L’émission culte « Là-bas si j’y suis » rayée de la grille de France Inter

http://www.francetvinfo.fr/economie/medias/l-emission-culte-la-bas-si-j-y-suis-rayee-de-la-grille-de-france-inter_634125.html

C’est une page de l’histoire de la radio qui se tourne. L’émission de France Inter « Là-bas si j’y suis », animée par le journaliste Daniel Mermet, va disparaître après 25 ans d’antenne. La nouvelle directrice de la station, Laurence Bloch, l’a annoncé à Daniel Mermet lors d’une entretien, vendredi 27 juin. « Là-bas si j’y suis » avait perdu 100 000 auditeurs depuis deux ans, pour tomber à 485 000 en audience cumulée, un score très bas, selon Radio France.

Reportages-fleuves, sujets atypiques, discours militant, décryptage marqué politiquement à l’extrême gauche, l’émission créée en 1989, diffusée quasi quotidiennement sur France Inter à 17 heures, puis à 15 heures, s’est démarquée dès sa naissance par un ton original et une qualité radiophonique inégalée.

Des auditeurs réunis dans 187 lieux de débats

Une heure sur la dame-pipi de l’hippodrome de Deauville pendant les enchères des yearlings de luxe, les ouvriers de Florange racontant bouleversés leurs machines désormais silencieuses ou le témoignage d’un paysan sans terre au Brésil : autant de reportages ponctués de commentaires militants de Daniel Mermet, 71 ans, dont la voix grave a pris un ton de plus en plus moraliste au fil des années.

Surnommés par Mermet « auditeurs modestes et géniaux », ses auditeurs ont créé en France 187 « repaires », des lieux de débats où les passionnés se retrouvent pour discuter de l’état du monde. Chaque début d’émission leur était consacré avec le « répondeur », où ils pouvaient laisser un message de soutien, de colère, un appel à manifester etc.

« Un rude coup au pluralisme », selon Mélenchon

Daniel Mermet était un manager controversé. D’anciens reporters avaient dénoncé, en juin 2013, dans un article du magazine « Article 11 », des méthodes de travail difficiles, des rémunérations très basses et un « système Mermet » autoritaire.

Le coprésident du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon a regretté, vendredi, l’arrêt de l’émission, qu’il juge être « un rude coup porté au pluralisme sur le service public ». « Un a un, tous les espaces de pensée non conformes sont refermés, a-t-il écritÉmission après émission, les sociaux-libéraux et les libéraux occupent tout le temps d’antenne, volent les mots, tordent la pensée, bourrent les crânes. »

Grève à la SNCM : parce que l’État ne respecte pas sa parole !

Rouge Midi, 27 juin 2014

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À Marseille, tous les navires de la SNCM restent à quai ! Pourquoi ? Parce le gouvernement français, malgré les promesses de janvier dernier, se parjure et laisse au géant Véolia l’opportunité de dépecer la compagnie maritime. Dans l’intérêt de qui ? Des actionnaires ! Pourquoi voulez-vous que ceux qui risquent d’y perdre leur emploi ne disent rien ? Fralib l’a bien montré : seule la lutte paie.

Depuis mardi 24 juin, marins et sédentaires unanimes – SNCM-CGT, SAMMM, FO, CFE-CGC, CFDT et CFTC – ont arrêté pour la 3e fois cette année, le travail et ont cloué à quai les navires de la compagnie, interrompant totalement les traversées vers le Maghreb et la Corse, un avertissement avant les grands départs de l’été.

« Nous ne pouvons pas attendre septembre pour dénoncer les mensonges et les reniements de l’Etat », justifie le délégué CFE-CGC des officiers Pierre Maupoint de Vandeul. « Nous réclamons que les actionnaires, dont l’Etat (25%), respectent leurs engagements. La grève est de l’entière responsabilité du gouvernement. Nous sommes à l’heure de la clarification. les mensonges du gouvernement, qui est incapable d’engager les investissements qu’il a promis, et ça ne passent plus », a déclaré Frédéric Alpozzo, secrétaire de la CGT des marins SNCM.

En effet, ce projet de relance, longtemps soutenu par le gouvernement, prévoyait un pacte social avec 500 suppressions de postes (sur 2.600) et l’augmentation du temps de travail. En contre partie, l’État commandait quatre navires plus performants aux chantiers de Saint-Nazaire, avec à la clef des gains de productivité et publiait un décret sur l’emploi de marins.

Lors de la grève de Janvier dernier (avant les municipales – le PS pensait encore conquérir la mairie) les salariés en grève arrachaient à Jean-Marc Ayrault (alors premier ministre) un chèque pour la trésorerie. Un second coup était lancé en mars et Frédéric Cuvillier (Le ministre délégué chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche.) se fendait de propositions en phase avec le plan à long terme, une lettre d’intention de commande, valable jusqu’au 30 juin, était même envoyée aux chantiers navals de Saint-Nazaire.

Mais depuis le houleux conseil de surveillance du 28 mai dernier, le PDG de Transdev Jean-Marc Janaillac (sorti protégé par les CRS, sous les huées des salariés de la SNCM) a pu compter sur les voix des trois administrateurs de l’État en plus des siennes pour imposer son candidat contre l’avis des quatre représentants des salariés.

Le gouvernement, qui jusque là faisait figure d’arbitre, a justifié son soutien au nouveau dirigeant par la nécessité pour l’équipe dirigeante de « travailler et agir en confiance avec son principal actionnaire » et de « restaurer une gouvernance pleinement opérationnelle ». En clair : « je suis d’accord avec le privé et ses actionnaires et contre le maintien du service public ».

Que s’est-il passé entre temps ?

La ville reste à GAUDIN avec un clou dans la chaussure des marseillais : la mairie du 13 / 14 gagnée par le FN. Et surtout un refus de voter à gauche qui s’amplifiera lors des élections européennes. N’ayant plus rien à perdre ou à gagner, que fait donc le gouvernement socialiste ? Ce qu’il a toujours fait : trahir la classe ouvrière.

Mais cette dernière n’est pas obligée de tendre l’autre joue, elle peut jouer avec ses atouts. Et le meilleur d’entre eux , c’est la grève.

« Soit on a un gouvernement de transition énergétique et de relance industrielle, soit on a un gouvernement ultralibéral qui pratique la casse industrielle sur le port. (…) Il est clair pour nous qu’il y a une fuite en avant de l’Etat avec Transdev »affirme Frédéric Alpozzo de la CGT.

 » Le gouvernement n’a toujours pas apporté de réponse, explique t-il et nous exigeons une clarification de la position de l’Etat actionnaire quant à l’abandon ou non du plan à long terme et la commande des nouveaux navires qui doit intervenir avant le 30 juin. On veut mettre la SNCM en liquidation et faire croire que c’est à cause de la grève » accuse le syndicaliste ».

« On n’a plus rien à perdre ! L’actionnaire majoritaire veut nous tuer et le gouvernement va l’aider pendant que les Corses se frottent les mains et les tendent à Corsica Ferries. C’est une Europe de travailleurs détachés qu’ils veulent !? ». (voir encadré)

En fait on devrait dire des « travailleurs attachés » à ce point au capital qu’il peut leur imposer de partir travailler à l’étranger sans augmentation de salaire notable et surtout à des taux très inférieurs à ceux du pays d’exercice de celui-ci.

Évidemment la disposition des travailleurs détachés, prise par les instances de l’UE dans une circulaire de 1996, au nom de la sacro-sainte « concurrence libre et non faussée » concerne particulièrement la France où les salarié-e-s ont gagné, dans la foulée du CNR en 1945, des droits et en particulier une protection sociale financée par les richesses créées à l’entreprise.

