A Madrid, la « marée blanche » parvient à bloquer la privatisation des hôpitaux

Ludovic LAMANT, Médiapart, 28 janvier 2014

L’échec est cuisant pour le parti populaire aux commandes de la région de Madrid : il a renoncé lundi à son projet de privatisation de six hôpitaux, après plus d’un an de contestation sociale.

Après 14 mois de bataille, dans les rues de la capitale et devant les tribunaux, la victoire est éclatante pour la « marée blanche » espagnole : le gouvernement régional de Madrid a renoncé lundi à son projet de privatisation de six hôpitaux de la communauté, et de 27 centres de santé. Le conseiller chargé du dossier a démissionné le même jour.

La « marée blanche », agglomération de professionnels de santé, de patients, d’activistes et d’adhérents à des partis politiques d’opposition et des syndicats, était devenue au fil des mois l’un des symboles de la résistance de la société espagnole aux remèdes anti-crise du parti populaire (PP, droite, au pouvoir à Madrid comme au niveau national). Le mouvement a aussi donné naissance à une plateforme de dialogue regroupant des associations variées, dont des représentants des hôpitaux en grève et des assemblées de quartier qui avaient surgi lors du mouvement «15-M» des « indignés » espagnols.


« Nous avons démontré qu’il était possible de bloquer une réforme qui n’avait aucun fondement, ni économique ni scientifique, et que cela peut se faire de manière très propre »
, se félicite Patricia Alonso, l’une des dirigeantes de l’Afem, cette association de médecins madrilènes qui fut aux avant-postes de la contestation. « Nous sommes parvenus à formuler un message à partir d’une expertise, en marge des idéologies, et à générer un espoir dans la société », estime cette gériatre.

Afin de minimiser son échec, Ignacio Gonzalez, le président de la communauté de Madrid, s’est retranché derrière un argument juridique. Le Tribunal supérieur de justice de Madrid a en effet rejeté lundi le recours déposé par les autorités, et confirmé sa décision de septembre dernier, pour une « suspension temporaire » du processus de privatisation. Gonzalez a alors estimé qu’il n’était pas « raisonnable » de poursuivre dans cette voie, face à une telle« incertitude » juridique. 

Mais les observateurs ne sont pas dupes, et savent qu’à moins de quatre mois des élections européennes, et à l’approche des régionales et municipales espagnoles l’an prochain, Gonzalez n’avait plus vraiment le choix. Son projet était extrêmement impopulaire, y compris au sein de l’électorat du PP. « Le calendrier de la justice, et celui des rendez-vous électoraux, ont joué contre la stratégie du PP, qui voulait convertir Madrid en un laboratoire des politiques de gestion de la santé »écrit le site InfoLibre (partenaire de Mediapart).

Lorsqu’il a dévoilé, le 31 octobre 2012, son projet de privatisation, Gonzalez avait avancé un argument massue : faire des économies sur l’argent public en temps de crise. Le successeur de la très droitière Esperanza Aguirre avait avancé deux chiffres : le coût moyen d’un patient dans un hôpital géré par le secteur privé s’établirait à 441 euros à l’année – contre 600 dans le public. Les chiffres ont rapidement été contestés par des professionnels de santé, mais qu’importe : la crise devenait alors un prétexte parfait pour privatiser à tout-va – à terme jusqu’à 30 % des lits des hôpitaux madrilènes (contre 3 % aujourd’hui).

Le PP madrilène n’a pas tardé à essuyer ses premiers échecs, sur le terrain. Dès novembre 2012, il a dû revenir sur son projet de transformer l’hôpital de La Princesa, l’un des plus prestigieux de Madrid, dans le très chic quartier de Salamanca, en un centre de soins spécialisé pour les plus de 75 ans, au nom d’une meilleure gestion de l’argent public. Une campagne de solidarité avait recueilli plus de 360 000 signatures pour « sauver la Princesa ».

Dans la foulée de cette première victoire, la contestation a enflé. La première « marée blanche » est organisée en décembre 2012, et des grèves indéfinies sont déclenchées dans certains hôpitaux (lire notre reportage, publié en avril 2013). Mais le gouvernement régional ne lâche rien, et désigne au mois d’août, au terme d’un processus particulièrement opaque, les trois entreprises privées qui s’occuperont de la gestion des six hôpitaux en question. Parallèlement, le parti socialiste (PSOE) puis l’Afem déposent des recours auprès des tribunaux madrilènes pour tenter de paralyser le processus.

La presse espagnole mardi revient en longueur sur cette victoire de la « marée blanche », et consacre plusieurs portraits à Javier Fernández-Lasquetty (dans El País ou sur le site d’El Diario, par exemple), ce conseiller santé nommé en 2010 par Esperanza Aguirre, ex-dirigeant du FAES, un think tank très à droite, et qui vient d’enregistrer avec cette reculade, un échec personnel cuisant.

