« Pour combattre le terrorisme, éteignons le feu en Syrie »

Marc BOTENGA, Parti du travail de Belgique, 25 mars 2016

http://ptb.be/articles/pour-combattre-le-terrorisme-eteignons-le-feu-en-syrie


Le gouvernement belge envisage d’étendre ses bombardements, actuellement limités à l’Irak, à la Syrie. Après les attentats de Bruxelles, ce serait le pire chemin à prendre. Staffan de Mistura, envoyé spécial des Nations Unies en Syrie : « La tragédie de Bruxelles nous rappelle que nous n’avons plus de temps à perdre. Nous devons éteindre le feu de la guerre en Syrie. Pour combattre le terrorisme, la meilleure formule est de trouver une solution politique en Syrie. »

Daech a pu grandir grâce au chaos en Syrie. Afin d’éradiquer le terrorisme en Syrie, une solution politique pour la longue guerre qui ravage le pays est donc une condition sine qua non. Or, le 18 janvier, Staffan de Mistura a révélé dans un rapport secret au Conseil de Sécurité des Nations Unies que ce sont des groupes armés soutenus par l’Occident et l’Arabie saoudite qui empêchent une solution politique pour le conflit en Syrie. Ce n’est pas un détail. Empêcher une telle solution signifie contribuer à la prolifération du terrorisme.

Nos alliés en Syrie ont d’autres priorités que Daesh

Depuis le début de la guerre en Syrie, les alliés occidentaux sur le terrain, regroupés maintenant pour la plupart dans le « Haut comité pour les négociations » (HCN), trouvent une série d’excuses pour ne pas négocier. D’abord, il fallait que le président syrien Bachar Al-Assad démissionne avant toute négociation. Exiger de son ennemi qu’il capitule avant de négocier est absurde et contreproductif. Mais ce n’est pas tout. L’opposition pro-occidentale voulait aussi être la seule représentante officielle de l’opposition aux négociations, en excluant de nombreuses autres forces sur le terrain.

Comment est-il possible d’encore poser des conditions à des négociations ? C’est une question de priorités. Mohammed Alloush, principal négociateur du Haut Comité pour les Négociations, et son Armée de l’Islam, veulent – tout comme Daesh – installer un état islamique. L’Armée de la Conquête et Ahrar-Ash-Sham ont des objectifs semblables. Le groupe Al Nosra partage l’agenda d’Al Qaeda. L’objectif premier des groupes que l’Occident soutient n’est pas la lutte contre Daesh. Ils veulent surtout renverser le régime, même si l’armée syrienne avance sur le terrain contre Daesh.

En 2013, Didier Reynders (MR), alors ministre des Affaires étrangères, rêvait qu’un jour, un monument à la gloire des jeunes belges partis se battre en Syrie avec l’un ou l’autre groupe « modéré » serait érigé.1 Le temps des rêves est révolu. Les armes que nos pays ont livré à ces groupes « modérés » ont été directement dans les mains de terroristes. De Mistura a raison : il faut maintenant négocier une solution politique. Cela voudra dire mettre la pression sur nos supposés alliés en Syrie pour qu’ils s’asseyent autour de la table en leur coupant l’oxygène : l’argent et les armes. La Belgique a bien convoqué une réunion d’urgence des ministres européens sur les failles sécuritaires européennes, elle doit maintenant exiger d’urgence un arrêt de tout soutien européen à ces groupes.

Arrêter notre collaboration avec des États liés aux groupes terroristes

Mais ces groupes reçoivent aussi un soutien de nos dits alliés régionaux. Avec l’Arabie saoudite en tête du peloton. Certes, le pays fait aujourd’hui officiellement partie de la coalition contre Daech, mais sa priorité reste le départ d’Assad dans l’espoir de prendre le contrôle de la Syrie.

