A Madrid, la « marée blanche » parvient à bloquer la privatisation des hôpitaux

Ludovic LAMANT, Médiapart, 28 janvier 2014

L’échec est cuisant pour le parti populaire aux commandes de la région de Madrid : il a renoncé lundi à son projet de privatisation de six hôpitaux, après plus d’un an de contestation sociale.

Après 14 mois de bataille, dans les rues de la capitale et devant les tribunaux, la victoire est éclatante pour la « marée blanche » espagnole : le gouvernement régional de Madrid a renoncé lundi à son projet de privatisation de six hôpitaux de la communauté, et de 27 centres de santé. Le conseiller chargé du dossier a démissionné le même jour.

La « marée blanche », agglomération de professionnels de santé, de patients, d’activistes et d’adhérents à des partis politiques d’opposition et des syndicats, était devenue au fil des mois l’un des symboles de la résistance de la société espagnole aux remèdes anti-crise du parti populaire (PP, droite, au pouvoir à Madrid comme au niveau national). Le mouvement a aussi donné naissance à une plateforme de dialogue regroupant des associations variées, dont des représentants des hôpitaux en grève et des assemblées de quartier qui avaient surgi lors du mouvement «15-M» des « indignés » espagnols.


« Nous avons démontré qu’il était possible de bloquer une réforme qui n’avait aucun fondement, ni économique ni scientifique, et que cela peut se faire de manière très propre »
, se félicite Patricia Alonso, l’une des dirigeantes de l’Afem, cette association de médecins madrilènes qui fut aux avant-postes de la contestation. « Nous sommes parvenus à formuler un message à partir d’une expertise, en marge des idéologies, et à générer un espoir dans la société », estime cette gériatre.

Afin de minimiser son échec, Ignacio Gonzalez, le président de la communauté de Madrid, s’est retranché derrière un argument juridique. Le Tribunal supérieur de justice de Madrid a en effet rejeté lundi le recours déposé par les autorités, et confirmé sa décision de septembre dernier, pour une « suspension temporaire » du processus de privatisation. Gonzalez a alors estimé qu’il n’était pas « raisonnable » de poursuivre dans cette voie, face à une telle« incertitude » juridique. 

Mais les observateurs ne sont pas dupes, et savent qu’à moins de quatre mois des élections européennes, et à l’approche des régionales et municipales espagnoles l’an prochain, Gonzalez n’avait plus vraiment le choix. Son projet était extrêmement impopulaire, y compris au sein de l’électorat du PP. « Le calendrier de la justice, et celui des rendez-vous électoraux, ont joué contre la stratégie du PP, qui voulait convertir Madrid en un laboratoire des politiques de gestion de la santé »écrit le site InfoLibre (partenaire de Mediapart).

Lorsqu’il a dévoilé, le 31 octobre 2012, son projet de privatisation, Gonzalez avait avancé un argument massue : faire des économies sur l’argent public en temps de crise. Le successeur de la très droitière Esperanza Aguirre avait avancé deux chiffres : le coût moyen d’un patient dans un hôpital géré par le secteur privé s’établirait à 441 euros à l’année – contre 600 dans le public. Les chiffres ont rapidement été contestés par des professionnels de santé, mais qu’importe : la crise devenait alors un prétexte parfait pour privatiser à tout-va – à terme jusqu’à 30 % des lits des hôpitaux madrilènes (contre 3 % aujourd’hui).

Le PP madrilène n’a pas tardé à essuyer ses premiers échecs, sur le terrain. Dès novembre 2012, il a dû revenir sur son projet de transformer l’hôpital de La Princesa, l’un des plus prestigieux de Madrid, dans le très chic quartier de Salamanca, en un centre de soins spécialisé pour les plus de 75 ans, au nom d’une meilleure gestion de l’argent public. Une campagne de solidarité avait recueilli plus de 360 000 signatures pour « sauver la Princesa ».

