Henri Martin est décédé dans la nuit du 16 au 17 février

Pour toute une génération, le nom d’Henri Martin est associé à la lutte contre la guerre d’Indochine.

Âgé de 17 ans à la Libération, FTP dans les maquis du Cher, il s’engage dans l’armée française pour poursuivre le combat contre le fascisme.

Il est envoyé en Indochine en octobre 1945. L’encadrement militaire présente alors l’intervention de l’armée française comme une mission de rétablissement de l’ordre face à des soldats japonais démobilisés encadrant des pillards ! Henri Martin se retrouve à combattre aux côtés de soldats allemands enrôlés dans la Légion – ces soldats qu’il combattait quelques mois plus tôt lors de la Libération – et il comprend rapidement que l’armée française combat une révolte populaire.

Écœuré par les exactions commises contre les civils, notamment le bombardement de la ville d’Haiphong qui fit 20 000 morts en novembre 1946, il demande à être démobilisé.

Il obtient d’être renvoyé en France en décembre 1947. Il est affecté à l’arsenal de Toulon. Là, il prend discrètement contact avec la fédération du Pcf. Durant plus de deux ans, il effectue un travail de propagande en direction des marins envoyés en Indochine. Il diffuse la presse communiste et des tracts contre la guerre. Repéré, il est « piégé » par un certain Liebert, mécanicien, et surtout ancien engagé volontaire dans l’armée allemande durant la guerre, condamné pour indignité nationale !

En mars 1950, plusieurs marins sont arrêtés en possession de tracts. Certains désignent Henri Martin comme responsable. Il est immédiatement arrêté. En plus de l’accusation de participation à une tentative de démoralisation de l’armée française, l‘armée cherche à le faire condamner pour complicité de sabotage.

Le procès d’Henri Martin est l’occasion que saisit le Parti communiste pour organiser une vaste campagne de propagande contre la guerre d’Indochine. Dans toute la France, des inscriptions « Libérez Henri Martin » fleurissent sur les murs. Une pièce de théâtre, un livre écrit par Hélène Parmelin, Matricule 2078, contribuent à populariser l’affaire. Le comité de soutien à Henri Martin va bien au-delà des seuls cercles communistes : Jean-Paul Sartre, Jean-Marie Domenach, Michel Leiris, Vercors, Prévert notamment s’engagent pour sa défense.

Le procès d’Henri Martin, défendu par l’avocat communiste Maître Scarbonchi, est l’occasion de faire le procès de l’armée française et de la répression en Indochine. Conçu par les autorités françaises comme un moyen de discréditer l’action des communistes contre la guerre, le procès se retourne contre ses concepteurs. Condamné à cinq ans de prison, Henri Martin sera libéré après 41 mois d’emprisonnement en août 1953.

A sa sortie de prison, Henri Martin devient permanent. Il sera notamment dirigeant de l’Union de la jeunesse républicaine de France (UJRF) et directeur de l’École centrale du Parti.

Il a eu toute sa vie des contacts étroits avec les dirigeants communistes vietnamiens.

Henri Martin était un militant communiste convaincu. Il a exprimé ses désaccords dès le congrès de Martigues. Il était de toutes les initiatives pour le maintien d’un parti véritablement communiste.

Très affaibli par la maladie les dernières années de sa vie, il a survécu quelques mois à son épouse Arlette.

Nous conserverons le souvenir d’un homme de convictions.

Caroline ANDREANI

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L’UKRAINE APRÈS LES ACCORDS DU 21 FÉVRIER

Jean Guiart, 16 février 2015

L'UKRAINE APRÈS LES ACCORDS DU 21 FÉVRIER - De quelles frontières s’agit-il ?

Prise de Kiev en 1240 – miniature russe

Le président américain, de la même génération que ceux qui l’entourent, est né après la dernière guerre et n’en a aucun souvenir. Les frontières  internationales dont il nous parle n’existent pas et n’ont jamais existé. Les seules frontières internationales qui puissent être considérées comme légales, parce que fruit d’accords internationaux en bonne et due forme sont :

1. La frontière des pays de l’Est en 1937 avant l’entrée des forces allemandes en Autriche, en Tchécoslovaquie et en Pologne. Qui veut la retrouver aujourd’hui ? A ce moment-là, toute l’actuelle Ukraine orientale était en Pologne et Lwiv s’appelait Lwov. Les pays baltes étaient indépendants. La Roumanie avait une frontière commune avec l’URSS.