Le grand patronat qui n’a jamais accepté cette conquête n’a eu de cesse de porter depuis des attaques de toutes sortes contre notre sécurité sociale. La dernière mode est donc celle des salariés « détachés ». Autrement dit une entreprise qui a un travail à faire en France, au lieu de le faire faire par des salariés sur place, fait appel à des esclaves des temps modernes qu’elle fait venir à bon compte (en moyenne 30% de moins sur les salaires). Bref c’est le retour du « plombier polonais ».

« On touche à un, on touche à tous »

« C’est par la grève, le rapport de force, la manifestation et la contestation que nous nous ferons entendre », annonce Frédéric Alpozzo. Il revendique 70% de grévistes chez les marins : « Avec ça, les réponses vont tomber de la part de ce gouvernement indigne de la République, incapable de respecter la signature d’un ministre. »

Et maintenant, tous les métiers du port soutiennent le mouvement : dockers des bassins Est et Ouest, douaniers, les personnels des ports de Fos et de Marseille. Le représentant CGT des agents du grand port de Fos, Pascal Galéoté, confirme : « Nous ne sommes pas seulement solidaires. Nous sommes en convergence de lutte. Et il n’est pas dit qu’on ne les rejoigne pas dans le mouvement dans les jours prochains. Pour nous, si la SNCM disparaît, c’est 60 emplois en danger sans compter l’activité des bassins Est qui serait directement impactée. »

« Je touche à un, je touche à tous et tous ensemble, on va gagner », conclut Alpozzo. Il confirme par exemple que les dockers de Fos ont refusé de « travailler le navire » de la Corsica ferries, appareillé pour transporter du fret entre la Corse et le continent.

Pour la CGT des marins de la SNCM, « la balle est donc dans le camp de l’Etat qui à toutes les cartes en main pour créer les conditions nécessaires à un été paisible. Le combat de la CGT à la SNCM est déterminé à s’opposer à la dérèglementation européenne, à la casse des services publics et à leur mise en concurrence avec le libéralisme sauvage ».

Et Gaudin qui préfère accueillir les usines à touristes de Costa ne dit pas un mot sur la SNCM. UMP / PS même combat !

Demandons l’abolition pure et simple de la circulaire esclavagiste de 1996 concernant le détachement temporaire en France d’un salarié d’une entreprise étrangère, car c’est elle qu’utilise Corsica Ferries pour casser les prix en utilisant des marins sous payés.

Soutenons et expliquons autour de nous la justesse de cette grève. Le capitalisme de Véolia n’est pas aménageable, seule la lutte solidaire des marins et des marseillais, si fiers de leur navires, peut le faire reculer.

Souvenons-nous des Fralib !

Irak, les pages d’histoire effacées

Manlio DINUCCI, Il manifesto, 18 juin 2014 – traduction publiée par « Le Grand Soir« 

Comme dans le roman d’Orwell, le Grand Frère politico-médiatique réécrit continuellement l’histoire, en effaçant des pages comme celles des deux guerres contre l’Irak, essentielles pour comprendre les événements actuels. Il est donc important de les reconstruire dans leurs termes essentiels.

La Première guerre de l’après-guerre froide

L’Irak de Saddam Hussein, qui en envahissant le Koweït le 2 août 1990 fournit aux Etats-Unis le moyen de mettre en pratique la stratégie de l’après-guerre froide, est le même Irak soutenu jusque peu de temps auparavant par les Etats-Unis. Depuis 1980, ils l’ont aidé dans la guerre contre l’Iran de Khomeiny, alors « ennemi numéro un ». Le Pentagone a également fourni au commandement irakien des photos satellitaires du déploiement iranien. Et, sur instruction de Washington, le Koweït a concédé à Bagdad de gros prêts.

Mais une fois la guerre terminée, en 1988, Washington craint que l’Irak, grâce aussi à l’assistance soviétique, ne prenne un rôle dominant dans la région. L’attitude du Koweït change en conséquence : il exige de Bagdad le remboursement immédiat de la dette et augmente l’extraction du pétrole du gisement de Rumaila qui s’étend sous les deux territoires. Il crée ainsi un dommage à l’Irak, sorti de huit années de guerre avec une dette extérieure de plus de 70 milliards de dollars. Saddam Hussein pense alors sortir de l’impasse en « re-annexant » le territoire koweitien qui, sur la base des frontières tracées en 1922 par le proconsul britannique Sir Percy Cox, barre l’accès de l’Irak au Golfe.

Les Etats-Unis, qui connaissent le plan dans les détails, laissent croire à Bagdad qu’ils veulent rester en dehors du contentieux. Le 25 juillet 1990, alors que les satellites militaires montrent que l’invasion est désormais imminente, l’ambassadrice étasunienne à Bagdad, April Glaspie, assure Saddam Hussein que les Etats-Unis n’ont aucune opinion sur sa dispute avec le Koweït et veulent les meilleures relations avec l’Irak. Une semaine plus tard, le 1er août, Saddam Hussein ordonne l’invasion, commettant une colossale erreur de calcul politique.

Les Etats-Unis désignent l’ex allié comme ennemi numéro un et, une coalition internationale étant formée, envoient dans le Golfe une force de 750mille hommes, dont 70% sont étasuniens, aux ordres du général Norman Schwarzkopf. Le 17 janvier 1991 commence l’opération « Tempête du désert ». En 43 jours, dans ce qui a été défini comme « la plus intense campagne de bombardement de l’histoire », l’aviation USA et alliée (dont celle italienne) effectue avec 2800 avions plus de 110mille sorties, larguant 250mille bombes, dont celles à fragmentation qui lancent plus de 10 millions de sous-munitions. Le 23 février les troupes de la coalition, comprenant plus de 500mille soldats, lancent l’offensive terrestre qui, après cent heures de carnage, se termine le 28 février avec un « cessez-le-feu temporaire » proclamé par le président Bush.

Personne ne connaît exactement le nombre de morts irakiens : selon une estimation environ 300 mille, militaires et civils, sûrement beaucoup plus. Des milliers sont ensevelis vivants dans les tranchées avec des blindés, transformés en bulldozers.

L’embargo et l’occupation de l’Irak

Dans la première guerre, Washington décide de ne pas occuper l’Irak, pour ne pas alarmer Moscou dans la phase critique de la dissolution de l’URSS et ne pas favoriser l’Iran de Khomeiny. A cet effet on choisit à Washington d’avancer un pas après l’autre, d’abord en frappant l’Irak, puis en l’isolant par l’embargo.

Dans les dix années suivantes, à cause de l’embargo, meurent environ un demi million d’enfants irakiens, plus autant d’adultes, tués par la dénutrition chronique, par la carence d’eau potable, par les effets de l’uranium appauvri et le manque de médicaments.

Cette stratégie, initiée par le républicain Bush (1989-1993), est poursuivie par le démocrate Clinton (1993-2001). Mais, dans les années 90, certaines conditions changent. L’objectif de l’occupation de l’Irak, en position géostratégique clé dans la région moyen-orientale, est à présent jugé faisable. Le Project for the New American Century, un groupe de pression né pour « promouvoir le leadership global américain », demande en janvier 1998 au président Clinton d’ « entreprendre une action militaire pour éliminer Saddam Hussein du pouvoir ». Dans un document successif, en septembre 2000, il précise que « l’exigence de maintenir dans le Golfe une force militaire américaine consistante dépasse la question du régime de Saddam Hussein », étant donné que le Golfe est « une région d’importance vitale » dans laquelle les Etats-Unis doivent avoir « un rôle permanent ».

La nouvelle stratégie, dont George W. Bush (fils du président auteur de la première guerre) devient exécuteur, est décidée donc avant qu’il ne soit installé à la présidence en janvier 2001.

