Quand Maurice Lemoine botte les fesses de Guillaume Erner (France Culture)

________________________

imagesLettre de Maurice Lemoine au médiateur de Radio France sur le traitement du Vénézuéla dans la matinale (16/11) de France Culture.

(Invitée : Paula Vasquez (EHESS / CNRS)

Votre message a bien été envoyé au Médiateur des antennes de Radio France. Il est en cours de traitement.

De : Monsieur Maurice Lemoine (75018)
Concernant la chaîne : France Culture

Votre message :

Au nom de la droite et de l’extrême droite vénézuéliennes, merci à M. Guillaume Erner pour son traitement de la crise vénézuélienne, à travers une seule intervenante, représentante (assez caricaturale, je vous l’accorde, mais universitaire, vous avez eu raison de le souligner) de l’opposition.

Merci d’avoir caché les responsabilités bien réelles de cette opposition dans la crise – en particulier dans le report (et non l’interdiction) du Référendum révocatoire.

Merci d’avoir occulté que se déroule actuellement un « dialogue », sous les auspices d’individus extrêmement douteux – M. Ernesto Samper, secrétaire général de l’Union des nations sud-américaines (Unasur) ; les ex-présidents panaméen et dominicain Martin Torrijos et Leonel Fernandez ; l’ex-chef du gouvernement espagnol José Luis Zapatero ; le représentant du Pape, Mgr Emil Paul –, dialogue auquel s’oppose la partie la plus « droitière » de l’opposition, représentée ce matin sur votre plateau.

Merci d’avoir innocemment introduit une petite séquence « Jean-Luc Mélenchon » dans votre lynchage des présidents Chavez et Maduro.

Merci encore de ne pas avoir mentionné, en évoquant les « pénuries » et la « famine », les similitudes étonnantes qu’elles présentent avec le phénomène constaté au Chili durant les mois qui ont précédé le renversement de Salvador Allende.

Merci surtout d’avoir laissé raconter qu’on ne trouve plus un journal dans les rues de Caracas – les occasions de rire sont tellement rares que, lorsqu’il s’en présente une, il faut en profiter à fond.

Merci, mille fois merci, de participer à l’affaiblissement du service public en lui ôtant toute crédibilité – ceux qui rêvent de le démanteler vous en seront gré.

Maurice Lemoine *

* NdR : Ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique, auteur de nombreux ouvrages sur l’Amérique Latine qu’il sillonne depuis trente ans, Maurice Lemoine a récemment publié « Les enfants cachés du général Pinochet. Précis de coups d’Etat modernes et autres tentatives de déstabilisation » (ed. Don Quichotte, 2015).

Pour écrire au médiateur : http://mediateur.radiofrance.fr/contact/mediateur/)

LA CONTRE-OFFENSIVE BOLIVARIENNE ET LA COURSE CONTRE LA MONTRE DE LA DROITE AU VENEZUELA

Venezuela Infos

28 mai 2016

https://venezuelainfos.wordpress.com/2016/05/28/la-contre-offensive-bolivarienne-et-la-course-contre-la-montre-de-la-droite-au-venezuela/


par Franco Vielma

Une vue d’ensemble d’abord : pour les droites vénézuélienne et transnationale, la stabilité politique est un vrai problème car elle permet au gouvernement élu (Maduro) de travailler et d’approfondir cette étape de la révolution. D’où la nécessité d’accélérer l’offensive de la pénurie économique, la confrontation politique, la construction du récit de “l’explosion sociale”, la confrontation des pouvoirs institués, la violation des normes du Centre National Électoral pour que celui renonce aux délais légaux et organise de manière très rapide le référendum révocatoire, la propagation de la campagne internationale sur une “crise humanitaire” et les appels à une intervention extérieure.

Sur le plan économique, la contre-offensive du camp bolivarien amène des nouveautés qui, même si elles ne sont pas dûment visibilisées (par l’ensemble de la classe politique) préparent une nouvelle donne à moyen terme.

C’est dans l’économique que se trouve le noyau du malaise, au bout de trois ans d’une guerre économique dure aggravée par la chute mondiale des cours du pétrole. C’est donc en 2016 que les acteurs du putschisme espèrent enfin mener à bien leur coup d’État sur la base politique du mécontentement et de la fatigue.

De nouvelles perspectives d’amélioration de la situation économique apparaissent cependant, qui trouvent leur origine principale dans les actions du gouvernement Maduro. La droite comprend le risque de voir ces actions produire leurs effets. Voyons:

  1. Le prix du pétrole: après les mois catastrophiques de février et de mars 2016, les cours du pétrole connaissent une remontée qui pourrait atteindre un niveau d’équilibre autour des 50 dollars par baril suivant les indicateurs Brent et WTI.

Bien que ce prix reste très bas, il marque une rupture avec le niveau de 10 ou 20 dollars auquel aurait pu stagner le baril cette année, ce qui aurait mis en faillite toute l’économie des hydrocarbures. Même dans les conditions instables du marché, c’est une bonne nouvelle pour le Venezuela.

Si ce niveau se maintient, l’impact de ce prix encore modeste se fera sentir au cours du second semestre lors de l’entrée des revenus générés par ce nouveau prix.

  1. La gestion de la dette en devises: Le président Maduro a expliqué que dans les 20 derniers mois le Venezuela a honoré ses paiements de dette, pour plus de 35 mille millions de dollars. Malgré ce respect strict des engagements, les agences de notation internationales continuent à élever de manière démesurée le “risque pays”, provoquant et générant de fait un blocus financier. Cependant le ministre Miguel Pérez Abad a déclaré à Reuters que le Venezuela a convenu de meilleures conditions de paiement et a signé de nouveaux contrats financiers avec la Chine.

Le Ministère des relations Extérieures chinois a annoncé le mardi passé qu’il est parvenu à un accord avec le Venezuela pour renforcer sa coopération financière. Sur cette alliance avec la Chine, Abad a précisé qu’elle est adaptée « aux nouvelles conditions, ce qui va insuffler au pays un oxygène très important pour avancer ». Le réaménagement de la dette n’est pas une situation totalement nouvelle : quand il était à la tête de la Banque Centrale du Venezuela Nelson Merentes avait déjà évoqué la possibilité de mettre en place des swaps en or ou tout autre instrument. C’est le cas avec les titulaires de bons émis par la compagnie pétrolière publique PDVSA. La recherche de nouvelles sources pour le paiement des engagements allègera la pression sur les liquidités très affaiblies cette année.

  1. Certification et monétisation des réserves de l’Arc Minier: dans quelques mois seront rendues publics les résultats de l’évaluation des réserves de l’Arc Minier. Une fois certifiées, ces réserves pourront être monétisées, avec pour résultat immédiat l’attraction de nouvelles devises à travers les investissements étrangers.

Mais la Nation peut aussi mettre en œuvre l’émission de bons payables à terme en or (ou en autres minéraux), ce qui implique une entrée rapide de devises qui peuvent contribuer en grande partie à atténuer la chute des revenus en dollars suite à la chute du pétrole. Pour notre économie hautement dépendante d’importations de biens et de matières premières, la mise en route rapide de ces sources alternatives est une bonne nouvelle.

  1. Investissements focalisés sur des leviers de la production nationale: Un des aspects favorables de la conjoncture est la conjugaison d’une politique pertinente et cohérente de substitution des importations et de la diversification des exportations, en partant de la capacité installée dans le pays. L’investissement « par acuponcture financière » vise à recapitaliser des secteurs comme l’alimentation et la santé, ce qui limite la pression sur les devises pour les importations (une variable de l’extraction de devises, de la spéculation et de la fraude dans le cadre de la guerre économique) et favorise la rotation de produits nationaux.