Le jugement de l’ancien sénateur démocrate américain Bob Graham, qui a codirigé la commission d’enquête du Congrès sur les attentats du 11 Septembre 2001, est sans appel : « L’Arabie saoudite n’a jamais mis fin à sa volonté de répandre le wahhabisme (mouvement fondamentaliste de l’Islam, NdlR) extrême. Il y a un lien direct entre la diffusion de cette idéologie et la création de Daesh. Daesh est un produit des idéaux saoudiens, de l’argent saoudien et du soutien organisationnel saoudien, bien que ce pays prétende actuellement être très anti-Daesh. Ils sont comme des parents qui ne veulent plus rien avoir à faire avec un enfant qu’ils ne contrôlent plus. »

Le Parlement européen a d’ailleurs appelé, en raison de la guerre saoudienne au Yémen, à un embargo européen sur les exportations d’armes vers l’Arabie saoudite. Mais, pendant que les Pays-Bas et la Suède ont arrêté le commerce d’armes avec l’Arabie saoudite, notre gouvernement refuse toujours de défendre un embargo au niveau européen. En France, tout récemment, le neveu du roi et ministre saoudien de l’Intérieur a, au contraire, reçu la légion d’honneur pour ses bons et loyaux services. Si on veut combattre le terrorisme, il faut maintenant mettre la pression sur l’Arabie saoudite, qui finance, par exemple, toujours des entités religieuses en Belgique.

Nos bombes fabriquent des terroristes

Ne doit-on pas tout simplement aller bombarder demandent certains ? C’est ce que le gouvernement entend faire. Mais c’est depuis 2001 que nos gouvernements mènent une « guerre contre le terrorisme ». A coup de bombes, les pays occidentaux n’ont fait qu’apporter de la destruction et du chaos en Afghanistan, Irak, Libye et Syrie. Depuis, la situation n’a fait que s’empirer. Aujourd’hui l’experte italienne Loretta Napoleoni confirme que pour Daesh, « les bombes occidentales sont la meilleure formule pour consolider leur pouvoir et attirer de nouvelles recrues. »

Au Parlement, le député PTB Raoul Hedebouw avait, en septembre 2014 déjà, mis en garde contre l’impact potentiel d’une intervention belge en Irak : « Quel sera le bilan d’une nouvelle intervention en Irak ? Selon Phyllis Bennis, de l’Institute for Policy Studies, cela devrait être désormais très clair : “Chaque bombe leur amène davantage de partisans.” Logique, puisque tout conflit entraîne des dommages collatéraux, fait des victimes innocentes dans des familles, dans des fêtes de mariage, et touche des cibles civiles imprévues. Chacune de ces personnes brutalement frappées ont soudainement une raison de haïr l’Occident. » Jacques Baud, ancien officier des Services de renseignements suisses, note : « Les revendications des terroristes de Daesh ont systématiquement parlé de ces victimes civiles. Nous les ignorons complètement. » Il constate qu’« après les attentats de Madrid en 2004, le nouveau gouvernement (espagnol, NdlR) a décidé de se retirer de la coalition. L’Espagne est totalement sortie de la menace terroriste et ils n’ont plus eu d’attentat depuis. »

L’action militaire belge opaque au Moyen-Orient

Quelques mois de bombardements russes auraient fait des centaines de morts civils, selon la presse. Le journal britannique The Independent comptait au moins 1 000 civils tués par des bombes occidentales début mars. D’autres experts parlent de 2 000 à 4 000 morts innocents. Des milliers de familles, des milliers de vies détruites. La veille des attentats à Bruxelles, des avions de chasse de la coalition internationale, dont fait partie la Belgique, bombardaient encore l’université de la ville de Mosoul, en Irak. Officiellement, il s’agissait de s’en prendre à Daesh. Selon une académicienne irakienne, ces bombes américaines auraient, en deux jours, tué plus de 200 civils et fait 600 blessés.

Selon l’armée belge elle-même, la Belgique ne fait pas de victimes civiles. Mais est-ce crédible ? Déjà en octobre 2014, le député PTB Marco Van Hees avait interrogé le ministre de la Défense N-VA Steven Vandeput sur la mission belge en Irak. Vandeput avait simplement refusé de répondre à toute question pertinente. En mars 2015, Van Hees a reposé la question. Réponse du ministre : ces chiffres restent derrière le huis clos. Le collectif d’investigation « Airwars », qui suit les actions militaires pour combattre Daesh, a dressé un tableau comparatif de la transparence et de la responsabilité des pays dans leur intervention. Il s’avère que la Belgique fait partie des pires élèves en matière de transparence. Notre pays se situe au même niveau que l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et la Jordanie. Combien de victimes l’opération belge a-t-elle causées ? Pourquoi notre gouvernement refuse-t-il de répondre ? Qu’a-t-il à cacher ? Que nos bombes fabriquent des terroristes au quotidien?

