La révolte du Sud algérien contre le gaz de schiste

Arroudj Adem, Le Figaro, 25 février 2015

Les autorités qui investissent massivement dans cette nouvelle source d’énergie se heurtent à l’hostilité des populations locales.

Du sable rouge qui s’incruste partout, des légions de mouches qui ne vous laissent jamais en paix, des sachets poubelle qui volent au milieu de maisons inachevées… Comme oubliée en plein Sahara, à 1 200 km au sud de la capitale, voilà des années qu’In Salah, sous-préfecture de 50 000 habitants desservie par un seul vol hebdomadaire, était une promesse de problèmes pour Alger. La ville la plus chaude du pays, au sens propre du terme – en été, les températures dépassent les 50 °C et poussent, raconte-t-on, « les oiseaux à se suicider » dans des mirages aux al­lures de flaques d’eau – l’est aussi depuis deux mois, au sens figuré. La mèche a été allumée par le ministre de l’Énergie, qui, le 27 décembre dernier, inaugure le premier forage pilote de gaz de schiste à une quarantaine de kilomètres d’In Salah. Des pancartes se lèvent alors : « Oui au solaire thermique, non au gaz de schiste », « Ayez pitié de nos enfants », « Non à l’extermination du Sud ». Tous les jours, les habitants qui ont décidé de se mobiliser contre les projets du gouvernement d’exploiter le gaz de schiste sont quelques centaines à occuper la place centrale de la ville, rebaptisée « Sahat Essoumoud » (place de la Résistance). Des hommes et des femmes qui tous les jours préparent les repas, le thé et nettoient, une fois la journée finie.

Demande de moratoire

Le gouvernement a envoyé ses experts et une délégation de parlementaires pour éteindre le feu. En vain. Le premier ministre et le ministre de l’Énergie ont essayé de rassurer. Sans succès. En deux mois, la contestation a gagné d’autres villes du grand Sud : Tamanrasset, Ouargla, Adrar, Metlili, Timimoun. Et hier, à l’appel de l’opposition politique, qui voit dans ce mouvement social l’opportunité de mobiliser une base qui lui fait tant défaut, ils étaient quelques milliers encore à sortir dans les rues de plusieurs villes dont Alger, pour marcher en solidarité avec le Sud en rébellion.

« Le gouvernement nous impose ses décisions parce qu’il nous prend pour des incultes, regrette Hamza, un ex-élu de la commune de Ouargla. Mais In Salah compte de nombreux ingénieurs qui sont eux-mêmes à l’origine des campagnes de sensibilisation contre les dangers du gaz de schiste. » La semaine dernière, la société civile d’In Salah a déposé à la présidence, à Alger, une demande de moratoire et réclamé, entre autres, l’ouverture d’un débat national. « Si le gouvernement persiste dans sa politique, nous allons organiser une grande marche qui partira des villes du Sud pour rejoindre Alger, promet, à Adrar, Hacina Zegzeg, une des têtes pensantes du mouvement. Quand elles verront 200 000 personnes sur les routes, peut-être que les autorités comprendront que nous sommes déterminés ? Le forage du deuxième puits est terminé, mais la population a décidé de faire un barrage humain à l’entreprise américaine Halliburton qui doit arriver pour fracturer les couches de schiste. Nous sommes prêts à payer le prix qu’il faudra payer, c’est une question de survie. »

Ahmed est rappeur à In Salah. Son groupe, Desert Boys, a récemment sorti une chanson anti-gaz de schiste Makach li radi (« personne n’accepte ça »). Il appelle de son côté « la police, l’armée et toutes les institutions à se mettre du côté du peuple qui dit non. Tous les jeunes Algériens, et pas seulement à In Salah, sont conscients de l’enjeu ». Mais en face, les signaux que les officiels envoient sont aussi très clairs. Saïd Sahnoune, le PDG de Sonatrach, le groupe pétrolier public, a rappelé au début du mois qu’il « n’allait pas interrompre l’activité de forage ». Après une série de déclarations qui n’ont jamais prêté à confusion sur les intentions du gouvernement, fin janvier, le président Bouteflika a insisté : « L’exploration de ces nouvelles ressources nationales s’avère une nécessité pour la sécurité énergétique du pays. »

