Victoire du « Roi du chocolat »: espoirs de paix, relance de la guerre ?

Bilan (provisoire) des présidentielles du 25 mai 2014 en Ukraine

Par Jean-Marie Chauvier

Mondialisation.ca, 31 mai 2014

Victoire de Petro Porochenko, grand patron de confiseries (d’autres industries et d’une chaîne télé) financier du soulèvement de Maïdan qui a permis de renverser son prédécesseur à la présidence Viktor Ianoukovitch, ardent partisan du rapprochement de l’Ukraine avec l’Union Européenne et de l’adhésion à l’OTAN, mais réputé apte à « reparler avec Moscou ». Un candidat sans véritable rival, et une victoire indéniable, mais remportée dans quelles conditions et représentative de quelle Ukraine !

Il importe de rappeler le contexte rien moins que démocratique de cette élection, même si « les formes » paraissent avoir été respectées dans le déroulement proprement dit du scrutin :

1.      Une insurrection violente a renversé un président contesté mais régulièrement élu et doté d’une majorité parlementaire jusqu’au « bain de sang » du 20 février, provoqué dans des circonstances mal éclaircies. (la fusillade des snipers anonymes)

2.      Pendant cette insurrection, l’extrême-droite qui en assura l’encadrement paramilitaire a installé un climat de terreur dans les régions de l’Ouest, interdisant le Parti Communiste, pourchassant les militants du Parti des Régions, incendiant les locaux de ces partis et usant de violences physiques à l’encontre d’opposants à cette terreur, jusque dans les enceintes des parlements national et régionaux.

3.      Un gouvernement illégitime a été imposé à Kiev par les forces insurrectionnelles et les envoyés des gouvernements des Etats-Unis et de l’Union Européenne qui leur ont prêté concours. Ce gouvernement « intérimaire » est composé de deux partis représentatifs de 35% de l’électorat (essentiellement de l’Ouest et du Centre du pays) : les nationaux-libéraux de « Baktivchtchina » (Patrie) et les néonazis de « Svoboda » (Liberté).

4.      Aussitôt au pouvoir, cette équipe a délibérément provoqué la moitié russophone de l’Ukraine en annonçant la suppression du statut de langue officielle régionale du Russe (mesure suspendue par la suite). A cette provocation s’en est ajoutée une autre, hautement symbolique : l’abolition de la célébration traditionnelle de la fête de la « Victoire sur le fascisme », le 9 mai, interdite à l’Ouest, et officiellement convertie à Kiev en commémoration des victimes de la guerre. A l’Est et au Sud, de grandes manifestations et des festivités ont marqué l’attachement des populations à cette célébration, évidemment contraire aux sentiments des nationalistes et néofascistes pour qui elle rappelle leur défaite en 1945. On leur saura gré pour autant d’avoir suspendu cette année, « pour éviter les provocations », la déjà traditionnelle célébration, le 28 avril à l’Ouest, de la Division Waffen SS « Galitchina ». (Galizien)

5.       Le coup de force a provoqué la rébellion des régions russophones de l’Est et du Sud, la sécession de la Crimée (rattachée à la Russie), soulevant des revendications en sens divers, soit la décentralisation ou la fédéralisation de l’Etat, soit la séparation, incarnée par les républiques autoproclamées de Donetsk et de Lugansk dans les régions les plus industrielles et ouvrières de l’Est.

6.       A cette vague de revendications, le pouvoir de Kiev a répondu par la répression armée, exercée pour l’essentiel par une Garde Nationale recrutée par les néonazis du Pravy Sektor. De la terreur, cette fois, on est passé aux massacres de « pro-russes », comme ce fut le cas le 2 mai à Odessa.

C’est dans un pays au bord de la guerre civile, avec une partie Est exclue de la vie politique déjà réduite à l’Ouest, que s’est imposée la candidature de Petro Porochenko, pourvue de plusieurs atouts : « candidat de l’Occident » il bénéficie d’un soutien international assorti de promesses d’aide financière conséquentes ; se disant favorable à une réconciliation nationale, il apparaît comme capable d’apaiser le pays, disposé au dialogue avec le Kremlin, qui se montre également favorable à des pourparlers, il fait figure de négociateur possible d’un lourd contentieux, dont le prix du gaz russe n’est pas le moindre aspect. Après plusieurs mois de rhétorique extrémiste et de passage à l’acte violent, face à une menace d’éclatement, un tel candidat avait de grandes chances d’être promu, d’autant qu’il n’avait pas de concurrent sérieux.