Dans la foulée de cette première victoire, la contestation a enflé. La première « marée blanche » est organisée en décembre 2012, et des grèves indéfinies sont déclenchées dans certains hôpitaux (lire notre reportage, publié en avril 2013). Mais le gouvernement régional ne lâche rien, et désigne au mois d’août, au terme d’un processus particulièrement opaque, les trois entreprises privées qui s’occuperont de la gestion des six hôpitaux en question. Parallèlement, le parti socialiste (PSOE) puis l’Afem déposent des recours auprès des tribunaux madrilènes pour tenter de paralyser le processus.

La presse espagnole mardi revient en longueur sur cette victoire de la « marée blanche », et consacre plusieurs portraits à Javier Fernández-Lasquetty (dans El País ou sur le site d’El Diario, par exemple), ce conseiller santé nommé en 2010 par Esperanza Aguirre, ex-dirigeant du FAES, un think tank très à droite, et qui vient d’enregistrer avec cette reculade, un échec personnel cuisant.

Il est difficile de dire aujourd’hui si le projet ne refera pas surface après les élections en cas de nouvelle victoire du PP. En attendant, la communauté de Valence, elle aussi dirigée par le PP, reste la région d’Espagne qui s’est aventurée le plus loin sur la voie de la privatisation de son secteur de santé (ce qui lui vaut de nombreuses critiques). Cette défaite du PP madrilène intervient alors que l’Espagne se divise aussi sur un projet de loi anti-avortement du gouvernement de Mariano Rajoy.

Allemagne, par ici la misère

Allemagne, par ici la misère

Vous pensez que l’Allemagne, donneuse de leçons de l’Europe, ne connaît pas la crise? Détrompez-vous.

Derrière les chiffres flamboyants et la gestion à la teutonne se cachent des millions d’emplois précaires, et une situation pas très reluisante. C’est ce qu’on appelle les « mini-jobs », rémunérés à 450 euros maximum par mois, quel que soit le nombre d’heures travaillées. Ils ont largement contribué à faire baisser le taux de chômage, mais à quel prix?

C’est l’envers du miracle économique allemand. Aujourd’hui en Allemagne, 20% des travailleurs vivent en dessous du seuil de pauvreté. Un développement vers la précarité, dû en partie aux mini-jobs. Ces contrats de travail permettent d’embaucher une main-d’œuvre bon marché, sans obstacle bureaucratique. Les employés reçoivent un salaire plafonné à 450 euros, quel que soit le nombre d’heures travaillées. En échange, ils ne paient pas d’impôts, ni de cotisations sociales.

L’Allemagne compte aujourd’hui 7,5 millions de « mini-jobbers », dont des millions qui ne vivent que de ce maigre revenu. Ceux-là ont droit à une aide sociale et au paiement de leur loyer. Alors oui, le chômage de longue durée a considérablement diminué en Allemagne, mais à quel prix? Les syndicats dénoncent la précarité, le patronat applaudit, car cela permet aux entreprises une très grande flexibilité. A terme, le pays risque de voir sa population s’appauvrir – aujourd’hui déjà, des retraités sont obligés de prendre un mini-job.

Un reportage de Françoise Weilhammer et Florence Fernex Image : Didier Charton Son : Beat Lambert Montage : Monique Preiswerk

Ukraine : « La très grande majorité des Ukrainiens ne veut pas de cette nouvelle guerre civile »

Jean-Marie CHAUVIER, Solidaire, 27 janvier 2014

Solidaire a interrogé Jean-Marie Chauvier pour mieux comprendre la situation actuelle de l’Ukraine. C’est un journaliste et essayiste belge, spécialiste de l’Ukraine et de l’ex Union soviétique. Connaissant ces pays et la langue russe de longue date, il collabore aujourd’hui au « Monde diplomatique » et à d’autres journaux et sites internet. – Jean Pestieau

Quels sont les problèmes économiques qui se posent à la population ukrainienne, principalement aux travailleurs, aux petits paysans et aux chômeurs ?