Il est difficile de dire aujourd’hui si le projet ne refera pas surface après les élections en cas de nouvelle victoire du PP. En attendant, la communauté de Valence, elle aussi dirigée par le PP, reste la région d’Espagne qui s’est aventurée le plus loin sur la voie de la privatisation de son secteur de santé (ce qui lui vaut de nombreuses critiques). Cette défaite du PP madrilène intervient alors que l’Espagne se divise aussi sur un projet de loi anti-avortement du gouvernement de Mariano Rajoy.

Allemagne, par ici la misère

Allemagne, par ici la misère

Vous pensez que l’Allemagne, donneuse de leçons de l’Europe, ne connaît pas la crise? Détrompez-vous.

Derrière les chiffres flamboyants et la gestion à la teutonne se cachent des millions d’emplois précaires, et une situation pas très reluisante. C’est ce qu’on appelle les « mini-jobs », rémunérés à 450 euros maximum par mois, quel que soit le nombre d’heures travaillées. Ils ont largement contribué à faire baisser le taux de chômage, mais à quel prix?

C’est l’envers du miracle économique allemand. Aujourd’hui en Allemagne, 20% des travailleurs vivent en dessous du seuil de pauvreté. Un développement vers la précarité, dû en partie aux mini-jobs. Ces contrats de travail permettent d’embaucher une main-d’œuvre bon marché, sans obstacle bureaucratique. Les employés reçoivent un salaire plafonné à 450 euros, quel que soit le nombre d’heures travaillées. En échange, ils ne paient pas d’impôts, ni de cotisations sociales.

L’Allemagne compte aujourd’hui 7,5 millions de « mini-jobbers », dont des millions qui ne vivent que de ce maigre revenu. Ceux-là ont droit à une aide sociale et au paiement de leur loyer. Alors oui, le chômage de longue durée a considérablement diminué en Allemagne, mais à quel prix? Les syndicats dénoncent la précarité, le patronat applaudit, car cela permet aux entreprises une très grande flexibilité. A terme, le pays risque de voir sa population s’appauvrir – aujourd’hui déjà, des retraités sont obligés de prendre un mini-job.

Un reportage de Françoise Weilhammer et Florence Fernex Image : Didier Charton Son : Beat Lambert Montage : Monique Preiswerk

Ukraine : « La très grande majorité des Ukrainiens ne veut pas de cette nouvelle guerre civile »

Jean-Marie CHAUVIER, Solidaire, 27 janvier 2014

Solidaire a interrogé Jean-Marie Chauvier pour mieux comprendre la situation actuelle de l’Ukraine. C’est un journaliste et essayiste belge, spécialiste de l’Ukraine et de l’ex Union soviétique. Connaissant ces pays et la langue russe de longue date, il collabore aujourd’hui au « Monde diplomatique » et à d’autres journaux et sites internet. – Jean Pestieau

Quels sont les problèmes économiques qui se posent à la population ukrainienne, principalement aux travailleurs, aux petits paysans et aux chômeurs ?

Jean-Marie Chauvier. Depuis le démembrement de l’Union soviétique en 1991, l’Ukraine est passée de 51,4 à 45 millions d’habitants. Cette diminution s’explique par une baisse de la natalité, une augmentation de la mortalité due en partie au démantèlement des services de santé. L’émigration est très forte. 6,6 millions d’Ukrainiens vivent maintenant à l’étranger. Nombreux sont les gens de l’est de l’Ukraine qui sont partis travailler en Russie où les salaires sont sensiblement plus élevés, tandis que ceux de l’ouest se sont plutôt dirigés vers l’Europe occidentale, par exemple dans les serres de l’Andalousie ou dans le secteur de la construction au Portugal. L’émigration fait rentrer annuellement, en Ukraine, 3 milliards de dollars.

Alors que le chômage est officiellement de 8 % en Ukraine, une partie importante de la population vit en dessous du seuil de pauvreté : 25 %, selon le gouvernement, jusqu’à 80 % selon d’autres estimations. L’extrême pauvreté, accompagnée de sous-alimentation, est estimée entre 2 à 3 % jusqu’à 16 %. Le salaire moyen est de 332 dollars par mois, un des plus bas d’Europe. Les régions les plus pauvres sont les régions rurales à l’ouest. Les allocations de chômage sont faibles et limitées dans le temps.

Les problèmes les plus pressants sont accentués par les risques liés à la signature d’un traité de libre échange avec l’Union européenne et l’application des mesures préconisées par le FMI. Il y a ainsi la perspective de fermeture d’entreprises industrielles, surtout à l’Est, ou leur reprise-restructuration-démantèlement par les multinationales. En ce qui concerne les terres fertiles et l’agriculture, se pointe à l’horizon la ruine de la production locale qui est assurée actuellement par les petits paysans et les sociétés par action, héritières des kolkhozes et par l’arrivée en grand des multinationales de l’agro-alimentaire. L’achat massif des riches terres s’accélérera. Ainsi Landkom, un groupe britannique, a acheté 100 000 hectares (ha) et le hedge fund russe Renaissance a acheté 300 000 ha (Ce dernier chiffre correspond au cinquième des terres agricoles belges, NdlR).

Pour les multinationales, il y a donc de bons morceaux à prendre : certaines industries, les oléoducs et gazoducs, les terres fertiles, la main d’œuvre qualifiée.