L’effort en faveur de la production nationale transversalise l’économie. L’usage des ressources financières se met en place de manière planifiée, de manière pragmatique, sur la base d’une méthodologie plus efficace, avec des accords directs entre l’État et certains acteurs économiques à toutes les échelles, des grandes entreprises privées jusqu’aux entreprises d’État ainsi que des entreprises du tissu communal.

On construit une administration de ressources sur la base de résultats. Le rôle de l’État étant de superviser et d’inspecter rigoureusement les secteurs concernés pour qu’ils remplissent les objectifs prévus de productivité. En plus de préserver des devises, la production nationale fait du bien en profondeur sur l’approvisionnement du marché avec beaucoup d’autres articles.

  1. Contention de la tempête du dollar parallèle: Une partie des accords passés au sein du Conseil de l’Économie Productive est le rejet par certains acteurs économiques (pas les importateurs) de matières premières qui se basent sur le taux du DolarToday, ce qui limite la tendance à  la hausse, clairement spéculative, que ce taux a généré. Bien qu’il reste un marqueur important de la spéculation et des prix commerciaux et qu’il continue à affecter le pouvoir d’achat des vénézuéliens, le DolarToday stagne à 1000 bolivars pour un dollar et perd de sa force après avoir occasionné des dommages brutaux aux acteurs économiques.
  2. Avec l’arrivée des pluies, viendront les grandes récoltes: La complexité de la conjoncture vénézuélienne provient également de deux années de grande sécheresse et de faibles pluies. Son impact le plus médiatisé sont les coupures d’électricité et les réductions d’horaire dans l’administration publique en vue d’économiser l’énergie générée par des barrages victime du faible étiage. Cette mesure sera levée dans quelques semaines et les pluies sont d’une énorme importance dans la production d’aliments stratégiques sur le plan national.

De nombreux produits au Venezuela sont soumis aux conditions d’irrigation, des céréales telles que le riz et le maïs dépendent des cycles hydriques et les grandes récoltes dépendent des pluies. Les pluies de cette annéeauront donc un impact positif sur ces productions dont la circulation se fera sentir dans la seconde moitié de l’année.

  1. Nouveau système de prix: c’est un thème polémique et sujet à de longs débats. Il y a beaucoup de facteurs en jeu. Pour commencer admettons que l’actuelle conjoncture économique vénézuélienne met fin à une période de plus de dix ans de prix artificiellement bas maintenus grâce aux différentes subventions directes et indirectes de l’État. Beaucoup de produits sujets à de fortes baisses d’inventaire sont dérivés de matières premières importées au dollar préférentiel. Ce qui explique les prix de produits comme le fameux Pantène à 37 bolivars, ou le dentifrice Colgate à 40 Bolivars, ou le paquet de couches-culottes Huggies à 100 bolivars.

Pendant des années nous avons été nombreux à ne pas reconnaitre l’effort de l’État pour protéger la population avec ces subventions. La situation a changé. Nous ne disposons pas d’une réserve énorme de devises pour effectuer des achats massifs de matières premières et pour produire à grande échelle ces produits à des prix artificiellement bas, ce qui en a fait la proie d’aspects sanglants de la guerre économique tels que la contrebande, le méga-accaparement, le méga-détournement et la méga-revente liés à l’induction de la micro-revente, des files d’attente et des asymétries dans la distribution.

La « mise à niveau » réaliste des prix de nombreux produits (précisément ceux qui subissent le plus de pénurie organisée) implique que les nouveaux prix stimulent la production et la circulation de nombreux produits. Certains resteront subventionnés, leur prix sera plus élevé qu’avant, mais ils se verront favorisés dans leur circulation. Pérez Abad a dit que « le  second semestre de 2016 sera meilleur que le premier, tant en ce qui concerne les niveaux d’approvisionnement que de perception économique ».

  1. Le nouveau modèle d’approvisionnement populaire: pour les acteurs de terrain du sabotage économique, la transformation de la nature du modèle de distribution est plus qu’une menace. Le renforcement des Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP) dans les secteurs populaires, à travers les conseils communaux, l’introduction de plus de produits et la régularisation de nouvelles formes de distribution vont s’accélérer et s’approfondir dans les prochains mois. Chaque semaine des milliers de tonnes supplémentaires de produits sont distribuées par les CLAP à seulement trois mois de leur naissance. Cette modalité a l’avantage de protéger la population face aux asymétries et aux irrégularités de la distribution, et limite la spéculation qui affecte des produits essentiels.

Dans la lutte contre trois ans de guerre économique, les CLAP ne sont pas la solution définitive et totale mais constituent un facteur d’un poids énormecomme réponse au chaos. Leur importance vient de qu’ils ont un impact au-delà de leur objectif économique. Ils relancent l’économie solidaire au service des gens, revitalise le tissu politique chaviste, surmonte la logique de l’économie cannibale de guerre, impose la gouvernance d’État en faveur de mécanismes participatifs pour la distribution et confère au peuple un rôle vital dans la contre-offensive.

Source: http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/acelerar-el-conflicto-y-propiciar-el-golpe-antes-que-la-economia-mejore

Traduction: Thierry Deronne

URL de cet article: http://wp.me/p2ahp2-2cd

Bonnes et mauvaises victimes au Venezuela

Maurice LEMOINE, Mémoire des luttes

17 février 2016

http://www.medelu.org/Bonnes-et-mauvaises-victimes-au

 


Ce que la droite et l’extrême-droite vénézuéliennes n’obtiennent pas par les urnes, elles tentent, depuis 2002 et le coup d’Etat avorté contre Hugo Chávez, de l’obtenir par la force. Ainsi, quand, le 13 avril 2013, le « Bolivarien » Nicolás Maduro est élu président de la République, son adversaire malheureux, Henrique Capriles Radonski, appelle les partisans de sa coalition, la Table de l’unité démocratique (MUD), à exprimer leur arrechera (rage, haine, violence) dans la rue. Ce nihilisme radical provoquera la mort de neuf « chavistes » et fera des dizaines de blessés.

Nouvelle désillusion, fin 2013, pour l’opposition : elle perd les élections régionales et municipales, dont elle avait voulu faire un plébiscite contre le président Maduro. Le 23 janvier 2014 – date symbolique et en rien anodine, car celle du renversement, en 1958, du dictateur Pérez Jiménez –, Leopoldo López, l’un des dirigeants « ultras » de la MUD (avec Antonio Ledezma et María Corina Machado), convoque ses militants et sympathisants à mettre en œuvre le plan « lasalida » (la sortie) destiné, en créant le chaos, à pousser le chef de l’Etat à la démission. Dès le 12 février, sous les exhortations de ces meneurs, de rares manifestations pacifiques et, surtout, d’incessantes actions de guérilla urbaine mettent le feu à quelques villes du pays – toutes entre les mains de maires d’opposition. Sous le vocable générique de guarimbas (barricades faites de tout type de matériel et de pneus enflammés), cette vague de violences sauvages va laisser dans son sillage le lourd bilan de 43 morts (dont neuf fonctionnaires des forces de l’ordre) et 878 blessés.

C’est la voix empreinte d’une profonde amertume que Germán Oscar Guerrero raconte ce qu’il a vécu à cette époque. « Je conduisais un camion de médicaments dans l’Etat du Táchira, en direction de l’hôpital central de San Cristobal, quand des encapuchados [hommes cagoulés] m’ont intercepté. Ils ont tiré des miguelitos [câbles garnis de clous] qui ont crevé les pneus du véhicule et se sont dirigés vers moi avec l’intention de le brûler. Je leur criais qu’il s’agissait de médicaments, mais, du seul fait que je conduise un véhicule officiel, ils braillaient qu’ils allaient me tuer… » Dans cette partie du Venezuela qui jouxte la frontière colombienne, ce type de menace n’a rien d’une plaisanterie. Les « manifestants » lancent en direction de Guerrero plusieurs projectiles dont une papita – engin qui ressemble à une pomme de terre dans un papier d’aluminium, mais est composé d’explosif C-4 et de clous. Pour se protéger le visage, Guerrero l’intercepte avec la main droite au moment où elle explose. Jamais plus il ne sera le même, jamais plus il ne pourra réutiliser sa main : il a survécu, mais il a fallu l’amputer.