Le gouvernement belge ne veut néanmoins investir des milliards dans de nouveaux avions de chasse. C’est un non-sens. Il faut arrêter nos interventions et l’achat de ces avions.

Principes pour une politique étrangère anti-terroriste

Il n’existe pas de solutions faciles dans la lutte contre le terrorisme. Mais on ne peut pas se battre contre le terrorisme sans changer fondamentalement de politique étrangère.
Aujourd’hui, on ne peut plus tergiverser. Il faut tirer toutes les conclusions de la faillite de nos ingérences dans d’autres pays. Près de quinze années de « guerre contre le terrorisme » n’ont fait qu’étendre le terrorisme, de la Libye jusqu’au Pakistan. L’approche militaire qui peut se résumer en « Bombardons les tous » s’est avérée contreproductive. Plus de bombes belges et occidentales signifie plus de terroristes. La Belgique a aussi œuvré en faveur d’un changement de régime en Libye et en Syrie. Qu’un tel changement soit désirable ou non, il est maintenant clair que s’il est soutenu par l’étranger, il mène au désastre. Aujourd’hui en Syrie, les gouvernements européens se trouvent ainsi alliés de groupes violents voulant instaurer un état islamique. Nos gouvernements doivent arrêter de se mêler des affaires intérieures d’autres pays mais soutenir une solution locale négociée comme de Mistura essaie de faciliter.

En septembre 2015 déjà, le PTB avait proposé son « Plan pour une politique active de paix », basé sur trois piliers : assécher financièrement Daech, s’en prendre aux ressources humaines de Daech notamment en Irak, et investir dans la diplomatie, pas dans les bombes. Cela implique de couper les liens militaires avec l’Arabie saoudite et d’exiger un contrôle strict des flux d’argent en provenance de cet État pétrolier. Et de mettre la pression sur la Turquie pour qu’elle ferme sa frontière avec la Syrie et n’y intervienne plus. Le gouvernement belge a fait la sourde oreille. On collabore toujours et encore avec une série d’États qui créent un terreau fertile pour des groupes terroristes. L’Europe doit arrêter la vente d’armes à l’Arabie saoudite et doit d’urgence faire pression sur toutes les autres monarchies du Golfe et la Turquie pour qu’elles facilitent les négociations et abandonnent toute ingérence en Syrie.

1. Didier Reynders veut « suivre à la trace » les Belges revenus de Syrie, Belga, 26 avril 2013

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Un rapport révèle que l’essentiel de l’aide humanitaire destinée au Palestiniens, va dans les caisses d’Israël

Jonathan Cook, Mondialisation.ca

14 mars 2016

Shir Hever, un économiste israélien qui a passé des années à assembler les pièces du puzzle économique de l’occupation, vient de publier un rapport plutôt choquant à lire.

Les diplomates peuvent avoir une réputation de faux-fuyant, d’obscurantisme voire d’hypocrisie, mais peu d’entre eux se sont retrouvés comparés à un tueur en série, surtout un tueur qui dévore la chair humaine.

Cet honneur est revenu à Lars Faaborg-Andersen, l’ambassadeur de l’Union européenne en Israël, la semaine dernière, lorsque des colons juifs ont lancé une campagne sur les réseaux sociaux lui donnant le rôle de Hannibal Lecter, le terrifiant personnage du film « Le Silence des Agneaux ». Une image du diplomate danois portant le masque de prisonnier de Lecter était censée suggérer que l’Europe elle aussi doit être muselée.

Les griefs des colons visent l’aide allouée par l’Europe, qui a fourni un refuge provisoire à des familles de Bédouins après que l’armée israélienne eut démoli leurs maisons dans les territoires occupés près de Jérusalem. Le logement d’urgence les a aidés a demeurer sur les terres convoitées par Israël et ses colons.