Quels seraient les avantages et les désavantages d’un rapprochement avec l’Union européenne ?

Jean-Marie Chauvier. Les Ukrainiens – la jeunesse avant tout – rêvent de l’UE, de la liberté de voyager, des illusions de confort, de bons salaires, de prospérité, etc. Rêves sur lesquels les gouvernements occidentaux comptent. Mais, en réalité, il n’est pas question d’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Il n’est pas question de libre circulation des personnes. L’UE proposent peu de choses, sinon le développement du libre échange, d’importation massive de produits occidentaux, d’imposition des standards européens dans les produits susceptibles d’êtres exportés vers l’UE, ce qui soulève de redoutables obstacles à l’exportation ukrainienne. La Russie, quant à elle – en cas d’accord avec l’UE – menace de fermer son marché aux produits ukrainiens. Moscou a offert des compensations telles que la baisse d’un tiers du prix du pétrole, une aide de 15 milliards de dollars, l’union douanière avec elle-même, le Kazakhstan, l’Arménie… Poutine a un projet euro-asiatique englobant la majeure partie de l’ancien espace soviétique (hormis les pays baltes) en renforçant les liens avec un projet de coopération industrielle avec l’Ukraine, en intégrant les technologies où l’Ukraine était performante du temps de l’URSS : aéronautique, satellites, armement, constructions navales, etc., en modernisant les complexes industriels. C’est évidemment l’est de l’Ukraine qui est plus intéressé à cette perspective.

Pouvez-vous expliquer les différences régionales qui traversent l’Ukraine ?

Jean-Marie Chauvier. Il n’y a pas d’État-nation homogène en Ukraine. Il y a des contradictions entre régions. Il y a des différences historiques. Russie, Biélorussie et Ukraine ont eu un berceau commun : l’État des Slaves orientaux (9e-11e siècle), la capitale Kiev, qu’on a appelé « Rous », « Russie » ou « Ruthénie ». Par la suite leurs parcours se sont différenciés : langues, religions, appartenances étatiques. L’Ouest a été longtemps lié au Grand Duché de Lituanie, aux royaumes polonais, à l’Empire austro-hongrois. Après la Révolution de 1917 et la guerre civile, est née la première formation nationale nommée « Ukraine », co-fondatrice en 1922 de l’URSS. La partie occidentale annexée notamment par la Pologne en a été « récupérée » en 1939 et 1945, puis le territoire actuel de l’Ukraine s’est encore élargi à la Crimée en 1954.

L’Est de l’Ukraine est plus industrialisé, plus ouvrier, plus russophone tandis que l’Ouest est plus rural, paysan, ukraïnophone. L’Est est orthodoxe, rattaché au patriarcat de Moscou tandis que l’Ouest est à la fois gréco-catholique (« uniate »), et orthodoxe, rattaché au patriarcat de Kiev depuis l’indépendance de 1991. L’Église uniate catholique, notamment à l’Ouest en Galicie, a été traditionnellement germanophile, souvent en conflit avec l’Église catholique de Pologne. Le centre de l’Ukraine, avec Kiev, est un mélange des courants de l’Est et de l’Ouest. Kiev est très majoritairement russophone, ses élites sont pro-opposition et très liées aux ultralibéraux de Moscou.

L’Ukraine est donc partagée – historiquement, culturellement, politiquement – entre l’Est et l’Ouest, et il n’y a aucun sens à dresser l’une contre l’autre, sauf à miser sur l’éclatement voire la guerre civile, ce qui est sans doute le calcul de certains. A force de pousser à la cassure, comme le font les Occidentaux et leurs petits soldats sur place, le moment pourrait bien venir où l’UE et l’OTAN obtiendront « leur morceau » mais où la Russie prendra le sien ! Ce ne serait pas le premier pays qu’on aurait fait délibérément exploser. Nul ne doit ignorer non plus que le choix européen serait également militaire : l’OTAN suivra et aussitôt se posera la question de la base russe de Sebastopol en Crimée, majoritairement russe et stratégiquement cruciale pour la présence militaire en Mer Noire. On peut imaginer que Moscou ne laissera pas s’installer une base américaine à cet endroit !

Que pensez-vous de la manière dont le conflit actuel est présenté dans nos médias ?

Jean-Marie Chauvier. C’est un western ! Il y a les bons « pro-européens », les mauvais « pro-russes ». C’est manichéen, partial, ignorant de la réalité de l’Ukraine. La plupart du temps, les journalistes vont voir les gens qui pensent comme eux, qui disent ce que les Occidentaux ont envie d’entendre, qui parlent l’anglais ou d’autres langues occidentales. Et puis, il y a les mensonges par omission.

Il y a d’abord un grand absent : le peuple ukrainien, les travailleurs, les paysans, soumis à un capitalisme de choc, à la destruction systématique de tous leurs acquis sociaux, aux pouvoirs mafieux de tous bords.