Jean-Marie Chauvier. Depuis le démembrement de l’Union soviétique en 1991, l’Ukraine est passée de 51,4 à 45 millions d’habitants. Cette diminution s’explique par une baisse de la natalité, une augmentation de la mortalité due en partie au démantèlement des services de santé. L’émigration est très forte. 6,6 millions d’Ukrainiens vivent maintenant à l’étranger. Nombreux sont les gens de l’est de l’Ukraine qui sont partis travailler en Russie où les salaires sont sensiblement plus élevés, tandis que ceux de l’ouest se sont plutôt dirigés vers l’Europe occidentale, par exemple dans les serres de l’Andalousie ou dans le secteur de la construction au Portugal. L’émigration fait rentrer annuellement, en Ukraine, 3 milliards de dollars.

Alors que le chômage est officiellement de 8 % en Ukraine, une partie importante de la population vit en dessous du seuil de pauvreté : 25 %, selon le gouvernement, jusqu’à 80 % selon d’autres estimations. L’extrême pauvreté, accompagnée de sous-alimentation, est estimée entre 2 à 3 % jusqu’à 16 %. Le salaire moyen est de 332 dollars par mois, un des plus bas d’Europe. Les régions les plus pauvres sont les régions rurales à l’ouest. Les allocations de chômage sont faibles et limitées dans le temps.

Les problèmes les plus pressants sont accentués par les risques liés à la signature d’un traité de libre échange avec l’Union européenne et l’application des mesures préconisées par le FMI. Il y a ainsi la perspective de fermeture d’entreprises industrielles, surtout à l’Est, ou leur reprise-restructuration-démantèlement par les multinationales. En ce qui concerne les terres fertiles et l’agriculture, se pointe à l’horizon la ruine de la production locale qui est assurée actuellement par les petits paysans et les sociétés par action, héritières des kolkhozes et par l’arrivée en grand des multinationales de l’agro-alimentaire. L’achat massif des riches terres s’accélérera. Ainsi Landkom, un groupe britannique, a acheté 100 000 hectares (ha) et le hedge fund russe Renaissance a acheté 300 000 ha (Ce dernier chiffre correspond au cinquième des terres agricoles belges, NdlR).

Pour les multinationales, il y a donc de bons morceaux à prendre : certaines industries, les oléoducs et gazoducs, les terres fertiles, la main d’œuvre qualifiée.

Quels seraient les avantages et les désavantages d’un rapprochement avec l’Union européenne ?

Jean-Marie Chauvier. Les Ukrainiens – la jeunesse avant tout – rêvent de l’UE, de la liberté de voyager, des illusions de confort, de bons salaires, de prospérité, etc. Rêves sur lesquels les gouvernements occidentaux comptent. Mais, en réalité, il n’est pas question d’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Il n’est pas question de libre circulation des personnes. L’UE proposent peu de choses, sinon le développement du libre échange, d’importation massive de produits occidentaux, d’imposition des standards européens dans les produits susceptibles d’êtres exportés vers l’UE, ce qui soulève de redoutables obstacles à l’exportation ukrainienne. La Russie, quant à elle – en cas d’accord avec l’UE – menace de fermer son marché aux produits ukrainiens. Moscou a offert des compensations telles que la baisse d’un tiers du prix du pétrole, une aide de 15 milliards de dollars, l’union douanière avec elle-même, le Kazakhstan, l’Arménie… Poutine a un projet euro-asiatique englobant la majeure partie de l’ancien espace soviétique (hormis les pays baltes) en renforçant les liens avec un projet de coopération industrielle avec l’Ukraine, en intégrant les technologies où l’Ukraine était performante du temps de l’URSS : aéronautique, satellites, armement, constructions navales, etc., en modernisant les complexes industriels. C’est évidemment l’est de l’Ukraine qui est plus intéressé à cette perspective.

Pouvez-vous expliquer les différences régionales qui traversent l’Ukraine ?

Jean-Marie Chauvier. Il n’y a pas d’État-nation homogène en Ukraine. Il y a des contradictions entre régions. Il y a des différences historiques. Russie, Biélorussie et Ukraine ont eu un berceau commun : l’État des Slaves orientaux (9e-11e siècle), la capitale Kiev, qu’on a appelé « Rous », « Russie » ou « Ruthénie ». Par la suite leurs parcours se sont différenciés : langues, religions, appartenances étatiques. L’Ouest a été longtemps lié au Grand Duché de Lituanie, aux royaumes polonais, à l’Empire austro-hongrois. Après la Révolution de 1917 et la guerre civile, est née la première formation nationale nommée « Ukraine », co-fondatrice en 1922 de l’URSS. La partie occidentale annexée notamment par la Pologne en a été « récupérée » en 1939 et 1945, puis le territoire actuel de l’Ukraine s’est encore élargi à la Crimée en 1954.