Faute d’instaurer une relation de confiance avec une population qui lui reproche « de n’avoir rien fait pour sauver la région des retombées des essais nucléaires français » et « de pomper le sous-sol au détriment de l’environnement et du développement » – la plupart des habitants d’In Salah ne sont pas raccordés au gaz de ville -, il ne reste au pouvoir qu’à miser sur le temps pour voir le mouvement s’essouffler. Une stratégie imparable, doublée d’une campagne contre la « manipulation étrangère visant à déstabiliser le pays », à laquelle aucun mouvement, y compris celui des chômeurs, n’a jamais pu résister.

Publicités

Pétition pour la nomination d’un « ambassadeur de choc » en Libye : Bernard-Henri Lévy

Maurice LEMOINE, 24 février 2015

source : Le Grand Soir

Le 17 février 2015, décrivant devant le Conseil de sécurité des Nations unies un pays qui pourrait devenir une menace pour l’Europe comme pour l’Afrique, le ministre libyen des affaires étrangères Mohammed Al-Dairi a appelé « à ne pas rester silencieux face au terrorisme en Libye ». Comme en écho, et évoquant le même pays lors d’une réunion de dirigeants sociaux-libéraux européens tenue à Madrid le 21 février, le Premier ministre français Manuel « 49-3 » Valls a estimé que le « djihadisme terroriste » était aux portes de l’Europe.

De fait, depuis la fin de 2011 et l’élimination de Mouammar Kadhafi au terme de ce que l’OTAN présenta en 2012 « comme un modèle d’intervention », la « Libye libre » a quelque peu sombré dans le chaos. Partition, « somalisation », seigneurs de la guerre, clans mafieux… Livré aux milices, le pays est dirigé par deux Parlements et deux gouvernements rivaux. A la multitudes de groupes sanguinaires aux alliances changeantes – Ansar Al-Charia, Majlis Shura Shabab al-Islam, Fajr Libya (Aube de la Libye), etc. –, regroupés pour certains dans le Conseil consultatif de la jeunesse islamique (MCCI), s’est ajouté depuis peu l’Etat islamique (EI), qui s’est récemment distingué par la décapitation de vingt et un travailleurs – il est vrai égyptiens et coptes de surcroît. C’est également dans cet arsenal à ciel ouvert, qu’Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi) a pu faire son marché, ce qui lui a permis de porter la bonne parole entre autres au Mali. Pays d’où, depuis l’intervention française, le mouvement djihadiste Mujao s’est replié … dans le Sud libyen – tout étant dans tout et vice-versa.

Nul n’a oublié l’éblouissant rôle de la France, de son aviation et de ses forces spéciales dans cette spectaculaire démocratisation de la Libye. En stratège semi-intégral – son expérience militaire se limitant jusque-là à un service national effectué en 1978 à la « Base aérienne 117 Paris », où il appartenait au Groupe rapide d’intervention (GRI), chargé tous les matins, de 6 à 9 heures, du nettoyage des locaux – le président Nicolas Sarkozy a par chance bénéficié en 2011 de l’expérience de son ministre des affaires étrangères par interim, Bernard-Henri Lévy, un familier de la Control Room, l’état-major de la Libye libre. On n’en est malheureusement plus là…

Dans cette nouvelle terre de Jihad, devenue sans qu’on sache trop pourquoi incontrôlable et incontrôlée, toutes les chancelleries occidentales ont fermé leurs ambassades et ont lâchement abandonné le terrain – la France le 30 juillet 2014 ; les Etats-Unis treize jours plus tard, le 27, lorsque leurs quelque soixante-dix diplomates, dont l’ambassadrice Deborah Jones, ont quitté Tripoli par la route, en direction de la frontière tunisienne, escortés par quatre-vingts « marines », sous la protection de 2 F-16 survolant le parcours et de plusieurs Osprey M22 (des avions capables de se poser au sol comme des hélicoptères). Une attitude interprétée comme un signe de faiblesse, et que les djihadistes ont tournée en dérision.

