Sortir de l’ornière

Intervention de Caroline ANDREANI au Conseil national du 16 janvier 2016


 

La séquence politique des six derniers mois se caractérise par trois événements :

  • au plan européen, l’écrasement de tout espoir de changement après le recul de Syriza face à la troïka qui a imposé ses plans d’austérité à un gouvernement pourtant conforté par un vote populaire
  • le tournant ultra-répressif du gouvernement Valls avec l’adoption de l’état d’urgence, qui permet de réprimer les opposants politiques, comme nous avons pu le voir au moment de la Cop 21. Je note au passage le vote incompréhensible de nos députés en faveur de cette disposition liberticide.
  • la consolidation du Front national en tant que 3e force politique

Ces éléments doivent s’analyser dans leur cohérence. Nous assistons à la dérive de notre société, héritière des Lumières et de la Révolution française, de 1936 et de la Résistance, des acquis de 1945 et de ceux de 1968, vers une société repliée sur elle-même, dirigée par des partis politiques acquis au service du capital, une société sous contrôle policier, répressive à l’encontre du monde du travail comme le montre la décision de « justice » contre les Goodyear.

Nous sommes impuissants face à cette évolution parce que nous nous sommes désarmés idéologiquement. Nous avons abandonné toute perspective de rupture et de changement de société. Nous restons englués dans l’univers indépassable de l’Europe sociale d’une part, de l’alliance obligatoire avec le Parti socialiste d’autre part, pour assurer la survie de notre appareil.

Les déclarations en faveur des « primaires » à gauche en sont la parfaite illustration. Comment peut-on envisager de discuter d’une candidature unique avec les socialistes qui mènent depuis 2012 une politique qui n’a rien à envier à celle de la droite ? L’enjeu serait d’avoir un candidat de gauche au 2e tour de l’élection présidentielle. Que voulons-nous ? Servir de voiture-balai à François Hollande ? Faisons cela et notre divorce avec le peuple sera définitivement consommé.

Pourquoi y a-t-il des réactions populaires progressistes en Grèce, en Espagne, au Portugal et pas en France ? Parce que nous sommes incapables de nous adresser aux plus précaires, aux victimes du système capitaliste, et leur redonner confiance en la politique. La place vide que nous laissons est actuellement occupée par un parti populiste qui pourrait bien accéder au pouvoir parce que dans la tête des électeurs, il ne l’a jamais exercé.

La violence de la crise économique, la précarité qui touche 8 millions de nos concitoyens, les attaques constantes contre les salariés et les acquis sociaux, les politiques de régression systématiques dans tous les domaines – santé, éducation, culture, protection sociale, démocratie, les services publics… – font le lit de l’extrême droite. Si l’on ajoute à cela un discours de classe et une critique de surface de l’Union européenne, le Front national a en main tous les leviers pour accéder au pouvoir. D’ailleurs, tout est objectivement réuni pour lui en faciliter l’accès: la crise économique, les scandales financiers à répétition, le terrorisme, ainsi que le bipartisme et l ‘atonie de note parti.

Qu’en est-il de nous, les communistes ? Nous apparaissons comme porteurs d’idées certainement généreuses, mais irréalistes et inopérantes. Nous ne sommes plus en phase avec le réel de nos concitoyens confrontés chaque jour à une réalité sociale et économique d’une violence extrême. Nous ne portons plus de perspective révolutionnaire. A contrario, nous défendons des objectifs auxquels personne ne peut plus croire comme la fameuse « Europe sociale ».

Nos résultats électoraux le montrent et sont sans appel. Notre alliance systématique avec le Parti socialiste lors des grandes séquences électorales contribue à nous décrédibiliser. Notre influence politique se réduit à peau de chagrin, comme du reste notre pratique militante. Il est temps d’examiner de manière critique les 20 dernières années et de nous reprendre en main. Si nous continuons sans analyser les raisons profondes de cette situation, sans changer radicalement notre pratique politique, sans nous confronter au réel, nous finirons par disparaître dans l’indifférence générale.

Le capitalisme n’est pas l’avenir de l’homme mais son tombeau. La sociale-démocratie, la droite et l’extrême droite nous mènent tranquillement mais sûrement vers une impasse. Relevons les manches, regardons la réalité en face, car demain notre pays aura plus que jamais besoin d’un parti véritablement communiste.

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