«L’important, c’est que l’Europe bouge»

Elias SAMBAR, Libération, 2 décembre 2014

Elias Sanbar, ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco, estime essentiel qu’une conférence internationale de paix ait lieu.

Etes-vous optimiste pour le vote de ce mardi ?

Ce projet, qui suit les résolutions adoptées par la Suède, la Grande-Bretagne et l’Espagne, a de bonnes chances d’être adopté. Certains le qualifient de symbolique, à tort. On y reconnaît explicitement le statut de pays, certes occupé, mais pays quand même de la Palestine. Cela signifie nommer et reconnaître la capitale, Jérusalem, et dire où se trouvent les frontières du pays reconnu. Ironie de l’histoire, ces résolutions reconnaissant les frontières de la Palestine énoncent, de facto et a contrario, le tracé des frontières d’Israël, jamais définies par ce dernier ! L’annonce suédoise a été inaugurale car le gouvernement reconnaissait l’Etat palestinien. En Grande-Bretagne, les parlementaires britanniques n’ont pas juste appelé à la reconnaissance, ils ont aussi rappelé la responsabilité historique de leur pays et le devoir de réparer l’injustice née en 1917 de la déclaration Balfour. Une réparation qui ne s’accompagne bien sûr pas d’une réclamation de la disparition d’Israël, mais du choix clair de deux Etats. Je vois ces résolutions comme parties d’un processus, non comme des décisions isolées. Elles devraient donc se prolonger par d’autres reconnaissances européennes. Les Espagnols, hélas, en incluant un amendement à leur texte, l’ont quasiment vidé de substance : celui-ci enjoint le gouvernement de reconnaître la Palestine une fois qu’un Etat sera né des négociations. Ils oublient que cela fait un quart de siècle que ces négociations ont lieu et que la seule chose qui en soit née, c’est un développement jamais vu des colonies rendant impossible l’émergence d’un Etat palestinien. Ils oublient surtout que lorsqu’un Etat sera né des négociations, tous les pays le reconnaîtront… Le projet français est le plus avancé. Il dit explicitement capitale, frontières, deux Etats et date butoir de vingt-quatre mois pour l’aboutissement des négociations. A quoi s’ajoute l’annonce faite par le président Hollande puis par Laurent Fabius de convoquer une conférence internationale de paix.

Le président palestinien veut faire voter une résolution à l’ONU visant à mettre fin à l’occupation israélienne. Y croyez-vous ?

Le projet palestinien en cours vise à énoncer les principes d’une négociation – les mêmes que ceux du projet français – ainsi que la durée de vingt-quatre mois pour mettre fin à l’occupation. La France y collabore pour tenter de trouver une formulation qui évite le veto américain au Conseil. Je suis sceptique mais j’espère être démenti par les faits. L’important, c’est que l’Europe bouge, que la conférence de paix se tienne. Autre espoir, celui d’un grand mouvement citoyen israélien qui réclamerait aussi la reconnaissance d’un Etat palestinien. Nous entendons des appels en ce sens, de la société et d’une partie de l’establishment, notamment militaire. Je pense à l’appel d’une soixantaine de généraux réclamant cette reconnaissance. Si l’élan occidental se poursuit et qu’il croise ce mouvement de société en Israël, alors un verrou aura sauté. La création d’un Etat palestinien est soutenue par une minorité en Israël ! C’est vrai que le rapport de force politique est à l’avantage de la ligne dure. C’est pour cela que je suis à la fois optimiste et inquiet. Nous assistons à une course de vitesse entre deux vecteurs de forces : celles qui courent vers le désastre et le bain de sang, et celles qui proposent une sortie par le haut des conflits. Je veux garder l’espoir car je me dis que, souvent, des aspirations minoritaires au départ, celles du choix de la vie et non de la mort, ont démenti les pronostics. Quel était le pourcentage des citoyens français en faveur de la fin de la guerre d’Algérie ? Les percées historiques ne se mesurent pas toujours en pourcentage.

Mahmoud Abbas a-t-il les moyens de calmer la violence à Jérusalem-Est ?

D’abord, Mahmoud Abbas n’a pas suscité les violences, elles sont filles naturelles de toute occupation. Deux questions pour répondre à la vôtre : Abbas en a-t-il la volonté ? Je peux vous l’assurer, il l’a. Le monde entier le sait, le gouvernement israélien le premier. La détermination du président palestinien à conclure la paix n’a pas bougé d’un iota. Malgré vingt-trois ans de négociations infructueuses et les injures de divers ministres israéliens qui, sans peur du ridicule, l’accusent d’être le «terroriste» commanditaire des violences. En a-t-il les moyens ? Vous avez les moyens si vous ne vous présentez pas devant votre peuple les mains vides. Si Abbas dit à son peuple : je vous amène la liberté, la souveraineté et une vie quotidienne normale, comment imaginer que celui-ci préférera la mort à la vie ? La question est de savoir quand cette politique du désastre menée par Israël va être remplacée par une politique du partage. Le temps ne joue pas en faveur de la paix. Le moment est venu, après vingt-trois ans d’atermoiements, d’inaugurer le temps du courage politique.

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