Il y a ensuite l’occultation ou la minimisation d’un phénomène que l’on qualifie de « nationaliste » et qui est de fait néofasciste, voire carrément nazi. Il est principalement (mais pas uniquement) localisé dans le parti Svoboda, son chef Oleg Tiagnibog et la région occidentale correspondant à l’ancienne « Galicie orientale » polonaise. Combien de fois n’ai-je vu, entendu, lu dans les médias, des citations de ce parti et de son chef comme « opposants » et sans autre précision ?

On parle de sympathiques jeunes « volontaires de l’autodéfense » venus de Lviv (Lwow, Lemberg) à Kiev, alors qu’il s’agit de commandos levés par l’extrême-droite dans cette région (Galicie), qui est son bastion. Lourde est la responsabilité de ceux – politiques, journalistes – qui jouent à ce jeu, à la faveur de courants xénophobes, russophobes, antisémites, racistes, célébrant la mémoire du collaborationnisme nazi et de la Waffen SS dont la Galicie (et non toute l’Ukraine !) fut la patrie.

Enfin, les médias passent sous silence les multiples réseaux financés par l’Ouest (États-Unis, UE, Allemagne) pour la déstabilisation du pays, les interventions directes de personnalités politiques occidentales. Imaginons la zone neutre à Bruxelles occupée pendant deux mois par des dizaines de milliers de manifestants exigeant la démission du Roi et du gouvernement, prenant d’assaut le Palais Royal, et acclamant à la tribune des ministres russes, chinois ou iraniens ! On imagine cela à Paris ou Washington ? C’est ce qui se passe à Kiev.

Mon étonnement grandit de jour en jour en constatant l’écart entre les « informations » délivrées par nos médias et celles que je peux collecter dans les médias ukrainiens et russes. Les violences néonazies, les agressions antisémites, les prises d’assaut des administrations régionales : dans nos grands médias, rien de tout cela ! On entend qu’un seul point de vue : les opposants de Maïdan (place de Kiev où les pro-européens se rassemblent, NdlR). Dans les médias, le reste de l’Ukraine n’existe pas !

Quels sont les principaux acteurs en présence ?

Jean-Marie Chauvier. L’oligarchie industrielle et financière, bénéficiaire des privatisations, est partagée entre des groupes tiraillés entre la Russie et l’Occident. Viktor Ianoukovitch et son Parti des Régions représentent les clans (et la plus grande partie des populations) de l’Est et du Sud. Le Parti des Régions a gagné les élections tant présidentielles que parlementaires à l’automne 2013. Il a également de fortes assises à l’Ouest, en Transcarpatie (aussi appelée Ukraine subcarpathique), une région multiethnique qui résiste au nationalisme. Mais la crise actuelle, les hésitations et les faiblesses du président risquent de lui coûter très cher et de discréditer son parti…

Le pouvoir en place est largement responsable de la crise sociale qui profite à l’extrême-droite et aux sirènes trompeuses de l’UE et de l’OTAN. Le pouvoir en place est impuissant, de fait, et défend une partie de l’oligarchie. Il a favorisé l’extension de la corruption et des pratiques mafieuses.

Face à lui, il y a trois formations politiques qui ont leur base surtout dans l’Ouest et aussi dans le Centre de l’Ukraine. Il y a d’abord Batkivschina (« Patrie »), dont le dirigeant est Arseni Iatseniouk. Il a succédé à l’égérie Ioulia Timochenko, malade et emprisonnée. Ensuite, le parti Oudar (parti démocratique des réformes) dont le leader et fondateur est l’ancien boxeur, Vitali Klitschko. C’est le chouchou d’Angela Merkel et de l’UE. Les cadres de son parti sont formés par la fondation Adenauer. Enfin, le parti néo-fasciste Svoboda (« Liberté ») dirigé par Oleg Tiagnibog.

Svoboda est en filiation directe avec l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN) – fasciste, sur le modèle de Mussolini – fondée en 1929 en Galicie orientale sous régime polonais. Avec l’arrivée d’Adolf Hitler en 1933, contact est pris avec le motif « nous nous servirons de l’Allemagne pour faire avancer nos revendications ». Les relations avec les nazis sont parfois tumultueuses – car Hitler ne veut pas d’une Ukraine autonome – mais tous sont fermement unis dans leur objectif commun d’éliminer les communistes et les juifs et d’asservir les Russes. Les fascistes ukrainiens opposent le caractère « européen » de l’Ukraine à celui, « asiatique » de la Russie. En 1939, Andriy Melnik est à la tête de l’OUN, avec le soutien d’Andriy Cheptytskyi, métropolite (évêque, NdlR) de l’Eglise gréco-catholique (uniate), germanophile, « leader spirituel » de la Galicie, passée en 1939 sous régime soviétique. En 1940, le radical Stepan Bandera fait dissidence : son OUN-b forme deux bataillons de la Wehrmacht, Nachtigall et Roland, pour prendre part à l’agression menée par l’Allemagne et ses alliés contre l’URSS, le 22 juin 1941. Immédiatement déferle une vague de pogroms.

Depuis plusieurs scrutins, après la « révolution orange » de 2004, l’influence de Svoboda grandit en Galicie et dans tout l’Ouest de l’Ukraine, y compris dans les grandes villes avec 20 à 30 % des votes. Pour l’ensemble de l’Ukraine, Svoboda compte pour 10 % des votes. Svoboda est « débordé » par des groupes néo-nazis plus radicaux encore que lui.