L’Est de l’Ukraine est plus industrialisé, plus ouvrier, plus russophone tandis que l’Ouest est plus rural, paysan, ukraïnophone. L’Est est orthodoxe, rattaché au patriarcat de Moscou tandis que l’Ouest est à la fois gréco-catholique (« uniate »), et orthodoxe, rattaché au patriarcat de Kiev depuis l’indépendance de 1991. L’Église uniate catholique, notamment à l’Ouest en Galicie, a été traditionnellement germanophile, souvent en conflit avec l’Église catholique de Pologne. Le centre de l’Ukraine, avec Kiev, est un mélange des courants de l’Est et de l’Ouest. Kiev est très majoritairement russophone, ses élites sont pro-opposition et très liées aux ultralibéraux de Moscou.

L’Ukraine est donc partagée – historiquement, culturellement, politiquement – entre l’Est et l’Ouest, et il n’y a aucun sens à dresser l’une contre l’autre, sauf à miser sur l’éclatement voire la guerre civile, ce qui est sans doute le calcul de certains. A force de pousser à la cassure, comme le font les Occidentaux et leurs petits soldats sur place, le moment pourrait bien venir où l’UE et l’OTAN obtiendront « leur morceau » mais où la Russie prendra le sien ! Ce ne serait pas le premier pays qu’on aurait fait délibérément exploser. Nul ne doit ignorer non plus que le choix européen serait également militaire : l’OTAN suivra et aussitôt se posera la question de la base russe de Sebastopol en Crimée, majoritairement russe et stratégiquement cruciale pour la présence militaire en Mer Noire. On peut imaginer que Moscou ne laissera pas s’installer une base américaine à cet endroit !

Que pensez-vous de la manière dont le conflit actuel est présenté dans nos médias ?

Jean-Marie Chauvier. C’est un western ! Il y a les bons « pro-européens », les mauvais « pro-russes ». C’est manichéen, partial, ignorant de la réalité de l’Ukraine. La plupart du temps, les journalistes vont voir les gens qui pensent comme eux, qui disent ce que les Occidentaux ont envie d’entendre, qui parlent l’anglais ou d’autres langues occidentales. Et puis, il y a les mensonges par omission.

Il y a d’abord un grand absent : le peuple ukrainien, les travailleurs, les paysans, soumis à un capitalisme de choc, à la destruction systématique de tous leurs acquis sociaux, aux pouvoirs mafieux de tous bords.

Il y a ensuite l’occultation ou la minimisation d’un phénomène que l’on qualifie de « nationaliste » et qui est de fait néofasciste, voire carrément nazi. Il est principalement (mais pas uniquement) localisé dans le parti Svoboda, son chef Oleg Tiagnibog et la région occidentale correspondant à l’ancienne « Galicie orientale » polonaise. Combien de fois n’ai-je vu, entendu, lu dans les médias, des citations de ce parti et de son chef comme « opposants » et sans autre précision ?

On parle de sympathiques jeunes « volontaires de l’autodéfense » venus de Lviv (Lwow, Lemberg) à Kiev, alors qu’il s’agit de commandos levés par l’extrême-droite dans cette région (Galicie), qui est son bastion. Lourde est la responsabilité de ceux – politiques, journalistes – qui jouent à ce jeu, à la faveur de courants xénophobes, russophobes, antisémites, racistes, célébrant la mémoire du collaborationnisme nazi et de la Waffen SS dont la Galicie (et non toute l’Ukraine !) fut la patrie.

