COP21, entre guerre et paix

Ben Cramer, Athena21.org, 13 novembre 2015

http://www.athena21.org/securite-ecologique/dereglements-climatiques/154-cop21-entre-guerres-et-paix


robinet okLa plus grande con­férence diplo­ma­tique jamais réu­nie en France depuis la sig­na­ture de la Déc­la­ra­tion uni­verselle des droits de l’Homme à Paris en 1948, pour laque­lle les Français ont déboursé 170 mil­lions d’euros, devrait se tenir au Bour­get ( à moins que …). Ce sera alors l’occasion de se rap­peler que le site qui accueille d’ordinaire le Salon aéro­nau­tique, Euron­aval, Milipol ou Eurosatory, est sans doute appro­prié pour traiter des enjeux de guerre et de paix. Signes de temps : les con­férences sur les enjeux cli­ma­tiques vont de plus en plus ressem­bler aux con­férences sur le désarmement.

Reste à savoir si cette échéance de décem­bre 2015 per­me­t­tra de relancer l’unique Con­ven­tion (ENMOD) qui inter­dit de procéder à des mod­i­fi­ca­tions envi­ron­nemen­tales à des fins de guerre ; une con­ven­tion entrée en vigueur dès 1978 et que la France, pays hôte de COP21 n’a tou­jours pas signé…

 TERMINUS horizon2015Civils, si vous saviez ….

Lors d’un som­met de la Terre en 2002 à Johan­nes­burg, Jacques Chirac déclara sous le ton de l’indignation : «Notre mai­son brûle et nous regar­dons ailleurs», (attribuée par­fois à Nico­las Hulot). C’eût été l’occasion de lui rétor­quer que notre mai­son brûle car elle est à feu et à sang ! Treize ans plus tard, voilà que l’empreinte car­bone des guer­res fait encore et tou­jours par­tie des vérités qui dérangent (dixit Al Gore)…le sujet est aussi tabou que la journée mon­di­ale de la paix durant laque­lle les Français préfèrent célébrer la journée inter­na­tionale de lutte con­tre Alzheimer !
Les plus grands con­tribu­teurs de gaz à effet de serre, donc, les plus gros émet­teurs du monde (dans l’ordre : Chine, Etats-​Unis, Inde) sont aussi les Etats les plus mil­i­tarisés. Si l’on ajoute l’UE, ce sont plus de 50% des émis­sions qui éma­nent des poids lourds de la quin­cail­lerie nucléaire (en exclu­ant la Russie). Toute­fois, les émis­sions des entre­prises du com­plexe militaro-​industriel ne sont compt­abil­isées nulle part, et ne fig­urent dans aucune page de la vaste lit­téra­ture des experts du GIEC. Le principe ‘pollueur-​payeur’ s’applique aux entre­prises du secteur du trans­port comme l’automobile et non pas au secteur mil­i­taire. Pourquoi ? La réponse se niche dans les méan­dres du désarme­ment où les tricheurs dis­posent d’armes de cor­rup­tion mas­sive. En effet, les plus gros pro­duc­teurs de mines n’ont pas adhéré à la Con­ven­tion d’Ottawa. Les Etats qui déti­en­nent le plus de muni­tions nucléaires opéra­tionnelles béné­fi­cient d’une impunité nucléaire (mil­i­taire). Pour le cli­mat, c’est un peu pareil : lors des négo­ci­a­tions sur l’accord de Kyoto, les Etats-​Unis ont imposé une clause pré­cisant que les opéra­tions mil­i­taires qu’ils mèn­eraient dans le monde entier et celles aux­quelles ils par­ticiperaient avec les Nations Unies ou l’OTAN seraient inté­grale­ment exemp­tées de toute oblig­a­tion de mesure ou de réduc­tion. Un cadeau pour Pen­tagone, pre­mier con­som­ma­teur mon­dial d’énergies fos­siles, et qui assure les deux tiers du ton­nage trans­porté sur les champs de bataille. Et tout le monde oublie, y com­pris dans les ONG comme le Réseau Action Cli­mat (RAC) que l’aviation mil­i­taire avale un quart de la con­som­ma­tion mon­di­ale du kérosène. Nos cli­ma­to­logues scru­tent les activ­ités humaines, sauf celles qui sont liées de près ou de loin aux uni­formes, aux forces armées. En val­orisant le traite­ment dif­féren­cié (une idée française), on a con­fondu les Etats qui ont semé le chaos en allumant les prin­ci­paux brasiers meur­tri­ers du 20ème siè­cle et (tous) les autres ! Pour­tant, un tiers des pays les plus riches est respon­s­able de la moitié des guer­res au siè­cle passé.