Alors que les combats ne connaissent aucune trêve et que la situation sécuritaire ne cesse de se dégrader, multipliant le nombre des victimes au sein de la « société civile », peut-on se satisfaire d’un tel « OTAN en emporte le vent » ? La réponse est évidemment non. Paris doit donner l’exemple. Paris doit s’honorer en montrant aux Libyens qu’ils ne sont pas abandonnés aux égorgeurs. Et comment incarner mieux cet esprit de résistance qu’en rouvrant l’ambassade de France, en se tenant campés, solidaires, lucides, courageux, déterminés, comme lors de la glorieuse expédition de 2011, au milieu d’eux ?

Un nom s’impose pour une telle mission. Celui du Schwarzenegger de la philosophie : Bernard-Henri Lévy. L’homme est particulièrement doué pour traiter les questions délicates. C’est quelqu’un avec qui il faut compter. Il a le profil nécessaire à une telle fonction : s’il prône le droit d’ingérence, il croit aussi au « devoir de suivi ». Par ailleurs, bien peu bénéficient de son exceptionnelle lucidité. Qu’on se souvienne de cette pensée percutante, publiée le 3 mars 2011, dans son « Bloc-notes » du Point : « Je ne suis pas naïf, évidemment. A Benghazi comme ailleurs, j’ai passé l’âge de l’idéalisme et de l’angélisme. Et je ne vois pas Mustafa Abdeljalil, ancien ministre devenu patron du Conseil national de transition, s’imprégner, d’ici la victoire, des œuvres complètes de Tocqueville. Mais il y a les faits, tout de même ! On sait par exemple que, parmi les onze membres du Conseil dont les noms ont été rendus publics, il n’y a pas un islamiste. On sait que, parmi les vingt autres, tenus pour le moment secrets pour raison de sécurité, figurent des représentants de toutes les régions du pays et que le danger tribal a été – à dessein ? – surestimé. Et je pense enfin que, même si le Conseil n’instaure pas, du jour au lendemain, un parlementarisme churchillien, il injectera dans ce pays cassé, ravagé par la dictature, ruiné par la corruption et le gangstérisme d’Etat, un peu plus de démocratie – et que cet “un peu plus” sera, déjà, une bénédiction. » Le genre d’analyse qui distingue les Clausewitz efficaces des bateleurs de Café du commerce.

Bien sûr, le risque existe. Quatre Américains, dont l’ambassadeur Chris Stevens, ont été tués le 12 septembre 2012 dans une attaque contre leur consulat à Benghazi. Le 23 avril 2013, une voiture piégée a frappé l’ambassade de France, faisant deux blessés – mais à vingt minutes près, elle aurait pu provoquer un carnage – et amenant le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius à inventer une formule particulièrement pertinente pour dénoncer non pas « une action courageuse et sympathique », mais « un attentat lâche et odieux ». Le 17 janvier 2015, des assaillants ont attaqué à l’explosif l’ambassade d’Algérie à Tripoli – trois blessés dont un policier. Jusqu’à la résidence de l’ambassadeur iranien a été visée, le 22 février, par un double attentat qu’a revendiqué la branche libyenne de l’Etat islamique (EI). Mais, enfin, quoi… Si nous cédons maintenant, il faudra céder constamment, Munich nous l’a appris.

Restera, évidemment, à assurer la protection de la légation. On hésitera ici à préconiser l’envoi de militaires, gendarmes ou policiers. Les politiciens héroïques et les philosophes en chemise blanche de campagne leur demandent déjà beaucoup, qui les ont expédiés du Mali à l’Irak en passant par la Centrafrique, le Niger et le Tchad – sans parler du territoire national depuis les attentats du 7 janvier. Ne serait-il pas plus judicieux d’utiliser des groupes « alliés » aguerris, en transférant par exemple de Syrie en Libye, pour défendre notre ambassade, des combattants de Jabhat Al-Nosra qui, d’après Laurent Fabius, « font du bon boulot sur le terrain [1] » ? Après tout, il y aurait peut-être ou sans doute entre les uns et les autres – défenseurs et assaillants – matière à arrangement…