Sur 60% des votants (Participation de 60-70% à l’Ouest mais majorité d’absentions dans l’Est et le Sud) le candidat de l’Occident et du renouement de dialogue avec Moscou l’a emporté à plus de 54% soit un tiers des électeurs inscrits…et beaucoup moins à l’Est et au Sud.

Porochenko a capitalisé les voix, à la fois d’une majorité (à l’Ouest et au Centre) désireuse d’apaisement et d’une minorité de nationalistes (de l’Ouest) qui ont également voté pour des candidats plus radicaux, mais non pour les chefs de l’extrémisme antirusse, pourtant « héros de Maïdan » et intégrés au pouvoir.

Le monde occidental crie « victoire ». A juste titre, mais Victoire de qui et de quoi ?. Les sceptiques constateront, eux, qu’ « un oligarque de l’Ouest remplace un oligarque de l’Est », ce qui est étrange pour une « révolution anti-corruption ». Il aura pour tâche d’imposer les « mesures douloureuses » voulues par l’UE et le FMI en contrepartie d’une aide financière et comme tribut au « libre échange ». Et dans l’immédiat, il lui faut éradiquer par les armes la rébellion fédéraliste (ou séparatiste, ou terroriste, c’est selon…) dans les régions de l’Est. Au même moment, des troupes russes restent massées non loin des frontières et les dispositifs militaires des Etats-Unis se renforcent autour de la Russie et dans la Mer Noire. L’influence russe est bel et bien « refoulée ». Echec à Poutine ? On imagine que la partie n’est pas close !

Mais le vainqueur du scrutin présidentiel du 25 mai et bientôt nouveau président de l’Ukraine, Petro Porochenko, a lancé les 26-27 mai, au lendemain de son élection triomphale, l’opération de « nettoyage final » des régions rebelles de l’Est. Des centaines de morts, dans les combats, seraient à déplorer en l’espace de quelques jours. Porochenko a lancé, le 27 mai, un ultimatum aux rebelles, menacés d’opérations de plus grande envergure.

L’imminent nouveau président et le gouvernement « intérimaire » espèrent ainsi terminer rapidement le « nettoyage » avant de renouer le dialogue avec Moscou, auquel Kiev exige la participation des Etats-Unis et de l’Union Européenne. Les séparatistes du Donbass appellent à l’aide le président Vladimir Poutine.

Mais de quoi « Kiev » est-il le nom désormais ?

Une lutte d’influence paraît s’engager entre Porochenko et le gouvernement putschiste, plus radical, de droite et d’extrême-droite que dirige Arseni Iatseniuk en compagnie des néonazis de Svoboda, dont le chef Oleh Tiahnibok est perdant aux élections, et du « commandant de Maïdan » Andrei Parboubiy, secrétaire d’état à la sécurité et à la défense, qui pilote un autre commandant et perdant au scrutin, Dmitro Iarosh, chef du Pravy Sektor.  Et Porochenko ne détient pas, à priori, de majorité au parlement – relique d’un autre temps, en attendant les nouvelles législatives promises.