2. La frontière née des accords  de Yalta entre les trois Grands, qui tient encore en partie. Ces accords n’ont jamais été dénoncés par ceux qui les avaient conclus, dont l’Amérique du Président démocrate Roosevelt. Si le président actuel veut soutenir les frontières  internationales, c’est celles-ci qu’il doit défendre. Il n’existe pas de raisons juridiques — des raisons politiques, oui — de défendre d’autres frontières. La Pologne était repoussée vers l’ouest et perdait sa partie orientale au profit de l’URSS, gagnant en échange des territoires sur l’Allemagne. Sur ce point, personne  ne semble vouloir y toucher, mais l’anarchie ukrainienne peut réserver des surprises. Staline voulait à ce moment-là détruire la Prusse. Les  pays baltes étaient inclus dans l’URSS. Mes parents allemands de Silésie, furent évacués en plein hiver 1944 sur des wagons plats, tous les hommes sont morts et seules les femmes ont survécu. Ceci pour rappeler que ces histoires de frontières se construisent le plus souvent dans le sang et les larmes. Ce n’est pas de la pâtisserie. Combien de morts français aux combats du «Grand Armand», en 14-18, pour récupérer l’Alsace-Lorraine ?

 

Il s’ajoute à cela non des frontières internationalement reconnues, mais des limites administratives de divers territoires laissées en place faute de mieux et qui servent de frontières en attendant que les uns et les autres se résolvent à faire d’accord-parties le levé des frontières souhaitables et de les faire reposer sur un accord international qui n’existe pour le moment pas. Seules les frontières de la Finlande, de la Suède et de la Norvège vis-à-vis de la Russie reposent sur des accords juridiquement solides. D’ailleurs personne n’en parle et on n’accuse pas Poutine de vouloir les changer.

Les frontières des pays baltes reposent sur des limites territoriales remontant à l’empire tsariste, sinon au traité de Vienne de 1815, qui avait défini un pays désigné comme la Courlande et dont personne ne parle plus. C’est à vérifier, mais les limites  séparant la Lithuanie et la Russie dite blanche (Biélorussie) pourraient remonter à l’empire lithuano-polonais des Jagellons, sans parler des interventions militaires de la Suède dans toute la région, parallèlement à celle  de l’empire turc venant du Sud et qui a laissé des minorités un peu partout y compris en Pologne, dont l’armée a sauvé Vienne des Turcs. Les Suédois sont rentrés chez eux. Les Chevaliers teutoniques ont fait beaucoup de mal et laissé des souvenirs terrifiants, mais ils ont  disparu, laissant derrière eux des affaires aussi difficiles que bizarres telles Memel et Königsberg. Ces frontières sont des limes de cantons tsaristes, collées les unes aux autres et qui ne fonctionnent pas vraiment en tant que frontières, soit à cause des liens de parenté de part et d’autres, soit à cause des haines entre anciens nazis locaux et descendants des milices pro-soviétiques de la guerre civile qui a suivie 1917, guerre nourrie par des corps francs envoyés d’Allemagne, ce qui était une forme de maintien de la Reichswehr au-delà des spécifications du traité de Versailles.

On a oublié que les troupes qui se sont mutinées et ont imposé en Octobre 1917 le régime des Soviets, en plus du croiseur «Aurore» tirant au canon sur la Douma et le gouvernement libéral, étaient les régiments lettons. Dans tous ces pays aujourd’hui, comme en Ukraine, les pays occidentaux et l’OTAN s’appuient sur tous ceux qui étaient les alliés de l’Allemagne nazie et ont activement participé à la Shoah. C’est là à la fois un manque de connaissances historiques, excepté que la CIA américaine avait déjà pris sous son aile protectrice un grande nombre de nazis, dont le général Gehlen et Werner von Braun, mais aussi un manque total de lucidité, c’est-à-dire une extraordinaire bêtise.

Jouer avec ceux dont le but avoué est une troisième guerre mondiale contre la Russie me paraît aussi dangereux que parfaitement stupide. Historiquement, tous ceux qui l’ont tenté s’en sont mordu les doigts, depuis les Mongols de la Horde d’Or jusqu’à Hitler, dans son bunker, avouant, une fois l’Armée Rouge arrivée à la Vistule et s’arrêtant pour respirer et se réorganiser : «Je ne croyais pas que les Russes étaient aussi forts». Combien de millions d’hommes avait-il déjà perdus ? Et l’OTAN parle d’une unité de déploiement rapide de 30. 000 hommes. 30. 000 hommes qui ne parlent aucune langue de la région et ne connaissent pas le terrain. 30. 000 hommes sacrifiés et qui en auront conscience. Mettre en avant une troupe de recrutement incohérent et qui s’effondrera au moindre contact. Les Russes agissent à l’intérieur des frontières de Yalta et n’en sortiront pas. Mais ils ne laisseront pas y pénétrer l’OTAN.

Et comment, dans les conditions actuelles, l’OTAN et les Etats-Unis pourront-ils faire retraite d’Afghanistan à travers le territoire russe, pour éviter la catastrophe d’une retraite à travers le Pakistan ? On n’a pas idée de se mettre dans pareille situation. Le rapprochement avec l’Inde ne suffira pas à offrir une solution pragmatique. Et c’est là le problème dont personne ne parle. Et qui n’est certainement pas indifférent à la Chine, qui pourrait permettre une solution, peut-être à des conditions commerciales, ce qui arrangerait tout le monde. Mais qui peut permettre à une troupe surarmée de pénétrer sur son territoire ? Les diplomates ont du pain sur la planche. Certains vont manger leur chapeau.