Les autorités européennes, outrées par la comparaison avec Lecter, ont rappelé à Tel Aviv que s’il daignait respecter le droit international, Israël aurait assumé ses responsabilités pour assister ces familles.

Si l’Europe pourrait se voir comme faisant partie de l’Occident des Lumières, se servant de l’aide pour défendre les droits des Palestiniens, en fait la réalité est moins encourageante.

Shir Hever, un économiste israélien qui travaille depuis des années à assembler les pièces du puzzle économique de l’occupation, vient de publier un rapport plutôt choquant à lire. Comme d’autres, il croit que l’aide internationale a permis à Israël d’éviter d’acquitter la facture de son occupation. Mais il va plus loin. Sa conclusion – qui pourrait surprendre les colons israéliens – c’est que 78 % au moins de l’aide humanitaire destinée au Palestiniens se retrouvent dans les caisses d’Israël.

Les sommes en jeu sont considérables. Les Palestiniens sous occupation sont parmi les plus dépendants de l’aide dans le monde, puisqu’ils reçoivent chaque année plus de 2 milliards de dollars de la communauté internationale. Selon Hever, les donateurs pourraient subventionner directement jusqu’à un tiers du coût de l’occupation.

D’autres formes de l’exploitation par Israël ont été identifiées dans de précédentes études. En 2013 la Banque Mondiale estimait au bas mot que les Palestiniens perdent au moins 3,4 millions de dollars par an en ressources pillées par Israël.

En outre le refus d’Israël de conclure la paix avec les Palestiniens – et par conséquent avec le reste de la région – lui sert de prétexte pour justifier les 3 milliards de dollars d’aide militaire étatsunienne.

C’est aussi sur les Palestiniens qu’Israël teste ses armes et ses systèmes de surveillance – pour exporter ensuite son expertise. Les industries militaro-cybernétiques d’Israël génèrent des milliards de dollars de bénéfices par an. Une étude publiée la semaine dernière estime qu’Israël est le huitième pays le plus puissant dans le monde.

Mais si ces flux de revenus sont une aubaine identifiable mais préoccupante de l’occupation israélienne, l’aide occidentale aux Palestiniens est clairement destinée aux victimes et non aux vainqueurs.

Comment Israël peut-il prélever autant ? Le problème, dit Hever, c’est le rôle de médiateur que s’autoprescrit Israël. Pour atteindre les Palestiniens, les donateurs n’ont d’autre choix que de passer par Israël, ce qui lui fournit de riches opportunités pour ce qu’il nomme « détournement » et « réaffectation » de l’aide.

Premier résultat : les Palestiniens constituent un marché captif. Ils ont accès à peu de marchandises autres qu’israéliennes.

Qui en profite ? Une organisation israélienne, observatoire des bénéfices économiques de l’occupation pour Israël, a estimé que la firme de produits laitiers Tnuva jouit d’un monopole d’une valeur de 60 millions $ par an.

En fait le détournement de l’aide se fait parce qu’Israël contrôle toute la circulation des personnes et des biens. Les restrictions israéliennes lui permettent de faire payer le transport et le stockage ainsi que des redevances « de sécurité ».

D’autres études ont identifié des profits supplémentaires à partir de la « destruction de l’aide ». Chaque fois qu’Israël anéantit des projets financés par l’aide étrangère, les Palestiniens sont perdants – mais souvent Israël y gagne.

Le cimentier Nesher, par exemple, contrôlerait 85 % de toutes les constructions par les Israéliens et les Palestiniens, y compris les fournitures pour la reconstruction à Gaza après les dévastations successives causées par Israël. Outre les employés des industries de la sécurité, d’importants segments de la société israélienne se remplissent les poches grâce à l’occupation.

Paradoxalement, cette étiquette de « peuple le plus dépendant de l’aide dans le monde », qu’on accole généralement aux Palestiniens, on ferait peut-être mieux de l’apposer aux Israéliens.

Que peut-on faire ? L’expert en droit international  Richard Falk note qu’Israël exploite un vide dans la supervision de l’aide : les donateurs ne mettent pas de conditions pour s’assurer que leur argent parvient bien aux bénéficiaires visés.

