Ukraine : le Parti communiste exclu du Parlement

Solidaire, 23 juillet 2014

Le Parti communiste ukrainien (PCU) a été exclu du Parlement national. Il risque même une interdiction pure et simple, comme le réclame le ministre de la Justice. Un spécialiste de la région, le journaliste et essayiste Jean-Marie Chauvier, livre son analyse.

Jean-Marie Chauvier

232 députés sur 250 ont voté « pour », ce qui signifie que les représentants du « Parti des Régions » de l’ancien président Yanoukovitch se sont ralliés à cette mesure liberticide. Les députés du parti gouvernemental néonazi « Svoboda » ont acclamé la décision et entonné l’hymne national. Leur victoire est en effet digne d’être proclamée « historique » : c’est une revanche sur 1945 !

Le président de la Rada (Conseil) suprême Tourchinov a qualifié le parti communiste de « force politique haïe par le peuple » et justifié la décision par le fait que le groupe parlementaire du PCU avait fortement diminué. Les milieux officiels dénoncent également le fait que les communistes soutiennent les « terroristes prorusses ». L’interdiction du PC est revendiquée de longue date par les milieux nationalistes, qui détiennent la majorité au gouvernement de coalition entre nationaux-libéraux de « Baktivschina » (Patrie, de Youlia Timochenko et du premier ministre Arseni Iatseniouk) et fascistes de « Svoboda », ainsi qu’au sein des formations militaires liées aux ultras de « Pravy Sektor ». Le PC est à leurs yeux une survivance intolérable de « l’Empire du Mal », de l’URSS dissoute en 1991.

Le Parti Communiste Ukrainien avait obtenu 13 % des suffrages aux législatives de 2012 – essentiellement à l’Est et au Sud, où son score dans plusieurs régions ouvrières atteignait les 20-25 %. Il est vrai que, dans les circonstances de la terreur d’extrême-droite (de nombreux locaux incendiés et des militants violentés par les milices néonazies) et de la guerre de répression à l’Est, le PC s’est gravement affaibli et divisé entre partisans et adversaires du séparatisme, pris entre les deux feux des nationalismes ouest-ukrainien et russe. Il est également la cible des attaques de « gauchistes » antistaliniens et antirusses, qui souhaitent également la disparition de ce parti « honteux » et se retrouvent de fait dans le camp gouvernemental, à l’inverse d’autres forces de gauche et antifascistes qui lui sont opposés.

LE PC s’est donc retrouvé très isolé et sans plus de prise sur les événements.

Son renvoi dans une probable clandestinité, et la répression qui désormais vise non seulement les « prorusses » mais toutes les forces contestataires de gauche intervient alors que le gouvernement intensifie les opérations militaires à l’Est. Plus important à long terme : il vient d’annoncer un programme de privatisations dénoncé par les communistes selon lesquels ces privatisations vont profiter aux oligarques au pouvoir et aux multinationales occidentales. Et les mesures d’austérité se multiplient à l’encontre des salariés et des retraités.

Les risques de tensions sociales sont là, l’interdiction du PC tombe à pic.

L’évolution du régime de Kiev – légitimé en Occident, y compris à gauche – rappelle l’expérience chilienne sous Pinochet : un mélange d’ultralibéralisme et de méthodes dictatoriales, sous la conduite des instructeurs de la CIA.  Mais à la différence du Chili des années 1970, l’ aventure ukrainienne en cours bénéficie d’un large consensus au sein des opinions publiques (et des gouvernements) de l’Union Européenne et du fait que toute opposition à ce régime libéral-fasciste est associée à l’ennemi du jour n°1 : la Russie. Le climat de nouvelle « de guerre froide » induit en outre une mobilisation médiatique ad hoc et en conséquence une information « en uniforme ».

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