre 2016

46,5 % pour l’option 2, celle de la candidature communiste, 53,50 % pour l’option 1 visant à soutenir Jean Luc Mélenchon, jamais une décision stratégique ne se sera prise à une aussi courte majorité dans le PCF, alors que nous continuons de nous affaiblir puisque nous avons perdu depuis 2012 plus de 12000 cotisants.

C’est une victoire à la Pyrrhus pour Pierre Laurent et son équipe car elle s’est faite très largement sur la pédagogie de la peur, de l’affaiblissement de notre parti et de l’hésitation : recherche d’une hypothétique primaire de la gauche pour un candidat commun, refus de mettre la candidature communiste en débat au 37éme congrès, absence d’appel explicite à candidature, menaces d’un score catastrophique… l’exécutif national a tout fait pour rendre une candidature issue du PCF impossible. Jusqu’à la menace entretenue au coeur même du vote d’un possible retour vers un candidature issue de la primaire socialiste.Des camarades ont cru l’éviter en votant pour l’option 1, alors qu’elle reste présente dans les déclarations et décisions de la direction et de Pierre Laurent.

Nous apprécions donc très positivement le résultat de l’option 2 qui démontre l’attachement des communistes à leur parti, leur opposition aux tentatives liquidatrices et leur exigence croissante d’une bataille communiste. Il témoigne de capacités à se rassembler pour l’existence et l’avenir du PCF qu’il faut encore élargir.

Nous avons combattu le choix de soutenir Jean-Luc Mélenchon parce que ce choix accélère l’effacement du PCF de la vie politique nationale et internationale et ferme donc la perspective d’une alternative durable face aux forces du capital, au risque de l’extrême droite. Ce choix ne sera pas un point d’appui pour l’élection de députés communistes.

Cependant le vote sur l’option 1 est divers dans ses motivations. De nombreux camarades l’ont fait par défaut, insistant pour que soit développée une bataille communiste autonome de la France insoumise, pour l’élection présidentielle comme pour les législatives.

Engagé pour une candidature communiste dès le congrès, nous avons porté notre position jusqu’au bout du débat :

« Loin des présidentiables éphémères, notre parti peut porter un candidat et un programme communistes, se renforcer en influence idéologique et forces organisées, contribuer à ce que les forces populaires gagnent en conscience et en force face aux combats qui s’annoncent. Le PCF peut porter un candidat représentatif de ces millions de travailleurs qui ont combattu la Loi El Khomri et ne veulent pas baisser les bras. Cette candidature sera un point d’appui pour nos 577 candidats aux législatives, qu’il nous faut désigner rapidement, et affirmera notre volonté de continuer le PCF. »

Notre engagement pour l’avenir du PCF a irrigué le rassemblement autour de la candidature communiste. Nous avons contribué à ce que les communistes affirment fortement au travers de leur vote, leur détermination à continuer leur combat dans une forme d’organisation qui leur est propre et qui ne saurait être sacrifiée à l’air du temps en même temps que progresse l’exigence d’une bataille communiste offensive.

Pour conforter et étendre leur domination sur toute l’activité humaine et les richesses de la planète, la bourgeoisie et le capital s’apprêtent à verrouiller toute alternative à la présidentielle. Les renoncements de la gauche, de la soumission à l’Union européenne jusqu’à l’enfermement dans les institutions et le système électoral, nourrissent les surenchères réactionnaires, fascistes et racistes de la droite et du Front National.

Le combat pour la rupture avec le capitalisme ne peut se déléguer ni se réduire à un bulletin de vote : luttes, unité de la classe ouvrière, rassemblement populaire, programme. Nous avons besoin d’un véritable parti communiste. Oui, nous voulons relever défi d’un parti communiste moteur de la transformation révolutionnaire dans un grand pays capitaliste développé.

Nous n’aurons pas de candidat à la présidentielle mais des milliers de communistes peuvent être les candidats de leur parti et d’un programme communiste.