Desirée Cabrera, elle, est la mère d’une petite fille de dix-huit mois. Avec quatre-vingt-huit autres bébés âgés de six mois à trois ans, cette dernière se trouvait dans la crèche du ministère du logement lorsque celui-ci, le 1er avril, a été attaqué par une horde à l’aide de cocktails molotov et de bouteilles d’essence qui ont provoqué un incendie mettant en grand danger la vie des enfants. « Durant quarante-cinq jours de guarimbas, raconte Mme Cabrera, ils se sont acharnés dans cette zone sur le ministère des transports, l’Ecole de la magistrature, etc. Tout en déposant un recurso de amparo [1] pour demander la protection des enfants, les mères ont démontré que la police municipale de Chacao [quartier chic de Caracas] du maire d’opposition Ramón Muchacho laissait délibérément faire les manifestants. »

M. Guerrero et Mme Cabrera faisaient partie d’une délégation du Comité des victimes des guarimbas présente à Paris les 26 et 28 janvier 2016 dans le cadre d’une tournée européenne d’information. Ce comité, qui regroupe les représentants de 19 morts et de 195 blessés non membres de l’opposition, entend expliquer le contexte politique, économique et social dans lequel ces faits de violence se sont déroulés et, surtout, nous précise en janvier María Eugenia Rosa, qui l’accompagne dans sa tournée,« rendre visible les victimes occultées ».

En Amérique latine, le type et les modalités des opérations insurrectionnelles menées au Venezuela début 2014 ne laissent aucun doute. Dès le 7 mars de cette année-là, au nom de l’Union des nations sud-américaines (Unasur), la présidente chilienne Michelle Bachelet, dont le pays a été à bonne (et sinistre) école, déclarait : « Nous n’appuierons jamais un mouvement qui refuse le résultat des élections et cherche à renverser par la violence un gouvernement élu librement et démocratiquement. »Toutefois, cette voix de femme, chef d’Etat, progressiste, ne fut guère écoutée. « La droite a eu l’opportunité de monter un lobby médiatique en Europe et celui-ci n’a rapporté que sa version », s’insurge à Paris Nora Delgado, récemment élue députée de l’Etat de Miranda pour le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV). De fait, ayant érigé depuis longtemps la critique et la condamnation de la Révolution bolivarienne en postures de principe, le grand cirque de ce que l’on nomme complaisamment la « presse libre et indépendante » n’a développé – et avec quelle vigueur ! – que la seule thèse de la droite et de l’extrême-droite vénézuéliennes : un mouvement pacifique composé de « la société civile » et d’ « étudiants » a été impitoyablement réprimé par un pouvoir aux abois.

Une hostilité et une désinformation totales, mille fois dénoncées. Mais qui prennent un relief particulier et provoquent un malaise certain lorsqu’elles émanent d’une organisation non gouvernementale unanimement respectée : Amnesty International.

Dans son numéro de décembre 2015, c’est sous le titre « Venezuela : scènes de la torture ordinaire », que La Chronique d’Amnesty, mensuel de la section française de l’ONG, livre un article de quatre pages totalement à charge, signé es qualités – ce qui lui donne un poids supplémentaire – par la présidente de cette section, Geneviève Garrigos. Cette dernière a interviewé à Caracas trois femmes qui, arrêtées par les forces de l’ordre lors des manifestations, déclarent (à l’évidence avec raison) avoir été victimes de tortures et de brutalités. Toutefois, d’emblée, ce qu’on appelle le « chapô » (court résumé situé en tête d’article) donne à l’ensemble un ton très particulier : « Des manifestations contre les pénuries, l’inflation et l’insécurité ont ébranlé le pays en 2014 ». Un peu court, nous permettra-t-on d’objecter. Et la déstabilisation d’un président démocratiquement élu ? Jamais, tout au long du texte, il ne sera question dela salida. Les guarimbas  ? Ce mot n’apparaît pas non plus. Au terme de l’article, le militant ou le lecteur de La Chronique n’aura pour seule information – confirmant ce qu’il a lu mille fois dans la presse commerciale – que « des milliers de personnes [par définition pacifiques] ont été arrêtées et brutalisées ».
« Le rôle d’Amnesty n’est pas de contextualiser, nous précise Geneviève Garrigos, lors d’un entretien franc et courtois tenu le 1er février 2016. Moi, je ne suis pas journaliste, pas historienne, je ne fais que raconter les événements dont Amnesty témoigne. La contextualisation c’est à vous, journalistes, de l’effectuer. Moi, je suis pour la défense des droits humains »

Replaçons donc les événements dans leur contexte puisque ce rôle nous est attribué (et que nous sommes également sensible à la défense des droits humains) [2]. « Le bilan est implacable, écrit La Chronique  : 43 personnes ont perdu la vie dont huit [en réalité neuf] représentants de l’Etat ; 878 ont été blessées, dont près de 300 membres des forces de sécurité (…). » Il ne serait pas forcément inutile de préciser que les policiers et gardes nationaux abattus l’ont été par balles (ainsi que nombre de leurs blessés), ce qui relativiserait la nature supposée « pacifique » des affrontements ; que parmi les autres personnes décédées (plus de vingt par armes à feu), la majorité n’appartenait pas à l’opposition : sept ont perdu la vie du fait des pièges mortels installés par les manifestants (dont trois motards décapités par des câbles métalliques tendus en travers de la voie publique), neuf en tentant de franchir une barricade ou de dégager les rues.

Par ailleurs, note María Eugenia Rosa lors de la visite du comité, « seuls six morts sont la conséquence directe d’une réaction disproportionnée d’effectifs militaires. Les responsables de ces excès sont privés de liberté ». La Chronique le mentionne en effet brièvement : trente policiers ont été inculpés, dont trois ont été reconnus coupables, quatorze placés en détention et douze en liberté conditionnelle.

« Je vais vous dire une chose, nous répond Mme Garrigos un peu gênée lorsque nous évoquons l’ensemble de ces précisions, j’ai repris les chiffres que donne le rapport d’Amnesty, ce sont les seuls que j’avais… » Exact. Dans la cinquantaine de pages rendue publique le 24 mars 2015 – « Les visages de l’impunité : un an après les protestations de la rue, les victimes attendent toujours justice » –, les « chercheurs » d’Amnesty en charge de l’Amérique latine, basés à Londres [3], ne précisent ni les « détails » susmentionnés ni la tentative de déstabilisation du pouvoir et tranchent de façon lapidaire : « La vague de protestations de 2014 démontre que le gouvernement vénézuélien ne tolère ni la dissidence ni les manifestations critiques à l’égard des politiques gouvernementales. » L’analyse objective des faits montrant clairement la partialité de cette analyse, on en arrive à une conclusion particulièrement dérangeante : soit les « chercheurs » d’Amnesty ont pris fait et cause pour la droite et l’extrême-droite vénézuéliennes, soit ils sont incompétents.

« Attendez ! réagit Mme Garrigos (qu’on ne peut rendre responsable des éventuelles erreurs ou turpitudes des analystes londoniens de son organisation)… Moi, je ne suis pas en train de faire de la politique ou de la géopolitique, je raconte l’histoire, à travers leurs témoignages, de trois femmes brutalisées et torturées après leur arrestation. Je les ai rencontrées. Aucun contexte ne peut excuser les violences qu’elles ont subies. » Voilà au moins un point d’accord. Où qu’elle se produise, la torture (tout comme l’usage excessif de la force) doit être combattue et Amnesty est parfaitement dans son rôle en la dénonçant. La règle ne souffre aucune dérogation.