euros qui tombe du ciel bleuL’argent, le nerf de la guerre

Si la crise cli­ma­tique est une arme de destruc­tion de masse au même titre que les autres comme le sou­tient le prési­dent de Nauru, les riches de l’hémisphère du Nord ne vont pas casser leur tire­lire pour s’en pré­mu­nir. Ils préfèrent drama­tiser à leur tour. Tan­dis que Kiri­bati, Tuvalu, les Iles Mar­shall et les Mal­dives cri­ent au sec­ours, les Etats-​Unis en rajoutent. Au moment des négo­ci­a­tions à Lima, un rap­port du Pen­tagone nous appre­nait que «Le change­ment cli­ma­tique va nuire à la capac­ité du Départe­ment (de la défense) à défendre la nation et pose des risques immé­di­ats pour la sécu­rité nationale des Etats-​Unis». Un moyen comme un autre de jus­ti­fier de nou­veaux crédits. Mieux encore : une façon de prévenir que sac­ri­fier le moin­dre kopeck de leurs dépenses mil­i­taires n’est pas à l’ordre du jour. Les dona­teurs du Nord, généreux don­neurs de …leçons, ne se bous­cu­lent donc pas pour ali­menter le Green Cli­mate Fund ou fond vert. Et pour­tant, il suf­fi­rait de con­sacrer un mil­liard de dol­lars pour met­tre à niveau les ser­vices météos des Etats africains, selon une esti­ma­tion de l’Organisation Météorologique Mon­di­ale (OMM) Le prix payé par les Etats-​Unis pour instru­ire et for­mer l’armée afghane est 26 fois plus élevé.
Le bon sens voudrait que cha­cun cotise pour le Fonds Vert en fonc­tion de son degré d’armement (ou de surarme­ment). Pour­tant, nul au sein des ONG comme ATTAC ne va chercher à con­stituer, à par­tir d’une tax­a­tion sur cer­taines dépenses mil­i­taires, ou sur le trafic d’armes lour­des, un fonds capa­ble de venir en aide aux réfugiés, même si ces « déplacés envi­ron­nemen­taux paient le prix fort. Ni un fonds pour for­mer des civils à la décon­t­a­m­i­na­tion des ter­rains plom­bés par les manœu­vres et entraîne­ments, une idée inspirée par José Bové ; ni un fonds pour soutenir les citoyens qui méri­tent pro­tec­tion et répa­ra­tion parmi les lanceurs d’alerte.

Les vraies menaces

Compter sur l’ONU n’est-il pas un pari dépassé ? Les Etats ne sont pas les acteurs aux­quels les peu­ples (recon­nus ou non par l’ONU), la majorité des exclus, des indignés peu­vent se fier pour infléchir la courbe des dérè­gle­ments. D’autant plus que les prin­ci­pales men­aces qui pèsent sur la planète, outre le change­ment cli­ma­tique, sont l’inégale répar­ti­tion des ressources, la mar­gin­al­i­sa­tion de la majorité du monde et la mil­i­tari­sa­tion. (pas seule­ment jus­ti­fiée par les soubre­sauts du cli­mat). Certes, tout ne dépend pas des Etats, les acteurs ter­ri­to­ri­aux et les ONG seront de la par­tie avec le forum alter­natif de Mon­treuil (qui aurait été plus effi­cace à Saint-​Denis) et le Grand Palais. Les mil­i­taires s’invitent aussi. On peut se réjouir de cette ouver­ture, mais le temps long des mil­i­taires va se cogner au temps court des échéances élec­torales de la classe poli­tique.
Avis à ceux qui veu­lent ou voudraient «changer le sys­tème plutôt que le cli­mat», en référence au dernier livre de Noël Mamère et Patrick Far­biaz (ed. Flam­mar­ion, 2015), un slo­gan qui remonte à Copen­h­ague 2009, les foires d’empoigne ne font que com­mencer. La con­flict­ual­ité est dans l’air du temps. En se pri­vant d’une grille de lec­ture paci­fiste de la COP21, une majorité d’ONG et de par­tis politiques…risque d’oublier que les dérè­gle­ments à venir con­stituent une aubaine, un boule­vard, pour ceux, les spé­cial­istes du chaos qui, au nom du main­tien d’un cer­tain ordre…pourront miser sur l’ingérence écologique…

 

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