Les trois formations politiques, Batkivschina, Oudar et Svoboda, appuyées par l’Occident, réclament depuis deux mois le renversement du gouvernement et du Président de la république. Elles exigent de nouvelles élections. Svoboda les entraîne plus loin en organisant un coup d’État perlé au niveau local. Là où il fait régner son régime de terreur, Svoboda interdit le Parti des Régions et le Parti communiste ukrainien.

Le PC ukrainien appelle à la raison depuis plusieurs semaines. Il a récolté plus de 3 000 000 de signatures pour réclamer un referendum qui devrait décider si l’Ukraine veut un traité d’association avec l’UE ou une union douanière avec la Russie. La situation insurrectionnelle incombe non seulement aux trois partis d’opposition mais aussi au pouvoir, qui a offert le pays et le peuple « sur un plateau » aux dirigeants de la pseudo-opposition, aux groupes d’extrême-droite néo-nazis, aux organisations nationalistes violentes, aux politiciens étrangers qui appellent les gens à « radicaliser les protestations » et à « lutter jusqu’au bout ». Le PC met en exergue les problèmes sociaux. Il a la position la plus démocratique parmi les partis politiques. Mais son influence se limite à l’Est et au Sud de l’Ukraine.

Quel jeu jouent les grandes puissances (États-Unis, Union européenne, Russie) dans l’affrontement actuel ?

Jean-Marie Chauvier. Zbigniew Brzezinski, influent géostratège étasunien, d’origine polonaise a tracé, dans les années 1990, la stratégie étasunienne pour maîtriser l’Eurasie et installer durablement l’hégémonie de son pays, avec l’Ukraine comme maillon essentiel. Pour lui, il y avait des « Balkans mondiaux », d’un côté l’Eurasie, de l’autre le grand Moyen-Orient. Cette stratégie a donné ses fruits en Ukraine avec la « révolution orange » de 2004. Elle a installé un réseau tentaculaire de fondations étasuniennes – comme Soros et la reaganienne National Endowment for Democracy (NED) – qui rémunèrent des milliers de gens pour « faire progresser la démocratie ». En 2013-2014, la stratégie est différente. C’est surtout l’Allemagne d’Angela Merkel et l’UE qui sont aux commandes, aidées par des politiciens étasuniens comme le républicain John McCain. On harangue les foules sur Maïdan et ailleurs avec une grande irresponsabilité : pour atteindre facilement leur objectif de faire basculer l’Ukraine dans le camp euro-atlantique, dont l’OTAN, ils s’appuient sur les éléments les plus antidémocratiques de la société ukrainienne. Mais cet objectif est irréalisable sans faire éclater l’Ukraine, entre l’Est et l’Ouest et avec la Crimée qui rejoindra la Russie comme sa population le souhaite. Le parlement de Crimée a déclaré : « Nous ne vivrons jamais sous un régime bandériste (fasciste) ». Et pour Svoboda et les autres fascistes, c’est la revanche de 1945 qu’ils vivent. Je crois malgré tout que la très grande majorité des Ukrainiens ne veut pas de cette nouvelle guerre civile ni de l’éclatement du pays. Mais la société est à reconstruire…

Jean-Marie Chauvier

interviewé par Jean Pestieau

Pour en savoir plus : Jean-Marie Chauvier :

– Euromaïdan ou la bataille d’Ukraine, 25 janvier 2014, http://www.mondialisation.ca/euromaidan-ou-la-bataille-dukraine/5366185

– Ukraine :« quelle position » ?, 13 décembre 2013, publié par la revue « Politique » (Bruxelles) et repris parhttp://www.mondialisation.ca/ukraine-quelle-position/5361486

– Allemagne nazie et OUN : repères , voir Le Monde Diplomatique, août 2007, http://www.monde-diplomatique.fr/2007/08/CHAUVIER/15050

Capitalisme : retour aux années 1920

Alain FRACHON, Le Monde, 17 janvier 2014

Probable candidat à l’investiture républicaine pour le scrutin présidentiel de 2016, l’Américain Mario Rubio répète à l’envi l’édifiant conte de fées de son enfance à Miami. Le sénateur de Floride module un peu selon les publics, mais, pour l’essentiel, c’est l’histoire d’une famille d’immigrés cubains qui, à force de travail et de privations, envoie ses enfants à l’université. Lesquels rejoindront ainsi dans les années 1970 les rangs de la classe moyenne, cœur mythique de l’Amérique. Ce ne serait plus possible aujourd’hui, observe le sénateur. Avec leurs salaires, lui, de barman, elle, de petit cadre dans un hôtel, ses parents ont fini par appartenir à ladite classe moyenne et à payer des études à leurs enfants. Exerçant les mêmes métiers en 2014, ils n’en auraient plus les moyens, ils ne gagneraient pas assez.