BHL a toujours offert sa poitrine nue aux offenses du totalitarisme. On l’a vu arpenter courageusement, photographes en bandoulière, les lignes arrière de tous les combats de notre temps. On l’imagine mal se contenter d’un morne va-et-vient entre sa villa de Saint-Paul-de-Vence, son palais de Marrakech et la place Maïdan à Kiev quand le fier drapeau tricolore ne flotte plus sur la Libye et que ses habitants, qu’il a héroïquement contribué à « libérer », se retrouvent seuls, piégés, face aux tueurs et aux drapeaux noirs. Sa place est là-bas, debout, au milieu d’eux ! Comme on peut le lire sur un média on ne peut plus objectif, son propre site Internet, « on connaît trop peu sa fidélité à lui-même et aux autres, son entêtement à défendre ce qui lui semble juste et vrai, sa façon de ne jamais “lâcher”, malgré les années, les batailles auxquelles il s’est trouvé mêlé ; cette vertu, aussi, est rare ; c’est de contraire de l’esprit du temps et de sa frivolité ; c’est Bernard-Henri Lévy [2]. »

MAURICE LEMOINE

Pour demander la nomination de Bernard-Henri Lévy au poste d’ambassadeur de France en Libye, envoyer de toute urgence un courrier (courtois et affranchi) à M. Laurent Fabius, Quai d’Orsay, Paris. Pour convaincre (s’il en était besoin) le ministre du bien fondé de votre supplique, mentionner cette citation de BHL lui-même, dans son ouvrageEloge des intellectuels (Paris, 1987) : « Je crois que la présence d’intellectuels dans une cité moderne est une clef de la démocratie. »

[1Le Monde, 14 décembre 2012.

URL de cet article 28078
http://www.legrandsoir.info/petition-pour-la-nomination-d-un-ambassadeur-de-choc-en-libye-bernard-henri-levy.html

Vers une seconde guerre en Libye ? L’Italie prête à intervenir ?

Nacéra BENALI, El Watan, 16 février 2015

Officiellement, l’Italie serait prête à envoyer des soldats en Libye «pour combattre l’avancée des terroristes de l’ISIS». Il s’agirait d’une intervention terrestre, que les responsables italiens voudraient «coordonner avec les alliés européens et les pays voisins de la Libye».

C’est le ministre des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni, qui a affirmé le premier, lors d’un entretien télévisé, que son pays ne pouvait rester passif face à l’avancée des hommes armés de l’ISIS. «L’Italie soutient la médiation de l’ONU, mais si on ne réussit pas, il faudra se poser le problème et, avec l’ONU, faire quelque chose de plus.»

Plus explicite, le chef de la diplomatie italienne a ajouté : «L’Italie est prête, dans le cadre de la légalité internationale, à combattre (…). Nous ne pouvons pas accepter qu’à quelques heures de navigation de nous, il puisse y avoir un terrorisme actif.» L’argument de la «proximité» du terrain belliqueux est faible en soi. Faut-il rappeler que les terroristes armés, en Algérie, étaient actifs pendant dix ans, à quelques kilomètres des côtes italiennes, mais Rome n’avait jamais semblé préoccupée outre mesure. Cette déclaration inattendue a valu à l’Italie une menace directe proférée par l’ISIS qui, sur sa radio de propagande Al Bayan, qui émet à partir de Mossul, a taxé la péninsule de «pays des croisés».

Et c’est la ministre de la Défense, Roberta Pinotti, qui a renchéri, hier, sur les pages du quotidien romain Il Messaggero, en confirmant l’intention de son gouvernement : «L’Italie est prête à guider en Libye une coalition des pays de la région, européens et d’Afrique du Nord, pour arrêter l’avancée du califat qui est parvenu à 350 km de nos côtes. Si en Afghanistan nous avons envoyé jusqu’à 5000 soldats, dans un pays comme la Libye, qui nous concerne de beaucoup plus près et où le risque de détérioration est beaucoup plus important pour l’Italie, notre mission peut être significative et consistante, y compris en effectifs (…). Cela fait des mois que nous en parlons, à présent cette intervention est devenue urgente.»

Un feu vert de Washington ? 