Cette stratégie reçoit une impulsion décisive avec les attentats terroristes du 11 septembre 2001 à New York et Washington (dont la régie –démontre une série de preuves – est sûrement interne). En février 2003, le secrétaire d’Etat Colin Powell présente au Conseil de sécurité de l’ONU les « preuves » -fournies par la Cia et qui se sont ensuite révélées fausses avec l’admission de Powell en personne- que le régime de Saddam Hussein possède des armes de destruction de masse et soutient Al Qaida. Comme le Conseil de sécurité refuse d’autoriser la guerre, les Etats-Unis passent outre. Le 19 mars, la guerre commence. Le 1er mai, à bord du porte-avions Lincoln, le président Bush annonce « la libération de l’Irak », en soulignant que de cette façon les Etats-Unis « ont éliminé un allié d’Al Qaida ».

Manlio Dinucci

Article publié mercredi 18 juin par il manifesto sous le titre : “Iraq la prima guerra doppo l’89, l’embargo e l’occupazione”

http://ilmanifesto.info/la-prima-guerra-dopo-l89-lembargo-e-loccupazione/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

De quoi la montée du Front national est-elle l’expression, et comment y répondre ?

Table-ronde de L’Humanité, 27 mai 2014

Willy Pelletier, sociologue, « Une manière de conjurer le déclassement collectif »

Ce n’est peut-être qu’un début. Le score du Front national (FN) va croître à mesure qu’en tous secteurs, les « modernisations » libérales se cumulant et leurs effets s’amplifiant, toujours plus d’individus se trouveront peu assurés de leurs statuts, ne supporteront plus leurs situations, redouteront l’avenir, et craindront que les plus proches d’eux socialement s’en tirent mieux qu’eux-mêmes. Les votes FN proviennent de transformations structurelles qui affectent des groupes sociaux divers et changent les relations dans et entre ces groupes.

Pour certains milieux populaires, dans des « quartiers » urbains, la relégation liée au chômage qui dure, la réclusion dans des HLM dégradées, la compression des revenus et l’échec scolaire des enfants rapprochent leurs conditions d’existence de celles des groupes dont ils se sont crus éloignés : les immigrés installés depuis moins longtemps qu’eux. Le bulletin FN exprime alors la hantise d’être précipité dans le monde auquel ils entendaient échapper, une manière de conjurer le déclassement collectif vécu dans l’isolement, en s’écartant symboliquement des plus proches objectivement.

Hier, les solidarités ouvrières retenaient de voir dans le voisin d’atelier ou de quartier, immigré ou jeune, la menace essentielle. Avec l’atomisation des collectifs de travail et la flexibilité, la perception d’un intérêt commun « contre les patrons » devient difficile. L’accentuation de la compétition dans et pour le travail favorise des replis sur soi, le chacun pour soi et un sentiment d’impuissance, qui disposent à s’en remettre à un « chef », surtout s’il offre une nouvelle identité positive (« nous, les Français ») et des clés simples pour « s’en tirer » : virer les immigrés, refaire une France forte pour les Français, etc. Sous ce rapport, pas étonnant que des jeunes à l’avenir bouché, et qui vivent toutes les concurrences nouvelles, sans avoir les capitaux économiques ou culturels pour s’en sortir aisément, votent FN, c’est-à-dire pour un ordre renouant avec « le temps d’avant », où l’écart entre les aspirations, les anticipations de soi et les chances objectives de succès n’était pas si élevé.

Marx a repéré un processus homologue dans son étude des « paysans parcellaires », cette « masse énorme dont les membres vivent tous dans la même situation, mais sans être unis les uns aux autres », et qui vote Bonaparte en 1851. Mais, comme l’établit Violaine Girard, le vote FN n’est pas seulement un vote de déclassement et de relégation. En zones périurbaines, certains techniciens en fin de carrière, propriétaires de pavillon, votent Le Pen. Ils sont « sortis » des quartiers populaires des banlieues voisines. Pour eux, voter Le Pen, c’est se distinguer de ceux qui vivent en habitat social (souvent les immigrés) ou de ceux qui bousculent l’ordre (souvent les jeunes). Ils ne sont pas affectés par le déclassement et la précarisation mais se sentent fragilisés. Pour d’autres raisons : dans leur promotion au travail, ou dans l’anticipation redoutée d’une retraite les pénalisant, ou du fait des incertitudes sur la réussite scolaire et professionnelle des enfants.

Ces dynamiques sociales n’expliquent pas seules les scores du FN. Il faudrait étudier les votes en monde rural. Ajoutons juste deux constats. Le premier concerne la représentation politique des groupes populaires. Leurs membres sont toujours davantage exclus des postes d’élus. Si bien que la fabrication d’« intérêts » et d’identités de classe se trouve empêchée alors qu’elle pourrait faire reculer la promotion de l’identité nationale comme identité politique légitime. Second constat : plus seront « cassés » les collectifs de travail et les sociabilités locales, plus seront démantelés les services publics, plus l’insécurité sociale s’étendra. S’avivera alors la guerre des pauvres contre de plus pauvres et celle des petites classes moyennes contre celle des milieux populaires, qui alimentent les votes FN. Ces luttes entre voisins sont intensifiées par les « modernisations » libérales dans les entreprises et les politiques depuis trente ans.

Résister au capitalisme, reconstruire l’unité de pensée et d’action des communistes

Un débat ouvert pour une conférence nationale utile et sans tabou!

Le Conseil National des 14 et 15 juin a décidé la convocation d’une conférence nationale pour les 8 et 9 novembre 2014.

Après les résultats des élections municipales et européennes, cette décision s’imposait.

Il est urgent que les communistes ouvrent un examen sans tabou de la stratégie suivie depuis 2008. En effet, des avis et propositions diverses s’expriment quant à l’analyse des résultats et aux propositions pour l’avenir. Malgré cela, l’ordre du jour décidé par moins de la moitiè des 160 membres du Conseil National tend à nous enfermer dans le refus de toute remise en cause de la ligne suivie. Nous appelons les communistes dans leur diversité à s’emparer de cette conférence nationale, à en transformer l’ordre du jour pour permettre un débat utile pour notre parti et notre peuple.

Les élections municipales et européennes ont créé une situation nouvelle lourde de dangers. La gauche est durablement disqualifiée, la droite a conquis de nombreuses communes, le Front National confirme sa dynamique avec le gain de plusieurs villes et sa course en tête aux élections européennes.

L’abstention structure durablement les comportements politiques y compris d’anciens électeurs communistes.

Notre parti a subi une défaite importante avec la perte de nombreux élus et villes communistes puis d’un député communiste européen , pertes qui s’ajoutent à celles des conseillers régionaux et généraux en 2011, députés en 2012.

Cette perte d’élus utiles au mouvement populaire accompagne et aggrave l’affaiblissement de notre organisation, du rayonnement de nos idées, de notre lien populaire.

Notre représentation est atteinte à tous les niveaux, notre crédibilité affaiblie.

Il nous faut nous poser avec lucidité la question de notre visibilité et de notre capacité à être audibles par le peuple.

De nombreux camarades, quelqu’ait été leur opinion dans les débats antérieurs, constatent que les objectifs fixés au Front de gauche par le PCF n’ont pas été atteints.

Pire, l’affaiblissement du PCF s’est poursuivi, particulièrement dans son ancrage populaire et ouvrier, jusqu’à menacer notre existence nationale.

Suffit-il de rechercher de nouvelles formes d’accord de sommet? nous sommes convaincus par l’expérience que ce serait une mauvaise réponse.

Faut-il faire plus, relancer le Front de gauche, imiter le modèle Syriza, nous savons tous que cela ne fera pas le compte. Les résultats de Die Linke et du Front de gauche le montrent amplement.
Nous appelons pour notre part à des ruptures stratégiquesdans l’esprit des textes de Congrès que nous avons soutenus et déposés de puis 2000, notamment le dernier « Unir les communistes » que nous joignons à cette déclaration.