*Jean Guiart est  anthropologue et éthnologue français.  Il a été directeur d’Études à l’École pratique des hautes études, professeur d’ethnologie générale à la Sorbonne (1968-1973), directeur de l’Unité d’enseignement et de recherches de sciences sociales à la Sorbonne, professeur d’ethnologie au Muséum national d’histoire naturelle et directeur du laboratoire d’ethnologie du Musée de l’Homme. C’est avec plaisir que nous publierons prochainement d’autres articles qu’il nous a fait parvenir.

Vers une seconde guerre en Libye ? L’Italie prête à intervenir ?

Nacéra BENALI, El Watan, 16 février 2015

Officiellement, l’Italie serait prête à envoyer des soldats en Libye «pour combattre l’avancée des terroristes de l’ISIS». Il s’agirait d’une intervention terrestre, que les responsables italiens voudraient «coordonner avec les alliés européens et les pays voisins de la Libye».

C’est le ministre des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni, qui a affirmé le premier, lors d’un entretien télévisé, que son pays ne pouvait rester passif face à l’avancée des hommes armés de l’ISIS. «L’Italie soutient la médiation de l’ONU, mais si on ne réussit pas, il faudra se poser le problème et, avec l’ONU, faire quelque chose de plus.»

Plus explicite, le chef de la diplomatie italienne a ajouté : «L’Italie est prête, dans le cadre de la légalité internationale, à combattre (…). Nous ne pouvons pas accepter qu’à quelques heures de navigation de nous, il puisse y avoir un terrorisme actif.» L’argument de la «proximité» du terrain belliqueux est faible en soi. Faut-il rappeler que les terroristes armés, en Algérie, étaient actifs pendant dix ans, à quelques kilomètres des côtes italiennes, mais Rome n’avait jamais semblé préoccupée outre mesure. Cette déclaration inattendue a valu à l’Italie une menace directe proférée par l’ISIS qui, sur sa radio de propagande Al Bayan, qui émet à partir de Mossul, a taxé la péninsule de «pays des croisés».

Et c’est la ministre de la Défense, Roberta Pinotti, qui a renchéri, hier, sur les pages du quotidien romain Il Messaggero, en confirmant l’intention de son gouvernement : «L’Italie est prête à guider en Libye une coalition des pays de la région, européens et d’Afrique du Nord, pour arrêter l’avancée du califat qui est parvenu à 350 km de nos côtes. Si en Afghanistan nous avons envoyé jusqu’à 5000 soldats, dans un pays comme la Libye, qui nous concerne de beaucoup plus près et où le risque de détérioration est beaucoup plus important pour l’Italie, notre mission peut être significative et consistante, y compris en effectifs (…). Cela fait des mois que nous en parlons, à présent cette intervention est devenue urgente.»

Un feu vert de Washington ? 

Dans un tweet diffusé hier à midi, Mme Pinotti laissait de nouveau entendre que l’Italie était prête «à faire sa part dans le cadre d’une mission de l’ONU. Pour l’instant, on soutient l’effort diplomatique». Ces déclarations officielles ont jeté le trouble, y compris parmi la classe politique italienne ; les partis de l’opposition ont demandé au ministre des Affaires étrangères de se présenter devant le Parlement pour s’expliquer sur cette question cruciale, ce qu’il fera jeudi prochain Il est vrai que l’Italie craint un déferlement de réfugiés sur ses côtes, surtout qu’elle vient de mettre terme au plan Mare Nostrum par souci d’économie (hier, on signalait 12 embarcations au large de la Libye en voyage vers l’Europe).

Et il est avéré qu’elle a des intérêts économiques très importants en Libye (le groupe énergétique ENI y a consenti de gros investissements) et il lui arrivait de produire, dans cette situation instable, jusqu’à 180 000 barils d’hydrocarbures par jour, une production acheminée vers la Sicile via le gazoduc Green stream).

Mais l’Italie n’a tout de même pas le poids diplomatique d’une puissance européenne qui déciderait, unilatéralement, d’envoyer des milliers de soldats dans un pays en proie au chaos, qui plus est son ancienne colonie. Gouvernée par des hommes politiques ouvertement pro-américains et pro-israéliens, la péninsule ne prendra jamais l’initiative de participer à une guerre terrestre en Libye si elle n’a pas eu au préalable carte blanche de la Maison-Blanche et des pays voisins.

Est-ce pour cela que Gentiloni s’est rendu précipitamment à Alger, il y a deux semaines, alors qu’il n’y avait aucun enjeu diplomatique ou économique en vue ? Que lui ont dit les responsables algériens ? Ont-ils donné leur bénédiction à une intervention armée terrestre délicate, à quelques encablures de la frontière est de l’Algérie ?

Une interview d’Henri Martin au Manifeste (2003)

2003-interv-h-martin-manifeste-ca HENRI MARTIN, un communiste contre la guerre d’Indochine

La guerre d’Indochine a presque complètement disparu des mémoires. Retour sur cette page d’histoire avec Henri Martin, communiste français opposé à la guerre.