Nous prendrons toute notre place dans cette bataille et porterons un programme autour de cinq grands chantiers communistes pour une assemblée nationale
constituante, ouvrant la perspective d’une nouvelle république, la première république socialiste, autogestionnaire et internationaliste :
- Pour un emploi digne et utile pour tous, conquérir la souveraineté populaire sur l’économie
- Pour le droit au logement et à une santé de qualité pour tous, sortir de la marchandisation
- Pour la paix, le développement humain, la planète, sortir du néocolonialisme et des affrontements impérialistes.
- Pour une démocratie autogestionnaire, sortir du rôle répressif de l’état par une autre organisation des pouvoirs.
- Pour le développement des individus, sortir de la violence par la culture et la démocratie

Nous sommes déterminés à travailler pour que le peuple se renforce en organisation, en conscience et action pour affronter les durs combats qui s’annoncent. Avec la montée de l’extrême droite et d’une droite bien décidée à liquider ce qui reste des acquis sociaux, nous avons plus que jamais besoin d’une force révolutionnaire, pas d’un rassemblement hétéroclite qui se reconstitue à chaque échéance électorale pour se dissoudre entre deux élections. Notre parti doit redevenir l’outil indispensable aux combats à venir.

Vive le Parti Communiste Français !

Pour André Chassaigne, rallier Jean-Luc Mélenchon serait porter « un coup fatal au parti communiste »

http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2016/11/23/pour-andre-chassaigne-rallier-jean-luc-melenchon-serait-porter-un-coup-fatal-au-parti-communiste_5036710_4854003.html#xtor=AL-32280270


Invité de l’émission « Questions d’info » sur LCP, le chef de file des députés communistes se dit « disponible » pour une candidature.

Jean-Luc Mélenchon peut-il être le candidat des communistes à l’élection présidentielle ? Alors que les militants du PCF sont appelés à voter lors d’une consultation qui s’ouvre jeudi 24 novembre, André Chassaigne répond clairement par la négative. « Si le choix de rallier Jean-Luc Mélenchon est fait, je le dis avec une conviction voire une forme d’émotion dans la voix, je crois que c’est véritablement un coup fatal qui sera porté au Parti communiste », a déclaré, mercredi, le député PCF du Puy-de-Dôme, invité de l’émission « Questions d’info » sur LCP en partenariat avec Le Monde, France Info et l’AFP.

Pour justifier son opposition au leader de « la France insoumise » le chef de fil des députés communistes a mis en avant la pratique du pouvoir de Jean-Luc Mélenchon qu’il qualifie de « pyramidale ». « J’ai lu la charte des insoumis. Si je la signe, je n’aurai plus de liberté de vote, cela veut dire que je reviendrai à une conception de la politique qui a été abandonnée par le PCF il ya plusieurs décennies » a- t -il fait valoir en ajoutant : « Chez les communistes, on a vu le résultat du culte de la personnalité. »

André Chassaigne a également dénoncé la ligne de l’ancien allié du Front de gauche qui ne conduira selon lui qu’« au repli et à l’isolement » alors que le PCF doit « reconstruire une gauche susceptible de gouverner le pays ».

« Bloquer l’arrivée de la droite »

A cinq mois de l’élection présidentielle, le PCF est en pleine turbulence. Pierre Laurent et la direction du PCF se sont déjà ralliés à la candidature de Jean-Luc Mélenchon quitte à se faire désavouer, en novembre, par la conférence nationale du parti. Selon André Chassaigne, ils ne l’ont pas fait « par conviction, mais par crainte que les candidats de la France insoumise aux élections législatives puissent empêcher certains candidats communistes de reprendre des sièges qu’ils avaient perdus notamment en 2012 ».