Mais pourquoi appliquer deux poids et deux mesures dans les accusations ? Les 5 et 6 mars 2015, une première délégation du Comité des victimes des guarimbas, au sein de laquelle figurait Luís Durán – père d’Elvis Duran, motard décapité le 21 février 2014 par un câble d’acier tendu en travers d’une avenue de Caracas – a visité Paris, Bruxelles et Madrid. Reçue par les sections belge et espagnole d’Amnesty, elle ne l’a pas été par la section française. « Il s’agit sans doute d’un concours de circonstances, réagit Mme Garrigos, invoquant la possible désorganisation, à ce moment, d’une association qui, c’est vrai, à ce niveau, repose sur le bénévolat ; je n’étais pas au courant, sinon, je les aurais reçus. » Dont acte. Mais alors, pourquoi ne pas avoir rencontré leurs représentants à Caracas ? Pourquoi ne pas y avoir recueilli, par exemple, le témoignage de M. Guerrero, aussi traumatisé par ce qu’il a vécu que les femmes présentées dans La Chronique  ? Conducteur de camion, il ne peut plus travailler après la perte de sa main et, en outre, pour avoir dénoncé les faits et l’opposition à la radio et la télévision vénézuéliennes, il a dû fuir le Táchira et en évacuer ses enfants du fait des menaces reçues. « Je ne prétends absolument pas qu’il y a des bonnes et des mauvaises victimes, mais, pour moi, l’équilibre ce n’est pas de dire, voilà, il y a une victime du gouvernement et une victime de l’opposition, je ne suis pas là-dedans. Je raconte trois histoires. Ce que je cherche à montrer c’est ce qui a été fait à ces femmes, point. »

On se trouve là face à une contradiction évidente, fût-elle exprimée de bonne foi. Le fond de l’explication viendra un peu plus tard. « J’aurais pu rencontrer d’autres victimes et en parler, reprend en effet la présidente de la section française, pressée par nos questions, mais je n’ai pas vu celles qui sont venues à Paris, ce qui n’était pas un refus, et, à Caracas, ce ne sont pas les gens qu’on m’a fait rencontrer [c’est nous qui soulignons]…  » Qui donc a servi d’intermédiaire pour cette prise de contact ? La section vénézuélienne d’Amnesty ! Un coin de voile se soulève. Interviewé dans le cadre d’un précédent dossier de La Chronique (avril 2013) consacré au Venezuela, le président de cette section, Marcos Gómez, y a fait cette description ahurissante de son pays : « Dans les années 1970 et 1980, le contexte politique est relativement calme (…) Dans ces années-là, le Venezuela a des indices très faibles en matière de violation des droits humains. Le pays se classe parmi les vingt pays les plus pacifiques du monde, c’est une sorte de Suisse sud-américaine (…) Aujourd’hui, le contexte est radicalement différent [4].  »

Ce n’est plus Amnesty International, c’est Amnésie internationale ! Pendant la période évoquée, le Venezuela ressemblait tellement à la Suisse que, jusqu’en 1979, une guérilla y a été active. Pas une manifestation, alors, qui ne se termine sans cadavres. Une ambiance de massacres, de règlements de comptes permanents. Sur les conseils de la Central Intelligence Agency (CIA) et du Département d’Etat américain, le gouvernement vénézuélien a confié ses services de renseignements à un groupe de Cubains (anticastristes). Le terroriste Luis Posada Carriles devient instructeur de la Direction générale de la police (Digepol), le corps répressif des délits politiques [5]. Il y introduit les méthodes standard de la CIA.

Lorsque la Digepol change de nom et devient la Direction des services de renseignement et de prévention (Disip), c’est lui qui organise la transition. La nuit, opérations de ratissage, élimination systématique des militants de gauche trop remuants. Des centaines de détenus politiques pourrissent dans les prisons du Cuartel San Carlos, dans l’île del Burro, dans la prison Modelo, dans celles de Trujillo, de Ciudad Bolívar, de Cachipo ou d’El Tocuyo. Dans les geôles de los Chaguaramos, les Cubanos combattent les « ennemis de la démocratie ». Dit autrement : ils soumettent les « subversifs » à la question.

Quant aux années 1980, sur fond d’abyssales inégalités sociales, elles se terminent par la terrible répression du soulèvement populaire du 27 février 1989, dû à la l’extrême paupérisation de 60 % de la population et demeuré dans l’Histoire sous le nom decaracazo  : 276 morts officiellement, de l’ordre de 3 000 morts et disparus d’après nombre d’historiens. Vous avez dit la Suisse, M. Gómez ?

Plus récemment, le 25 novembre 2015, au cours d’un meeting électoral organisé à quelques jours des élections législatives du 6 décembre, un responsable du parti d’opposition Action démocratique (membre de la MUD), Luis Manuel Díaz, est abattu. Les dirigeants de l’opposition accusent immédiatement des militants du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV). La presse nationale et internationale se déchaîne sur le thème de l’assassinat politique et pointe du doigt le gouvernement. Dans un communiqué d’Amnesty (disponible sur le site de la section belge) publié dès le lendemain du crime, on peut lire : « L’homicide de Luis Manuel Díaz dresse un tableau effrayant de la situation des droits humains au Venezuela (…) a déclaré Marcos Gómez, directeur d’Amnesty International Venezuela ». Un peu plus loin, le communiqué précise : « Des candidats de l’opposition et des défenseurs des droits humains ont signalé d’autres agressions et actes d’intimidation dans le cadre de la campagne électorale [6].  » Titre du communiqué : « Venezuela. Les opposants politiques ont droit à la sécurité ». On ne peut être plus clair quant à la désignation des potentiels auteurs du crime. Seulement, l’enquête révélera très rapidement que Díaz, assassiné dans le cadre d’un règlement de comptes, était à la tête d’une bande de délinquants. Aucun dirigeant de l’opposition n’assistera à ses obsèques. Aucun de ceux qui ont mis les « chavistes » en cause, pas plus M. Gómez que les faussaires médiatiques, ne rétablira la véracité des faits.

En bref, appartenant sociologiquement à une classe moyenne planétaire, connectée, plus ou moins libre de vivre la vie qui lui plaît, le président de la section vénézuélienne d’Amnesty International a implicitement et explicitement pris partie pour l’opposition et contre cette révolution qui a fait des plus pauvres sa priorité. Quel est son rôle dans l’élaboration du rapport des « chercheurs » londoniens nous l’ignorons. Mais dans la visite guidée et l’article de Mme Garrigos, il apparaît évident.

Au plus fort des violences de 2014, un groupe de défenseurs vénézuéliens des droits humains (dont d’anciens membres de la section vénézuélienne d’Amnesty), tout en exigeant des pouvoirs publics « la poursuite des enquêtes sur toutes les dénonciations » et en rejetant « de la manière la plus ferme les actions contraires aux droits de l’homme de la part des corps de sécurité », se prononçait ainsi : « Nous condamnons la manipulation que des médias nationaux et internationaux, ainsi que certaines organisations d’une “société civile” auto-proclamée ont faite de la situation, en présentant une image faussée et sans scrupules de la réalité nationale, qui encourage la violence et rend invisibles certains des acteurs du conflit. Et nous encourageons la communauté internationale, et en particulier les organisations des droits humains, à recouper et à vérifier avec soin les informations qui circulent sur le Venezuela [7 ».