En 1944, j’avais 17 ans et j’étais dans les maquis FTP du Cher. La libération de Bourges a eu lieu le 6 septembre. J’ai adhéré au Parti le lendemain. Les résistants du Cher avaient formé le 1er régiment populaire berrichon. Nous avons été envoyés sur le front de Royan. Notre capitaine a sauté sur une mine et il est mort le lendemain. Je me suis alors juré de poursuivre le combat contre le fascisme et de m’engager pour la vie.

Continuer à combattre le fascisme

Pour continuer à combattre, il n’y avait pas d’autre solution que de s’engager : j’ai choisi la marine. En février 1945, j’étais démobilisé mais je n’avais toujours pas de réponse à ma demande d’engagement. J’ai été à Orléans, au Centre de recrutement. Là, on m’a expliqué que ça accélérerait les choses si j’étais volontaire pour l’Extrême-Orient. J’ai signé mon engagement le 1er juin : les Allemands avaient capitulé le 8 mai, mais les Japonais occupaient toujours l’Indochine.

En octobre 1945, j’embarque sur un navire de guerre, l’Aviso-Chevreuil. Nous arrivons à Saïgon fin décembre. Les Japonais ont capitulé depuis mi-août. La veille de notre arrivée, le commandant nous a convoqués et nous a expliqué que des déserteurs japonais refusaient de capituler et qu’ils encadraient des pillards. L’armée française venait donc rétablir la sécurité.

A peine arrivés, nous partons en opération. Nous transportons des troupes le long des côtés du sud Viêt-nam et nous remontons le Mékong. Dans ces troupes, il y a énormément de soldats allemands engagés dans la Légion étrangère. Ça me fait un choc de me retrouver du même côté que les gens que j’ai combattus. Surtout quand je comprends qu’on incendie des villages comme à Oradour et qu’on s’en prend à une population qui résiste ! Je demande alors ma démobilisation : elle est refusée.

Le bombardement d’Haïphong

Le accords du 6 mars 1946 devaient mettre fin à la guerre. Or, l’armée française poursuit les combats au Viêt-nam du sud. Je vais être témoin du déclenchement de la guerre d’Indochine. Le port de Haiphong était un des rares endroits où l’État vietnamien nouvellement indépendant pouvait collecter des fonds via les droits de douane. Mais, l’armée française s’y oppose régulièrement et lance un ultimatum à l’armée vietnamienne en exigeant son retrait total de Haiphong. L’ultimatum est fixé au 23 novembre 1946 à 10 heures du matin. A 10 heures précises, l’armée française ouvre le feu : navires de guerre, artillerie, aviation, tous bombardent. On nous ordonne de tirer sur les colonnes de l’armée vietnamienne en repli. Mais cette armée ne se replie pas, elle résiste. Ce que l’on bombarde, ce sont des colonnes de civils. Cela dure deux jours. La ville est complètement détruite : il ne reste qu’un gigantesque tas de gravas. Les historiens vietnamiens retiennent le chiffre de 20 000 morts. Après Haiphong, les Vietnamiens décident de résister à toute nouvelle attaque de l’armée française et la guerre se généralise.

Moi, je dis à mes supérieurs que je suis opposé à cette guerre injuste. Il ne s’agit pas de combattre le fascisme mais de se battre contre un peuple qui veut son indépendance. Je refuse de prendre les armes et je fais une deuxième demande de démobilisation le 1er juin 1947. elle est également refusée.

Retour en France

Après deux ans en Indochine, je suis finalement rapatrié en France en décembre 1947. Je suis affecté à l’usine d’essai des combustibles à l’arsenal de Toulon. Je prends discrètement contact avec la fédération du PCF et je continue mon travail de propagande. En juin-juillet 1949, les journaux communistes sont interdits dans les casernes : je suis alors obligé de rédiger mes propres tracts. Durant deux ans, je contacte une soixantaine de marins qui acceptent de distribuer des tracts contre la guerre sur leurs navires. J’amène le matériel à bord et ils le diffusent.

Au 2e semestre 49 arrive un quartier-maître mécanicien, dénommé Liebert. Il nous raconte qu’il sort de trois semaines de « maritime » pour s’être engueulé avec un ingénieur. Là, je manque de vigilance : à Toulon, on ne prend que de très bons mécaniciens à condition qu’ils n’aient eu aucun problème de discipline. Il reconnaîtra, devant le Tribunal maritime de Brest au moment de mon procès, s’être engagé volontairement dans l’armée allemande pendant la guerre ! Condamné pour indignité nationale, il ne peut théoriquement pas être incorporé dans l’armée française, sauf en mission policière.

Je discute avec lui et je lui dis que je suis contre la guerre. Il se prétend d’accord avec moi. Je lui propose de distribuer des tracts, mais il refuse. Il me met toutefois en contact avec un marin du porte-avion Dixmude, Heimburger, lui aussi opposé à la guerre. Je lui fais connaître les autres marins du Dixmude, et je n’aurai plus aucun contact avec lui par la suite.