Nous invitons les communistes à débattre et agir autour de 4 points qui nous semblent essentiels pour sortir de l’impasse dans laquelle le PCF s’est mis:

  • La conception du rassemblement populaire qui doit se libérer des accords de sommet et du modèle de l’union de la gauche
  • La réappropriation par le PCF de son combat historique pour la nation, la souveraineté nationale et l’internationalisme, valeurs et objectifs abandonnés depuis notre adhésion au PGE.
  • Le renforcement de l’organisation du PCF et de sa capacité d’intervention idéologique et concrète autonome.
  • La rupture avec les orientations du Congrès de Martigues qui ont conduit à l’effacement du PCF , la recherche du rassemblement des communistes.

Nous invitons donc les communistes à se saisir de cette conférence nationale, dans les fédérations, les cellules et les sections, pour travailler au renouvellement stratégique nécessaire afin de construire l’unité de pensée et d’action des communistes pour un parti de résistance au capitalisme et de construction du socialisme.

Signataires: Caroline ANDREANI, Paul BARBAZANGE, Marie-Christine BURRICAND, Jean Jacques KARMAN, Pasquel NOIZET, Danielle TRANNOY, membres du Conseil National

Des prisonniers palestiniens en grève de la faim pour protester contre la détention administrative

Patrick Le Hyaric interpelle Catherine Ashton

19 juin 2014

Depuis plus de 50 jours, 150 à 250 prisonniers observent une grève de la faim pour protester contre la détention administrative dont ils font l’objet. Près de 90 prisonniers ont déjà été hospitalisés.

La détention administrative est une procédure abusive largement employée par le gouvernement israélien pour emprisonner sans jugement et pour des périodes indéfinies les palestiniens, activistes mais aussi civils, en violation flagrante des droits de l’homme, pour les punir et pour les empêcher de s’opposer à l’occupation, à la colonisation et d’exprimer leurs opinions.

Patrick Le Hyaric est intervenu auprès de Catherine Ashton, Haute-Représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, pour que l’Union européenne demande au gouvernement israélien, comme l’a fait Monsieur Ban Ki Moon, de relâcher les prisonniers dont aucune charge n’est retenue contre eux. Si le gouvernement ne répond pas, d’envisager de condamner cette action en utilisant la possibilité de geler l’accord d’association avec l’Union européenne.

Voici la lettre envoyée à Catherine Ashton, Haute Représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité de l’Union européenne:

Madame la Haute Représentante,

Depuis maintenant plus de 50 jours, 150 à 250 prisonniers (dont près de 90 ont déjà été hospitalisés) observent une grève de la faim pour protester contre la détention administrative dont ils font l’objet.

La détention administrative est une procédure abusive largement employée par le gouvernement israélien pour emprisonner sans jugement et pour des périodes indéfinies les palestiniens, activistes mais aussi civils, en violation flagrante des droits de l’homme, pour les punir et pour les empêcher de s’opposer à l’occupation, à la colonisation et d’exprimer leurs opinions. En somme, cette procédure vise à bâillonner la liberté d’expression, ce qui heurte profondément tous les démocrates dans le monde.

On le sait, la torture et les mauvais traitements accompagnent souvent les détentions administratives et sont un moyen pour les autorités pénitentiaires israéliennes d’obtenir des renseignements et dans le même temps de déshumaniser l’univers carcéral, qui n’en a pas besoin, tout en cassant le moral des prisonniers et leur résistance physique et mentale.

189 prisonniers politiques palestiniens sont actuellement enfermés dans les geôles israéliennes par cette procédure, héritée du mandat britannique datant de 1945, suspendue dans les années 70 et remis à l’ordre du jour en 1985.

Le détenu administratif est souvent emprisonné sur la base d’informations considérées comme « secrètes » par l’armée, ce qui rend inaccessible son dossier pour le détenu et son avocat. Est-il logique, qu’emprisonné sans jugement, pour une période indéfinie, le détenu ne puisse pas se défendre, car il ne connait pas les raisons de son incarcération ?

Si en théorie le détenu peut faire appel de l’ordre de détention devant la justice militaire israélienne, les conditions pour un procès juste et équitable ne sont jamais réunies. Comment contester efficacement une décision, sans avoir accès au dossier, réservé uniquement aux seuls juges et procureurs militaires ? Comment se défendre et prouver son innocence, quand on ne sait même pas ce qui est reproché, ni les éléments à charge, ni les preuves ?

Il est logique de pouvoir incarcérer préventivement quelqu’un, si un juge le décide, le temps que l’instruction se termine et qu’un procès soit organisé dans un délai raisonnable. En France, cette période est de 2 ans. En Israël, cette période peut durer le temps que les autorités israéliennes le souhaitent, puisque la détention administrative peut être renouvelée tous les six mois, sans que le détenu en soit informé et de façon indéfinie. Est-il logique que des prisonniers soient enfermés des mois, voir des années, sans procès, ni jugement ?

Il y a une quinzaine de jours, avec une délégation de militants et d’élus, je me suis rendu auprès de leurs familles qui campent sur une place de Ramallah pour leur apporter notre soutien. Elles nous ont fait par de la maltraitance et de la violence que subissent les prisonniers. J’ai pu constater que le mouvement de solidarité grandit chaque jour. De nombreuses grèves et manifestations sont organisés en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est par le peuple palestinien pour soutenir les prisonniers.

Mais le gouvernement israélien reste sourd à cette grève de la faim et aux manifestations de solidarité. Et plutôt que de réfléchir à l’abrogation de cette loi inique, la Knesset discute en ce moment même d’une loi permettant aux autorités pénitentiaires de pouvoir nourrir par la force les grévistes de la faim. Ce projet est évidemment rejeté par de nombreux parlementaires progressistes et démocrates comme par l’ordre des médecins israéliens qui s’y est même farouchement opposé.

Jusqu’où les prisonniers politiques palestiniens devront y aller, pour que les autorités européennes agissent avec fermeté et somme Israël à agir en conformité avec la législation internationale et relâche ces prisonniers qui sont maintenant en grand danger ?

Dans ces conditions, ne serait-il pas envisageable Madame la Haute Représentante que l’UE demande au gouvernement israélien, comme l’a fait Monsieur Ban Ki Moon, de relâcher les prisonniers dont aucune charge n’est retenue contre eux ?

Ne serait-il pas envisageable, si le gouvernement ne répond pas, de condamner cette action en utilisant la possibilité de geler l’accord d’association avec l’Union européenne ?

En vous remerciant de me faire connaître les initiatives que vous comptez prendre,

Je vous prie d’agréer, Madame la Haute-Représentante, l’expression de ma haute considération.

Patrick Le Hyaric

La balkanisation de l’Irak

Manlio DINUCCI, Il Manifesto, 17 juin 2014

Si ce qu’on est en train de raconter à Washington était vrai, que les USA ont été pris par surprise par l’offensive irakienne de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), le président Obama devrait immédiatement destituer les dirigeants de la Communauté d’intelligence, formée par la Cia et par de nombreuses autres agences fédérales qui espionnent et conduisent des opérations étasuniennes secrètes à l’échelle mondiale.