Dans l’article de La Chronique censé ne pas remettre les événements dans leur contexte, on apprend néanmoins que « dehors, des femmes font la queue devant un supermarché pour en sortir avec des sacs de rouleaux de papier hygiénique », que « demain ce sera [pour] du savon ou du lait maternisé » et qu’il y a « des pénuries ». En revanche à aucun moment la déstabilisation économique dont est victime le Venezuela ne sera évoquée. Pour les jeunes générations, qui n’ont pas connu cette époque et ont donc quelques excuses lorsqu’ils se font « balader », et pour les plus anciens, qui ont semble-t-il perdu la mémoire, on rappellera ici que, en 1972 et 1973, après que le président américain Richard Nixon ait donné l’ordre de « faire crier » l’économie du Chili de Salvador Allende, toutes les denrées alimentaires et les biens de consommation courante y faisaient l’objet de pénuries. Que certains produits comme la viande, le pain, le sucre, l’huile et… le papier hygiénique (ah, le manque de papier hygiénique à Caracas, qui n’en a entendu parler ?) étaient indisponibles pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, tandis qu’un marché noir se développait, sur lequel les prix étaient parfois dix fois supérieurs au prix officiel. Vous avez dit Chili, ou Venezuela, ou… les deux ? Après tout, Mme Garrigos aurait aussi bien pu « non-contextualiser » en notant que plus d’un million de logements sociaux ont été attribués par le gouvernement aux défavorisés en un peu plus de trois ans…

On ne s’étendra pas sur le silence total quant à la participation de paramilitaires colombiens, dans le Táchira, à cette tentative de renversement du gouvernement bolivarien. On passera aussi rapidement sur la criminalisation des « collectifs armés » ou « collectifs de motards chavistes » systématiquement présentés comme les « groupes paramilitaires de Maduro »… Il s’agit là d’un grand classique, au même titre que les « cercles de la terreur » – les très socialement impliqués cercles bolivariens –, cauchemar en 2002 d’une classe moyenne vénézuélienne lobotomisée par les médias [8].

Un dernier point, concernant Amnesty International en général, retiendra ici notre attention. Lors du décès, en France, de Rémi Fraisse, qui manifestait contre le projet de barrage de Sivens, le communiqué londonien de l’ONG – « La justice doit faire toute la lumière sur le décès de Rémi Fraisse » (3 décembre 2014) – précisait ceci :« Les responsables de l’application des lois sont parfois contraints de recourir à la force dans l’exercice de leurs fonctions (…) Amnesty International reconnaît que la tâche de ces responsables est difficile et dangereuse et que, en France, la majorité d’entre eux s’acquittent de leurs fonctions de manière professionnelle, dans le respect de la loi. » Une fois admis que des cas de torture n’entrent pas dans ce cadre, pourquoi ce constat exprimé dès qu’il s’agit de policiers européens, non réellement mis en danger à Sivens, ne s’applique-t-il pas aux forces de l’ordre vénézuéliennes confrontées, elles, dans des affrontements d’une toute autre nature, à des armes de guerre ? Mansuétude relative pour le Nord, inflexibilité totale pour le Sud : sous le rideau de fumée « humanitaire », on retrouve là une grande constante des rapports internationaux.

Qu’on ne s’y trompe pas. Il ne s’agit pas ici d’accabler Amnesty International, ni sa section française, ni la présidente de cette dernière, ni La Chronique, qui ont, par ailleurs, d’autres mérites. Il ne s’agit pas non plus de polémiquer pour le plaisir de polémiquer, mais de tenter de comprendre comment fonctionnent les mécanismes de l’information et de la… désinformation. Car, en la matière, le serpent se mord la queue. Déjà fondamentalement hostiles aux gouvernements progressistes d’Amérique latine, et en particulier à celui du Venezuela, les experts, consultants et oracles médiatiques font évidemment leur miel des rapports d’Amnesty, lesquels, confortant la vulgate dominante et permettant de transformer le Venezuela en Etat paria, sont immédiatement reproduits [9]. Et crédibilisent ensuite les analyses les plus tordues, les mensonges les plus éhontés.

Cette deuxième visite en Europe du Comité des victimes des guarimbas n’est pas intervenue par hasard. Avec le système électoral qu’elle a systématiquement rejeté, dénoncé et diabolisé ces quinze dernières années, dès lors qu’elle avait perdu, l’opposition a obtenu une large majorité à l’Assemblée lors des élections du 6 décembre 2015. Elle s’est donnée deux objectifs prioritaires. Le premier : chasser Nicolás Maduro de la présidence en six mois. De façon démocratique ? Nul ne le parierait, l’option du référendum révocatoire, permis par la Constitution, paraissant écartée car il ne peut assurer la victoire. Le second : voter, le plus rapidement possible une loi d’amnistie destinée à libérer les « prisonniers politiques ». Le plus connu d’entre eux, Leopoldo López, a été condamné à treize ans et six mois d’incarcération pour avoir déclenché les guarimbas (il avait déjà participé à la tentative de coup d’Etat d’avril 2002). La Cour interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH), Amnesty International, Human Rights Watch (très lié au Département d’Etat américain) et d’autres groupes internationaux dits « de défense des droits humains » ont condamné son arrestation. De même que celle du maire de San Cristobal, Daniel Ceballos, qui a ouvertement appelé à la salida » et a participé aux guarimbas. Un détail : la papita qui, dans cette ville, a emporté la main de Germán Guerrero, était composée de C-4, un explosif à usage militaire que les étudiants (d’une manière générale !) ne savent ni agencer ni utiliser ; mais que, en revanche, les paramilitaires colombiens manient avec habileté.
« L’amnistie ça serait un sacrilège pour nous, s’indigne Guerrero ! On a voulu nous rendre invisibles, on n’existe pas. Et les auteurs se présentent comme les victimes. Ce ne sont pas des prisonniers politiques, ce sont des personnes qui ont provoqué un désastre, qui ont appelé à la destruction et à la mort ».

Il y a en effet quelque chose qui cloche dans cette affaire. La proposition de loi d’amnistie et de réconciliation nationale présenté par la MUD à l’Assemblée va bien au-delà des événements de ces deux dernières années (ce qui, en soi, poserait déjà problème). Dans le but affiché de « refermer les blessures politiques ou sociales qui nuisent à la vie commune » et de « créer les conditions propices à la participation de tous les secteurs aux affaires publiques », elle prétend ni plus ni moins que d’amnistier tous les faits de violence, crimes et délits à caractère politique (et économique) commis du… 11 avril 2002 au 31 décembre 2015. Y compris, d’après son article 4, l’incitation à la désobéissance aux lois et l’incitation à la haine (nous n’inventons rien !) ; la violence ou la résistance à l’autorité ; la création de panique dans la collectivité par la diffusion de fausses nouvelles ; les dommages aux systèmes de transport, aux services publics, informatiques ou de communication ; l’importation, la fabrication, le port, la fourniture et l’utilisation d’engins explosifs et incendiaires ; l’utilisation de mineurs dans la commission de délits ; l’insubordination, la rébellion civile, la trahison de la patrie, la rébellion militaire, le soulèvement, la révélation de secrets militaires ; le port et l’usage illicites d’arme à feu [10]. « Ils reconnaissent qu’ils ont fait tout ça », a pu s’exclamer l’ex-président de l’Assemblée nationale et aujourd’hui député du PSUV Diosdado Cabello. Curieux démocrates, effectivement, que ces gens-là…

Effacées les peines des policiers assassins du coup d’Etat de 2002 et les poursuites contre ses auteurs intellectuels – dont Pedro Carmona, président putschiste pendant quelques heures, actuellement exilé en Colombie, ou le pseudo syndicaliste Carlos Ortega, en fuite au Pérou. Pardonnés les instigateurs de la déstabilisation économique de décembre 2002 – janvier 2003. Jusqu’aux banquiers corrompus et en fuite peuvent se préparer à rentrer au pays. Les sicarios assassins de plus de 130 paysans tombés dans le cadre de la mise en application de la réforme agraire seront-ils également absous ?