L’affaire Henri Martin

Fin 49, on est en pleine guerre froide. Le gouvernement et la police décident de compromettre les partisans de la paix en Indochine. Surveillé depuis plusieurs semaines, je suis arrêté par les gendarmes maritimes le 14 mars 1950. La veille, sept marins qui distribuaient à l’intérieur de l’arsenal avaient été arrêtés. Je n’étais pas avec eux : devant être démobilisé quelques semaines plus tard, je les avait laissés pour qu’ils apprennent à faire sans moi ! Interrogés, ils disent que c’est moi qui leur ai donné les tracts. Après quelques heures d’interrogatoire, je comprends qu’ils ont parlé. Je reconnais donc avoir donné des tracts… à ceux qui ont déclaré en avoir reçus ! Et j’explique que je l’ai fait pour protester contre le caractère profondément injuste de la guerre au Viêt-nam.

Le lendemain, l’interrogatoire reprend. Le responsable de la sécurité maritime et les inspecteurs de police veulent me faire dire que c’est la Fédération qui m’a remis les tracts. Je ne le reconnais évidemment pas. Ils me posent également sans arrêt la même question : « Si l’armée russe envahissait notre territoire, que feriez-vous ? » Thorez venait de déclarer que le peuple de France ne combattrait pas l’Armée rouge. Je réponds que jamais l’URSS n’attaquera la France. Je suis mis en « maritime », accusé de participation à une tentative de démoralisation de l’armée française, et un juge d’instruction me demande de choisir un avocat. Je désigne Maître Scarbonchi, un avocat communiste. Trois semaines plus tard, je suis inculpé de complicité de sabotage. Je ne le sais alors pas, mais Heimburger, un mois auparavant, a lancé une poignée de meule émeri dans un bain d’huile, très probablement à l’instigation de Liebert. Il est accusé de sabotage. Mais ce geste a tellement peu de conséquence que même les experts militaires sont gênés.

Mon procès s’ouvre en octobre 1950. Là, devant le Tribunal maritime de Brest, Heimburger se rétracte en disant qu’il ne veut pas laisser condamner quelqu’un à sa place. L’opération qui visait à discréditer le Parti a échoué ! Je suis innocenté de l’accusation de complicité de sabotage, mais condamné à cinq ans de réclusion pour « participation en connaissance de cause à une entreprise de démoralisation de l’armée et de la nation ». Heimburger, lui, est condamné à cinq ans de prison. Le jugement sera cassé en appel. Le deuxième procès, qui s’ouvre en juillet 1951, confirme la sentence. Je ne serai libéré qu’en août 1953, en conditionnelle.

Cette opération, menée dans le contexte de la guerre froide, visait à discréditer le PCF, seule force politique en France à s’opposer à la guerre coloniale. Actuellement, le capitalisme n’a plus de force organisée face à lui, ni en France ni ailleurs. Il n’a plus aucune raison de se gêner, et effectivement, il se déchaîne. Le PCF se détruit de lui-même, de l’intérieur. Dans les années 50, nous étions une force organisée avec une conviction idéologique. Aujourd’hui, cette force a disparu : on en voit les conséquences sur les luttes. Faut-il baisser les bras ? Non : les forces communistes existent, elle ne sont pas totalement détruites, mais elles sont éclatées. Si elles réussissaient à se reconstituer, à mener la bataille idéologique, à rassembler au delà de leurs forces, cela pourrait changer beaucoup de choses.

Témoignage recueilli par Caroline ANDREANI

L’Ukraine : une bombe géopolitique à retardement Jean Geronimo

Jean Geronimo, Comité Valmy, 15 février 2015

La bataille d’Ukraine se présente comme un enjeu géopolitique majeur entre les deux superpuissances de la Guerre froide, dans le cadre d’une partie stratégique jouée sur l’Echiquier eurasien et activant les Etats-pivots de la région comme des pions internes à cette partie.

Le contrôle de l’Ukraine, perçue par les deux adversaires comme un Etat clé de cet Echiquier, s’inscrit dans la poursuite d’un double objectif tenant d’une part, à l’extension des zones d’influence idéologique et d’autre part, à la conquête du leadership politique en Eurasie post-communiste. Associée à sa capacité de nuisance sur les grands acteurs de la région, la nature stratégique de l’Ukraine sur les plans politique (au cœur des grandes alliances) et énergétique (au cœur du trajet des tubes), explique son rôle fondamental dans la ligne anti-russe de Z. Brzezinski reprise par l’administration Obama. La cooptation de l’Ukraine – définie par E. Todd comme une « périphérie russe » – permettrait, en effet, de briser la pierre angulaire de la stratégie eurasienne de reconstruction de la puissance conduite par Moscou depuis la fin des années 90. Cette reconstruction russe s’opère sur la base du recouvrement de sa domination régionale et sera concrétisée, en 2015, par l’émergence de l’Union économique eurasiatique. Au final, cette configuration justifie, selon la terminologie de Brzezinski, le statut de « pivot géopolitique » de l’Ukraine à la source du conflit actuel – issu d’un véritable coup d’Etat, selon J. Sapir.