2. Une victoire également géopolitique

Une victoire indéniable pour l’homme de confiance le plus fiable, le plus solide qu’aient à ce jour trouvé en Ukraine la Maison Blanche de Washington et ses alliés européens, depuis l’expérience décevante du précédent Viktor Iouchtchenko, leader de la « révolution orange » de 2004 et président de 2004 à 2010,  auquel on reconnaîtra tout de même le rôle de pionnier de ce grand tournant – qu’il s’agisse de la pénétration américaine en Ukraine, via son épouse, ancienne militante nationaliste au sein de la Diaspora aux Etats-Unis, qui présida les œuvres USAID, ou qu’il s’agisse de la réhabilitation du national-fascisme des années trente-quarante, de la consécration comme « héros nationaux » de ses chefs Stepan Bandera et Roman Choukhevitch. Dans cette marche néonationaliste, la parenthèse Viktor Ianoukovitch (2010-2014) à laquelle prit part Porochenko n’aura été qu’une étape de plus dans la dégradation générale du pays  et les préparatifs du « deuxième Maïdan » de novembre 2013 à février 2014, dont Porochenko est l’aboutissement le plus réussi et le plus conforme, pour l’heure, aux attentes des grands meneurs du jeu, à Washington et accessoirement à Bruxelles. Ainsi, l’échec de la révolution orange constaté lors de la victoire de son adversaire Viktor Ianoukovitch en 2010, a pu être surmonté, mais cette fois, au prix d’une insurrection violente et au mépris de toute règle démocratique. Et moyennant un bain de sang, le 20 février, sur l’origine duquel l’énigme subsiste.

Par contre, les chefs des formations d’extrême-droite qui ont constitué le fer de lance de cette insurrection, du coup d’état du 22 février et, ces dernières semaines, de l’offensive « antiterroriste » dans les régions de l’Est ne recueillent qu’un nombre infime de suffrages. Ce contraste est paradoxal: Petro Porochenko a bénéficié d’une stratégie de violence dont les acteurs de choc sont visiblement peu représentatifs de la population ukrainienne, mais celle-ci lui accorde un vote de confiance en faveur d’une toute autre stratégie – celle qui, au lieu de diviser l’Ukraine et de la pousser à la guerre civile, permettrait de ramener la paix. Que fera Porochenko de ce capital de confiance ?

Du point de vue de l’Occident d’où lui est accordé un autre « capital de confiance », le nouveau président  aura pour tâche d’imposer à la population les « mesures douloureuses », socio-économiques, prévues dans l’accord d’association avec l’Union Européenne et par le FMI. Et dans l’immédiat, d’éradiquer le séparatisme à l’Est, ce qu’illustre la relance de l’offensive « antiterroriste » supervisée par les instructeurs de la CIA en poste à Kiev.

Un scrutin « polysémique », donc, avec beaucoup de points d’interrogation, mais tout de même une confirmation du « grand basculement » de l’Ukraine, de sa double rupture avec le passé soviétique et avec la Russie et la CEI[1], sans oublier le projet poutinien d’ « Union eurasienne », incarnée dans un premier temps par l’Union économique euro-asiatique dont le projet a été conclu entre Russie, Belarus et Kazakhstan.

 3. Les paradoxes d’un vote.

Victorieux à l’Ouest et au Centre nettement moins à l’Est ou au Sud le vote Porochenko reflète sans doute la volonté de voir la situation se débloquer et le dialogue reprendre avec Moscou. Son discours n’est pas haineusement antirusse comme celui des candidats perdants de cette élection.

Ce n’est pas nouveau : la grande majorité de la population ukrainienne veut éviter la guerre civile et la guerre avec la Russie auxquelles l’encouragent les nationalistes et les fascistes des deux côtés de la barricade. Mais forcément, la persistance des heurts sanglants et les jeux pervers des services secrets ruinent peu à peu les chances d’éviter la catastrophe. De ce point de vue, la victoire de Porochenko est préférable à celle des autres candidats de droite et radicaux.

Il faut évidemment analyser de plus près les variations selon les régions et les abstentions : celles-ci seraient élevés (40% dans l’ensemble) dans un tel contexte où se joue l’avenir du pays. Comment les interpréter ? Indifférence ou rejet du monde politique coupable d’avoir entraîné le chaos et la division de l’Ukraine ?

Selon les données disponibles ce 26 mai, environ 60% des électeurs ont pris part au scrutin. Le taux de participation est très élevé à l’Ouest, moyen à Kiev, moins de 50% à Odessa (Sud), moins de 10% dans certaines régions de l’Est. La participation électorale reste néanmoins élevée à Kharkov (47%) Dniepropetrovsk (51%) et Zaporozhe (plus de 50%), preuve que le séparatisme et les appels au boycott ne font pas l’unanimité au sein des populations russophones.