Dans un tweet diffusé hier à midi, Mme Pinotti laissait de nouveau entendre que l’Italie était prête «à faire sa part dans le cadre d’une mission de l’ONU. Pour l’instant, on soutient l’effort diplomatique». Ces déclarations officielles ont jeté le trouble, y compris parmi la classe politique italienne ; les partis de l’opposition ont demandé au ministre des Affaires étrangères de se présenter devant le Parlement pour s’expliquer sur cette question cruciale, ce qu’il fera jeudi prochain Il est vrai que l’Italie craint un déferlement de réfugiés sur ses côtes, surtout qu’elle vient de mettre terme au plan Mare Nostrum par souci d’économie (hier, on signalait 12 embarcations au large de la Libye en voyage vers l’Europe).

Et il est avéré qu’elle a des intérêts économiques très importants en Libye (le groupe énergétique ENI y a consenti de gros investissements) et il lui arrivait de produire, dans cette situation instable, jusqu’à 180 000 barils d’hydrocarbures par jour, une production acheminée vers la Sicile via le gazoduc Green stream).

Mais l’Italie n’a tout de même pas le poids diplomatique d’une puissance européenne qui déciderait, unilatéralement, d’envoyer des milliers de soldats dans un pays en proie au chaos, qui plus est son ancienne colonie. Gouvernée par des hommes politiques ouvertement pro-américains et pro-israéliens, la péninsule ne prendra jamais l’initiative de participer à une guerre terrestre en Libye si elle n’a pas eu au préalable carte blanche de la Maison-Blanche et des pays voisins.

Est-ce pour cela que Gentiloni s’est rendu précipitamment à Alger, il y a deux semaines, alors qu’il n’y avait aucun enjeu diplomatique ou économique en vue ? Que lui ont dit les responsables algériens ? Ont-ils donné leur bénédiction à une intervention armée terrestre délicate, à quelques encablures de la frontière est de l’Algérie ?

Bourbier libyen : Paris veut entraîner l’Algérie

El Watan, 3 janvier 2015

L’option d’une intervention militaire en Libye se précise. Les Français et leurs alliés du Sahel exercent une pression diplomatique pour que l’Algérie, seul pays à refuser catégoriquement l’idée, se résigne à accepter ce qui s’apparente désormais à une «fatalité». Du Niger où il rendait visite, vendredi, aux troupes de son pays, le ministre français de la Défense, Jean-Yves le Drian, a lancé des signaux qui vont dans le sens d’une intervention armée en Libye.

Jean-Yves Le Drian ne le dit pas clairement, mais le journaliste du Parisien, qui l’accompagne dans cette visite, rapporte des propos attribué à «un diplomate» selon lesquels la France «plaide avant tout pour une solution politique. Néanmoins, certains hauts gradés n’excluent pas la possibilité de frappes aériennes coordonnées, pour peu que l’Egypte et l’Algérie donnent leur feu vert». La même source ajoute néanmoins que «Le Caire est d’accord, Alger se montre nettement plus réticent pour le moment».

Auparavant, M. Le Drian, qui s’exprimait devant les soldats français, a affirmé que «ce qui se passe en Libye n’est ni plus ni moins, sur fond de chaos politique et sécuritaire, que la résurgence d’un sanctuaire terroriste dans l’environnement immédiat du continent européen. Ce serait une erreur profonde pour la communauté internationale de rester passive face au développement d’un tel foyer de terrorisme au cœur de la Méditerranée. Il ne faut pas l’accepter».

Les déclarations du ministre français de la Défense ont été relayées avec plus de précisions par Mahamadou Issoufou, le président nigérien, qui clame, en effet, qu’«une issue n’est pas possible sans intervention internationale en Libye (…). Une intervention internationale est indispensable à la réconciliation de tous les Libyens, y compris les Gueddafistes». «Je ne vois pas comment les milices terroristes armées vont créer les conditions de la réconciliation entre les Libyens», a-t-il ajouté.