Un coup d’Etat national-libéral, manipulé

Dans ce cadre, le coup d’Etat préalable au contrôle d’une république majeure de l’ex-URSS a justifié une stratégie manipulatoire axée sur la désinformation continue en vue du formatage de l’opinion publique internationale et, surtout, l’amorce d’un processus « révolutionnaire » – inspiré du modèle syrien, dans sa phase initiale. L’objectif de ce processus a été de précipiter la chute du président en place, Victor Ianoukovitch, en lui donnant un habillage légitime confirmé par le blanc-seing occidental. En cela, ce coup d’Etat national-libéral – acté le 22 février 2014 – s’insère dans la logique des scénarios « colorés » de la décennie 2000, construits par l’Occident dans l’espace post-soviétique à partir de relais locaux et d’ONG « démocratiques » s’appuyant sur de puissants réseaux politiques, liés aux élites oligarchiques et aux principaux opposants aux pouvoirs pro-russes en place. A l’époque, ces « évènements » ont été interprétés par le Kremlin comme des signaux d’une offensive plus globale qui ciblera, à terme, la Russie – et dont les prémisses, via l’ingérence occidentale, ont été observées lors des dernières élections russes (présidentielles) de mars 2012. Selon une inquiétante certitude et en dépit de l’absence de preuves réelles, l’ONG Golos à financement américain (!) a alors accusé Vladimir Poutine de « fraudes électorales massives ». L’objectif de Golos était d’alimenter le mécontentement de la rue pour, in fine, créer – en vain – une effervescence « révolutionnaire » à visée déstabilisatrice, contre le nouveau « tsar rouge ». Comme une redondance médiatique, routinière et manipulatrice – observée, un peu plus tard, lors du Maïdan.

Cette vision russe « complotiste » est parfaitement résumée par H. Carrère d’Encausse dans son livre de 2011, « La Russie entre deux mondes ». Elle rappelle que pour Poutine, c’est alors une « vaste entreprise de déstabilisation de la Russie qui se dessine, dans laquelle des Etats étrangers et des organisations de tous types de l’OSCE à diverses ONG, sont associés pour l’affaiblir ». Issues de technologies politiques occidentales visant, à terme, à éroder l’influence de l’ancienne superpuissance dans sa périphérie post-soviétique, ces « révolutions de couleur » ont montré leur redoutable efficacité à travers l’élimination des dirigeants pro-russes – en Géorgie, en Ukraine et au Kirghizstan. Ce faisant, on a alors assisté à l’émergence d’une nouvelle idéologie implicite, la Démocratie libérale, utilisée comme levier légal d’ingérence dans la vie politique interne des Etats ciblés. Ce levier est considéré par V. Poutine comme un élément essentiel du nouveau soft power occidental de déstabilisation des régimes « ennemis » et, par ce biais, comme une menace potentielle contre son propre pouvoir.

Etrangement, comme l’a rappelé J.M. Chauvier, cette même Démocratie a fermé les yeux sur le rôle décisif des courants extrémiste et nationaliste, proches des idéologies néo-nazies, dans le basculement et la réussite finale du processus « révolutionnaire » de l’Euromaïdan, précipitée par de mystérieux snipers. Catalysée par sa haine du russe et de l’idéologie communiste, ce réveil en Ukraine de la pensée ultranationaliste d’inspiration néo-nazie s’inscrit dans une évolution plus générale à l’échelle de l’Europe, observée avec justesse par A. Gratchev, dernier porte-parole et conseiller du président de l’Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev. Dans son livre de 2014 « Le passé de la Russie est imprévisible », Gratchev affirme que cette « montée de la popularité des nationalistes, de l’extrême droite et des néo-fascistes (…) » démontre les limites et, en définitive, l’échec de notre système démocratique : « Il est de plus en plus évident que le mécanisme bien rodé de la démocratie (…) commence à se bloquer ». Un constat amer au fondement, déjà, de la Perestroïka de Gorbatchev – et qui interroge sur la nature réelle de la « révolution » kiévienne.

Les nouvelles menaces révolutionnaires, « colorées »

Dans ce contexte géopolitique sensible, les « révolutions de couleur » sont considérées comme des menaces majeures pour la stabilité des Etats supposés a-démocratiques de la zone post-soviétique – en particulier, pour la Russie de Poutine structurellement visée et qui redoute un « scénario ukrainien ». L’universalisation de la Démocratie dans le monde, par le soft power – ou la force s’il le faut –, semble faire aujourd’hui partie des « intérêts nationaux » des Etats-Unis et de leur fonction régulatrice prioritaire en tant que superpuissance unique légitimée par l’histoire. Ce postulat scientifiquement (très) douteux a été proclamé en 2000, avec une euphorie condescendante, par l’ancienne secrétaire d’Etat de George W. Bush, Condoleezza Rice, convaincue de la fonction messianique de son pays : « C’est le travail des Etats-Unis de changer le monde. La construction d’Etats démocratiques est maintenant une composante importante de nos intérêts nationaux. » Comme une forme d’autolégitimation néo-impériale, au nom – bien sûr – des idéaux démocratiques, constitutifs d’une idéologie globale à visée expansionniste. Troublant.