Le  » rêve américain  » est devenu  » hors de portée « , a confié Rubio lors des cérémonies du 50e anniversaire de la  » Guerre contre la pauvreté « , lancée par le président Lyndon Johnson en janvier 1964. Une raison à ce triste constat : les Etats-Unis sont devenus une société rongée par les inégalités de revenus. Ceux de l’immense classe moyenne ne progressent plus depuis trente ans. Seuls quelque 10 % de la population encaissent l’essentiel des fruits de la croissance. Le sénateur Rubio ne faisait que reprendre un thème que le démocrate Barack Obama a été le premier à mettre en avant en décembre : «  Le défi de notre temps, c’est l’inégalité « , a déclaré le président. Quand, au paradis du capitalisme, démocrates et républicains s’entendent pour formuler, quasiment en termes identiques, un même diagnostic, c’est qu’il s’agit d’une pathologie lourde. On entend déjà les thuriféraires du célèbre modèle social européen clamer en cœur :  » Pas chez nous !  » Erreur, la plupart des économies occidentales connaissent un accroissement vertigineux des inégalités de revenus.

Le tableau brossé par les économistes est monochrome. Tous avancent les mêmes chiffres pour décrire la même réalité. Les écarts commencent à se creuser aux Etats-Unis dans les années 1970. Le phénomène gagne l’Europe de l’Ouest dans les années 1980.  » A la veille de la crise de 2008, les inégalités atteignaient des sommets aux Etats-Unis et dans la plupart des pays développés « , écrit Laura Tyson, économiste, démocrate, ex-conseillère du président Bill Clinton. La part des salaires dans le produit intérieur brut n’a cessé de baisser depuis trente ans, période durant laquelle la classe moyenne n’a maintenu son niveau de vie qu’en s’endettant. Il n’y a pas de crise au sommet, mais concentration de la fortune. En 2012, les 10 % des plus riches des Américains se seraient partagé près de la moitié du revenu national, et ceux du fameux 1 % du haut de la pyramide quelque 22 %. Chiffres sans précédent, sauf à remonter à 1928, et qui altèrent profondément le profil social de l’Amérique.

Corrélation n’est pas causalité, pas forcément, mais la croissance des inégalités de revenus a accompagné une autre évolution : le ralentissement de la mobilité sociale. L’un des moteurs du modèle est touché. Même les républicains, qui portent haut et fort le credo américain, en conviennent :  » Une des promesses fondamentales de l’Amérique tient à cette possibilité de rejoindre les rangs de la classe moyenne. Mais cette opportunité est aujourd’hui remise en cause « , constate Mario Rubio.

Explosion des inégalités

Laura Tyson s’interroge :  » Le fait que le creusement continu des écarts de revenus soit un trait commun aux économies développées suggère des causes communes.  » Les économistes citent, pêle-mêle, développement technologique, robotisation, défaillance des systèmes d’enseignement, et, surtout, globalisation de l’économie, l’ensemble ayant favorisé un gigantesque mouvement de délocalisations. Car à mesure que les inégalités progressaient dans les pays occidentaux, elles régressaient au niveau mondial, parce que le taux de pauvreté diminuait dans les pays émergents où montaient les rangs des nouvelles classes moyennes.

Quelles leçons pour les Etats-Unis, pour l’Europe, pour le Japon ? Les Français croient encore en leur singularité : ils n’aiment pas cette question. Ils font valoir que la situation n’est pas la même dans tous les pays développés. Le coefficient Gini, indicateur synthétique des inégalités de revenus, est plus élevé aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, par exemple, qu’en France. Le miracle de l’Etat-providence à la française assurerait une meilleure protection contre les inégalités ? En partie, mais en partie seulement. Là où l’Europe du Nord, celle qui s’est  » adaptée  » à la mondialisation, compte un nombre croissant de travailleurs pauvres, la France aligne ses bataillons de chômeurs. Bas salaires ou chômage. Les Français ont choisi, sans poser la question : y a-t-il un moindre mal pour une société ? La réponse n’est pas évidente. Comme ne sont pas évidentes les questions posées par l’explosion des inégalités dans les économies occidentales. Ces économies ne peuvent remettre en cause la globalisation : pour elles, les marchés émergents sont devenus prioritaires. Mais les écarts de revenus, la polarisation sociale entre le  » 1 %  » et le reste, ont sans doute un impact profond – sur la croissance, sur l’équilibre politico-social, sur la démocratie (émergence de forces politiques protestataires). Comme souvent, le débat américain est précurseur.

Les faillites à un niveau record en 2013, les PME particulièrement touchées

Guillaume CALLIGNON, Les Echos, 16 janvier 2014

Au total, 63.100 entreprises ont déposé le bilan, presqu’autant qu’en 2009. Ce qui menace 269.000 emplois. La société Altares table encore sur plus de 60.000 défaillances d’entreprises cette année.

2013 a encore été une année noire pour beaucoup d’entreprises françaises. Au total, 63.101 d’entre elles ont fait faillite l’an passé, selon le baromètre publié ce matin par la société Altares. Ce chiffre marque une hausse de 3 % par rapport à 2012. Mais surtout, la France a renoué l’an dernier avec le niveau record de défaillances atteint au pic de la crise, en 2009, une année qui avait vu plus de 63.700 entreprises déposer le bilan.