Le refus catégorique de l’Algérie

Ces déclarations interviennent quelques jours seulement après la réunion, à Nouakchott, du Groupe des Cinq du Sahel (Niger, Mauritanie, le Mali, Tchad et Burkina-Faso) qui avait demandé, à la mi-décembre, une «intervention militaire urgente en Libye». Une position que le président tchadien, Idriss Déby, a tempérée lors de sa récente visite à Alger. A la sortie d’une discussion avec Abdelaziz Bouteflika, il a évoqué l’urgence d’une solution «politique».

L’Algérie, qui n’a pas assisté à la rencontre de Nouakchott, a toujours refusé une solution armée au bourbier libyen. Le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a clairement affiché son opposition à toute intervention militaire en Libye. «Le rôle des institutions internationales consiste à aider et non pas à se substituer (dans les affaires internes des pays souverains). Par conséquent, nous ne pouvons accepter l’intervention militaire étrangère en aucune façon en Libye», a-t-il récemment assuré.

«L’Algérie poursuivra, en dépit de l’adversité, sa mission qui consiste à accompagner les forces vives libyennes ayant marqué leur disponibilité à œuvrer pour une solution politique», a déclaré, pour sa part, Abdelkader Messahel, le ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines. Plusieurs groupes ont déjà affiché leur intention de participer à des discussions de paix à Alger.

Des discussions initiées par les autorités algériennes et appuyées par l’envoyé spécial des Nations unies pour la Libye. Pendant ce temps, le chaos continue de régner en Libye. Attentats et guerre de factions sont le lot quotidien des populations. Le pays n’a ni gouvernement ni Parlement. Et les perspectives d’une solution s’éloignent à mesure que les groupes djihadistes se déploient.

Ali Boukhlef

La France était la principale pourvoyeuse d’armes de l’apartheid

Jean CHATAIN, L’Humanité, 20 décembre 2013

Que cachent les éloges adressés à Nelson Mandela lors de son décès ? Tribune par Jean Chatain, journaliste honoraire, spécialiste de l’Afrique.

Le déluge de louanges et contritions ayant accueilli, dans les médias et les milieux de droite français, le décès de Nelson Mandela relève de ce que l’on pourrait appeler par euphémisme une mémoire plus que courte. Oublié les anciennes diatribes faisant alternativement de l’ANC un pion de Moscou ou de Pékin et présentant ses responsables comme autant de terroristes fanatisés. Oublié de façon générale le refus français de prendre à son compte les mesures d’embargo préconisées par les Nations unies contre le régime de l’apartheid, comme l’attestait le formidable bond en avant des échanges de notre pays avec celui de Pieter Botha, tout particulièrement pour ce qui concerne les livraisons d’armes.

Le rôle de la France pompidolienne puis giscardienne, aux côtés notamment de la RFA et d’Israël, dans l’accession du pays à l’arme nucléaire ne peut être minimisé, mais il est loin d’épuiser à lui seul la question. Dès 1960, année du massacre de Sharpeville (une soixantaine de morts), de Gaulle s’était opposé au texte de condamnation débattu au Conseil de sécurité ; il récidivait en août 1963 en s’abstenant lors du vote de la résolution demandant aux États de « mettre fin immédiatement » aux ventes d’armes à l’Afrique du Sud. Dans toute la période suivante, la Ve République devint d’ailleurs, et de loin, le premier fournisseur du régime d’apartheid en ce domaine (à lire: Quatre Présidents et l’Afrique, 
de Claude Wauthier, Seuil, 1995). Les tueries suivantes de Soweto (1976) furent perpétrées essentiellement avec des armes « made in France ».

On distingue deux phases dans l’évolution de ce très juteux commerce, notait la revue Économie et Politique, l’un des rares titres à s’être alors préoccupé du problème (lire « Les monopoles français en Afrique du Sud », 
de Jacques-Louis Fath, Économie et Politique
 n° 278, septembre 1977) : dans un premier temps, les livraisons d’armes proprement dites ; auxquelles succédèrent, dans les années 1970, des fournitures de catégories de produits industriels et d’apports technologiques connexes au domaine militaire ou dont le caractère stratégique et l’usage militaire ne font aucun doute. Cela en autorisant l’Afrique du Sud à acheter de nombreuses licences de fabrication à des groupes comme Dassault ou Panhard, lui permettant éventuellement de fabriquer ainsi ses propres hélicoptères, missiles et automitrailleuses.