Enfin, les médias passent sous silence les multiples réseaux financés par l’Ouest (États-Unis, UE, Allemagne) pour la déstabilisation du pays, les interventions directes de personnalités politiques occidentales. Imaginons la zone neutre à Bruxelles occupée pendant deux mois par des dizaines de milliers de manifestants exigeant la démission du Roi et du gouvernement, prenant d’assaut le Palais Royal, et acclamant à la tribune des ministres russes, chinois ou iraniens ! On imagine cela à Paris ou Washington ? C’est ce qui se passe à Kiev.

Mon étonnement grandit de jour en jour en constatant l’écart entre les « informations » délivrées par nos médias et celles que je peux collecter dans les médias ukrainiens et russes. Les violences néonazies, les agressions antisémites, les prises d’assaut des administrations régionales : dans nos grands médias, rien de tout cela ! On entend qu’un seul point de vue : les opposants de Maïdan (place de Kiev où les pro-européens se rassemblent, NdlR). Dans les médias, le reste de l’Ukraine n’existe pas !

Quels sont les principaux acteurs en présence ?

Jean-Marie Chauvier. L’oligarchie industrielle et financière, bénéficiaire des privatisations, est partagée entre des groupes tiraillés entre la Russie et l’Occident. Viktor Ianoukovitch et son Parti des Régions représentent les clans (et la plus grande partie des populations) de l’Est et du Sud. Le Parti des Régions a gagné les élections tant présidentielles que parlementaires à l’automne 2013. Il a également de fortes assises à l’Ouest, en Transcarpatie (aussi appelée Ukraine subcarpathique), une région multiethnique qui résiste au nationalisme. Mais la crise actuelle, les hésitations et les faiblesses du président risquent de lui coûter très cher et de discréditer son parti…

Le pouvoir en place est largement responsable de la crise sociale qui profite à l’extrême-droite et aux sirènes trompeuses de l’UE et de l’OTAN. Le pouvoir en place est impuissant, de fait, et défend une partie de l’oligarchie. Il a favorisé l’extension de la corruption et des pratiques mafieuses.

Face à lui, il y a trois formations politiques qui ont leur base surtout dans l’Ouest et aussi dans le Centre de l’Ukraine. Il y a d’abord Batkivschina (« Patrie »), dont le dirigeant est Arseni Iatseniouk. Il a succédé à l’égérie Ioulia Timochenko, malade et emprisonnée. Ensuite, le parti Oudar (parti démocratique des réformes) dont le leader et fondateur est l’ancien boxeur, Vitali Klitschko. C’est le chouchou d’Angela Merkel et de l’UE. Les cadres de son parti sont formés par la fondation Adenauer. Enfin, le parti néo-fasciste Svoboda (« Liberté ») dirigé par Oleg Tiagnibog.

Svoboda est en filiation directe avec l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN) – fasciste, sur le modèle de Mussolini – fondée en 1929 en Galicie orientale sous régime polonais. Avec l’arrivée d’Adolf Hitler en 1933, contact est pris avec le motif « nous nous servirons de l’Allemagne pour faire avancer nos revendications ». Les relations avec les nazis sont parfois tumultueuses – car Hitler ne veut pas d’une Ukraine autonome – mais tous sont fermement unis dans leur objectif commun d’éliminer les communistes et les juifs et d’asservir les Russes. Les fascistes ukrainiens opposent le caractère « européen » de l’Ukraine à celui, « asiatique » de la Russie. En 1939, Andriy Melnik est à la tête de l’OUN, avec le soutien d’Andriy Cheptytskyi, métropolite (évêque, NdlR) de l’Eglise gréco-catholique (uniate), germanophile, « leader spirituel » de la Galicie, passée en 1939 sous régime soviétique. En 1940, le radical Stepan Bandera fait dissidence : son OUN-b forme deux bataillons de la Wehrmacht, Nachtigall et Roland, pour prendre part à l’agression menée par l’Allemagne et ses alliés contre l’URSS, le 22 juin 1941. Immédiatement déferle une vague de pogroms.

Depuis plusieurs scrutins, après la « révolution orange » de 2004, l’influence de Svoboda grandit en Galicie et dans tout l’Ouest de l’Ukraine, y compris dans les grandes villes avec 20 à 30 % des votes. Pour l’ensemble de l’Ukraine, Svoboda compte pour 10 % des votes. Svoboda est « débordé » par des groupes néo-nazis plus radicaux encore que lui.