Précisons une fois encore que la majorité russophone du Sud-Est, si elle revendique le respect de sa langue et une marge d’autonomie (voire le fédéralisme de l’état ukrainien) n’est pas à confondre avec les minorités favorables au « rattachement à la Russie » ou à des séparatismes du type « République de Donetsk » C’est pourquoi l’usage systématique, dans nos médias, du terme « prorusses » ( parfois même « russes ») pour désigner les opposants à Kiev, auxquels seraient confrontés « les Ukrainiens » ou « l’armée ukrainienne », relèvent d’une ethnicisation du conflit conforme aux vœux des nationalistes et constituent de la PROPAGANDE plutôt que de l’INFORMATION. Mais les médias ne sont-ils pas partie prenante du conflit ?

4. La retraite de l’égérie et l’émergence d’un bruyant « radical ».

En seconde position dans les résultats des présidentielles  vient, avec plus de 13% des voix, Ioulia Timochenko, connue en Occident comme « l’égérie de la révolution orange » (de 2004) et dirigeante historique du parti national-libéral « Baktivchtchyna » (Patrie) dont font partie l’actuel premier ministre Arséni Iatseniuk et le secrétaire d’état à la sécurité et à la défense, réputé d’extrême-droite, Andryi Paroubyi. L’égérie avait recommandé d’éliminer les Russes « à l’arme nucléaire », Iatseniuk tient un discours agressif infantile qui le disqualifie pour toute négociation avec la Russie, Parouby, lui, ne cesse de parier sur la guerre. Une amie ukrainienne observe que « les partis comme Batkivchtchyna se sont beaucoup radicalisés dans leur opposition au régime Ianoukovitch et par-là sont devenus beaucoup plus anti-russes et nationalistes. La preuve : les slogans nationalistes fleurissent partout tout comme les chemises brodées.”.

En troisième position surgit le leader du Parti Radical, Oleg Liachko, avec près de 9% des voix. Nouveau venu et très agité sur la scène antirusse, il agit directement, via un bataillon, sur le front de l’Est. Il est probable qu’il ait bénéficié de l’afflux d’électeurs nationalistes déçus de Ioulia Timochenko et du parti « Svoboda ». Liachko avait spectaculairement exigé, le 22 février, à la tribune de Maïdan, l’interdiction du Parti des Régions et du Parti Communiste, l’épuration de l’état, ainsi que la peine de mort pour le président Ianoukovitch. Les talents oratoires d’agitateur de Liachko sont indéniables. Serait-ce une nouvelle étoile montante de l’extrémisme ? https://www.youtube.com/watch?v=pQUEGs6WmSE

5. La défaite  prévisible des néonazis, malgré leur pouvoir.

Significatif,  l’échec d’Oleh Tiahnibok, un peu plus de 1,1%. Son parti « Svoboda » avait pourtant remporté 10% (et plus de 30% dans sa région galicienne de base, plus de 50% à Lviv) lors des législatives d’octobre 2012. Il avait également joué un rôle moteur dans la révolte de Maïdan et obtenu la reconnaissance de plusieurs envoyés des Etats-Unis et de gouvernements de pays membres de l’Union Européenne. Le leader aux inspirations nazies a donc gagné en respectabilité internationale. Mais Tiahnibok se voit reprocher, dans son fief galicien, le « maraudage de la révolution » et sa cote de popularité était, d’après les sondages, en chute sensible depuis plusieurs mois.

Quant au « commandant de Maïdan » Dmitro Iarosh, qui fut invité au gouvernement puis chargé de recruter des « gardes nationaux », il recueille 0,68% des suffrages. Le personnage brille donc moins par sa popularité que par son rôle dans le coup d’état et au service de l’appareil de répression.

Cet échec de l’extrême-droite de souche néonazie doit être relativisé:

–              Tiahnibok et Iarosh n’étaient pas « présidentiables » et l’influence de leurs partis devra être évaluée lors de prochaines législatives.

–              Ioulia Timochenko était la candidate radicalement antirusse la mieux placée, en termes de « vote utile ».

–              La concurrence du radical  Liachko a également joué. Son radicalisme n’est pas marqué par les traditions galicienne et nazies.