Face à ces nouvelles menaces « colorées », les Etats membres des structures politico-militaires de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) et de l’Organisation de coopération de Shangaï (OCS) ont décidé, sous l’impulsion de la Russie, de coordonner leurs efforts en vue de définir une stratégie commune préventive. L’objectif déclaré est de mutualiser, à l’échelle régionale, différents moyens pour neutraliser cette nouvelle arme politique désormais privilégiée par l’Occident et s’appuyant, de plus en plus, sur des coups d’Etat habilement construits. En d’autres termes, il s’agit d’ouvrir un front commun eurasien face aux futures « révolutions » national-libérales. De manière indéniable, l’imbroglio ukrainien a favorisé cette prise de conscience politique et, en conséquence, justifié le leadership sécuritaire de la Russie dans sa zone d’intérêt prioritaire, la Communauté des Etats indépendants (CEI) – tout en y accélérant les processus d’intégration régionale. Pour Washington, un effet pervers non programmé – une maladresse stratégique.

Toutefois, certains effets post-révolutionnaires sont désastreux pour la Russie. Un premier effet géopolitique de la « révolution » kiévienne est l’extension de la sphère euro-atlantique à l’ex-URSS traduisant, de facto, la poursuite du recul russe dans son Etranger proche – considéré par sa doctrine stratégique comme une menace pour ses intérêts nationaux. Un second effet plus psychologique de cette curieuse « révolution » est d’alimenter la peur russe devant la progression irresponsable des infrastructures d’une OTAN surarmée à proximité de ses frontières – qui, à terme, posera la question politiquement délicate du bouclier anti-missiles américain. En raison de cette montée accélérée des menaces, on assiste aujourd’hui en Russie au retour du « syndrome de la citadelle assiégée », ressuscité des abimes idéologiques de la Guerre froide. Pour la Russie, contrainte de réagir, la crise ukrainienne laissera des traces indélébiles dans sa mémoire stratégique et, au-delà, dans sa vision de l’Occident. De ce point de vue, Maïdan exprime une rupture géopolitique radicale.

La réaction défensive russe, via l’axe eurasien

Portée par la propagande médiatique sur la « menace russe » et illustrée par l’escalade des sanctions, la stratégie anti-russe de l’axe euro-atlantique a d’une part, accéléré l’inflexion asiatique de la politique russe et d’autre part, favorisé la montée en puissance de l’axe eurasien sous leadership sino-russe – nouveau contre-pouvoir géopolitique à l’hégémonie américaine. Sur longue période, cette hostilité occidentale va inciter le gouvernement russe à autonomiser son développement – réflexe soviétique – pour réduire sa dépendance extérieure.

Dans le prisme soviéto-russe, cette dépendance économique est perçue comme une faiblesse politique, au sens où les adversaires potentiels l’utilisent comme une opportunité stratégique : renforcer la pression sur Moscou, en l’isolant davantage sur le plan commercial, via un embargo sélectif touchant les technologies sensibles. L’objectif ultime de cet embargo est de freiner le développement de la Russie et, par ce biais, le renforcement de sa puissance militaire – comme au bon vieux temps de la lutte anti-communiste. Cette configuration négative a été aggravée par la chute du rouble consécutive au triple impact des sanctions, de la fuite des capitaux et de l’effondrement du prix du pétrole manipulé par Washington – dans l’optique de déstabiliser V. Poutine, via l’amorce d’une récession économique nourrissant la contestation populaire, potentiellement « révolutionnaire ». Tous les coups sont permis, sur le Grand échiquier.

Dans la perception stratégique russe et, dans la mesure où Moscou est stigmatisée comme « l’ennemi de l’Occident », héritier de l’axe du mal, la crise ukrainienne montre le maintien d’un esprit de Guerre froide. En réalité, cette guerre latente n’a jamais cessé, en dépit de la brève lune de miel américano-russe observée après le drame du 11 septembre 2001 – suite à la main tendue de V. Poutine à G.W. Bush et à sa volonté de coopérer dans la lutte anti-terroriste. L’attitude menaçante et provocante de l’Occident dans la gestion de cette crise, très vite transformée en diatribe anti-Poutine, a conduit à la renaissance politique de l’OTAN – tout en légitimant son extension – et, en définitive, obligé Moscou à infléchir sa ligne stratégique. Un sous-produit géopolitique de l’Euromaïdan.