Ce qu’a fait la communauté internationale au long de ces 20 dernières années du processus d’Oslo – consciemment ou non – c’est offrir à Israël des incitations financières pour stabiliser et ancrer sa domination sur les Palestiniens. Israël peut le faire pratiquement sans rien débourser .

Si l’Europe et Washington ont essayé de battre Israël avec un petit bâton diplomatique pour qu’il relâche son emprise sur les territoires occupés, simultanément ils lui présentaient de juteuses carottes financières pour l’encourager à renforcer son emprise.

Il existe une petite lueur d’espoir. La politique d’aide européenne n’a pas à être un auto-sabotage. L’étude Hever indique qu’Israël a fini par devenir aussi tributaire de l’aide que les Palestiniens eux-mêmes.

La semaine passée l’UE notait qu’il appartient à Tel Aviv, et non à Bruxelles de s’occuper des Bédouins qu’il a laissés sans abri. L’Europe pourrait prendre au sérieux sa propre décision et commencer à réattribuer à Israël les coûts réels de son occupation.

Les choses pourraient aller assez vite, quoi que décide l’Occident, si l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas – et c’est ce que même Israël prévoit pour bientôt – devait s’effondrer.

Jonathan Cook

Article original en anglais :

Jewish Settlers Social Media Campaign against EU Aid to Palestinian Bedouins

Traduction : Marie Meert pour Info-Palestine.eu

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Jonathan Cook a obtenu le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Il est le seul correspondant étranger en poste permanent en Israël (Nazareth depuis 2001). Ses derniers livres sont : « Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East » (Pluto Press) et « Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair » (Zed Books). Voici l’adresse de son site : http://www.jonathan-cook.net

 

Légion d’Honneur : un scientifique français rend sa Légion d’honneur

Sputnik

14 mars 2016

https://fr.sputniknews.com/actualite/201603141023365087-legion-honneur-prince-arabie-saoudite/


L’anthropologue et préhistorien Alain Nicolas a rendu sa Légion d’honneur en signe de protestation contre la remise de cette décoration au prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Nayef Al Saoud.

L’ancien conservateur en chef des musées de France, l’anthropologue et préhistorien Alain Nicolas, a rendu sa Légion d’honneur en signe de protestation contre la remise de cette décoration au prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Nayef Al Saoud, rapporte le journal Liberation.

Le scientifique a adressé une lettre ouverte au président français François Hollande afin de lui annoncer sa décision.

« J’ai appris que vous avez remis la Légion d’honneur au prince héritier et ministre de l’Intérieur de l’Arabie saoudite. Ayant moi-même été décoré en 2002 par le président Chirac de cette même Légion d’honneur, je considère votre geste de président de la République française comme une insulte personnelle et collective insupportable« , lit-on dans la lettre de M.Nicolas.

L’ancien conservateur en chef des musées de France a déclaré qu’il ne voulait pas « figurer au côté de telles personnalités qui ne partagent pas les valeurs humaines et démocratique de la France« . M.Nicolas a renvoyé sa décoration avec la lettre.

Le président François Hollande a décerné le vendredi 4 mars à l’Élysée la Légion d’honneur à Mohammed ben Nayef Al Saoud, prince héritier d’Arabie saoudite, vice-président du Conseil des ministres et ministre saoudien de l’Intérieur « pour ses efforts déployés au nom de la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme« . M.Hollande et le prince Mohammed ben Nayef Al Saoud ont également évoqué « les dernières évolutions de la situation au Proche-Orient et les efforts déployés par les deux pays amis« .

Des hommes politiques français ont pour leur part qualifié de capitulation et de déshonneur la remise de la plus haute décoration honorifique française au prince d’Arabie saoudite. Outre un flot de critiques, cela a suscité de nombreuses questions sur la manière dont il l’a décrochée.

La Légion d’honneur est la plus importante des distinctions françaises. Elle est décernée aux personnalités à qui on veut rendre hommage. Il est aussi d’usage de donner cette distinction à des personnalités étrangères avec lesquelles la France entretient des relations importantes, qui servent d’une certaine manière les intérêts du pays. Selon le député Jérôme Lambert, concernant le prince saoudien, il est bien difficile de déterminer pour quels services rendus à la France on a pu lui rendre hommage.


