Gironde : des ouvriers hongrois étaient payés 2 euros de l’heure

Julien LESTAGE, Sud Ouest, 25 novembre 2014

Sur le chantier de la ferme photovoltaïque d’Arsac, le préfet a prononcé l’arrêt d’une entreprise hongroise pour infraction de travail illégal.

C’est une « tuile » pour la ferme photovoltaïque d’Arsac. Un vaste chantier s’étalant sur 160 hectares et dont la construction a démarré au mois de juillet pour une mise en service d’un premier « bloc » de la ferme en début d’année 2015. Ce qui semble maintenant compromis.

Sur site, à la frontière du Médoc et de l’agglomération bordelaise, le préfet Michel Delpuech vient de prendre un arrêté d’interruption de l’activité de l’entreprise hongroise Olp Tech, intervenant comme sous-traitant pour le compte de Krinner, une autre entreprise, allemande cette fois.

Mercredi 19 novembre, un vaste contrôle organisé dans le cadre du comité opérationnel anti-fraudes a permis de débusquer 31 ouvriers hongrois travaillant à un taux horaire défiant toute concurrence…

Le communiqué de la préfecture est précis : « Une rémunération sur une base quotidienne de 8 heures pour une durée effective de travail de 11 h 30, 6 jours sur 7 ; salaire de 2,22 € par heure effectuée. »

Ce qui est évidemment contraire, en France, aux conditions prescrites par le Code du travail et « porte une atteinte grave aux salariés eux-mêmes, à la loyauté de la concurrence et aux finances publiques », relaie encore la préfecture.

Pas très bavard…

Contactée par « Sud Ouest », la société Solaire direct, le porteur de projet de cette ferme photovoltaïque n’a pas souhaité réagir. La cellule communication de l’entreprise et sa direction refusant tout échange avec la presse.

Et sur place, lundi matin, les rares ouvriers présents sur le chantier se dérobaient aussi à tout contact avec les médias. Après le contrôle des gendarmes, en collaboration avec les services de l’Urssaf et de l’inspection du travail, la mauvaise humeur était palpable. « Il n’y a pas de problème », glisse simplement un ouvrier au fort accent d’un pays de l’Est, avant de disparaître dans un préfabriqué servant de bureau.

« C’est inacceptable »

Pour Gérard Dubo, le maire d’Arsac et président de la Communauté de communes Médoc Estuaire, « ce qui apparaît à travers ce contrôle est proprement inacceptable. Quelle que soit l’importance du projet, rien ne justifie que les règles puissent être ainsi bafouées. Il faut être intraitable ».

L’élu de commenter aussi que la société Solaire direct, le maître d’ouvrage de la ferme photovoltaïque, « aurait dû faire preuve de davantage de vigilance avec les prestataires présents et les conditions de travail ».

Pour Gilles Savary, député de la Gironde, « aucune entreprise, aucun maître d’ouvrage ou donneur d’ordres ne peut aujourd’hui spéculer sur l’impuissance de l’administration à lutter contre les formes modernes de traite des travailleurs ».

Et ce, notamment grâce à la loi du 10 juillet 2014 qui vise à renforcer les pouvoirs des préfets dans le cadre de la lutte contre la concurrence sociale. Une loi portée par le parlementaire girondin.

Michel Delpuech, le préfet de la Gironde, souligne « que dans un contexte de difficultés économiques, la fraude sous toutes ses formes au travail pèse encore plus sur les entreprises qui respectent strictement les règles. Ce qui est une forme de concurrence déloyale dont elles souffrent beaucoup. Et les professionnels attendent beaucoup de nous ».

Le détournement des règles

Enfin, pour le préfet, « le fait que des salariés d’autres pays, comme la Hongrie qui est dans l’Union européenne, viennent chez nous, n’est pas en soi critiquable. Ce n’est pas ça. C’est le détournement des règles. Et derrière cela, des prix tirés vers le bas dans tous les appels d’offres. C’est un dumping social que l’on ne peut pas cautionner ».

La directive européenne du 16 décembre 1996 précise « que les États membres de l’Union doivent veiller à ce que les entreprises garantissent aux travailleurs détachés sur leur territoire les conditions de travail et d’emploi qui sont fixées dans l’État sur le territoire duquel le travail est exécuté ». En Hongrie, le montant du Smic mensuel est de 344, 24 euros. En France, il est de 1 445, 38 euros. Des écarts qui donnent aussi à réfléchir.

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