Sans aucun doute, au contraire, ont-ils été félicités, en privé, par le président. L’EIIL est en fait fonctionnelle à la stratégie étasunienne de démolition des Etats à travers la guerre secrète. Plusieurs de ses chefs proviennent des formations islamiques libyennes qui, d’abord classifiées comme terroristes, ont été armées, entraînées et financées par les services secrets USA pour renverser Kadhafi. C’est l’EIIL même qui le confirme, en commémorant deux de ses commandants libyens : Abu Abdullah al Libi, qui a combattu en Libye avant d’être tué par un groupe rival en Syrie le 22 septembre 2013 ; et Abu Dajana qui, après avoir combattu lui aussi en Libye, a été tué le 8 février 2014 en Syrie dans un affrontement avec un groupe d’Al Qaida, auparavant son allié. Quand a commencé la guerre secrète pour abattre le président Assad, de nombreux militants sont passés de Libye en Syrie, en s’unissant à ceux, en majorité non Syriens, provenant d’Afghanistan, Bosnie, Tchétchénie et autres pays. L’EIIL a construit une grande partie de sa force justement en Syrie, où les « rebelles », infiltrés de Turquie et Jordanie, ont été approvisionnés en armes, provenant aussi de Croatie, à travers un réseau organisé par la Cia (dont l’existence a même été documentée par une enquête du New York Times du 26 mars 2013).

Est-il possible que la Cia et les autres agences étasuniennes –dotées d’un dense réseau d’espions, de drones efficients et de satellites militaires- fussent ignorants du fait que l’EIIL préparait une offensive massive contre Bagdad, annoncée par une série d’attentats ? Evidemment non. Pourquoi alors Washington n’a-t-il pas donné l’alarme avant le début de cette offensive ? Parce que son objectif stratégique n’est pas la défense, mais le contrôle de l’Etat irakien.

Après avoir dépensé dans la seconde guerre en Irak plus de 800 milliards de dollars pour les opérations militaires, qui se montent à 3.000 milliards si l’on considère tous les coûts y compris ceux sanitaires, les Etats-Unis voient maintenant la Chine de plus en plus présente en Irak : elle lui achète environ la moitié de sa production pétrolifère, en forte augmentation, et effectue de gros investissements dans son industrie d’extraction. Pas seulement. En février, durant la visite du ministre des Affaires étrangères Wang Yi à Bagdad, les deux gouvernements ont signé des accords prévoyant aussi des fournitures militaires par la Chine. En mai le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki a participé à Shanghai, à la Conférence sur les mesures d’interaction et de renforcement de la confiance en Asie, avec Hassan Rouhani, le président de l’Iran. Pays avec qui le gouvernement al-Maliki a signé en novembre dernier un accord, défiant l’embargo voulu par Washington, qui prévoit l’achat d’armes iraniennes pour un montant de 195 millions de dollars. C’est sur ce fond que se place l’offensive de l’EIIL, qui met le feu à l’Irak en trouvant une matière inflammable dans la rivalité sunnites-chiites acérée par la politique de al-Maliki. Ceci permet aux Etats-Unis de relancer leur stratégie pour le contrôle de l’Irak. Dans ce cadre on ne perdra pas de vue le plan, qu’a fait passer au Sénat en 2007 l’actuel vice-président Joe Biden, qui prévoit « le décentrement de l’Irak en trois régions semi autonomes : kurde, sunnite et chiite », avec un « gouvernement central limité à Bagdad ».

En d’autres termes, le démembrement de l’Irak.

Edition de mardi 17 juin de il manifesto

http://ilmanifesto.info/la-balcanizzazione-delliraq/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

Une réaction du cinéaste Robert Guediguian

Après avoir regardé toutes les chaînes de télévision le 25 mai de 19 heures à 21 heures, j’ai noté : 

Quel étrange spectacle que de voir tous ces gens propres sur eux, bien maquillés, généreux et si ouverts à toutes les transformations du monde, à toute la « modernité », à toutes les réformes dites sociétales… De voir tous ces gens aisés et si à l’aise pour clamer leur tristesse, leur amertume au lendemain de ces élections… Pour clamer leur déception.

Mais qui les avait déçus ? Le peuple bien sûr, au sens « la plèbe » évidemment. Mon Dieu, le peuple ne vote plus, ou alors il vote pour le Front national ! Que peut-on faire ? Le dissoudre comme disait Brecht ou plutôt dissoudre l’Assemblée comme le dit Marine Le Pen.

Moi, si je pouvais, je dissoudrais le Parti dit socialiste. Cela obligerait peut-être la centaine de députés râleurs, frondeurs, rebelles, bref la centaine de députés restés socialistes dans son cœur et son cerveau à créer un nouveau parti.

En quoi croient-ils encore ces députés ? En la synthèse dans laquelle ils trahissent leurs idées depuis trente ans ?

Ma vieille mère m’a téléphoné hier. Elle a fait ses comptes. Le conseil général diminue de 51 euros par mois l’aide qu’il lui octroie, alors qu’elle touche en tout 750 euros par mois. Je lui ai expliqué qu’elle devait participer à la diminution de la dette publique comme tous les smicards qui gagnent trop car ils sont si peu qualifiés, comme tous les chômeurs qui sont trop indemnisés car ils sont si fainéants…

ÉCŒUREMENT

Assez d’hypocrisie, je dis mon écœurement à tous ces spécialistes raisonnables qui continuent à appliquer le même dogme en France et en Europe qui échoue depuis trente ans, à toutes ces élites politiques, industrielles, médiatiques et artistiques qui ne font que se protéger, à tous ces lâches de droite et « de gauche » qui n’osent rien changer de peur que leur petit pouvoir vacille, à tous ces fossoyeurs de l’idée même de la politique comme activité la plus noble qui soit. Comment appelle t-on quelqu’un qui croit que la réalité a tort ? Un fou, non ?

Et je ne parle pas des affaires, que l’on devrait plutôt appeler des ordures, dont les protagonistes devraient être éliminés définitivement de la citoyenneté, plutôt que de réapparaître, après une courte absence, au grand jour.

Ma capacité au dégoût s’épuise depuis Cahuzac et Guéant, depuis Balkany et Strauss-Kahn, depuis Copé et Guérini…

Une société a le peuple qu’elle mérite, le peuple qu’elle affame ou qu’elle rassasie, le peuple qu’elle éduque ou qu’elle réprime, le peuple qu’elle méprise ou qu’elle respecte !

J’écoute pour ma part le peuple lorsqu’il souffre, d’autant plus lorsque je pense qu’il s’égare, car c’est une question de morale de le comprendre… Et car c’est la seule manière de continuer, si c’est encore possible, à faire de la politique.

À tous les déçus par le peuple que j’ai vu hier soir, je veux dire avec Victor Hugo :

« Ils n’ont pas eu leur part de la cité

C’est votre aveuglement qui crée leur cécité. »

 

Victoire du « Roi du chocolat »: espoirs de paix, relance de la guerre ?

Bilan (provisoire) des présidentielles du 25 mai 2014 en Ukraine

Par Jean-Marie Chauvier

Mondialisation.ca, 31 mai 2014

Victoire de Petro Porochenko, grand patron de confiseries (d’autres industries et d’une chaîne télé) financier du soulèvement de Maïdan qui a permis de renverser son prédécesseur à la présidence Viktor Ianoukovitch, ardent partisan du rapprochement de l’Ukraine avec l’Union Européenne et de l’adhésion à l’OTAN, mais réputé apte à « reparler avec Moscou ». Un candidat sans véritable rival, et une victoire indéniable, mais remportée dans quelles conditions et représentative de quelle Ukraine !

Il importe de rappeler le contexte rien moins que démocratique de cette élection, même si « les formes » paraissent avoir été respectées dans le déroulement proprement dit du scrutin :

1.      Une insurrection violente a renversé un président contesté mais régulièrement élu et doté d’une majorité parlementaire jusqu’au « bain de sang » du 20 février, provoqué dans des circonstances mal éclaircies. (la fusillade des snipers anonymes)

2.      Pendant cette insurrection, l’extrême-droite qui en assura l’encadrement paramilitaire a installé un climat de terreur dans les régions de l’Ouest, interdisant le Parti Communiste, pourchassant les militants du Parti des Régions, incendiant les locaux de ces partis et usant de violences physiques à l’encontre d’opposants à cette terreur, jusque dans les enceintes des parlements national et régionaux.