–              Le « vote utile » pour Porochenko a fait effet de raz de marée.

L’opposant libéral russe Boris Nemtsov, ancien vice-premier sous Eltsine, s’est moqué du Kremlin qui brandissait l’épouvantail des « bandéristes ». Ironie déplacée : ce n’est pas la réalité de cette extrême-droite qui doit être mise en doute, on la connaît suffisamment. Ce qui pose question, c’est précisément leur rôle dans la prise du pouvoir et au sein de la « junte » de Kiev, c’est l’importance qui leur est donnée dans l’appareil de répression ! Ce n’est pas une invention de la « propagande russe » qui ne fait qu’exagérer le phénomène. Que font au pouvoir et aux commandes militaires des chefs extrémistes dotés de 2% aux élections ?

Il en va de même de l’exploitation par Moscou des rares incidents antisémites. Il n’y a pas de doute quant àl’antisémitisme de cette extrême-droite. Il est visible, par contre, qu’elle s’est retenue d’y donner libre cours, et c’est à mettre en rapport avec l’engagement « pour Maïdan » de milieux juifs, d’un commando juif, et de « sympathisants » israéliens : il est clair qu’Israël et les organisations juives d’Ukraine ont voulu réagir à la panique qui s’était emparée, au début de Maïdan, d’une partie de la communauté juive, et ont fait en sorte qu’elle ne puisse pas être accusée de « trahison ». Cet engagement s’est également illustré, spectaculairement, par les voyages et les discours à Maïdan de Bernard-Henri Levy, qui a donné dans la surenchère nationaliste antirusse ! Monsieur n’avait « pas vu » de nazis ou d’antisémites. Mais il était parmi eux, AVEC eux !

Ce bilan de l’extrême-droite doit être complété par d’autres questions : ses représentants conserveront-ils leurs positions au sein du pouvoir exécutif et notamment de la sécurité et de la « Garde nationale » ? Son principal chef militaire, Dmitro Iarosh, leader du « Pravy Sektor » renoncera-t-il à sa « révolution nationale » et à la promesse d’un « nouveau Maïdan » ?

La guerre de ces allumés ukrainiens, comme celle des fêlés russes, des cosaques « des deux frontières » va de toute façon durer. Les Tchétchènes de Kadyrov sont à Doneksk et Pravy Sektor promet aux Russes une guerre de longue haleine en Crimée, qu’ils espèrent mener avec les autonomistes tatares, vieux alliés des nationalistes ukrainiens et refusant l’annexion à la Russie d’une Crimée dont ils se disent les « autochtones » réclamant la restauration de la république tatare supprimée par Staline en 1944.

Rappelons que la mémoire douloureuse pèse lourd ici, du passé du régime stalinien et de ses guerres avec les nationalismes et leurs alliés nazis. Les anciens leaders « Bandera » et « Staline » poursuivent la guerre ancienne, les nationalistes profascistes fantasmant leur « revanche » sur l’Armée Rouge qui les a battus en 1945. (et une première fois en 1920, sous Lénine)

6. Radicalisation de l’ « Opération Anti-Terroriste » (ATO)

Le vainqueur Porochenko a approuvé la poursuite de « l’opération antiterroriste » destinée à éradiquer le séparatisme et à empêcher que les régions de l’Est deviennent une « nouvelle Somalie ». Porochenko a cependant promis l’amnistie aux séparatistes qui déposeraient les armes.  Mais ceux-ci se sont emparés de l’aéroport de Donetsk,  en conséquence de quoi Kiev réplique par une violente contre-offensive. « Plus efficace et plus rapide » doit être, selon Porochenko, la dite « Opération Anti-Terroriste » (ATO). « Ambiance » à Slaviansk…

http://www.m24.ru/videos/51946

La répression s’opère également en pleine ville, à Kharkov, mais qui sont les auteurs, qui sont les victimes ?

ENLEVEMENTS A KHARKOV ? Le 20 mai

D’après le commentaire accompagnant cette vidéo, les « chemises noires » fascistes de Kiev tentent d’enlever des militants du groupe communiste « Borotba ». La milice (police) intervient très peu

http://krasnoe.tv/node/22371

L’ATO rencontre de sérieux obstacles vu le manque de fiabilité des troupes régulières et des forces de l’ordre. De nombreux cas de désertion ou défections ont été signalés.

