LA CONTRE-OFFENSIVE BOLIVARIENNE ET LA COURSE CONTRE LA MONTRE DE LA DROITE AU VENEZUELA

Venezuela Infos

28 mai 2016

https://venezuelainfos.wordpress.com/2016/05/28/la-contre-offensive-bolivarienne-et-la-course-contre-la-montre-de-la-droite-au-venezuela/


par Franco Vielma

Une vue d’ensemble d’abord : pour les droites vénézuélienne et transnationale, la stabilité politique est un vrai problème car elle permet au gouvernement élu (Maduro) de travailler et d’approfondir cette étape de la révolution. D’où la nécessité d’accélérer l’offensive de la pénurie économique, la confrontation politique, la construction du récit de “l’explosion sociale”, la confrontation des pouvoirs institués, la violation des normes du Centre National Électoral pour que celui renonce aux délais légaux et organise de manière très rapide le référendum révocatoire, la propagation de la campagne internationale sur une “crise humanitaire” et les appels à une intervention extérieure.

Sur le plan économique, la contre-offensive du camp bolivarien amène des nouveautés qui, même si elles ne sont pas dûment visibilisées (par l’ensemble de la classe politique) préparent une nouvelle donne à moyen terme.

C’est dans l’économique que se trouve le noyau du malaise, au bout de trois ans d’une guerre économique dure aggravée par la chute mondiale des cours du pétrole. C’est donc en 2016 que les acteurs du putschisme espèrent enfin mener à bien leur coup d’État sur la base politique du mécontentement et de la fatigue.

De nouvelles perspectives d’amélioration de la situation économique apparaissent cependant, qui trouvent leur origine principale dans les actions du gouvernement Maduro. La droite comprend le risque de voir ces actions produire leurs effets. Voyons:

  1. Le prix du pétrole: après les mois catastrophiques de février et de mars 2016, les cours du pétrole connaissent une remontée qui pourrait atteindre un niveau d’équilibre autour des 50 dollars par baril suivant les indicateurs Brent et WTI.

Bien que ce prix reste très bas, il marque une rupture avec le niveau de 10 ou 20 dollars auquel aurait pu stagner le baril cette année, ce qui aurait mis en faillite toute l’économie des hydrocarbures. Même dans les conditions instables du marché, c’est une bonne nouvelle pour le Venezuela.

Si ce niveau se maintient, l’impact de ce prix encore modeste se fera sentir au cours du second semestre lors de l’entrée des revenus générés par ce nouveau prix.

  1. La gestion de la dette en devises: Le président Maduro a expliqué que dans les 20 derniers mois le Venezuela a honoré ses paiements de dette, pour plus de 35 mille millions de dollars. Malgré ce respect strict des engagements, les agences de notation internationales continuent à élever de manière démesurée le “risque pays”, provoquant et générant de fait un blocus financier. Cependant le ministre Miguel Pérez Abad a déclaré à Reuters que le Venezuela a convenu de meilleures conditions de paiement et a signé de nouveaux contrats financiers avec la Chine.

Le Ministère des relations Extérieures chinois a annoncé le mardi passé qu’il est parvenu à un accord avec le Venezuela pour renforcer sa coopération financière. Sur cette alliance avec la Chine, Abad a précisé qu’elle est adaptée « aux nouvelles conditions, ce qui va insuffler au pays un oxygène très important pour avancer ». Le réaménagement de la dette n’est pas une situation totalement nouvelle : quand il était à la tête de la Banque Centrale du Venezuela Nelson Merentes avait déjà évoqué la possibilité de mettre en place des swaps en or ou tout autre instrument. C’est le cas avec les titulaires de bons émis par la compagnie pétrolière publique PDVSA. La recherche de nouvelles sources pour le paiement des engagements allègera la pression sur les liquidités très affaiblies cette année.

  1. Certification et monétisation des réserves de l’Arc Minier: dans quelques mois seront rendues publics les résultats de l’évaluation des réserves de l’Arc Minier. Une fois certifiées, ces réserves pourront être monétisées, avec pour résultat immédiat l’attraction de nouvelles devises à travers les investissements étrangers.

Mais la Nation peut aussi mettre en œuvre l’émission de bons payables à terme en or (ou en autres minéraux), ce qui implique une entrée rapide de devises qui peuvent contribuer en grande partie à atténuer la chute des revenus en dollars suite à la chute du pétrole. Pour notre économie hautement dépendante d’importations de biens et de matières premières, la mise en route rapide de ces sources alternatives est une bonne nouvelle.