Des engins de mort qui ne servaient pas qu’à la répression interne, mais aussi à de nombreuses opérations contre les pays voisins de la « ligne de front » (Mozambique, Angola, Zambie, Botswana, Zimbabwe), c’est-à-dire ceux abritant des sièges locaux ou des camps de l’ANC et de ses alliés. Un seul exemple parmi beaucoup d’autres possibles: en 1978, les Mirages vendus à l’Afrique du Sud font quelque 600 morts en pilonnant un camp de réfugiés de la Swapo, le mouvement de libération de la Namibie, à Cassinga en Angola. Déjà, en 1968, une brochure publiée par l’ANC (« L’apartheid et la France ») mettait en avant ce jugement catégorique émis par le Financial Mail de Johannesburg : « Tout bien considéré, la France, parmi les grandes puissances, est vue comme la seule amie de l’Afrique du Sud. » La même année, le quotidien pro-gouvernemental Die Vaderland publiait cette lettre d’un lecteur au racisme enthousiaste et reconnaissant : « Lors des revues, le public contemple avec fierté le déploiement de notre armée. Parfois ce sont des chars d’assaut Panhard, construits en Afrique du Sud sous licence, qui ouvrent la marche du défilé. Je ne parlerai pas des autres achats de matériel militaire à la France qui nous permettent de renforcer notre capacité de défense. Cela m’entraînerait trop loin » (Texte reproduit dans l’ouvrage cité de Claude Wauthier. Avec cette conclusion que l’on s’en voudrait de ne pas reproduire : « C’est pourquoi toute l’Afrique du Sud peut crier du fond du cœur : vive de Gaulle ! »).

Communiqué du Parti communiste sud-africain suite au décès de Nelson Mandela

ImageLa nuit dernière des millions de personnes en Afrique du Sud , dont la classe ouvrière, les pauvres, et la population du monde entier, ont perdu un vrai révolutionnaire, le Président Nelson Rolihlahla Mandela, Madiba Tata. Le Parti communiste sud-africain (SACP) se joint à la population d’Afrique du Sud et du monde pour exprimer ses plus sincères condoléances à Mme Graça Machel et toute la famille Mandela sur la perte de ce que le président Zuma a correctement décrit comme le plus grand fils de l’Afrique du Sud, le camarade Mandela. Nous souhaitons également saisir cette occasion pour exprimer notre solidarité avec le Congrès national africain (ANC), une organisation qui l’a produit et qu’il a aussi servi avec distinction, ainsi que tous ses collègues et camarades de notre mouvement de libération.Comme l’a dit Tata Madiba :  » Ce ne sont pas les rois et les généraux qui font l’histoire, mais les masses populaire, les ouvriers, les paysans … « 

La mort de Mandela marque la fin de la vie d’un des plus grands révolutionnaires du 20e siècle, qui s’est battu pour la liberté et contre toutes les formes d’oppression dans son pays et dans le monde. Dans le cadre des masses qui font l’histoire, la contribution de Mandela dans la lutte de courage pour la liberté c’est propagée à l’ensemble des membres et dirigeants de notre mouvement de libération révolutionnaire nationale dirigé par l’ANC. Mandela est un vaillant soldat, courageux, patriote et internationaliste, qui, pour citer Che Guevara, était un vrai révolutionnaire guidé par de grands sentiments d’amour pour son peuple, une caractéristique remarquable des révolutionnaires et de toutes les véritables personnes.

