Hôpital bombardé à Kunduz : MSF publie un rapport accablant pour l’aviation américaine

Christophe Lamfalussy, La Libre Belgique, 6 novembre 2015

http://www.lalibre.be/actu/international/hopital-bombarde-a-kunduz-msf-publie-un-rapport-accablant-pour-l-aviation-americaine-563b44453570bccfaed233c8


L’organisation Médecins sans Frontières (MSF) publie ce jeudi lors d’une conférence de presse à Kaboul un rapport accablant pour l’aviation américaine qui l’accuse, avec le soutien des forces afghanes, d’avoir bombardé délibérément son hôpital de Kunduz, dans la nuit du 2 au 3 octobre.

Les frappes aériennes ont débuté le 3 octobre entre 2h et 2h08 du matin, ont visé tout d’abord l’unité de soins intensifs et ont duré environ une heure. Dix patients ont été tués, treize membres de MSF également et sept corps sont toujours non identifiés.

Selon l’organisation, « il n’y avait pas de combattants armés dans l’enceinte de l’hôpital et il n’y avait pas de combats en provenance ou à proximité immédiate du compound au moment des frappes aériennes », peut-on lire dans ce rapport de treize pages.

MSF hébergeait à ce moment-là 105 patients dans l’hôpital, des civils mais aussi des combattants des deux camps. La ville avait été prise d’assaut par les talibans et, au début octobre, l’armée afghane au sol, soutenue par des avions américains dont des AC-130, tentait de les déloger.

Au petit matin du 3 octobre, entre 3 et 4 patients venaient de l’armée afghane et 20 étaient des blessés talibans. Dans un souci de neutralité, MSF avaient demandé aux combattants de retirer tous leurs insignes et habits militaires.

Le mardi 29 septembre, MSF avait retransmis par sécurité ses coordonnées GPS au département américain de la Défense, à l’armée américaine ainsi qu’au ministère afghan de l’Intérieur.

Le vendredi 2 octobre, deux drapeaux de MSF étaient placés sur le toit de l’hôpital. Ce soir-là, la nuit était calme. Il n’y avait pas de combats aux alentours. « Aucun tir n’a été rapporté, ni d’explosions à proximité », indique le rapport, basé sur les témoignages du staff qui a échappé aux frappes.

Le personnel international, parmi lesquels deux Français, un Australien, un Cubain, un Malaisien, un Hongrois, un Sud-Africain et un Philippin, est allé se reposer dans un bâtiment séparé. Mais vers deux heures du matin, les premières explosions se sont fait entendre. Une infirmière afghane est arrivée chez eux recouverte de sang, terrorisée.

Puis ce fut une série d’appels téléphoniques et de SMS frénétiques pour prévenir, à Kaboul, les autorités de ce que l’hôpital était bombardé. Des agents de liaison de l’opération Resolute Support (Otan), du Pentagone à Washington, de l’Onu et du ministère afghan de l’Intérieur ont été alertés. «Je suis désolé d’entendre cela, je ne sais toujours pas ce qui s’est passé », a répondu à 2h52 par SMS un membre de l’opération Resolute Support.

MSF a rendu public ce rapport interne par souci de transparence, mais aussi pour susciter une réaction aux Etats-Unis et en Afghanistan et savoir quelle a été la chaîne de commandement militaire qui a amené son hôpital à être bombardé. L’ONG a interpellé le 7 octobre l’International Humanitarian Fact Finding Commission (IHFFC). Cette dernière est prête à lancer une enquête mais les gouvernements américain et afghan doivent encore consentir à cette requête, souligne Joanne Liu, la présidente de MSF International. Le président Obama lui a exprimé ses excuses en l’appelant le 8 octobre.

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