  1. Investissements focalisés sur des leviers de la production nationale: Un des aspects favorables de la conjoncture est la conjugaison d’une politique pertinente et cohérente de substitution des importations et de la diversification des exportations, en partant de la capacité installée dans le pays. L’investissement « par acuponcture financière » vise à recapitaliser des secteurs comme l’alimentation et la santé, ce qui limite la pression sur les devises pour les importations (une variable de l’extraction de devises, de la spéculation et de la fraude dans le cadre de la guerre économique) et favorise la rotation de produits nationaux.

L’effort en faveur de la production nationale transversalise l’économie. L’usage des ressources financières se met en place de manière planifiée, de manière pragmatique, sur la base d’une méthodologie plus efficace, avec des accords directs entre l’État et certains acteurs économiques à toutes les échelles, des grandes entreprises privées jusqu’aux entreprises d’État ainsi que des entreprises du tissu communal.

On construit une administration de ressources sur la base de résultats. Le rôle de l’État étant de superviser et d’inspecter rigoureusement les secteurs concernés pour qu’ils remplissent les objectifs prévus de productivité. En plus de préserver des devises, la production nationale fait du bien en profondeur sur l’approvisionnement du marché avec beaucoup d’autres articles.

  1. Contention de la tempête du dollar parallèle: Une partie des accords passés au sein du Conseil de l’Économie Productive est le rejet par certains acteurs économiques (pas les importateurs) de matières premières qui se basent sur le taux du DolarToday, ce qui limite la tendance à  la hausse, clairement spéculative, que ce taux a généré. Bien qu’il reste un marqueur important de la spéculation et des prix commerciaux et qu’il continue à affecter le pouvoir d’achat des vénézuéliens, le DolarToday stagne à 1000 bolivars pour un dollar et perd de sa force après avoir occasionné des dommages brutaux aux acteurs économiques.
  2. Avec l’arrivée des pluies, viendront les grandes récoltes: La complexité de la conjoncture vénézuélienne provient également de deux années de grande sécheresse et de faibles pluies. Son impact le plus médiatisé sont les coupures d’électricité et les réductions d’horaire dans l’administration publique en vue d’économiser l’énergie générée par des barrages victime du faible étiage. Cette mesure sera levée dans quelques semaines et les pluies sont d’une énorme importance dans la production d’aliments stratégiques sur le plan national.

De nombreux produits au Venezuela sont soumis aux conditions d’irrigation, des céréales telles que le riz et le maïs dépendent des cycles hydriques et les grandes récoltes dépendent des pluies. Les pluies de cette annéeauront donc un impact positif sur ces productions dont la circulation se fera sentir dans la seconde moitié de l’année.

  1. Nouveau système de prix: c’est un thème polémique et sujet à de longs débats. Il y a beaucoup de facteurs en jeu. Pour commencer admettons que l’actuelle conjoncture économique vénézuélienne met fin à une période de plus de dix ans de prix artificiellement bas maintenus grâce aux différentes subventions directes et indirectes de l’État. Beaucoup de produits sujets à de fortes baisses d’inventaire sont dérivés de matières premières importées au dollar préférentiel. Ce qui explique les prix de produits comme le fameux Pantène à 37 bolivars, ou le dentifrice Colgate à 40 Bolivars, ou le paquet de couches-culottes Huggies à 100 bolivars.

Pendant des années nous avons été nombreux à ne pas reconnaitre l’effort de l’État pour protéger la population avec ces subventions. La situation a changé. Nous ne disposons pas d’une réserve énorme de devises pour effectuer des achats massifs de matières premières et pour produire à grande échelle ces produits à des prix artificiellement bas, ce qui en a fait la proie d’aspects sanglants de la guerre économique tels que la contrebande, le méga-accaparement, le méga-détournement et la méga-revente liés à l’induction de la micro-revente, des files d’attente et des asymétries dans la distribution.

La « mise à niveau » réaliste des prix de nombreux produits (précisément ceux qui subissent le plus de pénurie organisée) implique que les nouveaux prix stimulent la production et la circulation de nombreux produits. Certains resteront subventionnés, leur prix sera plus élevé qu’avant, mais ils se verront favorisés dans leur circulation. Pérez Abad a dit que « le  second semestre de 2016 sera meilleur que le premier, tant en ce qui concerne les niveaux d’approvisionnement que de perception économique ».

