Un pays sans trains : grève historique à la Deutsche Bahn

COURRIER INTERNATIONAL, CAROLIN LOHRENZ, 3 novembre 2014

La plus longue grève de l’histoire des chemins de fer allemands a commencé le 5 novembre. Les gares sont vides. L’industrie craint des millions d’euros de pertes.

C’est la plus longue grève dans l’histoire des chemins de fer allemands qui vient de commencer. Le 5 novembre, après l’échec des négociations salariales entre les syndicats des conducteurs de train et la direction de la Deutsche Bahn, les cheminots du fret ont arrêté le service. Ce jeudi, c’est le transport des passagers qui est également concerné. L’arrêt de travail durera jusqu’au lundi 9 novembre – 100 heures en tout –, et deux trains sur trois ne quitteront pas leur gare. Du jamais vu outre-Rhin.

Résultat : « Les gares sont vides. Les rues d’autant plus encombrées. Et maintenant, nous risquons de manquer d’essence », rapporte le Handelsblatt. Le premier quotidien économique du pays (Düsseldorf) est allé en reportage dans sa région, une des plus densément peuplées du pays, et constate : « Les bus, les agences de location et les taxis sont les gagnants de cette grève. [Mais] sans les trains, les durées de trajet ont doublé ce 6 novembre. » Le quotidien, comme la grande majorité de la presse, dénonce une prise d’otages inédite dans un pays fier de son dialogue social policé.

Très chère grève

Côté passagers, les Allemands, forts de l’expérience de six grèves depuis septembre, ont fait le plein d’essence il y a plusieurs jours déjà. Et à en croire Die Welt, le désagrément est très relatif. Insupporté par la SNCF allemande qui, contrairement à sa réputation, n’est pas sans failles, le quotidien conservateur ironise : « Enfin une nouvelle grève à la Deutsche Bahn. Beaucoup de passagers avaient déjà protesté contre cette pause inhabituellement longue. [Grâce au syndicat des conducteurs], ils tiennent enfin une explication pour les retards, les annulations ou l’éternelle rupture de stock dans les bistrots à bord des trains. »

Côté industrie, l’heure est moins à la plaisanterie. Les fédérations industrielles « comptent avec des coûts allant dans les millions d’euros », rapporte la Süddeutsche Zeitung. En premier ligne : les producteurs d’acier qui manqueront de matière première. La moitié des 200 000 tonnes d’airain ou de charbon transportés chaque jour passent par les rails. « Les entreprises ne pourront pas compenser une grève de cinq jours », note le quotidien de centre gauche, ni le port de Hambourg, qui traite 25 000 containers par jour. Ce centre de l’industrie d’Allemagne du nord « perdra son rythme ».

Hausse de salaires et réduction du temps de travail

Entre-temps, la direction de la Deutsche Bahn, elle, tente de combattre la grève devant la justice, et de l’arrêter en référé dans l’après-midi de ce 6 novembre. Mais, écrit la Frankfurter Allgemeine Zeitung, dans le passé, elle n’a jamais réussi à imposer cette mesure.

A Berlin, ville censée accueillir des milliers de visiteurs ce week-end pour commémorer les vingt-cinq ans de la chute du Mur, le Tagesspiegel se demande comment résoudre le conflit. Ce dernier porte sur une revendication de hausse de salaires et de réduction du temps de travail. Mais il s’agit surtout d’un conflit sur la représentativité du syndicat, qui veut négocier avec la direction au nom d’autres catégories du personnel. La Deutsche Bahn refuse. « Jusqu’ici, les passagers ont compris les revendications des conducteurs. Maintenant, la colère prévaut. »

Kit de survie pour usagers énervés

Raison pour laquelle les journaux se sont investis dans le soutien aux passagers. Appelant au calme, Spiegel Online publie un kit de survie pour usagers énervés, où l’on trouve, en plus guide du juron ou de la méditation, une playlist musical sur le thème « Waiting for a train… »

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