3.      Un gouvernement illégitime a été imposé à Kiev par les forces insurrectionnelles et les envoyés des gouvernements des Etats-Unis et de l’Union Européenne qui leur ont prêté concours. Ce gouvernement « intérimaire » est composé de deux partis représentatifs de 35% de l’électorat (essentiellement de l’Ouest et du Centre du pays) : les nationaux-libéraux de « Baktivchtchina » (Patrie) et les néonazis de « Svoboda » (Liberté).

4.      Aussitôt au pouvoir, cette équipe a délibérément provoqué la moitié russophone de l’Ukraine en annonçant la suppression du statut de langue officielle régionale du Russe (mesure suspendue par la suite). A cette provocation s’en est ajoutée une autre, hautement symbolique : l’abolition de la célébration traditionnelle de la fête de la « Victoire sur le fascisme », le 9 mai, interdite à l’Ouest, et officiellement convertie à Kiev en commémoration des victimes de la guerre. A l’Est et au Sud, de grandes manifestations et des festivités ont marqué l’attachement des populations à cette célébration, évidemment contraire aux sentiments des nationalistes et néofascistes pour qui elle rappelle leur défaite en 1945. On leur saura gré pour autant d’avoir suspendu cette année, « pour éviter les provocations », la déjà traditionnelle célébration, le 28 avril à l’Ouest, de la Division Waffen SS « Galitchina ». (Galizien)

5.       Le coup de force a provoqué la rébellion des régions russophones de l’Est et du Sud, la sécession de la Crimée (rattachée à la Russie), soulevant des revendications en sens divers, soit la décentralisation ou la fédéralisation de l’Etat, soit la séparation, incarnée par les républiques autoproclamées de Donetsk et de Lugansk dans les régions les plus industrielles et ouvrières de l’Est.

6.       A cette vague de revendications, le pouvoir de Kiev a répondu par la répression armée, exercée pour l’essentiel par une Garde Nationale recrutée par les néonazis du Pravy Sektor. De la terreur, cette fois, on est passé aux massacres de « pro-russes », comme ce fut le cas le 2 mai à Odessa.

C’est dans un pays au bord de la guerre civile, avec une partie Est exclue de la vie politique déjà réduite à l’Ouest, que s’est imposée la candidature de Petro Porochenko, pourvue de plusieurs atouts : « candidat de l’Occident » il bénéficie d’un soutien international assorti de promesses d’aide financière conséquentes ; se disant favorable à une réconciliation nationale, il apparaît comme capable d’apaiser le pays, disposé au dialogue avec le Kremlin, qui se montre également favorable à des pourparlers, il fait figure de négociateur possible d’un lourd contentieux, dont le prix du gaz russe n’est pas le moindre aspect. Après plusieurs mois de rhétorique extrémiste et de passage à l’acte violent, face à une menace d’éclatement, un tel candidat avait de grandes chances d’être promu, d’autant qu’il n’avait pas de concurrent sérieux.

Sur 60% des votants (Participation de 60-70% à l’Ouest mais majorité d’absentions dans l’Est et le Sud) le candidat de l’Occident et du renouement de dialogue avec Moscou l’a emporté à plus de 54% soit un tiers des électeurs inscrits…et beaucoup moins à l’Est et au Sud.

Porochenko a capitalisé les voix, à la fois d’une majorité (à l’Ouest et au Centre) désireuse d’apaisement et d’une minorité de nationalistes (de l’Ouest) qui ont également voté pour des candidats plus radicaux, mais non pour les chefs de l’extrémisme antirusse, pourtant « héros de Maïdan » et intégrés au pouvoir.

Le monde occidental crie « victoire ». A juste titre, mais Victoire de qui et de quoi ?. Les sceptiques constateront, eux, qu’ « un oligarque de l’Ouest remplace un oligarque de l’Est », ce qui est étrange pour une « révolution anti-corruption ». Il aura pour tâche d’imposer les « mesures douloureuses » voulues par l’UE et le FMI en contrepartie d’une aide financière et comme tribut au « libre échange ». Et dans l’immédiat, il lui faut éradiquer par les armes la rébellion fédéraliste (ou séparatiste, ou terroriste, c’est selon…) dans les régions de l’Est. Au même moment, des troupes russes restent massées non loin des frontières et les dispositifs militaires des Etats-Unis se renforcent autour de la Russie et dans la Mer Noire. L’influence russe est bel et bien « refoulée ». Echec à Poutine ? On imagine que la partie n’est pas close !

Mais le vainqueur du scrutin présidentiel du 25 mai et bientôt nouveau président de l’Ukraine, Petro Porochenko, a lancé les 26-27 mai, au lendemain de son élection triomphale, l’opération de « nettoyage final » des régions rebelles de l’Est. Des centaines de morts, dans les combats, seraient à déplorer en l’espace de quelques jours. Porochenko a lancé, le 27 mai, un ultimatum aux rebelles, menacés d’opérations de plus grande envergure.

L’imminent nouveau président et le gouvernement « intérimaire » espèrent ainsi terminer rapidement le « nettoyage » avant de renouer le dialogue avec Moscou, auquel Kiev exige la participation des Etats-Unis et de l’Union Européenne. Les séparatistes du Donbass appellent à l’aide le président Vladimir Poutine.

Mais de quoi « Kiev » est-il le nom désormais ?

Une lutte d’influence paraît s’engager entre Porochenko et le gouvernement putschiste, plus radical, de droite et d’extrême-droite que dirige Arseni Iatseniuk en compagnie des néonazis de Svoboda, dont le chef Oleh Tiahnibok est perdant aux élections, et du « commandant de Maïdan » Andrei Parboubiy, secrétaire d’état à la sécurité et à la défense, qui pilote un autre commandant et perdant au scrutin, Dmitro Iarosh, chef du Pravy Sektor.  Et Porochenko ne détient pas, à priori, de majorité au parlement – relique d’un autre temps, en attendant les nouvelles législatives promises.

2. Une victoire également géopolitique

Une victoire indéniable pour l’homme de confiance le plus fiable, le plus solide qu’aient à ce jour trouvé en Ukraine la Maison Blanche de Washington et ses alliés européens, depuis l’expérience décevante du précédent Viktor Iouchtchenko, leader de la « révolution orange » de 2004 et président de 2004 à 2010,  auquel on reconnaîtra tout de même le rôle de pionnier de ce grand tournant – qu’il s’agisse de la pénétration américaine en Ukraine, via son épouse, ancienne militante nationaliste au sein de la Diaspora aux Etats-Unis, qui présida les œuvres USAID, ou qu’il s’agisse de la réhabilitation du national-fascisme des années trente-quarante, de la consécration comme « héros nationaux » de ses chefs Stepan Bandera et Roman Choukhevitch. Dans cette marche néonationaliste, la parenthèse Viktor Ianoukovitch (2010-2014) à laquelle prit part Porochenko n’aura été qu’une étape de plus dans la dégradation générale du pays  et les préparatifs du « deuxième Maïdan » de novembre 2013 à février 2014, dont Porochenko est l’aboutissement le plus réussi et le plus conforme, pour l’heure, aux attentes des grands meneurs du jeu, à Washington et accessoirement à Bruxelles. Ainsi, l’échec de la révolution orange constaté lors de la victoire de son adversaire Viktor Ianoukovitch en 2010, a pu être surmonté, mais cette fois, au prix d’une insurrection violente et au mépris de toute règle démocratique. Et moyennant un bain de sang, le 20 février, sur l’origine duquel l’énigme subsiste.