  1. Le nouveau modèle d’approvisionnement populaire: pour les acteurs de terrain du sabotage économique, la transformation de la nature du modèle de distribution est plus qu’une menace. Le renforcement des Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP) dans les secteurs populaires, à travers les conseils communaux, l’introduction de plus de produits et la régularisation de nouvelles formes de distribution vont s’accélérer et s’approfondir dans les prochains mois. Chaque semaine des milliers de tonnes supplémentaires de produits sont distribuées par les CLAP à seulement trois mois de leur naissance. Cette modalité a l’avantage de protéger la population face aux asymétries et aux irrégularités de la distribution, et limite la spéculation qui affecte des produits essentiels.

Dans la lutte contre trois ans de guerre économique, les CLAP ne sont pas la solution définitive et totale mais constituent un facteur d’un poids énormecomme réponse au chaos. Leur importance vient de qu’ils ont un impact au-delà de leur objectif économique. Ils relancent l’économie solidaire au service des gens, revitalise le tissu politique chaviste, surmonte la logique de l’économie cannibale de guerre, impose la gouvernance d’État en faveur de mécanismes participatifs pour la distribution et confère au peuple un rôle vital dans la contre-offensive.

Source: http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/acelerar-el-conflicto-y-propiciar-el-golpe-antes-que-la-economia-mejore

Traduction: Thierry Deronne

URL de cet article: http://wp.me/p2ahp2-2cd

Après le vote des communistes, la primaire sans majorité, le débat s’impose !

Déclaration des initiateurs du texte « Unir les communistes »

Les résultats du vote des communistes pour choisir le texte qui sera la base commune de discussion sont maintenant connus.

Le résultat indique un nouvel affaiblissement de l’organisation communiste, avec une perte de 11.317 cotisants et 4.535 votants depuis le 36ème congrès. Le délitement du lien entre le parti et ses adhérents est donc confirmé, d’autant que les chiffres doivent être mis en lien avec le nombre total d’adhérents qui n’a pas été indiqué pour cette consultation. C’est la première question sur laquelle notre congrès devra travailler.

Dans ce contexte, notre texte « Unir les communistes » obtient 3.755 voix, soient 12,9 % des suffrages exprimés. Nous progressons de 61 voix et de près de 2 %. Les tentatives de division n’y ont rien changé, nous nous affirmons comme la première base d’opposition à l’effacement du PCF, force d’action et de proposition pour l’avenir du parti communiste. Le combat contre la liquidation du PCF a besoin d’unité et nous porterons la voix de tous ceux qui s’y opposent sans exclusive. Nous appelons au rassemblement de tous ceux qui veulent faire vivre et renforcer le PCF.

Notre texte arrive en tête dans le Pas-De-Calais, le Nord et les Ardennes, confirme son ancrage dans les départements où nous sommes traditionnellement présents, Rhône, Hérault, Bouche-du-Rhône, Gironde, Var, élargit son audience dans de nouveaux départements, Alpes-Maritime, Ain, Ardèche, Bas-Rhin, Savoie, Saône et Loire, Dordogne, Haute-Garonne… C’est un bon résultat obtenu par l’engagement courageux de nombreux camarades malgré l’affaiblissement du parti.

Le texte proposé par le Conseil National n’a pas convaincu les communistes. Il ne recueille que 14.942 voix (51,2 %) soit une perte de 9.655 voix par rapport à 2012 (-22% des exprimés). Il est minoritaire dans 34 fédérations. C’est un résultat historiquement bas pour un texte proposé par la direction, qui traduit une grande perte de confiance. Même en cumulant les voix des deux textes de la direction (« Ambition communiste » et « France en commun »), le résultat est en dessous de 2012 avec 2.745 voix perdues (-11% de voix), aggravé hors région parisienne où la direction est moins présente avec 2.769 voix perdues (-14% de voix).

Trois questions importantes ont porté ce refus des communistes de légitimer le texte de la direction : le refus des primaires avec le parti socialiste, la nécessité d’un débat ouvert sur les conditions du refus du diktat européen après l’expérience grecque, la crédibilité et le contenu de notre projet de rupture avec le capitalisme.