Problème : « D’après les lois internationales, remarque à Paris María Eugenia Rosa,une amnistie ne peut être promue par les auteurs des crimes et délits considérés. »D’ores et déjà, le président Maduro a annoncé qu’il ne signera pas cette loi d’amnistie. Depuis un certain temps, il a proposé la création d’une Commission pour la justice et la vérité, destinée à enquêter sur tous les cas de violences commis en 2014, quels que soient les acteurs impliqués. Faut-il préciser que la MUD ne veut pas en entendre parler ? Le conflit s’avère donc inévitable entre le législatif et l’exécutif. Que feront les organisations de défense des droits humains ? Approuveront-elles, toutes choses égales par ailleurs, une « loi du point final » vénézuélienne, similaire à celle élaborée en leur temps par le général Augusto Pinochet ou les militaires argentins ?

tag Mots-clés : 

NOTES

[1] L’amparo, qui signifie « protection », est un recours juridique déposé face à un acte illégal ou abusif qui restreint, supprime ou menace les droits consacrés par la Constitution.

[2] Pour information, l’auteur de cet article a été rédacteur en chef de La Chronique d’Amnesty d’août 1993 à janvier 1997 et a quitté cette organisation, en excellents termes, pour rejoindre l’équipe du Monde diplomatique. Qu’on ne cherche donc quelque arrière-pensée hostile que ce soit dans ce débat.

[3] Les sections nationales ne font théoriquement que reprendre et diffuser les informations reçues du siège londonien, les seules qui font foi.

[4] Propos recueillis par Pierre-Philippe Berson, « L’extrême polarisation est le principal problème », La Chronique,avril 2013.

[5] De Caracas, Luis Posada Carriles commanditera en 1976 la pose de deux bombes dans le vol CU 455 de la Cubana de Aviación. L’appareil explosera en décollant de La Barbade, le 6 octobre. Bilan : soixante-treize morts.

[6] http://www.amnesty.be/venezuela-l-homicide-d-un-politicien-de

[7] Lire « Les militants vénézuéliens d’ONG indépendantes des droits humains répondent aux médias internationaux », VenezuelaInfos, Caracas, 2 mars 2014.

[8] Lire « Les “colectivos” vénézuéliens, du fantasme à la réalité », Mémoire des luttes, 28 juillet 2014.

[9] Entre autres : Paulo Paranagua, « Amnesty critique la réduction de l’espace démocratique au Venezuela » ; « Amnesty International passe au crible le Venezuela », Le Monde, respectivement 25 février et 24 mars 2015.

[10] http://www.asambleanacional.gob.ve/doc_ed81a6f2079a4d3aeaa5.pdf


APPEL AUX DONS

Vous pouvez aider au développement du site de Mémoire des luttes par une contribution, ponctuelle ou régulière, d’un montant à votre convenance.

En savoir plus

ARTICLES

LES CHRONIQUEURS

LES INVITÉS DE MDL

BRICS

SURVEILLANCE DE MASSE

RENCONTRE MONDIALE DES MOUVEMENTS POPULAIRES

HUGO CHÁVEZ

Paysage avant la bataille

Thierry DERONNE, Venezuela Infos, 9 décembre 2015

https://venezuelainfos.wordpress.com/


 

voto20152Avec l’élection de deux tiers de députés de droite vient de se répéter le scénario médiatique qui accompagna la défaite électorale des sandinistes au Nicaragua en 1990. Le pays semble rentrer dans l’ordre néo-libéral, on reconnaît que la « dictature » est une démocratie, on félicite les perdants pour leur reconnaissance immédiate des résultats.

Mais pourquoi Caracas, au lendemain du scrutin, était-elle si triste ? Pourquoi une telle victoire n’a-t-elle déclenché la moindre liesse dans le métro, dans les rues ? Comment comprendre la mobilisation de collectifs populaires, ou que les syndicats se déclarent en « état d’urgence », alors qu’il y a trois jours une partie de même cette base populaire ne s’est pas mobilisée en faveur des députés bolivariens ?

Dès l’élection de Chavez en décembre 1998, nombre d’institutions révolutionnaires se sont peuplées du « chiripero » – surnom donné à la masse d’employé(e) qui troquèrent en 24 heures la casquette du populisme des années 90 pour une chemise rouge (alors que souvent les révolutionnaires authentiques étaient écartés). L’angoissante guerre économique a rendu insupportables la corruption et la surdité de ce secteur de fonctionnaires face à l’exigence d’une protection forte, d’un État plus efficace, plus participatif, travaillant à écouter les citoyen(ne)s.

Parallèlement, le « changement » promis par la droite a été interprété comme la fin de la guerre économique : les rayons des magasins se rempliraient de nouveau, les files disparaîtraient avec le retour du secteur privé au pouvoir. Or les leaders de l’opposition ont d’ores et déjà annoncé qu’il ne sera pas possible de régler le « problème économique » à court terme et que la priorité sera d’appliquer un programme visant à « modifier » les lois et acquis sociaux. Fedecámaras, organisation des commerçants et des chefs d’entreprises du secteur privé, demande à l’assemblée nationale d’annuler la Loi du Travail (1).

En ligne de mire : les hausses de salaire, la protection des travailleurs contre les licenciements, les conditions trop favorables des congés de maternité, la réduction de la durée du travail, les samedis libres, le paiement des heures sup, les bons d’alimentation. Les syndicats annoncent déjà des mobilisations de rue, réclament la nationalisation de la banque. Menacée et traitée de « cloaque » par le leader de l’opposition Ramos Allup, la chaîne parlementaire ANTV vient d’être remise intégralement à ses travailleurs par le gouvernement, et le président Maduro décrètera une loi pour protéger les travailleurs du service public, en étendant l’interdiction de licenciement de 2016 à 2018.

assemblée populaire en cours á Caracas

La droite – elle ne s’en cache pas – veut revenir sur la plupart des acquis de la révolution (loi de contrôle des prix, loi des semences anti-OGM, loi de la réforme agraire, de protection des locataires, éducation gratuite, santé gratuite, construction de logements publics, pensions…), organiser avec les États-Unis la privatisation du pétrole et des autres ressources du pays, annuler les accords de coopération énergétique avec les pays plus pauvres des Caraïbes et de tout autre accord qui défie la vision unipolaire de Washington (PetroCaribe, ALBA, etc..), etc… Elle annonce aussi une « amnistie » pour les militants et le leader de “l’Aube Dorée” locale Leopoldo Lopez, organisateurs de violences meurtrières – celles de 2013 ont fait 43 morts, la plupart dans le camp bolivarien, et six membres des forces de l’ordre tués par balles. Ce sont eux que les médias internationaux appellent des “prisonniers d’opinion” au motif qu’ils appartiennent à l’extrême droite. Pour réaliser tout cela au plus vite, la droite cherchera, dans les mois qui viennent, à destituer le président bolivarien par un coup parlementaire comme celui subi par Fernando Lugo au Paraguay.

Faire la révolution n’est pas simple.

On voit la difficulté de construire une révolution socialiste sans démocratiser la propriété des médias, sans s’émanciper de cette prison culturelle de consommation massive, d’invisibilisation du travail, de fragmentation du monde, de passivité du spectateur. Le récent « rapport sur l’imaginaire et la consommation culturelle des vénézuéliens » réalisé par le ministère de la culture est en ce sens une excellente analyse politique. Il montre que la télévision reste le média préféré et que la majorité associe le Venezuela à l’image de Venevision ou Televen : «  jolis paysages/jolies femmes ». Comment mettre en place une production communale à grande échelle, sans la corréler avec un imaginaire nouveau où la terre n’est plus la périphérie de la ville mais le centre et la source de la vie, de la souveraineté alimentaire ? Comment transformer des médias en espaces d’articulation et d’action populaire, de critique, de participation, si le paradigme anglo-saxon de la communication sociale (« vendre un message à un client-cible ») reste la norme ?