Se déclarant « disponible », André Chassaigne entend se battre jusqu’au bout pour défendre les couleurs du PCF à l’élection présidentielle. Alors que le PS organise sa primaire en janvier, il n’a cependant pas fermé la porte à une « candidature de rassemblement » de la gauche susceptible de « bloquer l’arrivée de la droite ». Ce rassemblement « ne peut pas se construire à n’importe quel prix. Il doit symboliser une gauche de combat contre la dérive libérale », a-t-il prévenu. Selon lui, François Fillon et Alain Juppé, les deux finalistes de la primaire de la droite, incarnent la même droite « décomplexée et réactionnaire ».

Le député du Puy-de-Dôme a confirmé qu’il serait candidat à sa succession aux législatives de juin. « Je sais que j’aurai un candidat de la France insoumise contre moi mais je n’ai pas l’habitude de vendre mon âme pour un plat de lentilles », a- t-il conclu.

 

Nous, Communistes

Un appel d’André Chassaigne pour la candidature communiste


Réunis en conférence nationale le 5 novembre à Paris, les délégués du PCF de tout le pays ont envoyé un message fort, dont la teneur et le sens profond méritent ici d’être précisés. Les médias l’ont en effet interprété comme un vote contre Jean-Luc Mélenchon. Cette lecture est superficielle. Certes, la personnalisation de cette candidature, comme son orientation, suscitent de justes interrogations auprès de nombre de nos militants. Il n’empêche, l’essentiel est ailleurs. Ce vote revêt un sens positif, constructif et dynamique.

Dans le contexte actuel, une candidature issue du parti communiste est légitime et nécessaire pour faire entendre la voix des communistes. Bien au-delà, elle a vocation à rassembler les progressistes de notre pays. Malgré les coups de boutoirs assénés depuis 2012 par les gouvernements socialistes, nous demeurons toujours animés par un « esprit de conquêtes sociales », par un attachement viscéral aux valeurs humanistes, celles de paix, de justice, de partage, d’égalité et de fraternité. Ces mots et ces valeurs nourrissent et animent l’engagement de nos militants dans tous nos départements.

Notre identité est une identité généreuse. C’est aussi une identité d’avenir, celle d’où viendra le salut de la gauche.

Alors que certains sont pressés d’enterrer les communistes et annoncent la fin de leur parti historique, nous sommes pourtant toujours vivants, debout, combatifs, force organisée et ouverte, présents dans les assemblées élues comme dans les combats menés par nos concitoyens.

Nous, communistes, avons vocation à fédérer le peuple de gauche, à unir tous les progressistes et former ainsi un front uni contre les forces de l’austérité et de la xénophobie.

Loin de toute ambition personnelle, nous pensons que les défis à relever sont collectifs : contrer à gauche la dérive libérale du parti socialiste, empêcher le retour au pouvoir d’une droite extrême et faire face au danger du Front National, refuser l’abandon de l’idéal progressiste de notre Contrat social hérité de la Révolution et de la Résistance.

Il revient aux communistes, forts de leur histoire faite de luttes sociales émancipatrices, de porter aujourd’hui une candidature de la révolte face à la résignation, une candidature qui rassemble, dans le respect, tous ceux qui souhaitent incarner une alternative à la dérive libérale qui gangrène notre société et désespère les peuples. Une candidature qui portera l’exigence et l’urgence de mettre en chantier une société nouvelle.

Une candidature qui n’affronte pas seulement la finance par les mots, mais par les actes, en s’appuyant sur les intelligences et les mobilisations sociales.

Cette fin de semaine, par leur vote, les communistes se doivent de prendre leur responsabilité devant l’Histoire, notre Histoire.

André Chassaigne, publié dans l’Humanité du 22 11 2016

PCF : faire le choix de l’audace !