Avec les conférences de section et départementales, une nouvelle étape du Congrès s’ouvre. Nous attendons du Conseil National qu’il tire les enseignements de ce vote, c’est pourquoi nous demandons qu’il se réunisse sans plus tarder.

La primaire et le soutien obligé à un candidat issu du PS sont de fait caduques, faute de majorité affirmée. Pour autant, la ligne de fuite en avant dans le Front de Gauche aboutissant à soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon n’a pas fait recette. Le vote sur les textes envoie un message fort, celui de la nécessité de réexaminer complètement la question de l’élection présidentielle dans toutes ses composantes : stratégie, candidats, programme. Une consultation des communistes sur la stratégie aux élections présidentielles devient une nécessité.

La faiblesse du résultat du texte proposé par le Conseil National, la dispersion des suffrages et la multiplicité des textes, la persistance depuis maintenant près de 20 ans de la contestation de la ligne d’abandon initiée au congrès de Martigues et jamais remise en cause depuis… tout cela oblige au débat stratégique que nous avons demandé au travers du texte 3.

Nous souhaitons que ce débat s’ouvre dans la fraternité et sans tabou et le Conseil National doit prendre des décisions précises et concrètes dans ce sens. Nous le disons fermement : il faut apprendre à écouter tous les communistes pour construire l’avenir du PCF avec eux. C’est incontournable pour éviter au PCF de s’enfermer dans une impasse mortifère, ouvrir une alternative à notre peuple face au capitalisme, reconstruire l’unité des communistes. Tout passage en force est voué à l’échec et au désaveu de la direction, nous prendrons toute notre place pour que les communistes aient le débat qu’exige leur vote, comme la situation politique et sociale.

Caroline Andreani (93), Paul Barbazange (38), Jean Baus (54), Luc Bazin (26), Floriane Benoit (38), Michelle Bardot (67), Pascal Brula (69), Robert Brun (26), Marie-Christine Burricand (69), Michel Dechamps (04), Herve Fuyet (92), Clara Gimenez (34), Guy Jacquin (01), Jean Jacques Karman (93), Armand Lecoq (34), Jean Pierre Meyer (83), Pierre Alain Millet (69), Sandrine Minerva (34), Hervé Poly (62), Gilbert Remond (69), Eric Ruiz (27), Laurent Santoire (93), Bernard Trannoy (33), Danielle Trannoy (33), Serge Truscello,…

Grèce : « Il y a une rage sourde qui nous ronge tous »

Adéa GUILLOT, Le Monde, 8 mai 2016

Ils ont l’air un peu étonnés mais vraiment pas effrayés, ces touristes venus, dimanche 8 mai dans la matinée, assister à la fameuse relève de la garde devant le Parlement grec, place Syntagma, au cœur d’Athènes. « Je suis même heureuse de voir un peuple en plein exercice de ses droits démocratiques, en quête de sa liberté », explique, enthousiaste, Linda Gist, une Américaine originaire de Washington. « Hier soir devant notre hôtel, il y avait un gros rassemblement et j’ai pris une photo que j’ai postée sur Facebook avec en légende : “Power to the people !” »

A-t-elle compris pourquoi ces milliers de Grecs manifestent ? « Il y a une crise économique, c’est ça, non ? » Oui, dans le fond, c’est bien cela qui pousse depuis déjà six longues années les Grecs à descendre dans la rue. Ce déclassement brutal, cette vie bouleversée qui a fait chuter leur pouvoir d’achat de près de 35 % depuis 2009 ou a fait exploser le chômage à 24 % de la population active. Mais pourtant, aujourd’hui, le cortège est clairsemé. Les syndicats célèbrent le 1er Mai – qui n’avait pas été fêté dimanche dernier en Grèce en raison des fêtes orthodoxes de Pâques – et entendent bien se remobiliser dimanche soir au moment du vote au Parlement de deux lois très contestées, les réformes du système des retraites et du régime fiscal.

« C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de monde, car il y a une lassitude, même un épuisement des gens, et puis nous sommes à la fin des vacances de Pâques, il manque par exemple tous les profs encore absents de la ville, reconnaît Georges Papamarkou, du syndicat de la compagnie nationale de téléphone OTE. Mais ne pensez pas pour autant qu’ils sont d’accord avec ce qui se passe, la colère gronde de nouveau dans le pays. »

La grève de quarante-huit heures à laquelle ont appelé, jeudi soir, les principaux syndicats du privé et du public a d’ailleurs été plutôt bien suivie. Les liaisons maritimes entre le continent et les îles vont mêmes rester interrompues jusqu’à mardi matin, soit quatre jours de paralysie. C’est assez rare dans un pays si dépendant de son tourisme îlien.