En conclusion

Une immense bataille commence, et deux issues sont possibles : soit un repli du camp bolivarien, avec répression des résistances sociales (l’histoire répressive (2) et les liens de la droite vénézuélienne avec le paramilitarisme colombien et la CIA sont bien documentés (3) ), vague de privatisations, retour à l’exploitation et à la misère des années 90, et silence des médias internationaux – comme lors du retour des néo-libéraux au Nicaragua de 1990 à 2006.

Soit les politiques de la droite serviront de fouet à la remobilisation populaire que Nicolas Maduro a appelée de ses vœux en provoquant la démission du gouvernement et en organisant une réunion avec les mouvements sociaux et le Parti Socialiste Uni (PSUV). Malgré l’usure de 16 ans de pouvoir et ces deux dernières années de guerre économique, la révolution bolivarienne conserve un socle remarquable de 42 % des suffrages. Même si les deux tiers des sièges parlementaires donnent à la droite une grande marge d’action, le chavisme dispose pour l’heure du gouvernement et de la présidence, de la majorité des régions et des mairies, et de l’appui d’un réseau citoyen – conseils communaux, communes, mouvements sociaux. Si le président réussit à repartir rapidement sur des bases nouvelles, sans diluer ses décisions dans une négociation interne entre groupes de pouvoir, si toutes ces énergies de transformation se reconnectent et agissent en profondeur, la leçon aura été salutaire.

Thierry Deronne, Caracas, 9 décembre 2015

Juventud Guerrera del 23 de Enero. Foto Milangela Galea

Le mouvemet populaire rencontre le président Maduro (juché sur le camion d'une radio associative) aux abords du palais présidentiel, Caracas, 9 décembre 2015

CV0wQk6WIAA9ie5

Notes:

(1) Lire « La nouvelle loi du travail au Venezuela », https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/04/nouvelle-loi-du-travail-au-venezuela-un-pas-de-plus-vers-la-vraie-vie/

(2) Lire « la jeunesse d’aujourd’hui ne sait rien de ce qui s’est passé il y a trente ou quarante ans » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/01/19/la-jeunesse-daujourdhui-ne-sait-encre-rien-de-ce-qui-sest-passe-au-venezuela-il-y-a-trente-ou-quarante-ans/ et « comment la plupart des journalistes occidentaux ont cessé d’appuyer la démocratie en Amérique Latine » https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/16/comment-la-plupart-des-journalistes-occidentaux-ont-cesse-dappuyer-la-democratie-en-amerique-latine/

(3) Lire « Venezuela : la presse française lâchée par sa source ? » https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/08/04/venezuela-la-presse-francaise-lachee-par-sa-source/

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-27P

Venezuela : il y a des nuits maudites…

Il y a des nuits maudites… Des heures à attendre, inquiet, très inquiet, les résultats des élections législatives au Venezuela bolivarien. 19 millions d’électeurs… 167 députés… A six heures et des poussières, et cinq tasses de café, la télé vénézuélienne nous assomme…

Le président Maduro s’adresse au peuple. L’opposition gagne 99 sièges sur 167, soit les deux tiers… Quelques circonscriptions manquent encore à l’appel. Mais la victoire est nette… Le sang ne coule pas dans les rues comme l’avaient annoncé les intégristes de la charia néo-libérale. Seuls le PSUV et le Grand Pôle Patriotique s’étaient engagés, sur proposition de l’Unasur, à respecter le résultat, quel qu’il soit. Les démocrates putschistes du 11 avril 2002, de la très démocratique MUD, ont refusé quant à eux de s’y engager. Ils ne pouvaient que gagner ; s’ils perdaient, ce ne serait que par « la fraude » de ces tricheurs de chavistes… Managés par Washington et l’Internationale socialiste, ils devaient l’emporter. Peu importaient les urnes … Ils préparaient ainsi le terrain à un éventuel bain de sang, à un « golpe » violent, si les résultats leur avaient été défavorables. Ces « démocrates » portent la haine des « rouges », des « révolutionnaires » dans leur ADN. Alors : la revanche ou le chaos ! Que ce serait-il passé si les chavistes avaient perdu leur sang froid ?

Grâce à leur civisme, les élections se sont déroulées dans le plus grand calme et la proclamation des résultats aussi. Qui sont les démocrates ? Qui a respecté la démocratie, la Constitution ?

Le président Maduro, élu le 14 avril 2013 à la suite du décès de l’irremplaçable Hugo Chavez, grave et serein, a reconnu et accepté la défaite, la victoire de l’hétéroclite MUD (trois partis affiliés à l’Internationale socialiste, des formations d’extrême droite, etc.), dont le seul programme est la revanche de classe et l’anti-chavisme. Ceux qui comme « El Pais », « Le Monde », prévoyaient « une déroute sans précédents » exultent ; cependant, les résultats relèvent d’une sanction populaire mais pas d’un raz-de-marée libéral.

L’impérialisme qui avait décrété le Venezuela le 9 mars 2015 « menace inhabituelle et extraordinaire » pour la sécurité des Etats-Unis, n’est pas débarrassé d’un chavisme qui doit se renouveler, se remettre en cause, balayer la corruption, la bureaucratie. Le chavisme continue à porter le seul programme de transformation crédible, cohérent, radical, populaire.

Manuel Valls, docteur es démocratie, peut également, et momentanément, se réjouir, lui qui avait, le 15 octobre 2015, reçu l’épouse du putschiste Leopoldo Lopez, emprisonné, et avait déclaré : « enfermer un démocrate, c’est trahir la démocratie ».

Comme jadis au Chili de Salvador Allende, ces démocrates si peu démocrates ont réussi, au-delà des erreurs des chavistes, à déstabiliser, et même à saigner l’économie, à provoquer des pénuries ; celles-ci ont fatigué la population contrainte à des heures de queue, à des files d’attente interminables. En quelques mots, les chavistes étaient au gouvernement, mais n’avaient pas l’essentiel du pouvoir. Ils n’ont pu faire face à la spéculation, notamment sur les prix, la monnaie, à la contrebande, à une inflation redevenue galopante. Le climat de tension, de violence sourde, les sabotages, la guerre idéologique et économique, les manques d’approvisionnement, les mensonges, entretenus par l’opposition, ont pesé fortement sur les urnes. Aucun processus historique n’est définitif ; la révolution bolivarienne doit désormais faire face à une cohabitation entre une opposition agressive, négative, et un président légitime, déterminé, qui a assumé et continue d’assumer ses responsabilités au nom du peuple.

Le Venezuela s’apprête à voter

Thierry DERONNE, Venezuela Infos, 3 décembre 2015

https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/12/03/le-venezuela-sapprete-a-voter/


 

Encouragée par la victoire du néo-libéral Macri en Argentine et les manœuvres de la droite brésilienne pour destituer Dilma Roussef, la droite vénézuélienne espère remporter la majorité des sièges de l’assemblée nationale lors des législatives du 6 décembre. Sa domination médiatique et la guerre économique du secteur privé menée depuis deux ans, lui ont permis de se contenter du service minimum pour sa campagne. De son côté, le camp bolivarien, qui a remporté jusqu’ici la plupart des batailles électorales, a mené une intense campagne de terrain pour mobiliser ses partisans et minimiser toute abstention, avec pour point d’orgue la grande marche populaire qui a défilé à Caracas ce 3 décembre.