Lors de son arrestation, en août 1962, Nelson Mandela était non seulement membre du Parti communiste sud-africain alors clandestin, mais également membre du Comité central de notre Parti. Pour nous, communistes d’Afrique du Sud, Mandela est toujours le symbole de la contribution du SACP dans notre lutte de libération. La contribution des communistes dans la lutte pour la liberté en Afrique du Sud a très peu d’équivalents dans l’histoire de notre pays. Après sa sortie de prison en 1990, Madiba est devenu un grand ami proche des communistes jusqu’à ses derniers jours.
L’ un des principaux enseignements que nous devons tirer des leçons de Mandela est son engagement pour l’unité de nos formations politiques dans l’Alliance, ainsi que l’unité de l’ensemble du mouvement démocratique de masse. La génération de Mandela a lutté pour construire et consolider l’unité de notre Alliance, et nous devons donc, à la mémoire de Madiba, préserver l’unité de notre Alliance. Pour ceux qui ne comprennent pas cette orientation, il faut se rappeler que beaucoup de sang a été versé et qu’il ne faut pas jeter de la boue sur l’héritage et la mémoire de Madiba pour l’unité de notre Alliance.Le SACP a soutenu Madiba pour la réconciliation nationale. Mais la réconciliation nationale, pour lui, n’a jamais voulu dire la fin de la lutte des classes et la fin d’autres luttes contre les inégalités sociales dans notre société, comme certains voudraient nous le faire croire aujourd’hui. Pour Madiba, la réconciliation nationale était une plate-forme pour poursuivre l’objectif de la construction d’une société sud-africaine plus égalitaire, éloignée du fléau du racisme, du patriarcat et des inégalités flagrantes. Une véritable réconciliation nationale ne peut se faire dans une société encore caractérisée par le trou béant des inégalités et de l’exploitation capitaliste.

En l’honneur de ce vaillant combattant, le SACP va intensifier la lutte contre toutes les formes d’inégalités, y compris intensifier la lutte pour le socialisme comme la seule solution politique et économique aux problèmes de l’humanité.

Pour le SACP, la disparition de Madiba doit donner à tous les Sud-Africains l’espoir d’une Afrique du Sud démocratique, et qui toujours d’une manière ou d’un autre, même à l’époque de la domination blanche, doit se réconcilier avec une Afrique du Sud démocratique fondée sur le principe de la règle de la majorité.

Nous appelons tous les Sud-Africains à imiter son exemple d’abnégation, de sacrifice, d’engagement et de service envers son peuple.

Le SACP dit Hamba Kahle Mkhonto !

Défense : ce que vont coûter les interventions extérieures de la France en 2013

Michel Cabirol, La Tribune, 2 décembre 2013

1,25 milliard d’euros, ce sont les surcoûts des opérations extérieures (Mali, Afghanistan…) qui vont peser sur le budget en 2013

C’est un record depuis dix ans. Même au plus fort des opérations en Afghanistan en 2011 (1,24 milliard d’euros), la France n’avait jamais autant dépensé pour les opérations extérieures (OPEX) décidées par les autorités politiques : 1,25 milliard d’euros (contre 817 millions en 2012), selon le rapport sur les crédits du budget de l’Etat ouverts par décret d’avance de la Cour des Comptes, qui a critiqué la budgétisation des OPEX.

Des chiffres communiqués à la Cour par la direction des affaires financières du ministère de la Défense

Un montant qui se situe bien au dessus de la moyenne des dix dernières années, dont les surcoûts s’élèvent autour de 800 millions d’euros. Et encore, les sages de la rue Cambon s’inquiétaient lors de la rédaction du rapport d’une possible intervention en Centrafrique. « La situation en Centrafrique soulève des interrogations », écrivent-ils. Ils avaient bien raison. Car la France, qui dispose déjà d’un contingent de 410 hommes sur place, va renforcer son dispositif à Bangui en augmentant d’au moins un millier de militaires. Ce qui va alourdir d’autant la facture pour 2013.

650 millions pour le Mali

Les surcoûts de l’opération Serval au Mali sont estimés à 647 millions d’euros pour 2013. Cette opération « devrait se poursuivre dans un format supérieur à celui prévu initialement », explique la Cour des Comptes. Elle constate que le retrait d’Afghanistan continue à se traduire par des coûts élevés (259 millions d’euros en 2013). De ce fait, les montants budgétés dans le projet de loi de finances 2014 « pourraient être dépassés », estime la Cour des Comptes. Le ministère de la Défense a provisionné 450 millions d’euros l’année prochaine (contre 630 millions ces trois dernières années). Il est à prévoir que fin 2014 un décret d’avance ouvrira à nouveau des crédits pour financer les OPEX de 2014. Ce qui donnera encore une belle empoignade entre Bercy et l’hôtel de Brienne.