« Ils se plient à tout, alors nous reprenons la rue »

De 2010 à 2013, Athènes a vécu au rythme des grosses manifestations contre la mise en œuvre des mémorandums, ces accords-cadres introduisant dans le droit grec les réformes exigées par les créanciers du pays en échange de milliards d’euros de prêts – 210 milliards jusqu’à 2014 et 86 milliards supplémentaires d’ici à la fin de 2018. Avec l’arrivée du gouvernement d’Alexis Tsipras, issu de la gauche radicale Syriza, en janvier 2015, les mouvements sociaux se sont tassés.

« Il y a eu une grande vague d’espoir, se rappelle Ekaterina, 62 ans, retraitée du secteur privé et qui a voté Syriza en 2015. Nous avons cru qu’ils arriveraient à mettre fin à l’austérité. Nous les avons vus se battre contre un establishment européen qui ne voulait rien entendre. Nous les avons vus plier. Nous leur avons renouvelé notre confiance lors des élections de septembre 2015, mais là ils vont trop loin. Ils se plient à tout, alors nous reprenons la rue. »

Les copines d’Ekaterina, toutes syndiquées, l’affirment : dans leurs boulots respectifs, la frustration monte. « J’entends de plus en plus de collègues en arriver à me dire que l’on devrait tout foutre en l’air, accepter de quitter l’euro, comme en rêvent certains pays du Nord, et advienne que pourra », raconte Sofia, employée d’un grand magasin. « Jusqu’ici ces mêmes collègues soutenaient Tsipras car nous pensions tous qu’il fallait avant tout rester dans l’euro et l’Europe, mais à quoi ressemble cette Europe ? C’est une question que l’on doit se poser désormais. Cela va bien plus loin que la Grèce. Regardez ce qui se passe avec les migrants ! », conclut Sofia. Dans le défilé, d’ailleurs, on voit beaucoup de bannières de soutien aux migrants, dont plusieurs sont mêmes venus, suivant l’initiative des mouvements contre le racisme, demander plus de solidarité européenne.

Les discussions tournent beaucoup autour de cette Europe monolithique imposant une politique d’austérité dont tous les grands économistes disent aujourd’hui qu’elle est contre-productive. « Même le Fonds monétaire international a reconnu vendredi que plus d’austérité n’était pas possible en Grèce et qu’il fallait restructurer la dette ! », souligne Manos Panayiotopoulos, communiste de père en fils venu fêter ce 1er-Mai de rattrapage un œillet rouge à la boutonnière.

Dans les rues environnantes, où cafés, restaurants et même certains magasins ont choisi de rester ouverts en ces jours de grève, on parle aussi politique. Mais pas question pour Spyros et sa parea (« groupe d’amis ») de rejoindre les manifestants. « A quoi cela sert-il ? Les lois qui vont être adoptées ce soir respectent seulement le mémorandum que le gouvernement a signé l’été dernier, précise-t-il. C’est hypocrite de se mobiliser contre quelque chose que l’on a déjà accepté. Après tout, si les gens ne voulaient pas de Tsipras, ils n’avaient qu’à pas revoter pour lui lors des élections de septembre dernier. »

A-t-il voté Syriza ? « Non. Je n’ai jamais cru qu’ils pouvaient nous sortir de la crise », répond le jeune homme, ingénieur informatique au chômage. D’ailleurs, dans sa parea on vote plutôt à droite. « Mais même là on ne sait plus très bien quoi penser, car le nouveau leader du parti Nouvelle Démocratie (ND), Kiriakos Mitsotakis, est un fils de, issu de ce vieil establishment dont on ne veut plus nous non plus », affirme un copain de Spyros.

« Voilà où mènent six ans de crise »

Tous redoutent un échec des négociations engagées depuis plus de trois mois avec les créanciers du pays pour conclure la mission d’audit de l’avancée des mesures en Grèce. « S’ils ne trouvent pas un accord, lors de la réunion de l’Eurogroupe de lundi, alors quoi ? On repart pour des élections ? de nouveau une période de paralysie économique ? avec Tsipras d’un côté et Mitsotakis de l’autre ? Moi j’irai me baigner, ce jour-là ! », plaisante Spyros, mi-figue mi-raisin.

