La Grèce, nouvel « homme malade » de l’Europe

Yannis Makridakis, écrivain

Le Monde, 21 juillet 2015


La Grèce vit en ce moment la fin scandaleuse de la cinquième année d’un processus violent. Celui de la conversion d’une dette privée en dette publique, rythmée de réformes brutales exigées par les pays membres de l’Europe. Elle est désormais maintenu au cœur d’un cercle vicieux d’emprunts et n’ayant pour seul but que le remboursement d’anciens prêts et le sauvetage des banques nationales et étrangères.
Des réformes qui ont pour résultat la paupérisation de la population de notre pays, le déchirement de son tissu social, la privatisation des ressources naturelles et de la richesse publique. La fin de ce processus est scandaleuse car le troisième mémorandum signé avec les pays membres de l’Europe est un accord humiliant qui donne le coup de grâce à la société grecque. Cet accord, imposé, qu’aucun gouvernement de droite n’aurait été disposé à mettre en pratique, intervient seulement une semaine après le retentissant Non aux mémorandums et aux privatisations, clamé par 62 % des citoyens grecs lors du référendum, mais aussi cinq mois après que Syriza a remporté des élections législatives historiques, en promouvant avec passion exactement le contraire de ce qu’il a finalement fait.

Un drame pour la Grèce et pour l’Europe

Ce déroulement de l’Histoire est affligeant. Porteur d’un résultat tragique, non seulement pour la Grèce mais aussi pour toute l’Union européenne, il signifie le mépris total, la fin de la politique dans l’Etat grec contemporain, et favorise ainsi le développement et le triomphe des formations fascistes. Certes, l’Etat grec est malade depuis des décennies en raison d’un clientélisme entretenu par les partis politiques et d’une corruption sans vergogne qui touche politiciens et fonctionnaires. Mais il est également perclus par les mutations d’un système économique mondialisé auquel les politiques s’adaptent tout en s’éloignant de leurs valeurs, exaltés par la possession et la croissance immodérée, au mépris de la chose publique.
La Grèce est donc doublement malade. Un Etat malade, dans un environnement européen et mondial également atteint, à une époque où l’austérité paraît être le seul et unique choix pour que l’humanité ait un avenir. Mais une austérité comprise comme une politique d’ensemble, visant l’économie et la pérennité des ressources naturelles et non comme un processus tyrannique envers les pays et leurs citoyens. L’Europe doit prendre sérieusement en considération la situation tragique vers laquelle elle a conduit brutalement la Grèce. Elle doit craindre tout ce que ses manœuvres ont déjà produit. Il faut qu’elle change immédiatement sa direction politique, qu’elle se rapproche de ses valeurs pour éviter le pire qui l’attend à ses portes.
En ce sens, Alexis Tsipras a prouvé qu’il était finalement un « Hollandréou », comme il avait lui-même qualifié le président français il y a plusieurs années. C’est ce qu’il s’est révélé être, pratiquant ouvertement l’extorsion, piétinant ses principes, trahissant ses compagnons et les citoyens grecs, et approuvant les pays membres de l’Europe par la matérialisation d’un accord destructeur pour son pays. Un accord auquel il ne croit pas lui-même et qu’il a jugé catastrophique dans son discours au Parlement. Là n’est pas le succès de la politique européenne, cela témoigne au contraire de son échec définitif et fracassant.
Cette atteinte à un gouvernement européen, à ses citoyens qui l’ont élu et qui se retrouvent dépourvus de tout droit politique, est un affront à la Démocratie dans une Union européenne minée par les exigences des marchés. Bien loin de mettre en valeur sa diversité culturelle, cette Union européenne a préféré s’enfermer dans le carcan du modèle économique transatlantique, traduisant de fait un nivellement culturel et politique au service unique d’un idéal trivial : celui du système financier international. Il s’agit d’un scandale pour la Grèce et d’un danger pour l’Europe qui cèdent dorénavant le passage aux tendances suicidaires, intolérances politiques, courants nationalistes et néonazis.
Traduit du grec par Monique Lyrhans
Yannis Makridakis est l’auteur de La Chute de Constantia, traduit par Monique Lyrhans, Sabine Wespieser
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