Guillaume Sayon

https://guillaumesayon.wordpress.com/author/guillaumesayon/


Voilà nous y sommes. Ce week end de très nombreux militants communistes vont choisir la voie qu’ils veulent emprunter pour les échéances à venir. Deux choix s’offrent à nous. Le choix de soutenir Mélenchon ou le choix de construire une candidature issue de nos rangs. On pourrait discuter la formulation du bulletin de vote. On pourrait de nouveau rappeler que ce processus arrive bien trop tard. On pourrait s’insurger face aux sournoiseries en cours depuis la conférence nationale au travers du journal l’Humanité, ou même face au dernier billet de Pierre Laurent publié sur son blog qui fait comme si une importante majorité des participants de la conférence nationale n’avait pas fait un choix clair, libre, contraire à celui que ce dernier avait formulé la veille. Nous en avons vu d’autres et c’est avec la même constance que nous continuons à rester cohérent et à argumenter dans le respect et avec le soucis prioritaire de l’unité du Parti. Même si, et c’est suffisamment singulier pour le souligner, c’est une première de voir un secrétaire national désavoué à ce point.

La première chose qui me vient à l’esprit, c’est la fierté d’appartenir à cette grande famille communiste. Malgré toutes les tentatives successives depuis le début de l’année pour contourner l’hypothèse d’une candidature communiste, c’est en lucidité et en faisant preuve de beaucoup d’intelligence que de nombreux communistes font pourtant actuellement ce choix. Cela n’était pas évident puisque le parti est historiquement légitimiste. Des réseaux internes se sont constitués pour porter la contradiction se pliant toujours néanmoins au fait majoritaire. Cependant, très globalement, les communistes suivent la direction que nos congrès établissent et qui est déclinée dans le texte proposé par la direction sortante. C’est ainsi que la réaction à la mutation portée par Robert Hue a pris beaucoup de temps, que de trop rares camarades s’y sont opposés dès le départ. Même chose concernant Marie-George Buffet et le choix de participer aux collectifs antilibéraux. Alors que nous avions arraché une magnifique victoire en 2005 lors du référendum sur le projet de constitution pour l’Europe ouvrant un chemin intéressant, nous avons sans doute fait le pire des choix : nous engluer dans une fronde de groupuscules gauchistes qui partageaient tous un même trait de caractère, leur détestation du PCF. C’est ainsi qu’ils ont fait le choix tardif de José Bové alors que Marie-George Buffet avait été choisie par la consultation populaire. Le même José Bové et sa moustache légendaire qui siège aujourd’hui sur les bancs des Verts, à côté de Daniel Cohn-Bendit, au parlement européen. C’est ainsi qu’on peut relire avec délice Clouscard qui était sans doute le plus lucide des intellectuels sur ce qu’était mai 68 et les leaders de la trempe de Dany le rouge.

Il y avait à l’époque (déjà!) des collectifs antilibéraux, Clémentine Autain. J’ai une détestation viscérale pour ce genre de personnage. Après avoir profité d’un mandat d’adjointe à la mairie de Paris sur le contingent des communistes, elle a passé son temps ensuite dans les colonnes de son journal Regards, à cracher sur le PCF, à dire à quel point nous sommes rétrogrades, mauvais, arriérés. Elle a nourri, non sans un certain talent, les conceptions communautaristes, bras d’honneur aux dynamiques de classes qui se sont affaiblies avec les conséquences que l’on sait. Elle a pu compter et peut toujours compter sur le concours de Martelli, l’historien révisionniste, qui lui aussi ne manque jamais d’inspiration pour démolir le PCF. Les mêmes sont aujourd’hui ceux qui nous font la leçon, eux qui n’existent que grâce ou plutôt à cause du PCF. Et voilà que les « plus rouge que moi tu meurs » se rangent eux aussi derrière Mélenchon. Le PRCF, la Coordination Communiste … Pour de très nombreux membres de ces organisations j’ai du respect et de l’amitié. Mais l’enthousiasme dont ils font preuve pour s’immiscer dans nos débats internes et pour nous vendre les qualités incontestables du « Jaurès insoumis » devient délirant. Tous deviennent nerveux parce que les communistes restent insensibles à leurs manœuvres.