Au total, 269.000 emplois sont menacés avec toutes ces faillites, selon les calculs d’Altares. C’est plus qu’en 2009. Et, au cours du dernier trimestre de l’année, 16.000 entreprises ont encore fait faillite. « C’est autant qu’à la fin de 2009 et de 2012, c’est-à-dire au plus fort de la crise, rappelle Thierry Millon, responsable des études chez Altares. Il n’y a pas d’amélioration alors que la croissance a légèrement rebondi. Le regain d’activité ne se lit pas encore dans les chiffres de défaillances d’entreprises », souligne-t-il. Thierry Millon s’attend à ce que le nombre de faillites dépasse encore la barre des 60.000 cette année, avec la poursuite des difficultés de trésorerie des PME et la faiblesse du rebond de l’économie française.

Ménages : la panne de la consommation

Il existe toutefois des différences notables entre 2009 et 2013. « Il y a quatre ans, les entreprises indus­trielles de grande taille étaient en ­difficulté. En 2013, ce sont les TPE et les PME qui paient la panne de la ­consommation des ménages », décrypte l’expert d’Altares. Plus de 42.500 sociétés déclarées en faillite l’an dernier employaient moins de 2 salariés alors que les entreprises de plus de 100 salariés étaient moins nombreuses à faire défaut. Pourtant, le pays a connu des faillites retentissantes. Celle du transporteur Mory Ducros est la plus importante depuis Moulinex en 2001. Bien souvent, les entreprises dont l’activité est directement liée à la consommation se sont retrouvées en première ligne : plus de 8.500 commerçants ont déposé le bilan l’an passé, un chiffre supérieur au plus haut de 2009. Dans la restauration, 5.700 sociétés ont fait faillite en 2013. Encore une fois, c’est un record. Par contre, dans l’industrie, même s’il reste à un niveau élevé, proche de 4.400, le nombre d’entreprises en défaillance s’est stabilisé l’an passé. Sauf dans l’agroalimentaire, ­secteur qui a vu le nombre de défaillances grimper encore de 4 %.

D’ailleurs, dans l’agriculture, l’augmentation des faillites a atteint 12 %, touchant particulièrement l’élevage. Sur les 63.101 défaillances de l’an passé en France, 61.500 concernent des redressements et des liquidations judiciaires. Certaines d’entre elles peuvent donc encore rebondir. Mais « les plaies de 2009 ne sont pas cicatrisées, explique Thierry Millon. Après cinq années de crise, beaucoup d’entreprises rencontrent des problèmes structurels et pas seulement d’activité. Les faibles taux de marge, voire les pertes, ont entraîné un manque de fonds propres. Beaucoup d’entre elles n’ont pas publié leurs comptes depuis 2010. Elles manquent de trésorerie. La moitié sont déficitaires en exploitation. Or, pour sortir des procédures juridiques de faillite, il faut prouver que la société possède les fonds nécessaires pour affronter l’avenir », pointe-t-il. Seuls 1.600 chefs d’entreprise ont opté en 2013 pour une procédure de sauvegarde, choisie en amont et permettant de restructurer plus aisément la société.

Le premier secrétaire du P.C.ukrainien dénonce l’ingérence étrangère en Ukraine

Lettre au Président ukrainien, Le Monde russe, 22 janvier 2014

Cher Viktor IANOUKOVITCH !

Les événements politiques en cours en Ukraine, l’aggravation sérieuse de la confrontation dans la société ukrainienne entre les partisans du choix eurointégrationniste et ses adversaires a amené à des désordres massifs, aux blocage des organes du pouvoir d’État, l’occupation des locaux administratifs, la destruction des monuments historiques : tout cela est devenu la raison de la déstabilisation dans le pays,et a provoqué une série de conséquences négatives économiques, sociales et humanitaires pour la population de l’Ukraine. Finalement l’Ukraine s’est trouvée au bord d’une scission du pays et de la perte de la sécurité nationale.

Un rôle spécial dans l’aggravation de la situation a été joué par l’influence des États étrangers, ainsi que par les agents de représentations diplomatiques en Ukraine, qui à se sont ouvertement prononcés pour l’escalade ultérieure du conflit en Ukraine, déclarant leur soutien seulement à ceux qui sont partisans de l’intégration européenne, approuvant les demandes et les appels des « leaders » de « l’opposition » augmentant la pression de la confrontation publique.

Il faut aussi remarquer le  soutien matériel réel apporté par les fondations et les organisations privées et publiques, tels qu’USAID, Open Society Institute, National Democratic Institute for International Affairs, sous des prétextes plausibles de « protection des valeurs démocratiques », de « soutiens à la création d’un espace d’information » finançant la création et la popularisation de sources d’information en Ukraine, qui ont formé l’opinion publique, dans l’esprit de sentiments antirusses augmentant l’hystérie antiétatique, mais aussi réchauffant l’escalade de la confrontation publique dans le pays.

