Au moins 100 000 personnes défilent contre les coupes budgétaires en Belgique

Jean-Pierre Stroobants, Le Monde, 6 novembre 2014

Des dizaines de milliers de manifestants vêtus de chasubles rouges, vertes et bleues, au couleur des trois grands syndicats belges, ont défilé jeudi 6 novembre sur les boulevards du centre-ville de Bruxelles. Une mobilisation d’une rare ampleur contre les mesures d’austérité portées par le nouveau gouvernement de droite.

Après les affaires liées aux relations troubles de deux ministres nationalistes flamands avec des milieux d’extrême droite, la bataille sur le terrain social s’annonce rude pour le premier ministre belge, le libéral francophone Charles Michel. Le mouvement est censé monter en puissance jusqu’au 15 décembre, jour prévu pour une grève générale. Et il prend un tour clairement politique : les socialistes francophones étaient présents dans le cortège.

« Il faut faire des efforts, c’est évident, mais le cocktail de mesures proposées par le gouvernement est particulièrement injuste. Les grandes entreprises et les détenteurs de capitaux ne participent pas à la solidarité, par contre, on diminue les salaires, on diminue les pensions et on touche à sécurité sociale », a ainsi dénoncé la chef de file des du PS, Laurette Onkelinx, en tête de cortège.

Baisse du pouvoir d’achat

Selon le service d’étude de ce parti, l’ensemble des réformes envisagées par le gouvernement va coûter annuellement 336 euros à chaque Belge. « La perte sera plus importante encore », juge Geert Peersman, économiste à l’université de Gand. Selon d’autres experts, c’est la première fois depuis 1982 – et une dévaluation du franc belge à l’époque – que le pouvoir d’achat des ménages va baisser.

Les trois grandes organisations syndicales (chrétienne, socialiste et libérale) dénoncent, elles, un gouvernement qui, disent-elles, aide les employeurs mais pénalise les travailleurs tout en n’exigeant rien de ceux qui vivent des revenus du capital ou de la propriété. Depuis l’entrée en fonction de la coalition qui rassemble trois partis flamands (les séparatistes de l’Alliance néoflamande, NVA, les chrétiens-démocrates et les libéraux) et un seul francophone (Le Mouvement réformateur de M. Michel) les syndicats sont en guerre contre plusieurs des mesures qu’il entend mettre en œuvre : la limitation du système des préretraites, un gel temporaire du système d’adaptation automatique des salaires à l’augmentation des prix, la limitation des budgets de la santé et les dépenses sociales, un « dégraissage » de tout le secteur public fédéral… Et, bien sûr, le report de l’âge de la retraite à 67 ans à partir de 2030, contre 65 ans actuellement.

« Mettre un terme à l’Etat providence »

Les fonctionnaires sont, d’ailleurs, les plus mobilisés. « Si ce gouvernement ne fait pas marche arrière, nous risquons de ne plus pouvoir contrôler nos troupes », affirme, dans le journal Le Soir, un leader du syndicat chrétien CSC. Le nouveau gouvernement ambitionne de réduire la masse salariale de la fonction publique de 10 % en cinq ans, de ne remplacer qu’un départ à la retraite sur cinq et de réduire les crédits d’investissement de plus de 20 %.

Des mesures budgétaires indispensables, jugent les libéraux. Les séparatistes flamands de la NVA approuvent et y voient sans doute un intérêt supplémentaire : réduire le poids du secteur fédéral est aussi un moyen, à leurs yeux, d’accélérer le démantèlement du pays, quitte à en passer par la phase intermédiaire d’un nébuleux « confédéralisme ».

Le département des finances, censé faire rentrer l’impôt fédéral, sera l’un des plus ciblés. Les grandes institutions culturelles fédérales verront un cinquième de leurs budgets disparaître et, aujourd’hui déjà, la justice crie famine : son budget 2014 était épuisé au 1er novembre et elle est incapable de payer les services des légistes, experts ou traducteurs auxquels elle fait appel. De quoi confirmer le diagnostic du leader de la NVA, Bart De Wever : le pays a été trop mal géré pour pouvoir être encore redressé…

Du côté néerlandophone, la gauche est en position de faiblesse mais dénonce la stratégie de la NVA, « un parti qui veut mettre un terme à l’Etat providence, un projet auquel nous avons œuvré durant cent ans », dit la socialiste Ingrid Lieten.

Devant l’ampleur de la manifestation, le premier ministre a improvisé une concertation jeudi soir et le ministre de l’emploi, le chrétien-démocrate Kris Peeters, a été prié de renouer le dialogue avec les syndicats et le patronat. M. Michel, qui a condamné des violences « inacceptables », a promis de« protéger le modèle social » du pays. Sans complètement convaincre ses interlocuteurs.

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