 

État d’urgence et loi Travail. Bientôt la distribution de tracts interdite sans déclaration préalable en préfecture ?

Damien Bernard

http://www.revolutionpermanente.fr/JusticeDeClasse


 

Depuis le 9 février, et un arrêt rendu par la Cour de cassation, il est désormais considéré comme illégal de distribuer des tracts politiques sans déclaration préalable à la préfecture. Après la condamnation à la prison ferme des salariés de Goodyear pour avoir défendu leurs emplois, cette décision de la plus haute juridiction et de sa chambre criminelle, avec derrière elle le gouvernement, constitue un pas de plus en avant dans la criminalisation du mouvement ouvrier.

Les faits remontent à 2010 et à la bataille contre la réforme des retraites de Sarkozy. Pierre Coquan, secrétaire général de l’Union départementale CGT du Rhône, avait organisé une simple distribution de tracts à une barrière de péage de l’autoroute A6. Une centaine de militants distribuaient, par petits groupes sur chaque poste de péage, des tracts politiques contre la réforme Sarkozy aux usagers de l’autoroute.

Depuis, Pierre Coquan et Michel Catelin, membre de l’Union locale de Villefranche-sur-Saône, sont poursuivis par la justice, sans même le concours de la société autoroutière, pour ne pas avoir déclaré cette distribution de tracts à la Préfecture en août 2010. Le tribunal correctionnel de Villefranche avait relaxé les deux syndicalistes en novembre 2012, tandis que la Cour d’appel de Lyon avait elle aussi décidé de faire de même avec les deux cégétistes.

Mécontent de ces décisions, c’est le Procureur de la République, et donc le gouvernement, qui a pourvu l’affaire devant la Cour de cassation. Avec la condamnation à de la prison ferme des Goodyear, le gouvernement et son état d’urgence avaient déjà donné un signal politique très clair à tout syndicaliste qui oserait relever la tête et défendre ses emplois. Ce 9 février, c’est désormais une simple distribution de tract qui est légalement pénalement répréhensible.

Ainsi, faire de l’agitation politique, s’opposer à la politique d’un gouvernement qu’il soit de droite ou de gauche peut s’assimiler, selon la Cour de cassation, à une manifestation et doit, au sens du droit, être préalablement déclarée comme telle en Préfecture. Suite à cet arrêt rendu par la Cour, le secrétaire de l’UD CGT du Rhône doit donc être rejugé par la Cour d’appel de Grenoble.

Alors même que le gouvernement fait face à une mobilisation des fédérations et des syndicats combatifs, de la jeunesse et de plus de 800 000 pétitionnaires pour le retrait total de la loi Travail, avec une première manifestation et des grèves à partir du 9 mars, il semble plus que probable que la Cour d’appel rejugera les faits en prenant en considération la nouvelle interprétation du droit décidée par l’instance judiciaire suprême, comme cela est déjà le cas dans trois quarts des affaires.

Si c’est le cas, ce sera bien une première jurisprudence, qui rendra effectivement pénalement répréhensible toute distribution de tracts politiques non autorisée en préfecture. Cette décision vise à renforcer la bataille du gouvernement et du patronat qui, tous les jours déjà, tentent d’empêcher les syndicalistes de mener la bataille politique dans les lieux de travail. Cela confirme aussi un précédent qui avait vu des militants de Lutte Ouvrière empêchés de tracter par la police municipale de Creil.

C’est une offensive de plus du gouvernement dans la remise en cause des libertés démocratiques et syndicales, une attaque à la fois préventive mais aussi offensive, alors même qu’il s’agit de remettre en cause, avec la loi Travail, une bonne partie des acquis du mouvement ouvrier, fruit des luttes. Contre la remise en cause de notre droit à la défense et à l’agitation politique, ce sera plus que jamais le 9 mars, avec les militants combatifs, les salariés, et la jeunesse qu’il faudra faire entendre notre voix.