Après la provocation otanienne, l’inflexion doctrinale russe

Par la voix du chef de sa diplomatie, Sergueï Lavrov, la Russie a vivement réagi et condamné cette regrettable erreur, le 27 septembre 2014 : « Je considère comme une erreur l’élargissement de l’Alliance. C’est même une provocation (…) ». En conséquence, en vue d’intégrer ces « nouvelles menaces », l’administration russe a programmé un durcissement radical de sa doctrine militaire, dans un sens plus anti-occidental – ce que Moscou appelle une « réponse adéquate ». Dans l’optique de rendre possible cette inflexion doctrinale, et parce que « (…) la Russie a besoin de forces armées puissantes capables de relever les défis actuels », une hausse très importante (d’un tiers) des dépenses militaires russes est prévue en 2015, selon le projet de loi budgétaire. De facto, c’est bien l’idée d’un rééquilibrage géostratégique qui se joue au cœur du conflit ukrainien et, par ricochet, au cœur de l’Eurasie post-communiste. Avec, comme ultime conséquence, l’émergence d’un conflit gelé – potentiellement déstabilisateur pour la région.

Au final, dans le cadre de la crise ukrainienne et en dépit des accords de Minsk du 5 septembre, l’exacerbation de l’opposition américano-russe alimente une forme rénovée de la Guerre froide, la Guerre tiède, structurée à partir d’une bipolarisation idéologique renaissante.

Désormais, cette dernière est nourrie par la contagion mondiale des « révolutions » national-libérales guidées, de l’Etranger, par la conscience démocratique de la docte Amérique – au nom de sa légitimité historique, ancrée dans sa victoire finale contre le communisme. Dans son discours annuel – très offensif – du 4 décembre 2014, devant le parlement russe, Poutine a dénoncé cette dangereuse dérive dont une conséquence inquiétante est d’accélérer la montée des idéologies néo-nazies dans l’espace post-soviétique, notamment en Ukraine. Le 29 janvier 2015, Mikhaïl Gorbatchev a reconnu que l’irresponsabilité de la stratégie américaine avait entraîné la Russie dans une « nouvelle Guerre froide ».
Terrible aveu.

Dans ses implications stratégiques, la fausse révolution du Maïdan est donc une véritable bombe – géopolitique – à retardement.

Jean Geronimo
Docteur en Économie

Spécialiste des questions économiques et géostratégiques russes

Université Pierre Mendès France, Grenoble II

VRAIS ET FAUX AMIS DE LA GRÈCE

Un communiqué de la Polex

14 février 2015

La droite « européenne » ne s’y est pas trompée : les élections grecques ont asséné une grande gifle sur le museau de la dictature « libérale-austéritaire » qu’est l’Union européenne.

Les bons résultats du Parti Communiste Grec KKE (5,28 % des suffrages), en progrès, et les 36 % du parti de gauche Syriza, de même que les manifestations massives en Espagne et dans d’autres pays, sont les prémices d’une insurrection populaire pacifique, contre les effets ravageurs du capitalisme transnational, incarné aujourd’hui par l’Union européenne, ses commissaires, sa « Troïka », ses banquiers, et ses politiciens de « gauche » et de droite.

Cet affrontement qui démarre en Grèce met le Gouvernement Tsipras devant une alternative simple :

– soit céder aux exigences des autorités européennes et de la banque de Francfort et trahir les espoirs de ceux qui l’ont élu.

– soit refuser leur diktat, rompre avec la logique européenne, rejeter l’étranglement par la dette et l’euro, et les traités de soumission de l’UE.

Mais il ne pourra réussir à le faire qu’appuyé par la mobilisation sans précédent de la population, salariés et chômeurs, de la Grèce, et des autres pays d’Europe. Nous devons être prêts à cet affrontement, qui peut être décisif pour nos peuples, et à affirmer dans la rue, comme à Athènes, Lisbonne, ou Madrid, notre SOLIDARITÉ avec ceux qui ouvrent la voie.

Après sa victoire électorale, malgré les menaces relayées par la plupart des médias français (« mettre en cause l’UE, c’est plonger dans l’abîme »), le peuple grec n’a pas manqué d’amis, surprenants et hypocrites. Du Président Hollande découvrant qu’il était contre l’austérité (!), à Marine Le Pen présentée par Le Monde comme seule à dénoncer l’UE (!).

Ces faux amis se dévoilent dès que l’affrontement commence : Hollande a reçu Tsipras, mais lui a conseillé « la modération », puis est allé assurer sa commère Merkel de l’alignement de Paris sur « les engagements européens ». Marine Le Pen s’est empressée de déclarer, sans que la presse française en fasse état : « la Grèce doit rembourser sa dette » !

Tous ces faux amis pèsent pour amener le gouvernement grec à oublier ses engagements électoraux, et à se coucher devant les exigences de la BCE.

Un autre chemin est possible, de rupture avec les traités européens, pour l’indépendance nationale, avec le soutien des citoyens et travailleurs de Grèce et des autres pays d’Europe. Ce chemin est la seule issue. Car en dernière analyse ce ne sont pas les politicie