Dans le même temps, nous devons supporter l’insupportable. Les envolées hystériques du « fan club insoumis ». Tous répètent à la virgule près, le même prêchi-prêcha du grand chef. Nous devons subir des torrents d’insultes, des caricatures insidieuses. Pire encore, alors qu’ils pensent se draper du manteau souverain de la pureté révolutionnaire, ils ne se rendent pas compte qu’ils perpétuent la vieille tradition poujadiste, ce populisme abscons anti-parti. Beaucoup vont déchanter quand les élections de 2017 passées, la France insoumise deviendra un parti. Il arrive même parfois que le délire atteint de tels sommets qu’il nous est impossible de pouvoir y répondre avec raison. J’avoue que plus d’une fois j’étais partagé entre le fou-rire et la consternation. Et nous devrions donc donner de la force et du crédit à cette chose ?

Aucune remise en cause, aucune contradiction, aucune écoute raisonnable sur les arguments économiques ou sur le nucléaire. Dans les évangiles selon Jean-Luc c’est dit comme ça, point à la ligne. Vous leur expliquez que proposer la sortie du nucléaire demande à être discuté, que des bassins industriels entiers dépendent de l’existence de centrales, que là où on stoppe la production du nucléaire civil comme en Allemagne on finit par émettre beaucoup plus de gaz carboniques … Non Jean-Luc a dit on sort du nucléaire et c’est comme ça ! Je les invite donc à venir taper aux portes dans les quartiers avec nous, à se rendre à la sortie des entreprises et à l’expliquer aux salariés. On va rire deux secondes. Ce discours qui a sans doute une belle portée chez ceux qui n’ont jamais vu une usine ou qui se complaisent dans les discours faciles à la Al Gore, ne mesurent pas que l’urgence est à relancer la machine industrielle, seule capable de créer les millions d’emplois dont notre pays a besoin pour sortir du marasme économique dans lequel il s’enfonce toujours un peu plus. Bien évidemment il va falloir lancer d’importants programmes publics de recherche dans les énergies du futur, mettre des centaines d’ingénieurs au travail pour inventer la production énergétique de demain. Cependant, Le Pen triomphera dans l’électorat populaire si nous continuons à axer symptomatiquement notre discours là-dessus. L’édification de quelques centrales thermiques ou l’installation d’éoliennes en mer ne permettront certainement pas de répondre aux défis colossaux qui nous attendent pour éviter le pire. Des millions de français veulent pouvoir avoir la certitude de mettre quelque chose dans leur assiette et celle de leurs enfants. D’ailleurs, bien évidemment il est juste d’évoquer les problématiques des protéïnes carnées et des circuits courts. Mais combien de foyers n’ont plus la possibilité de manger de la viande ne serait-ce qu’une fois dans la semaine ?  Un peu de bon sens serait le bienvenu …

On pourrait parler également du fait que le programme proposé par la France insoumise ne propose pas de détruire les logiques systémiques qui fondent le modèle libéral. Encore moins le modèle capitaliste. Hormis la proposition du retour à l’impôt progressif et l’augmentation du Smic, rien de bien palpitant il faut le dire. Le programme de 1981 était plus révolutionnaire encore que celui de Mélenchon. Dans le projet de la France Insoumise, on propose un plan de relance via le vecteur de l’économie verte aux potentialités réelles il est vrai, mais limitées. Quid de la nationalisation bancaire ? Quid de la place des salariés dans l’entreprise et de la possibilité de prendre progressivement le pouvoir dans cette dernière ? Quid des moyens proposés pour mettre fin à l’exil fiscal ? … Mélenchon travaille à perpétuer l’héritage du réformisme social-démocrate. Par ailleurs la révolution citoyenne, la refonte institutionnelle ne peuvent pas et ne doivent pas se limiter à un bidouillage constitutionnel qui ressusciterait la quatrième République et à inscrire la règle verte dans la prochaine constitution. Règle verte qui, si nous l’avions suivie à la lettre jusqu’ici, ferait que nous vivrions encore aujourd’hui à l’âge de pierre. La démocratie elle doit avant tout exister dans les entreprises et au travers d’assemblées populaires locales.