La recolonisation de la Libye

Manlio Dinucci, Il manifesto

8 mars 2016

Dans la comédie des équivoques pour le petit théâtre de la politique, le premier acteur Renzi a dit qu’en Libye « l’Italie fera sa part », ainsi -dès que le Pentagone a déclaré que l’Italie assurera le « rôle guide »- a-t-il déclaré : «La mission militaire italienne en Libye n’est pas à l’ordre du jour » alors qu’en réalité elle a déjà commencé avec les forces spéciales que le parlement a mis aux ordres du premier ministre. Celui-ci, pour donner le feu vert officiel, attend que se forme en Libye « un gouvernement super-solide qui ne nous fasse pas refaire les erreurs du passé ». En attendant que dans le désert libyen on fasse apparaître le mirage d’un « gouvernement super-solide », jetons un regard au passé.
En 1911, l’Italie occupa la Libye avec un corps expéditionnaire de 100mille hommes. Peu après le débarquement, l’armée italienne fusilla et pendit 5mille Libyens et en déporta des milliers. En 1930, sur ordre de Mussolini, la moitié de la population de la Cyrénaïque, environ 100mille personnes, fut déportée dans une quinzaine de camps de concentration, pendant que l’aviation, pour écraser la résistance, bombardait les villages avec des armes chimiques et que la région était entourée de 270 km de barbelés. Le chef de la résistance, Omar al-Mukhtar, fut capturé et pendu en 1931. On commença la colonisation démographique de la Libye, en séquestrant les terres les plus fertiles et en reléguant les populations dans des terres arides. Au début des années quarante, l’Italie vaincue fut remplacée en Libye par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. L’émir Idris al-Senussi, placé sur le trône par les Anglais en 1951, concéda à ces puissances l’utilisation de bases aériennes, navales et terrestres. Wheelus Field, aux portes de Tripoli, devint la principale base aérienne et nucléaire étasunienne en Méditerranée.
Avec l’Italie le roi Idris conclut en 1956 un accord, qui la disculpait des dégâts causés à la Libye et permettait à la communauté italienne de conserver son patrimoine. Les gisements pétrolifères libyens, découverts dans les années 50, finirent dans les mains de la britannique British Petroleum, de l’étasunienne Esso et de l’italienne Eni. La rébellion des nationalistes, durement réprimée, déboucha sur un coup d’Etat sans effusion de sang opéré en 1969, sur le modèle nassérien, par les « officiers libres » dirigés par Muammar Kadhafi.
La monarchie fut abolie, la République arabe libyenne obligea les USA et la Grande-Bretagne à évacuer les bases militaires et nationalisa les propriétés étrangères. Dans les décennies suivantes, la Libye rejoignit, selon la Banque mondiale, « de hauts indicateurs de développement humain », avec une croissance du PIB de 7,5% annuelle, un revenu par habitant moyen-haut, l’accès universel à l’instruction primaire et secondaire et pour 46% à l’enseignement supérieur. Plus de 2 millions d’immigrés africains y trouvaient du travail. Cet Etat, qui constituait un facteur de stabilité et de développement en Afrique du Nord, avait favorisé avec ses investissements la naissance d’organismes qui auraient créé l’autonomie financière et une monnaie indépendante de l’Union africaine.
Etats-Unis et France -comme le prouvent les emails d’Hillary Clinton- décidèrent de bloquer « le plan de Kadhafi de créer une monnaie africaine », en alternative au dollar et au franc CFA. Pour cela et pour s’approprier le pétrole et le territoire libyens, l’Otan sous commandement étasunien lançait la campagne contre Kadhafi, à laquelle en Italie participait au premier rang l’ « opposition de gauche ». Elle démolissait ainsi par la guerre l’Etat libyen, en l’attaquant aussi de l’intérieur avec des forces spéciales et des groupes terroristes. Le désastre social consécutif, qui a fait plus de victimes que la guerre elle-même surtout chez les migrants, a ouvert la porte à la reconquête et au partage de la Libye. Où remet les pieds cette Italie qui, piétinant la Constitution, revient à son passé colonial.
Edition de mardi 8 mars 2016 de il manifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio