Grève à la SNCM : parce que l’État ne respecte pas sa parole !

Rouge Midi, 27 juin 2014

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À Marseille, tous les navires de la SNCM restent à quai ! Pourquoi ? Parce le gouvernement français, malgré les promesses de janvier dernier, se parjure et laisse au géant Véolia l’opportunité de dépecer la compagnie maritime. Dans l’intérêt de qui ? Des actionnaires ! Pourquoi voulez-vous que ceux qui risquent d’y perdre leur emploi ne disent rien ? Fralib l’a bien montré : seule la lutte paie.

Depuis mardi 24 juin, marins et sédentaires unanimes – SNCM-CGT, SAMMM, FO, CFE-CGC, CFDT et CFTC – ont arrêté pour la 3e fois cette année, le travail et ont cloué à quai les navires de la compagnie, interrompant totalement les traversées vers le Maghreb et la Corse, un avertissement avant les grands départs de l’été.

« Nous ne pouvons pas attendre septembre pour dénoncer les mensonges et les reniements de l’Etat », justifie le délégué CFE-CGC des officiers Pierre Maupoint de Vandeul. « Nous réclamons que les actionnaires, dont l’Etat (25%), respectent leurs engagements. La grève est de l’entière responsabilité du gouvernement. Nous sommes à l’heure de la clarification. les mensonges du gouvernement, qui est incapable d’engager les investissements qu’il a promis, et ça ne passent plus », a déclaré Frédéric Alpozzo, secrétaire de la CGT des marins SNCM.

En effet, ce projet de relance, longtemps soutenu par le gouvernement, prévoyait un pacte social avec 500 suppressions de postes (sur 2.600) et l’augmentation du temps de travail. En contre partie, l’État commandait quatre navires plus performants aux chantiers de Saint-Nazaire, avec à la clef des gains de productivité et publiait un décret sur l’emploi de marins.

Lors de la grève de Janvier dernier (avant les municipales – le PS pensait encore conquérir la mairie) les salariés en grève arrachaient à Jean-Marc Ayrault (alors premier ministre) un chèque pour la trésorerie. Un second coup était lancé en mars et Frédéric Cuvillier (Le ministre délégué chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche.) se fendait de propositions en phase avec le plan à long terme, une lettre d’intention de commande, valable jusqu’au 30 juin, était même envoyée aux chantiers navals de Saint-Nazaire.

Mais depuis le houleux conseil de surveillance du 28 mai dernier, le PDG de Transdev Jean-Marc Janaillac (sorti protégé par les CRS, sous les huées des salariés de la SNCM) a pu compter sur les voix des trois administrateurs de l’État en plus des siennes pour imposer son candidat contre l’avis des quatre représentants des salariés.

Le gouvernement, qui jusque là faisait figure d’arbitre, a justifié son soutien au nouveau dirigeant par la nécessité pour l’équipe dirigeante de « travailler et agir en confiance avec son principal actionnaire » et de « restaurer une gouvernance pleinement opérationnelle ». En clair : « je suis d’accord avec le privé et ses actionnaires et contre le maintien du service public ».

Que s’est-il passé entre temps ?

La ville reste à GAUDIN avec un clou dans la chaussure des marseillais : la mairie du 13 / 14 gagnée par le FN. Et surtout un refus de voter à gauche qui s’amplifiera lors des élections européennes. N’ayant plus rien à perdre ou à gagner, que fait donc le gouvernement socialiste ? Ce qu’il a toujours fait : trahir la classe ouvrière.

Mais cette dernière n’est pas obligée de tendre l’autre joue, elle peut jouer avec ses atouts. Et le meilleur d’entre eux , c’est la grève.

« Soit on a un gouvernement de transition énergétique et de relance industrielle, soit on a un gouvernement ultralibéral qui pratique la casse industrielle sur le port. (…) Il est clair pour nous qu’il y a une fuite en avant de l’Etat avec Transdev »affirme Frédéric Alpozzo de la CGT.