Les trois formations politiques, Batkivschina, Oudar et Svoboda, appuyées par l’Occident, réclament depuis deux mois le renversement du gouvernement et du Président de la république. Elles exigent de nouvelles élections. Svoboda les entraîne plus loin en organisant un coup d’État perlé au niveau local. Là où il fait régner son régime de terreur, Svoboda interdit le Parti des Régions et le Parti communiste ukrainien.

Le PC ukrainien appelle à la raison depuis plusieurs semaines. Il a récolté plus de 3 000 000 de signatures pour réclamer un referendum qui devrait décider si l’Ukraine veut un traité d’association avec l’UE ou une union douanière avec la Russie. La situation insurrectionnelle incombe non seulement aux trois partis d’opposition mais aussi au pouvoir, qui a offert le pays et le peuple « sur un plateau » aux dirigeants de la pseudo-opposition, aux groupes d’extrême-droite néo-nazis, aux organisations nationalistes violentes, aux politiciens étrangers qui appellent les gens à « radicaliser les protestations » et à « lutter jusqu’au bout ». Le PC met en exergue les problèmes sociaux. Il a la position la plus démocratique parmi les partis politiques. Mais son influence se limite à l’Est et au Sud de l’Ukraine.

Quel jeu jouent les grandes puissances (États-Unis, Union européenne, Russie) dans l’affrontement actuel ?

Jean-Marie Chauvier. Zbigniew Brzezinski, influent géostratège étasunien, d’origine polonaise a tracé, dans les années 1990, la stratégie étasunienne pour maîtriser l’Eurasie et installer durablement l’hégémonie de son pays, avec l’Ukraine comme maillon essentiel. Pour lui, il y avait des « Balkans mondiaux », d’un côté l’Eurasie, de l’autre le grand Moyen-Orient. Cette stratégie a donné ses fruits en Ukraine avec la « révolution orange » de 2004. Elle a installé un réseau tentaculaire de fondations étasuniennes – comme Soros et la reaganienne National Endowment for Democracy (NED) – qui rémunèrent des milliers de gens pour « faire progresser la démocratie ». En 2013-2014, la stratégie est différente. C’est surtout l’Allemagne d’Angela Merkel et l’UE qui sont aux commandes, aidées par des politiciens étasuniens comme le républicain John McCain. On harangue les foules sur Maïdan et ailleurs avec une grande irresponsabilité : pour atteindre facilement leur objectif de faire basculer l’Ukraine dans le camp euro-atlantique, dont l’OTAN, ils s’appuient sur les éléments les plus antidémocratiques de la société ukrainienne. Mais cet objectif est irréalisable sans faire éclater l’Ukraine, entre l’Est et l’Ouest et avec la Crimée qui rejoindra la Russie comme sa population le souhaite. Le parlement de Crimée a déclaré : « Nous ne vivrons jamais sous un régime bandériste (fasciste) ». Et pour Svoboda et les autres fascistes, c’est la revanche de 1945 qu’ils vivent. Je crois malgré tout que la très grande majorité des Ukrainiens ne veut pas de cette nouvelle guerre civile ni de l’éclatement du pays. Mais la société est à reconstruire…

Jean-Marie Chauvier

interviewé par Jean Pestieau

Pour en savoir plus : Jean-Marie Chauvier :

– Euromaïdan ou la bataille d’Ukraine, 25 janvier 2014, http://www.mondialisation.ca/euromaidan-ou-la-bataille-dukraine/5366185

– Ukraine :« quelle position » ?, 13 décembre 2013, publié par la revue « Politique » (Bruxelles) et repris parhttp://www.mondialisation.ca/ukraine-quelle-position/5361486

– Allemagne nazie et OUN : repères , voir Le Monde Diplomatique, août 2007, http://www.monde-diplomatique.fr/2007/08/CHAUVIER/15050