Dans leur campagne de dénigrement de ce qui est pour l’ex-président Jimmy Carter « le meilleur système électoral » parmi les 92 qu’il a observés dans le monde (1), les médias occidentaux ont repris les allégations de la droite locale sur « l’absence d’observateurs internationaux ». Le Figaro (France) évoque « un scrutin sans observateurs internationaux ». (2)

C’est faux. L’UNASUR – organisme qui regroupe les 12 pays du continent – a déployé sur place plus de 40 experts placés sous l’autorité de l’ex-président dominicain Leonel Fernandez, a procédé aux essais techniques des machines de vote et a vérifié la disponibilité du matériel électoral. Ce scrutin est le 19ème en seize ans de révolution bolivarienne. Chacun d’eux a fait l’objet d’observations internationales. Tous ont été validés. Cette fois, 19 millions 496 mille 296 électeurs et électrices inscrit(e)s au registre national électoral sont appelé(e)s à voter dans un des 40.601 bureaux afin de renouveler les 197 sièges de députés pour la période 2015-2020. Le Venezuela est le seul pays du monde qui donne les résultats officiels le soir-même du scrutin, grâce au vote électronique, lorsque le nombre de votes comptabilisés est suffisant pour donner des tendances irréversibles. C’est aussi un des rares pays qui accepte des missions internationales d’observation. Ce n’est pas le cas des Etats-Unis, du Canada ou des pays européens, qu’on imagine mal accepter des observateurs latino-américains.

Leonel Fermandez (ex-président dominicain) - chef de la Mission Électorale de l'UNASUR et Ernesto Samper (ex-président colombien et Secrétaire Général de l'UNASUR) examinent le système de vote.

Autre organisme important, le Collège des Experts Electoraux Latino-américains (CEELA) est à pied d’œuvre au Venezuela, à l’invitation du Centre National Électoral (www.cne.gob.ve). Le CEELA est formé d’ex- ou d’actuels présidents, viceprésidents latino-américains ainsi que de magistrats électoraux expérimentés en la matière (7).  Leur porte-parole, Nicanor Mosquera, a salué la participation des divers partis politiques aux vérifications organisées par le Centre National Électoral: “8 mille des 49 mille machines ont été révisées au hasard, selon les pourcentages techniques établis. Nous sommes certains que les résultats reflèteront la décision des électeurs”.

zapatero-martinParmi les autres observateurs internationaux invités par le CNE – les ex-présidents d’Espagne José Luis Rodriguez Zapatero et du Panama, Martin Torrijos (photo) – ont déclaré ce 3 décembre à Caracas qu’ils « partagent des impressions très positives sur le déroulement du processus électoral, contrairement à l’image que donnent les médias internationaux ». (5)

Un avis partagé par José Luis Exeni, coordinateur général de la mission électorale de l’UNASUR, pour qui « le fossé entre la réalité du processus électoral vénézuélien et ce qu’en disent les médias est évident ». (6)

 

Thierry Deronne, Caracas, le 3 décembre 2015

Notes

(1) Évaluation de Jimmy Carter, http://venezuelanalysis.com/print/7272

(2) Article du Figaro, http://bit.ly/1Q3tedf

(3) Lire « Le Venezuela lance la campagne des législatives » https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/08/30/le-venezuela-lance-la-campagne-des-legislatives/

(4) Lire « la démocratisation des élections au Venezuela et en Amérique Latine : la lutte entre l’ancien et le nouveau » : https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/05/02/democratisation-des-elections-la-lutte-entre-lancien-et-le-nouveau-au-venezuela-et-en-amerique-latine/

(5) http://bit.ly/1OAITiL

(6) http://bit.ly/1QXG5xz

(7) http://www.correodelorinoco.gob.ve/nacionales/cne-firma-acuerdo-consejo-expertos-electorales-latinoamericanos/

Banque mondiale : Cuba est le pays au monde qui investit le plus dans l’éducation

Salim Lamrani, mondialisation.ca, 15 mars 2015

Selon l’institution internationale, aucun pays, y compris les plus riches, ne dédie une part aussi élevée de son budget national à l’éducation que Cuba. Les résultats sont exceptionnels.

Cuba est une référence mondiale pour l’éducation. C’est ce que vient de rappeler un rapport de la Banque mondiale qui classe Cuba au premier rang en ce qui concerne l’investissement dans le système éducatif pour la période 2009-2013. Avec près de 13% (12,8%) du PIB investi dans ce secteur, aucun autre pays au monde, y compris les plus développés, n’égale l’île de la Caraïbe, qui a fait de sa politique sociale un modèle pour les nations en voie de développement[1].

Le Timor Oriental et le Danemark complètent le podium mondial, avec respectivement 11,3% et 8,7% du PIB dédiés à l’éducation. En guise de comparaison, les Etats-Unis investissent à peine 5,4%, soit deux fois moins que Cuba, et le Canada 5,5%. En Europe, la France consacre 5,9% de son budget national à l’éducation, l’Allemagne – 5,1%, le Royaume-Uni- 6,2%, l’Italie – 4,5% et l’Espagne – 5%. Pour ce qui est du continent latino-américain, la Bolivie occupe le second rang derrière Cuba avec 7,6%. Le Brésil attribue 5,8% de son PIB à ce secteur alors que le Mexique et l’Argentine lui destinent respectivement 5,2% et 5,8%[2].

Ce n’est pas la première fois que la Banque mondiale fait l’éloge de Cuba dans ce domaine. Dans un autre rapport publié en 2014, l’organisme international rappelle que l’île dispose du meilleur système éducatif d’Amérique latine et de la Caraïbe, la seule ayant « des paramètres élevés, du fort talent académique, des rémunérations élevées ou du moins adéquates et de l’autonomie professionnelle élevée qui caractérisent les systèmes éducatifs les plus efficaces au monde, comme ceux de Finlande, de Singapour, de Shanghai (Chine), de la République de Corée, de la Suisse, des Pays-Bas et du Canada[3] ».

L’éducation – comme la santé, la culture ou le sport – a toujours été une priorité à Cuba et les résultats sont exceptionnels. Avec un taux d’alphabétisation de 99,8%, l’île dispose du taux d’illettrisme le plus bas du continent latino-américain, selon l’UNESCO, qui rappelle également que Cuba a le taux de scolarisation le plus élevé de l’Amérique latine avec 99,7% des enfants disposant d’une éducation gratuite. Un autre rapport de l’UNESCO portant sur l’éducation dans 13 pays d’Amérique latine classe Cuba en tête dans toutes les matières d’enseignement et note qu’un élève cubain dispose en moyenne de deux fois plus de connaissances et de compétences qu’un élève latino-américain[4].

La Banque mondiale, en faisant l’éloge du système éducatif cubain, rappelle d’une certaine manière que les politiques d’austérité et de démantèlement de l’Etat-providence qu’elle préconise sont en réalité préjudiciables à l’intérêt général. En faisant de l’éducation nationale une priorité, Cuba démontre aux yeux du monde qu’il est possible d’offrir à tous les citoyens un accès de haut niveau à la connaissance et à la formation. Les ressources limitées inhérentes à une nation du Tiers-monde et les sanctions économiques extrêmement sévères imposées par les Etats-Unis depuis plus d’un demi-siècle n’ont pas empêché l’île de la Caraïbe de se doter d’un système éducatif performant, rappelant ainsi que l’humain doit être placé au centre du projet sociétal.

Salim Lamrani

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

http://www.amazon.fr/Cuba-m%C3%A9dias-face-d%C3%A9fi-limpartialit%C3%A9/dp/2953128433/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1376731937&sr=1-1

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel


[1] World Bank, « Public Spending on Education, Total (% of GDP)”, 2014.http://data.worldbank.org/indicator/SE.XPD.TOTL.GD.ZS (site consulté le 31 décembre 2014).

[2] Ibid.

[3] Barbara Bruns & Javier Luque, Profesores excelentes. Cómo mejorar el aprendizaje en América Latina y el Caribe, Washington, Banco Mundial, 2014.http://www.bancomundial.org/content/dam/Worldbank/Highlights%20&%20Features/lac/LC5/Spanish-excellent-teachers-report.pdf (site consulté le 30 août 2014).

[4] Salim Lamrani, Cuba : les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Estrella, 2013, p. 38.