 » Le gouvernement n’a toujours pas apporté de réponse, explique t-il et nous exigeons une clarification de la position de l’Etat actionnaire quant à l’abandon ou non du plan à long terme et la commande des nouveaux navires qui doit intervenir avant le 30 juin. On veut mettre la SNCM en liquidation et faire croire que c’est à cause de la grève » accuse le syndicaliste ».

« On n’a plus rien à perdre ! L’actionnaire majoritaire veut nous tuer et le gouvernement va l’aider pendant que les Corses se frottent les mains et les tendent à Corsica Ferries. C’est une Europe de travailleurs détachés qu’ils veulent !? ». (voir encadré)

En fait on devrait dire des « travailleurs attachés » à ce point au capital qu’il peut leur imposer de partir travailler à l’étranger sans augmentation de salaire notable et surtout à des taux très inférieurs à ceux du pays d’exercice de celui-ci.

Évidemment la disposition des travailleurs détachés, prise par les instances de l’UE dans une circulaire de 1996, au nom de la sacro-sainte « concurrence libre et non faussée » concerne particulièrement la France où les salarié-e-s ont gagné, dans la foulée du CNR en 1945, des droits et en particulier une protection sociale financée par les richesses créées à l’entreprise.

Le grand patronat qui n’a jamais accepté cette conquête n’a eu de cesse de porter depuis des attaques de toutes sortes contre notre sécurité sociale. La dernière mode est donc celle des salariés « détachés ». Autrement dit une entreprise qui a un travail à faire en France, au lieu de le faire faire par des salariés sur place, fait appel à des esclaves des temps modernes qu’elle fait venir à bon compte (en moyenne 30% de moins sur les salaires). Bref c’est le retour du « plombier polonais ».

« On touche à un, on touche à tous »

« C’est par la grève, le rapport de force, la manifestation et la contestation que nous nous ferons entendre », annonce Frédéric Alpozzo. Il revendique 70% de grévistes chez les marins : « Avec ça, les réponses vont tomber de la part de ce gouvernement indigne de la République, incapable de respecter la signature d’un ministre. »

Et maintenant, tous les métiers du port soutiennent le mouvement : dockers des bassins Est et Ouest, douaniers, les personnels des ports de Fos et de Marseille. Le représentant CGT des agents du grand port de Fos, Pascal Galéoté, confirme : « Nous ne sommes pas seulement solidaires. Nous sommes en convergence de lutte. Et il n’est pas dit qu’on ne les rejoigne pas dans le mouvement dans les jours prochains. Pour nous, si la SNCM disparaît, c’est 60 emplois en danger sans compter l’activité des bassins Est qui serait directement impactée. »

« Je touche à un, je touche à tous et tous ensemble, on va gagner », conclut Alpozzo. Il confirme par exemple que les dockers de Fos ont refusé de « travailler le navire » de la Corsica ferries, appareillé pour transporter du fret entre la Corse et le continent.

Pour la CGT des marins de la SNCM, « la balle est donc dans le camp de l’Etat qui à toutes les cartes en main pour créer les conditions nécessaires à un été paisible. Le combat de la CGT à la SNCM est déterminé à s’opposer à la dérèglementation européenne, à la casse des services publics et à leur mise en concurrence avec le libéralisme sauvage ».

Et Gaudin qui préfère accueillir les usines à touristes de Costa ne dit pas un mot sur la SNCM. UMP / PS même combat !

Demandons l’abolition pure et simple de la circulaire esclavagiste de 1996 concernant le détachement temporaire en France d’un salarié d’une entreprise étrangère, car c’est elle qu’utilise Corsica Ferries pour casser les prix en utilisant des marins sous payés.

Soutenons et expliquons autour de nous la justesse de cette grève. Le capitalisme de Véolia n’est pas aménageable, seule la lutte solidaire des marins et des marseillais, si fiers de leur navires, peut le faire reculer.

Souvenons-nous des Fralib !

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