En témoigne, à Odessa, cette réaction de policiers qui, refusant d’obéir aux ordres de répression, jettent leurs boucliers à terre et quittent les lieux. Exceptionnel !

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=k18w4dI8cxY

7. « Résistances antifascistes » armées (et musicales)

Des affrontements meurtriers se poursuivent donc entre les forces armées de Kiev et celles des milices séparatistes, auxquelles se sont mêlés des ultranationalistes russes, désormais aux prises avec les bataillons de la « Garde Nationale » recrutée par l’extrême-droite ukrainienne. On annonce aussi la création d’une « Armée Rouge » vouée à la libération de l’Ukraine de sa dictature capitaliste: http://krasnoe.tv/node/22400 .

D’autres armées ( ?) sont dites « soviétique » ou « russe ». Le romantisme des Partisans, de la résistance antinazie est convoqué à l’exaltation du combat contre « les fascistes » de Kiev.

Clip de la résistance antifasciste du Sud-Est ukrainiens

http://krasnoe.tv/node/22237

Concert de solidarité avec ka république du Donbass. Le pianiste allemand David Martello à Donetsk

http://krasnoe.tv/node/21907

La TV rouge (communiste) saisit l’occasion pour évoquer le passé glorieux des mineurs stakhanovistes – extrait d’un film soviétique des années trente :

http://krasnoe.tv/node/21754

Mais il semble bien que les « républiques autonomes » de l’Est ne soient soutenues que par une minorité des populations, la majorité, certes révolté par les méthodes de la « junte », aspirant malgré tout à retrouver une « vie normale », à ne plus risquer des balles de snipers en traversant la rue. Les mineurs du Donbass eux-mêmes, qui ont avant tout peur de perdre leur emploi, ne rallient pas les séparatistes mais réclament le départ des forces de Kiev.  Le grand patron de la région, Rinat Akhmetov, a préféré se réfugier à Kiev.

Des sources ukrainiennes reparlent aussi de « combattants arrivant de Russie » ( selon une source biélorusse, certains ont été abattus par les troupes frontalières ukrainiennes) et de concentrations de troupes russes aux frontières, tandis que des sources russes signalent la présence de mercenaires américains.

Autrement dit, avant de nouer un quelconque hypothétique dialogue, Kiev et Moscou se lancent des défis et derrière Kiev, il y a les Etats-Unis. Rien dès lors ne permet d’écarter la supposition du pire : une guerre entre les deux pays et l’implication au moins indirecte de l’OTAN et-ou de Washington.

On peut en conclure que, même si de grandes confrontations armées sont évitées, l’Ukraine et la Crimée connaîtront  au minimum des turbulences violentes dans les années à venir, tout comme le Nord-Caucase russe et la Caucasie méridionale – un célèbre stratège américain avait désigné ces espaces, dès 1995, comme les « Balkans eurasiens » de la zone méridionale de l’ex-URSS qui, articulés au « Grand Moyen-Orient », formeraient les « Balkans mondiaux ».Sur ce vaste échiquier (« eurasien » pour l’essentiel) devait se jouer l’avenir de la suprématie des Etats-Unis, leur « devoir moral » dans un monde chaotique. Mais depuis 1995 et leurs échecs en Irak, les Etats-Unis (et l’OTAN) n’ont plus les moyens de contenir les réactions russes. On l’a vu en Géorgie en 2008. Il n’est pas exclu, selon un spécialiste israélien, que Moscou puisse réaliser un plan d’intégration du Sud-Est ukrainien, rebaptisé « Novorissiia » (Nouvelle Russie) selon une appellation de l’époque des tsars.[2]

[1] L’annonce de la sortie de l’Ukraine de la Communauté des Etats Indépendants a été faite le 26 mai par Andry Parouby, secrétaire d’état à la sécurité et à la défense, réputé d’extrême-droite . Ce n’est pas encore une annonce “officielle”.

[2] http://lenta.ru/articles/2014/05/26/kedmi/

 

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