Le propriétaire du café à la terrasse duquel Spyros et sa parea sirotent leurs cafés frappés est encore plus sévère. « Faire grève, ça ne sert à rien à part perdre de l’argent », assène-t-il.

« La mobilisation sociale est morte. La souveraineté nationale de notre gouvernement est enterrée depuis que nous avons accepté que nos créanciers décident pour nous de nos lois. Autant en finir tout de suite et accepter que nous ne sommes qu’un petit pays sous protectorat européen et profiter de ce que cela peut nous apporter. Nous avons avant tout besoin de stabilité politique et économique pour rebondir. »

Une opinion tranchée qui choque certains clients du café, et assez vite le ton monte. « Vous voyez, commente alors discrètement et avec une infinie tristesse le vieux Théodore, retraité de la fonction publique. Voilà où en est notre société. Voilà où mènent six ans de crise. Une étincelle et ça explose. Il y a une rage sourde qui nous ronge tous. Et ça, c’est ce que j’ai le plus de mal à pardonner à nos gouvernants : d’avoir fait de nous des êtres fébriles et inquiets. » Un jour de manifestation au goût amer en Grèce.

PCF : l’orientation de Pierre Laurent est fortement contestée

Michel SOUDAIS, Politis

7 mai 2016

http://www.politis.fr/articles/2016/05/pcf-lorientation-de-pierre-laurent-est-fortement-contestee-34680/


Le texte présenté par la direction communiste en vue du 37e congrès était le seul à se prononcer pour une primaire avec le PS. Il n’obtient que 51,2 % dans un scrutin qui révèle une forte chute des effectifs.

Les communistes votaient du 2 au 5 mai sur le texte qui servira de base de discussion à leur 37e congrès qui se tiendra du 2 au 5 juin à Aubervilliers. Les résultats traduisent une forte contestation de la ligne impulsée par Pierre Laurent depuis quelques mois, si ce n’est depuis les municipales. Le texte initié par le secrétaire national du PCF, mais présenté comme « proposé par le Conseil national » car adopté par près de 80 % de ses membres, n’obtient que 14.910 voix (51,2 %) des 29.183 suffrages exprimés. Dans la fédération de Paris, dont M. Laurent est sénateur, il échoue à rassembler la majorité des suffrages avec 49,62 %.

A titre de comparaison, rappelle l’historien Roger Martelli, lors des deux précédents congrès, « le texte du Conseil national avait obtenu 63,5 % en 2008 et 73 % en 2013 ». La direction sortante obtient la majorité absolue dans 58 départements et elle est minoritaire absolument dans 34. C’est le cas dans cinq des onze fédérations ayant encore plus de 1.000 cotisants (Nord, Pas-de-Calais, Paris, Seine-Maritime, Rhône), la direction restant majoritaire dans les Bouches-du-Rhône, le Val-de-Marne, la Seine-Saint-Denis, les Hauts-de-Seine, la Haute-Garonne et la Gironde (voir lesrésultats détaillés) .

L’avertissement est donc sérieux. Or un point commun rassemble les quatre textes alternatifs présentés concurremment : le refus du processus de « primaire à gauche » dont la direction du PCF a fait son axe stratégique pour 2017. C’est donc bien sur ce point que le secrétaire national et la direction du PCF sont mis en difficulté.

Les vire-voltes de Pierre Laurent

Dans les semaines précédant ce scrutin interne, Pierre Laurent n’a pourtant pas ménagé ses efforts pour défendre sa ligne. Dans une « adresse aux communistes » publiée le 30 mars dans Communistes, le supplément interne du PCF encarté dans l’Humanité chaque mercredi, il affirmait :

Les appels à la primaires à gauche ont rouvert le débat, en contestant à Hollande le statut de « candidat naturel ». C’est pourquoi nous n’avons pas fermé cette porte. C’est pour éliminer Hollande que nous proposons de construire une primaire résolument citoyenne, bâtie sur un socle d’abord discuté au grand jour dans tout le pays. Est-ce possible ? Je le crois, mais j’entends le scepticisme. Débattons-en sans caricatures inutiles.