Par contre, les chefs des formations d’extrême-droite qui ont constitué le fer de lance de cette insurrection, du coup d’état du 22 février et, ces dernières semaines, de l’offensive « antiterroriste » dans les régions de l’Est ne recueillent qu’un nombre infime de suffrages. Ce contraste est paradoxal: Petro Porochenko a bénéficié d’une stratégie de violence dont les acteurs de choc sont visiblement peu représentatifs de la population ukrainienne, mais celle-ci lui accorde un vote de confiance en faveur d’une toute autre stratégie – celle qui, au lieu de diviser l’Ukraine et de la pousser à la guerre civile, permettrait de ramener la paix. Que fera Porochenko de ce capital de confiance ?

Du point de vue de l’Occident d’où lui est accordé un autre « capital de confiance », le nouveau président  aura pour tâche d’imposer à la population les « mesures douloureuses », socio-économiques, prévues dans l’accord d’association avec l’Union Européenne et par le FMI. Et dans l’immédiat, d’éradiquer le séparatisme à l’Est, ce qu’illustre la relance de l’offensive « antiterroriste » supervisée par les instructeurs de la CIA en poste à Kiev.

Un scrutin « polysémique », donc, avec beaucoup de points d’interrogation, mais tout de même une confirmation du « grand basculement » de l’Ukraine, de sa double rupture avec le passé soviétique et avec la Russie et la CEI[1], sans oublier le projet poutinien d’ « Union eurasienne », incarnée dans un premier temps par l’Union économique euro-asiatique dont le projet a été conclu entre Russie, Belarus et Kazakhstan.

 3. Les paradoxes d’un vote.

Victorieux à l’Ouest et au Centre nettement moins à l’Est ou au Sud le vote Porochenko reflète sans doute la volonté de voir la situation se débloquer et le dialogue reprendre avec Moscou. Son discours n’est pas haineusement antirusse comme celui des candidats perdants de cette élection.

Ce n’est pas nouveau : la grande majorité de la population ukrainienne veut éviter la guerre civile et la guerre avec la Russie auxquelles l’encouragent les nationalistes et les fascistes des deux côtés de la barricade. Mais forcément, la persistance des heurts sanglants et les jeux pervers des services secrets ruinent peu à peu les chances d’éviter la catastrophe. De ce point de vue, la victoire de Porochenko est préférable à celle des autres candidats de droite et radicaux.

Il faut évidemment analyser de plus près les variations selon les régions et les abstentions : celles-ci seraient élevés (40% dans l’ensemble) dans un tel contexte où se joue l’avenir du pays. Comment les interpréter ? Indifférence ou rejet du monde politique coupable d’avoir entraîné le chaos et la division de l’Ukraine ?

Selon les données disponibles ce 26 mai, environ 60% des électeurs ont pris part au scrutin. Le taux de participation est très élevé à l’Ouest, moyen à Kiev, moins de 50% à Odessa (Sud), moins de 10% dans certaines régions de l’Est. La participation électorale reste néanmoins élevée à Kharkov (47%) Dniepropetrovsk (51%) et Zaporozhe (plus de 50%), preuve que le séparatisme et les appels au boycott ne font pas l’unanimité au sein des populations russophones.

Précisons une fois encore que la majorité russophone du Sud-Est, si elle revendique le respect de sa langue et une marge d’autonomie (voire le fédéralisme de l’état ukrainien) n’est pas à confondre avec les minorités favorables au « rattachement à la Russie » ou à des séparatismes du type « République de Donetsk » C’est pourquoi l’usage systématique, dans nos médias, du terme « prorusses » ( parfois même « russes ») pour désigner les opposants à Kiev, auxquels seraient confrontés « les Ukrainiens » ou « l’armée ukrainienne », relèvent d’une ethnicisation du conflit conforme aux vœux des nationalistes et constituent de la PROPAGANDE plutôt que de l’INFORMATION. Mais les médias ne sont-ils pas partie prenante du conflit ?

4. La retraite de l’égérie et l’émergence d’un bruyant « radical ».

En seconde position dans les résultats des présidentielles  vient, avec plus de 13% des voix, Ioulia Timochenko, connue en Occident comme « l’égérie de la révolution orange » (de 2004) et dirigeante historique du parti national-libéral « Baktivchtchyna » (Patrie) dont font partie l’actuel premier ministre Arséni Iatseniuk et le secrétaire d’état à la sécurité et à la défense, réputé d’extrême-droite, Andryi Paroubyi. L’égérie avait recommandé d’éliminer les Russes « à l’arme nucléaire », Iatseniuk tient un discours agressif infantile qui le disqualifie pour toute négociation avec la Russie, Parouby, lui, ne cesse de parier sur la guerre. Une amie ukrainienne observe que « les partis comme Batkivchtchyna se sont beaucoup radicalisés dans leur opposition au régime Ianoukovitch et par-là sont devenus beaucoup plus anti-russes et nationalistes. La preuve : les slogans nationalistes fleurissent partout tout comme les chemises brodées.”.

En troisième position surgit le leader du Parti Radical, Oleg Liachko, avec près de 9% des voix. Nouveau venu et très agité sur la scène antirusse, il agit directement, via un bataillon, sur le front de l’Est. Il est probable qu’il ait bénéficié de l’afflux d’électeurs nationalistes déçus de Ioulia Timochenko et du parti « Svoboda ». Liachko avait spectaculairement exigé, le 22 février, à la tribune de Maïdan, l’interdiction du Parti des Régions et du Parti Communiste, l’épuration de l’état, ainsi que la peine de mort pour le président Ianoukovitch. Les talents oratoires d’agitateur de Liachko sont indéniables. Serait-ce une nouvelle étoile montante de l’extrémisme ? https://www.youtube.com/watch?v=pQUEGs6WmSE

5. La défaite  prévisible des néonazis, malgré leur pouvoir.

Significatif,  l’échec d’Oleh Tiahnibok, un peu plus de 1,1%. Son parti « Svoboda » avait pourtant remporté 10% (et plus de 30% dans sa région galicienne de base, plus de 50% à Lviv) lors des législatives d’octobre 2012. Il avait également joué un rôle moteur dans la révolte de Maïdan et obtenu la reconnaissance de plusieurs envoyés des Etats-Unis et de gouvernements de pays membres de l’Union Européenne. Le leader aux inspirations nazies a donc gagné en respectabilité internationale. Mais Tiahnibok se voit reprocher, dans son fief galicien, le « maraudage de la révolution » et sa cote de popularité était, d’après les sondages, en chute sensible depuis plusieurs mois.

Quant au « commandant de Maïdan » Dmitro Iarosh, qui fut invité au gouvernement puis chargé de recruter des « gardes nationaux », il recueille 0,68% des suffrages. Le personnage brille donc moins par sa popularité que par son rôle dans le coup d’état et au service de l’appareil de répression.

Cet échec de l’extrême-droite de souche néonazie doit être relativisé:

–              Tiahnibok et Iarosh n’étaient pas « présidentiables » et l’influence de leurs partis devra être évaluée lors de prochaines législatives.

–              Ioulia Timochenko était la candidate radicalement antirusse la mieux placée, en termes de « vote utile ».

–              La concurrence du radical  Liachko a également joué. Son radicalisme n’est pas marqué par les traditions galicienne et nazies.

–              Le « vote utile » pour Porochenko a fait effet de raz de marée.

L’opposant libéral russe Boris Nemtsov, ancien vice-premier sous Eltsine, s’est moqué du Kremlin qui brandissait l’épouvantail des « bandéristes ». Ironie déplacée : ce n’est pas la réalité de cette extrême-droite qui doit être mise en doute, on la connaît suffisamment. Ce qui pose question, c’est précisément leur rôle dans la prise du pouvoir et au sein de la « junte » de Kiev, c’est l’importance qui leur est donnée dans l’appareil de répression ! Ce n’est pas une invention de la « propagande russe » qui ne fait qu’exagérer le phénomène. Que font au pouvoir et aux commandes militaires des chefs extrémistes dotés de 2% aux élections ?