Capitalisme : retour aux années 1920

Alain FRACHON, Le Monde, 17 janvier 2014

Probable candidat à l’investiture républicaine pour le scrutin présidentiel de 2016, l’Américain Mario Rubio répète à l’envi l’édifiant conte de fées de son enfance à Miami. Le sénateur de Floride module un peu selon les publics, mais, pour l’essentiel, c’est l’histoire d’une famille d’immigrés cubains qui, à force de travail et de privations, envoie ses enfants à l’université. Lesquels rejoindront ainsi dans les années 1970 les rangs de la classe moyenne, cœur mythique de l’Amérique. Ce ne serait plus possible aujourd’hui, observe le sénateur. Avec leurs salaires, lui, de barman, elle, de petit cadre dans un hôtel, ses parents ont fini par appartenir à ladite classe moyenne et à payer des études à leurs enfants. Exerçant les mêmes métiers en 2014, ils n’en auraient plus les moyens, ils ne gagneraient pas assez.

Le  » rêve américain  » est devenu  » hors de portée « , a confié Rubio lors des cérémonies du 50e anniversaire de la  » Guerre contre la pauvreté « , lancée par le président Lyndon Johnson en janvier 1964. Une raison à ce triste constat : les Etats-Unis sont devenus une société rongée par les inégalités de revenus. Ceux de l’immense classe moyenne ne progressent plus depuis trente ans. Seuls quelque 10 % de la population encaissent l’essentiel des fruits de la croissance. Le sénateur Rubio ne faisait que reprendre un thème que le démocrate Barack Obama a été le premier à mettre en avant en décembre : «  Le défi de notre temps, c’est l’inégalité « , a déclaré le président. Quand, au paradis du capitalisme, démocrates et républicains s’entendent pour formuler, quasiment en termes identiques, un même diagnostic, c’est qu’il s’agit d’une pathologie lourde. On entend déjà les thuriféraires du célèbre modèle social européen clamer en cœur :  » Pas chez nous !  » Erreur, la plupart des économies occidentales connaissent un accroissement vertigineux des inégalités de revenus.

Le tableau brossé par les économistes est monochrome. Tous avancent les mêmes chiffres pour décrire la même réalité. Les écarts commencent à se creuser aux Etats-Unis dans les années 1970. Le phénomène gagne l’Europe de l’Ouest dans les années 1980.  » A la veille de la crise de 2008, les inégalités atteignaient des sommets aux Etats-Unis et dans la plupart des pays développés « , écrit Laura Tyson, économiste, démocrate, ex-conseillère du président Bill Clinton. La part des salaires dans le produit intérieur brut n’a cessé de baisser depuis trente ans, période durant laquelle la classe moyenne n’a maintenu son niveau de vie qu’en s’endettant. Il n’y a pas de crise au sommet, mais concentration de la fortune. En 2012, les 10 % des plus riches des Américains se seraient partagé près de la moitié du revenu national, et ceux du fameux 1 % du haut de la pyramide quelque 22 %. Chiffres sans précédent, sauf à remonter à 1928, et qui altèrent profondément le profil social de l’Amérique.

Corrélation n’est pas causalité, pas forcément, mais la croissance des inégalités de revenus a accompagné une autre évolution : le ralentissement de la mobilité sociale. L’un des moteurs du modèle est touché. Même les républicains, qui portent haut et fort le credo américain, en conviennent :  » Une des promesses fondamentales de l’Amérique tient à cette possibilité de rejoindre les rangs de la classe moyenne. Mais cette opportunité est aujourd’hui remise en cause « , constate Mario Rubio.

Explosion des inégalités

Laura Tyson s’interroge :  » Le fait que le creusement continu des écarts de revenus soit un trait commun aux économies développées suggère des causes communes.  » Les économistes citent, pêle-mêle, développement technologique, robotisation, défaillance des systèmes d’enseignement, et, surtout, globalisation de l’économie, l’ensemble ayant favorisé un gigantesque mouvement de délocalisations. Car à mesure que les inégalités progressaient dans les pays occidentaux, elles régressaient au niveau mondial, parce que le taux de pauvreté diminuait dans les pays émergents où montaient les rangs des nouvelles classes moyennes.