Bref j’invite mes camarades à aller au-delà l’enrobage qui peut paraître séduisant. Voyez l’arrivée de la droite la plus réactionnaire depuis la guerre et l’urgence de porter une alternative ambitieuse, véritablement révolutionnaire. De terribles années nous attendent sûrement et il va falloir une force organisée, patiente, militante pour pouvoir y faire face. Pas une auberge espagnole où l’on apprend par cœur son catéchisme pour ensuite le répéter en boucle sur les réseaux sociaux. Il faut des militants qui se forgent une conscience reposant sur une matrice philosophique solide, un marxisme de notre temps, une approche dialectique et matérialiste de l’histoire. Comment un militant qui pense qu’un homme peut tout changer peut-il avoir conscience de ce que sont les rapports de classes ? Que sans luttes, le progrès démocratique n’est rien ? Que la démocratie bourgeoise ne pourra jamais aller plus loin que ce qu’elle est ? Il ne s’agit pas de problématiques anodines mais bien du cœur de notre engagement.

Ne permettons donc pas, nous communistes, à cette entreprise de s’imposer seule dans le paysage alternatif. Ne nous abandonnons pas dans cette dynamique qui s’avérerait fatale en fin de compte. Nous subissons aujourd’hui encore les errements et renoncements du rassemblement autour du programme commun, ceux qui résultent également de la gauche plurielle qui a permis à Le Pen d’accéder au second tour de la présidentielle pour la première fois. Tirons donc les enseignements de nos échecs passés.

Que deviendra la France Insoumise sans son chef ? Ces gens qui n’ont pas l’expérience du temps long, qui n’ont pas l’expérience de la force collective pour surmonter l’adversité, les défaites successives, retrouverons-nous les demain pour empêcher les plans de la bourgeoisie de se réaliser ? Après 2012, où étaient-ils tous passés ? Pourquoi nous sentions-nous finalement si seul pour continuer la bataille ? Le candidat Mélenchon dans la circonscription d’Hénin-Beaumont, pourquoi n’est-il jamais revenu ? Pourquoi n’était-il pas, il y a peu, avec nous devant le local du Secours Populaire pour s’opposer à la sale manœuvre de la mairie FN ? Pourquoi pour s’opposer aux expulsions locatives il n’y avait que les communistes ?

Toutes ces interrogations doivent guider notre choix. Ne nous laissons pas endormir par les sondages ou les discours aventureux des uns et des autres. Le PCF ne rassemble plus parce que depuis des années nous nous sommes convaincus que nous n’en avions plus la force, la capacité. Pourtant, localement, lorsque nous sommes actifs, organisés, que nous ne renions pas ce que nous sommes, nous nous renforçons, nous rassemblons. Il est clair que nos concitoyens réclament de l’authenticité, de l’audace, du courage et une force qui leur ressemble. Non pas une simple bulle médiatique. Non pas de beaux discours bien prononcés. Nos idées ont de l’avenir. Elles ne pourront survivre et grandir que si elles sont portées par une organisation capable de ne pas flancher, capable de se déployer vite et bien, d’être en prise avec le réel, dans les quartiers et les entreprises. Alors camarades, l’heure n’est pas venue d’abdiquer ou de faire un choix contraint et forcé. L’heure est venue d’exister.

G.S

Mélenchon, génie politique et avenir de résistance ?

Caroline ANDREANI, 18 novembre 2016

Réponse à une déclaration de Claude Mazauric en faveur de JL Mélenchon*

(28 septembre 2016)


Depuis la conférence nationale du 5 novembre, qui a mis en minorité un secrétaire national à bout de souffle, les partisans de la candidature Mélenchon ne cessent de convoquer des avis éclairés pour convaincre les récalcitrants de voter comme il faut.

C’est ainsi que resurgit la contribution de Claude Mazauric, déjà vieille de plusieurs semaines, où il affirme son engagement en faveur de Mélenchon.

Que dit-il exactement ?