Il en va de même de l’exploitation par Moscou des rares incidents antisémites. Il n’y a pas de doute quant àl’antisémitisme de cette extrême-droite. Il est visible, par contre, qu’elle s’est retenue d’y donner libre cours, et c’est à mettre en rapport avec l’engagement « pour Maïdan » de milieux juifs, d’un commando juif, et de « sympathisants » israéliens : il est clair qu’Israël et les organisations juives d’Ukraine ont voulu réagir à la panique qui s’était emparée, au début de Maïdan, d’une partie de la communauté juive, et ont fait en sorte qu’elle ne puisse pas être accusée de « trahison ». Cet engagement s’est également illustré, spectaculairement, par les voyages et les discours à Maïdan de Bernard-Henri Levy, qui a donné dans la surenchère nationaliste antirusse ! Monsieur n’avait « pas vu » de nazis ou d’antisémites. Mais il était parmi eux, AVEC eux !

Ce bilan de l’extrême-droite doit être complété par d’autres questions : ses représentants conserveront-ils leurs positions au sein du pouvoir exécutif et notamment de la sécurité et de la « Garde nationale » ? Son principal chef militaire, Dmitro Iarosh, leader du « Pravy Sektor » renoncera-t-il à sa « révolution nationale » et à la promesse d’un « nouveau Maïdan » ?

La guerre de ces allumés ukrainiens, comme celle des fêlés russes, des cosaques « des deux frontières » va de toute façon durer. Les Tchétchènes de Kadyrov sont à Doneksk et Pravy Sektor promet aux Russes une guerre de longue haleine en Crimée, qu’ils espèrent mener avec les autonomistes tatares, vieux alliés des nationalistes ukrainiens et refusant l’annexion à la Russie d’une Crimée dont ils se disent les « autochtones » réclamant la restauration de la république tatare supprimée par Staline en 1944.

Rappelons que la mémoire douloureuse pèse lourd ici, du passé du régime stalinien et de ses guerres avec les nationalismes et leurs alliés nazis. Les anciens leaders « Bandera » et « Staline » poursuivent la guerre ancienne, les nationalistes profascistes fantasmant leur « revanche » sur l’Armée Rouge qui les a battus en 1945. (et une première fois en 1920, sous Lénine)

6. Radicalisation de l’ « Opération Anti-Terroriste » (ATO)

Le vainqueur Porochenko a approuvé la poursuite de « l’opération antiterroriste » destinée à éradiquer le séparatisme et à empêcher que les régions de l’Est deviennent une « nouvelle Somalie ». Porochenko a cependant promis l’amnistie aux séparatistes qui déposeraient les armes.  Mais ceux-ci se sont emparés de l’aéroport de Donetsk,  en conséquence de quoi Kiev réplique par une violente contre-offensive. « Plus efficace et plus rapide » doit être, selon Porochenko, la dite « Opération Anti-Terroriste » (ATO). « Ambiance » à Slaviansk…

http://www.m24.ru/videos/51946

La répression s’opère également en pleine ville, à Kharkov, mais qui sont les auteurs, qui sont les victimes ?

ENLEVEMENTS A KHARKOV ? Le 20 mai

D’après le commentaire accompagnant cette vidéo, les « chemises noires » fascistes de Kiev tentent d’enlever des militants du groupe communiste « Borotba ». La milice (police) intervient très peu

http://krasnoe.tv/node/22371

L’ATO rencontre de sérieux obstacles vu le manque de fiabilité des troupes régulières et des forces de l’ordre. De nombreux cas de désertion ou défections ont été signalés.

En témoigne, à Odessa, cette réaction de policiers qui, refusant d’obéir aux ordres de répression, jettent leurs boucliers à terre et quittent les lieux. Exceptionnel !

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=k18w4dI8cxY

7. « Résistances antifascistes » armées (et musicales)

Des affrontements meurtriers se poursuivent donc entre les forces armées de Kiev et celles des milices séparatistes, auxquelles se sont mêlés des ultranationalistes russes, désormais aux prises avec les bataillons de la « Garde Nationale » recrutée par l’extrême-droite ukrainienne. On annonce aussi la création d’une « Armée Rouge » vouée à la libération de l’Ukraine de sa dictature capitaliste: http://krasnoe.tv/node/22400 .

D’autres armées ( ?) sont dites « soviétique » ou « russe ». Le romantisme des Partisans, de la résistance antinazie est convoqué à l’exaltation du combat contre « les fascistes » de Kiev.

Clip de la résistance antifasciste du Sud-Est ukrainiens

http://krasnoe.tv/node/22237

Concert de solidarité avec ka république du Donbass. Le pianiste allemand David Martello à Donetsk

http://krasnoe.tv/node/21907

La TV rouge (communiste) saisit l’occasion pour évoquer le passé glorieux des mineurs stakhanovistes – extrait d’un film soviétique des années trente :

http://krasnoe.tv/node/21754

Mais il semble bien que les « républiques autonomes » de l’Est ne soient soutenues que par une minorité des populations, la majorité, certes révolté par les méthodes de la « junte », aspirant malgré tout à retrouver une « vie normale », à ne plus risquer des balles de snipers en traversant la rue. Les mineurs du Donbass eux-mêmes, qui ont avant tout peur de perdre leur emploi, ne rallient pas les séparatistes mais réclament le départ des forces de Kiev.  Le grand patron de la région, Rinat Akhmetov, a préféré se réfugier à Kiev.

Des sources ukrainiennes reparlent aussi de « combattants arrivant de Russie » ( selon une source biélorusse, certains ont été abattus par les troupes frontalières ukrainiennes) et de concentrations de troupes russes aux frontières, tandis que des sources russes signalent la présence de mercenaires américains.

Autrement dit, avant de nouer un quelconque hypothétique dialogue, Kiev et Moscou se lancent des défis et derrière Kiev, il y a les Etats-Unis. Rien dès lors ne permet d’écarter la supposition du pire : une guerre entre les deux pays et l’implication au moins indirecte de l’OTAN et-ou de Washington.

On peut en conclure que, même si de grandes confrontations armées sont évitées, l’Ukraine et la Crimée connaîtront  au minimum des turbulences violentes dans les années à venir, tout comme le Nord-Caucase russe et la Caucasie méridionale – un célèbre stratège américain avait désigné ces espaces, dès 1995, comme les « Balkans eurasiens » de la zone méridionale de l’ex-URSS qui, articulés au « Grand Moyen-Orient », formeraient les « Balkans mondiaux ».Sur ce vaste échiquier (« eurasien » pour l’essentiel) devait se jouer l’avenir de la suprématie des Etats-Unis, leur « devoir moral » dans un monde chaotique. Mais depuis 1995 et leurs échecs en Irak, les Etats-Unis (et l’OTAN) n’ont plus les moyens de contenir les réactions russes. On l’a vu en Géorgie en 2008. Il n’est pas exclu, selon un spécialiste israélien, que Moscou puisse réaliser un plan d’intégration du Sud-Est ukrainien, rebaptisé « Novorissiia » (Nouvelle Russie) selon une appellation de l’époque des tsars.[2]

[1] L’annonce de la sortie de l’Ukraine de la Communauté des Etats Indépendants a été faite le 26 mai par Andry Parouby, secrétaire d’état à la sécurité et à la défense, réputé d’extrême-droite . Ce n’est pas encore une annonce “officielle”.

[2] http://lenta.ru/articles/2014/05/26/kedmi/