Dans ce texte, le numéro un communiste cherchait à rassurer les adhérents communistes et déjà infléchir le texte adopté en conseil national le 7 mars en assurant qu’il « devra être enrichi et amélioré ». Car dès le 11 janvier, lors de la présentation de ses vœux, Pierre Laurent s’était rallié à l’idée d’une primaire de toute la gauche réclamé le matin même par Thomas Piketty, Daniel Cohn-Bendit, Michel Wieviorka, Dominique Méda et une cinquantaine de personnalités dans un appel publié par Libération. S’il estimait alors que le programme de François Hollande ne pourrait pas être « celui d’un candidat de gauche », M. Laurent, invité dans l’émission Agora de France inter le 21 février, avait laissé entendre qu’une participation du chef de l’Etat ne lui posait « aucun problème » ayant « confiance dans le choix que feront les citoyens de gauche ».

Dans son « adresse aux communistes », le 30 mars, le secrétaire national du PCF rectifiait le tir :

J’entends dire parfois que nous souhaiterions « une primaire de toute la gauche de Macron à Mélenchon », voire que nous serions déjà presque prêts à nous rallier, devant le danger de la droite ou pour sauver quelques sièges de députés, à « mener campagne derrière Hollande », écrivait-il. Écartons ces caricatures, qui n’ont rien à voir avec nos objectifs, pour parler des problèmes que nous devons résoudre.

Par la suite, après une nouvelle réunion du conseil national le 15 avril, qui devait prendre acte du dépôt de quatre textes alternatifs, le numéro un communiste a très explicitement fait part du refus des communistes de participer à une primaire dont le vainqueur pourrait être le président de la République. Tout en affirmant à plusieurs reprises que « le périmètre des forces à rassembler, c’est toutes celles qui s’opposent à la loi El Khomri ».

Un périmètre trop large pour beaucoup de communistes. Ces derniers notent que nombre de parlementaires socialistes en opposition à la loi Travail ont approuvé le traité budgétaire européen sans renégociation, voté la traduction législative de l’ANI, le CICE, la loi réformant les retraites, ou le pacte de responsabilité, les budgets d’austérité et les réformes territoriales, quand ils n’ont pas tout récemment (le 5 avril) approuvé la loi modifiant les règles de la présidentielle et dénoncée par le PCF comme « un nouveau coup porté au pluralisme » au profit du PS, de LR et dans une moindre mesure du FN. Le « périmètre » anti-loi travail, somme toute conjoncturel, ne peut déboucher à leurs yeux que sur un programme sans grande prétention transformatrice, loin des ambitions transformatrices que portaient le Front de gauche ou qu’un parti communiste devrait défendre.

Le pôle identitaire se maintient dans la division

Ce refus d’une primaire s’est porté inégalement sur quatre textes. Trois d’entre eux, comme lors des précédents congrès, défendaient une position identitaire. Leurs signataires reprochent depuis plus d’une décennie maintenant à la direction du PCF de « ne pas valoriser suffisamment l’identité communiste et pour diluer l’organisation dans des rassemblements qu’ils jugent insuffisamment révolutionnaires, que ce soit avec le PS ou sans lui », rappelait Roger Martelli sur le site de Regards. A eux trois, ils totalisent 25,13 %, contre 26,85 % en 2013 lors du 36e congrès où ils étaient déjà divisés.

Le premier impulsé par La Riposte et Greg Oxley, intitulé « Pour une politique communiste » a recueilli 1.575 voix (5,40 %).

Le second, émanant du groupe Faire vivre le PCF, était signé notamment par le secrétaire fédéral du Pas-de-Calais, Hervé Poly, la maire de Venissieux, Michèle Picard, et Jean-Jacques Karman ; intitulé « Unir les communistes. Le défi renouvelé du Parti communiste! », il a recueilli 3.755 voix (12,87 %).

Le troisième porté par des sections très orthodoxes fédérées par Emmanuel Dang Tran (4,07 % en 2011 lors du vote de désignation du candidat à la présidentielle) était intitulé « Reconstruisons un parti de classe » et donnait la « priorité au rassemblement dans les luttes » ; il a obtenu 2.001 voix (6,86 %).