Une inquiétude supplémentaire est provoquée par les annonces publiques de politiques de haut rang des États-Unis et des pays d’Europe Occidentale condamnant les actions légales des fonctionnaires supérieurs et des administrations de l’Ukraine, ainsi que des appels publics dans les meetings organisés par « l’opposition » à agir contre les décisions des autorités légalement élues du pays, apportant son offrande destructrice dans l’aggravation de la situation politique, ce qui est un coup sérieux pour la démocratie ukrainienne, sans parler de ce que cela peut compliquer la situation du pays.

Un cynisme particulier est observé dans les déclarations récentes des ambassadeurs des États-Unis Jeffrey Pyatt et de l’Union européenne Jan Tombinski, qui ont exprimé leur désaccord avec le processus législatif de la Rada Suprême d’Ukraine du 16 janvier 2014 et se sont permis de critiquer les décisions du parlement de l’Ukraine à propos de leur conformité aux normes démocratiques, etc.

Ces annonces contredisent directement les principes inébranlables de la diplomatie internationale, surtout le point 7 de l’art. II de la Charte de l’O.N.U., la Déclaration de l’ONU sur les principes du droit international concernant les relations amicales et la coopération entre les États conformément à la Charte de l’Organisation des Nations Unies du 24 octobre 1970, les Déclarations de l’ONU sur l’inadmissibilité de l’intervention dans les affaires intérieures des États, sur le respect de leur indépendance et la souveraineté du  2 décembre 1965, etc.

En tenant compte de ce que les annonces des ambassadeurs cités dépassent les limites de leurs prérogatives et ne correspondent pas aux principes du droit international, confinant à l’intervention dans les affaires intérieures de l’Ukraine, nous exigeons principalement de réagir à leurs actions destructives par voie d’un appel du Ministère des Affaires étrangères de l’Ukraine et d’un avertissement sur le caractère inadmissible d’une telle activité semblable et  de telles déclarations, ainsi que la transmission d’une note aux départements correspondants des États-Unis et l’UE par les canaux diplomatiques.

Piotr SIMONENKO,

Premier secrétaire du comité central du Parti Communiste d’Ukraine,

Député du peuple d’Ukraine.

 

source : Le Monde Russe

Salariés sans frontières, le film de Gilles Balbastre censuré par la 5

Gilles BALBASTRE

Pour information,

Figurez-vous que juste après le documentaire « Les nouveaux chiens de garde », j’ai eu l’occasion de réaliser un documentaire pour France 5, intitulé « Salariés sans frontières ».

Figurez-vous que ce documentaire a été livré en septembre 2012 et que depuis 18 mois, France 5 l’avait « oublié » dans des tiroirs.

Il faut dire que les rapports avec France 5 avaient été très tendus lors du montage au printemps 2012, à l’époque où des dizaines de milliers de spectateurs se précipitaient dans les salles pour voir justement Les Nouveaux chiens de garde. Alors, imaginer qu’il peut y avoir un rapport entre cette censure et le film qui a fait plus de 240 000 entrées au cinéma. Non, quand même pas !! Bon, il est vrai qu’Yves Calvi, un des chouchous de France5, est plutôt bousculé dans Les Nouveaux chiens de garde… Mais, non il ne faut pas voir le mal partout !!

Officiellement, c’était donc la musique du film et son compositeur, le talentueux et indocile Dick Annegarn, qui ne plaisait pas à la chaîne… Officiellement vous dis-je…

Toujours est-il que je viens par hasard de m’apercevoir cet après-midi en surfant sur le Net que France 5 s’est enfin décidé de diffuser « Salariés sans frontières » jeudi qui arrive, le 16 janvier à… zéro heure dix. Honteusement, en catimini, histoire de préserver l’illusion de démocratie. Le film n’a bien entendu bénéficié d’aucune promotion de presse de la part de France 5. Résultat, aucun article, aucun reportage, aucun son. Un lien avec Les Nouveaux chiens de garde ? Non vous dis-je !!!

Alors, pour que l’omerta ne soit pas complète, reste à vous tous de diffuser ce message, d’inciter tout un chacun de regarder sur France 5 ce jeudi 16 janvier à zéro heure dix, « Salariés sans frontières », de l’enregistrer et de le montrer autour de vous.

Merci à vous

Gilles Balbastre, co-réalisateur des Nouveaux chiens de garde

En résumé, le film porte sur la destruction du travail ouvrier dans la Grande région (Lorraine, Wallonie, Sarre) qui entoure le Luxembourg et le remplacement des ouvriers de la sidérurgie et des mines de fer par des salariés des services qui tous les matins partent dans le 2ème PIB par habitant du monde nettoyer les bureaux, garder les banques, servir les cafés des golden boys… Une force sociale relativement structurée autour de syndicats, de partis de gauche, regroupée collectivement, a été ainsi supprimée et remplacée par une autre, celle-ci atomisée, esseulée, désorganisée dans ce coin d’Europe. Au bénéfice comme d’habitude de ceux, qui comme les De Wendel, ont toujours été soutenus politiquement pour amplifier encore et toujours plus leurs intérêts et leurs profits.

Le film est regardable à l’adresse suivante : http://www.youtube.com/watch?v=7Itv-PRjhT0