Le combat d’une historienne pour 70 tirailleurs sénégalais

Raphaël BALDOS, La Croix, 29 avril 2013

Après une longue enquête, la chercheuse Armelle Mabon estime que le massacre de 70 tirailleurs sénégalais à Thiaroye, au Sénégal, en 1944, a été prémédité.

Ce 1er  décembre 1944, les troupes coloniales encerclent la caserne de Thiaroye, au Sénégal, où 1 300 ex-prisonniers de guerre d’Afrique de l’Ouest réclament leur rappel de solde. Des coups de feu claquent. La fusillade fait 70 morts, selon le bilan du général Dagnan qui avait mené l’assaut, mais sera ensuite revu à la baisse par les autorités.

Le massacre, commémoré au Sénégal, n’a jamais été reconnu officiellement par la France. Du moins jusqu’à ce que François Hollande rappelle le drame, à Dakar, le 12 octobre 2012 : « La part d’ombre de notre histoire, c’est aussi la répression sanglante qui en 1944, au camp de Thiaroye, provoqua la mort de 35 soldats africains qui s’étaient pourtant battus pour la France. »

Armelle Mabon, 52 ans, maître de conférences à l’université Bretagne-Sud, à Lorient, enquête depuis 2000 sur cette tragédie dans le cadre de ses travaux sur l’internement par les nazis d’au moins 70 000 combattants « indigènes » dans des camps installés en France.  Pour elle, il y a eu plus de 35 victimes : « Ce chiffre est celui du bilan officiel du 6 février 1945. Il dissimule au moins la moitié des décès », estime l’auteur de Prisonniers de guerre “indigènes”, Visages oubliés de la France occupée (La Découverte).

UN « MENSONGE D’ETAT »

Au terme d’un examen minutieux des documents conservés aux archives du service historique de la défense et au Sénégal, et après avoir interrogé des experts en armurerie, Armelle Mabon conclut à la préméditation.

« L’ordre était vraisemblablement de tirer pour faire un exemple. À part quelques poignards et baïonnettes, les mutins n’étaient pas armés. Rien ne justifiait d’utiliser un char, deux half-tracks et trois automitrailleuses »,dit-elle .

Soutenue par le général André Bach, ancien chef du Service historique de l’armée de terre (SHAT), Armelle Mabon publiera sa version de ce « mensonge d’État » dans un ouvrage collectif à paraître aux PUF en octobre prochain.

Fille d’un ouvrier militant à la Jeunesse ouvrière chrétienne, cette ex-assistante sociale réclame désormais la réhabilitation officielle des tirailleurs de Thiaroye, un bilan sincère du nombre de morts, la divulgation du lieu de leur sépulture et la reconnaissance de leur spoliation. « Je ne cherche pas la repentance. Je veux que la France et les pays d’Afrique sachent ce qui s’est passé », martèle-t-elle.

RAPHAËL BALDOS (à Saint-Brieuc)

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