La dénonciation d’un complet changement de stratégie

La surprise est venue d’un quatrième texte intitulé « L’Ambition communiste pour un Front de gauche populaire et citoyen » qui a rassemblé 6.910 voix (23,68 %). Initié par des militants attachés au Front de gauche, qu’ils souhaitent transformer en le « décartelisant », et nettement hostiles à un rassemblement à nouveau centré sur les socialistes, ce texte était porté par de jeunes intellectuels et chercheurs (Yann Le Lann, Frédérick Genevée), mais aussi des élus chevronnés (Patrice Leclerc, maire de Gennevilliers, Brigitte Gonthier-Maurin, sénatrice des Hauts-de-Seine) ou non (Fanny Gaillanne, Hugo Touzet, Franck Mouly), d’anciens élus (Roland Muzeau, Muguette Jacquaint, Nicole Borvo) et des figures historiques du Parti (Michel Duffour, Roland Leroy, Patrice Cohen-Seat, Claude Mazauric). Les signataires de ce texte ne cachent pas leur « inquiétude » face à l’« orientation stratégique pour 2017 » développée par le texte de la direction :

Dans les faits, nous constatons que la proposition d’une primaire à gauche (…) nous amène en réalité à la recherche d’une candidature de consensus avec un Parti socialiste discrédité, reproduisant au final le schéma ancien de la gauche plurielle. Ce complet changement de stratégie nous ramènerait des années en arrière à un effacement de nos positions derrière une candidature au mieux social-démocrate, et probablement bien pire au vu de la configuration actuelle des forces.

Contrairement à la direction du PCF qui semble penser que les orientations d’Hollande et Valls heurtent la majorité des socialistes, leur texte affirme la politique du gouvernement n’a rien de « conjoncturelle » mais résulte « d’un processus qui dure depuis les années 1980 et a conduit le Parti socialiste à s’aligner progressivement sur l’évolution libérale de la social-démocratie européenne ». Ils rappellent que depuis plus de trente ans le PS a connu un « mouvement parfaitement assumé vers un social-libéralisme de plus en plus droitier et de moins en moins social » et que c’est sur cette orientation « combattue avec acharnement » par le PCF que François Hollande l’a emporté en 2011-2012 « avec le soutien final de tous les courants de son parti ».

Si le texte « L’Ambition communiste… » aborde toutes les questions mises en débat au congrès, le refus d’une primaire avec le PS est unanimement partagé par les quelques 104 communistes dont les « paroles » étaient reproduites sur le site de ce texte alternatif à la fin de la semaine dernière. Extraits :

  • « La stratégie de la primaire va nous conduire définitivement dans le mur. »
  • « L’invisibilité qui frappe le Front de gauche a été pour les municipales notre alliance dès le premier tour avec les socialistes dans les métropoles et autres grandes villes, ce qui a fait éclater le Front de gauche, et par là même, fait le jeux du FN. »
  • « Il faut rompre avec le PS qui est devenu un parti de droite. »
  • « Le texte « officiel » nous marginalise et nous laisse abattus. »
  • « Nous ne pouvons pas faire dépendre notre stratégie d’évolutions supposées du Parti socialiste, ce panier à crabes ami du capital !!!! »
  • « Le PCF au lieu de s’embourber dans les « primaires à gauche », qui est un processus contre nature que tous les congrès ont condamné (…) devrait être le fer de lance d’un Front de gauche populaire et citoyen. »
  • « Je refuse les orientations de la direction nationale qui nous mènent sans débat à des primaires dévastatrices et humiliantes. »

La chute des effectifs se poursuit

Ce scrutin interne enregistre une fois encore, un « affaiblissement du tissu militant », note Roger Martelli. En effet, en juin 2011, lors du vote sur la candidature à la présidentielle, le corps électoral composé des « cotisants » (le PCF les distingue des « adhérents », simples détenteurs d’une carte) recensait 70.000 inscrits et 49.000 votants. En 2013, lors du 36e congrès, le PCF comptait 64.000 cotisants et 34.600 votants. Un chiffre tombé à 51.000 cotisants et 29.000 votants, ces jours-ci.

D’un congrès l’autre, et en l’espace d’un peu plus de trois ans, « le PCF aurait perdu un cinquième de ses cotisants ; la perte est d’un quart entre 2011 et 2016 », observe Roger Martelli. « Quant aux votants qui donnent une indication approximative sur les communistes les plus engagés, poursuit-il, leur effectif a baissé de 40 % entre 2011 et 2016. »

Le Parti communiste n’échappe pas à la désaffection qui touche les partis politiques. Derrière les questions en débat dans ce congrès, auxquelles les communistes vont maintenant tenter de répondre en amendant le texte de sa direction, cette question des effectifs pèsera sur le choix des orientations pour 2017.