1- Que les partisans d’une candidature communiste font un choix moral et affectif, qui s’inscrit dans « un champ idéologique traditionnel par son référentiel », et dans « une perspective mythique et même eschatologique ». Lequel choix conduirait à « la presque fin pratique » du PCF.

Décryptage : les partisans de la candidature communiste sont des nostalgiques, qui n’ont pas compris que leur choix conduirait à l’extinction de leur parti.

Voilà une affirmation pour le moins lapidaire qui demanderait à être étayée.

2- Claude Mazauric soutient Mélenchon, convaincu qu’il a été par « le rapport argumenté de Pierre Dharéville ».

C’est curieux comme la perception des situations peut varier d’un individu à un autre. En entendant Pierre Dharéville, j’ai plutôt eu la sensation qu’il naviguait à vue, et que la ligne qu’il défendait était celle du report de la décision.

Claude Mazauric salue le « coup de génie politique » de Mélenchon qui en déclarant sa candidature fin 2015, aurait porté « un coup majeur » à la « crédibilité du Parti socialiste ».

On peut toujours trouver des justifications à ses choix politiques. Encore faudrait-il ne pas trop forcer le trait.

Quand Jean-Luc Mélenchon a déclaré sa candidature, il a surtout torpillé la primaire de la petite gauche voulue par Pierre Laurent. Les « Lundis de la gauche », qui donnaient la parole au ban et à l’arrière-ban des intellectuels non communistes, étaient un ballon d’essai à la recherche d’une candidature commune face à… Mélenchon ! Avec le flair politique qui le caractérise, Pierre Laurent a sollicité Caroline de Haas et Thomas Piketty… Et par un heureux hasard du calendrier, Emmanuelle Cosse a torpillé plus encore la perspective d’une candidature commune en trahissant les siens par son entrée surprise au gouvernement.

Quant à la crédibilité du Parti socialiste, quatre années de mesures en faveur du patronat, d’alignement sur les politiques européennes les plus régressives et de guerres coloniales tous azimuts l’ont certainement bien plus entamée que la candidature d’un électron libre issu de ses rangs.

Car enfin, on peut crier au génie politique. Mais il a tout de même fallu trente ans à Jean-Luc Mélenchon pour se rendre compte que le Parti socialiste s’était converti à « l’ordolibéralisme européiste », pour reprendre les termes de Claude Mazauric. C’est faire preuve d’une lucidité tardive.

Ensuite, l’appel à voter François Hollande sans poser de conditions – ce qui n’avait rien à voir avec une participation gouvernementale – ressemble sacrément à une erreur de stratégie plus qu’à une décision politique mûrement réfléchie. Cela aurait pu permettre de créer un rapport de forces, comme l’ont fait les communistes français en 1936 lorsqu’ils soutenaient le Front populaire tout en se refusant à participer à un gouvernement d’union avec les socialistes et les radicaux.

La position de Claude Mazauric, si respectable soit-elle, repose sur une analyse très partielle de la situation. La candidature de Jean-Luc Mélenchon peut-elle servir d’outil pour recomposer le paysage politique à gauche ? Rien n’est moins sûr. À Hénin-Beaumont, les classes populaires ne se sont pas reconnues dans le candidat de L’humain d’abord.

Le système médiatique fait la part belle à des personnalités comme Jean-Luc Mélenchon, qui ont l’habitude des plateaux de télévision et la répartie (un peu trop) facile. Mais il reste un objet médiatique, comme Besancenot avant lui, favorisé par l’absence d’autres candidatures porteuses. Jean-Luc Mélenchon est certes brillant, mais il n’a pas su créer, depuis sa candidature en 2012, autre chose qu’un mouvement-croupion regroupant des affidés.

Sa candidature est-elle un « avenir de résistance », un « avenir non mythique », comme l’affirme Claude Mazauric ?

Personnellement, j’ai du mal à y croire, et j’ai même du mal à comprendre comment un historien comme Claude Mazauric peut partager cette conviction, qui pour le coup ressort du mythe. Je ne saurais dire si une candidature communiste empêchera la disparition du PCF. Mais il y a une chose dont je ne doute pas, c’est que le soutien à la candidature Mélenchon se soldera par sa disparition.

Conférence nationale du PCF

Intervention de Caroline ANDREANI

5 novembre 2016

Quand on veut aborder la question du positionnement du PCF aux élections présidentielles, il faut se poser les bonnes questions.

Elles sont au nombre de trois :

1- Faut-il une expression communiste à l’élection présidentielle ?

2- Qu’avons-nous en tant que Parti communiste à apporter dans cette campagne en termes de programme, et quelles idées voulons-nous faire avancer ?

3- Avons-nous les capacités, dans tous les domaines – militant, financiers, humain – de porter une candidature ?

En 2012, lorsque les communistes ont décidé de choisir Jean-Luc Mélenchon comme candidat et le Front de gauche comme cadre politique pour l’élection présidentielle, nous étions un certain nombre à penser qu’il s’agissait d’une erreur politique majeure.

Dans la V° République, l’élection présidentielle est – malheureusement – un moment fort de la vie politique. C’était désarmer notre parti que de ne pas présenter de candidat, et se priver ainsi d’une tribune nationale pour porter un message politique et un programme.

Nous n’avons pas voulu aller à la bataille des présidentielles. Nous avons préféré le moindre risque. Nous avons accepté de nous ranger derrière la bannière d’un candidat, en minimisant les difficultés que cela allait forcément engendrer, et nous en payons les conséquences alors qu’elles étaient prévisibles. Allons-nous recommencer ?

Aujourd’hui, il faut tirer les conséquences de la campagne de 2012. J’en retiens deux, parmi d’autres : notre parti a su mobiliser ses forces, organiser des réunions publiques et des manifestations d’ampleur, aller à la rencontre des gens et les convaincre. Sans les communistes, sans leur mobilisation, jamais Mélenchon n’aurait atteint les 11%. Mais Mélenchon était porteur d’un programme et d’idées qu’il a défendus envers et contre tout. Il n’a pas eu peur de choquer, de trancher, de prendre à rebours l’idéologie dominante. Je crois que c’est ce que les électeurs ont apprécié. Et malheureusement, c’est ce qui manque aujourd’hui au Parti communiste : la capacité à défendre des idées révolutionnaires, à donner des perspectives de changement de société, à porter un projet de rupture avec le modèle capitaliste.

La question que je me pose est de savoir pourquoi dans la configuration de 2017, nous n’osons pas aller à la présidentielle avec une candidature communiste. Qu’est-ce qui nous retient ? Nous avons peur de présenter une candidature communiste, avec un programme communiste. A quel niveau de déchéance nous en sommes arrivés à force de décisions politiques désastreuses successives !

Nous avons butiné avec les « lundis de la gauche », en espérant qu’une candidature qui ne soit ni communiste, ni Mélenchon s’impose à nous. Nous avons courtisé les frondeurs qui ne nous ont pas pris au sérieux. Aujourd’hui, nous sommes dans une impasse. Toute la question est de savoir si nous voulons oui ou non en sortir.

Il est temps que le PCF réagisse et se reconstruise. Il en va de notre survie. Ne plus porter de projet révolutionnaire, abandonner notre idéologie, c’est cela qui explique notre déclin, et qui va précipiter notre disparition. Nous ne pouvons pas nous permettre la énième erreur d’appréciation et de stratégie.

Certes, une candidature communiste, c’est choisir la difficulté. Mais c’est aussi préserver l’avenir. Ne croyez pas qu’en se rangeant derrière Mélenchon, nous sauverons des députés communistes. Au contraire, si nous disparaissons dans la présidentielle, nous serons invisibles durant les législatives. Je le dis solennellement, c’est la survie du Parti communiste qui se joue aujourd’hui. Se ranger derrière Mélenchon, c’est choisir la disparition du PCF.