Quelles leçons pour les Etats-Unis, pour l’Europe, pour le Japon ? Les Français croient encore en leur singularité : ils n’aiment pas cette question. Ils font valoir que la situation n’est pas la même dans tous les pays développés. Le coefficient Gini, indicateur synthétique des inégalités de revenus, est plus élevé aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, par exemple, qu’en France. Le miracle de l’Etat-providence à la française assurerait une meilleure protection contre les inégalités ? En partie, mais en partie seulement. Là où l’Europe du Nord, celle qui s’est  » adaptée  » à la mondialisation, compte un nombre croissant de travailleurs pauvres, la France aligne ses bataillons de chômeurs. Bas salaires ou chômage. Les Français ont choisi, sans poser la question : y a-t-il un moindre mal pour une société ? La réponse n’est pas évidente. Comme ne sont pas évidentes les questions posées par l’explosion des inégalités dans les économies occidentales. Ces économies ne peuvent remettre en cause la globalisation : pour elles, les marchés émergents sont devenus prioritaires. Mais les écarts de revenus, la polarisation sociale entre le  » 1 %  » et le reste, ont sans doute un impact profond – sur la croissance, sur l’équilibre politico-social, sur la démocratie (émergence de forces politiques protestataires). Comme souvent, le débat américain est précurseur.

Les faillites à un niveau record en 2013, les PME particulièrement touchées

Guillaume CALLIGNON, Les Echos, 16 janvier 2014

Au total, 63.100 entreprises ont déposé le bilan, presqu’autant qu’en 2009. Ce qui menace 269.000 emplois. La société Altares table encore sur plus de 60.000 défaillances d’entreprises cette année.

2013 a encore été une année noire pour beaucoup d’entreprises françaises. Au total, 63.101 d’entre elles ont fait faillite l’an passé, selon le baromètre publié ce matin par la société Altares. Ce chiffre marque une hausse de 3 % par rapport à 2012. Mais surtout, la France a renoué l’an dernier avec le niveau record de défaillances atteint au pic de la crise, en 2009, une année qui avait vu plus de 63.700 entreprises déposer le bilan.

Au total, 269.000 emplois sont menacés avec toutes ces faillites, selon les calculs d’Altares. C’est plus qu’en 2009. Et, au cours du dernier trimestre de l’année, 16.000 entreprises ont encore fait faillite. « C’est autant qu’à la fin de 2009 et de 2012, c’est-à-dire au plus fort de la crise, rappelle Thierry Millon, responsable des études chez Altares. Il n’y a pas d’amélioration alors que la croissance a légèrement rebondi. Le regain d’activité ne se lit pas encore dans les chiffres de défaillances d’entreprises », souligne-t-il. Thierry Millon s’attend à ce que le nombre de faillites dépasse encore la barre des 60.000 cette année, avec la poursuite des difficultés de trésorerie des PME et la faiblesse du rebond de l’économie française.

Ménages : la panne de la consommation

Il existe toutefois des différences notables entre 2009 et 2013. « Il y a quatre ans, les entreprises indus­trielles de grande taille étaient en ­difficulté. En 2013, ce sont les TPE et les PME qui paient la panne de la ­consommation des ménages », décrypte l’expert d’Altares. Plus de 42.500 sociétés déclarées en faillite l’an dernier employaient moins de 2 salariés alors que les entreprises de plus de 100 salariés étaient moins nombreuses à faire défaut. Pourtant, le pays a connu des faillites retentissantes. Celle du transporteur Mory Ducros est la plus importante depuis Moulinex en 2001. Bien souvent, les entreprises dont l’activité est directement liée à la consommation se sont retrouvées en première ligne : plus de 8.500 commerçants ont déposé le bilan l’an passé, un chiffre supérieur au plus haut de 2009. Dans la restauration, 5.700 sociétés ont fait faillite en 2013. Encore une fois, c’est un record. Par contre, dans l’industrie, même s’il reste à un niveau élevé, proche de 4.400, le nombre d’entreprises en défaillance s’est stabilisé l’an passé. Sauf dans l’agroalimentaire, ­secteur qui a vu le nombre de défaillances grimper encore de 4 %.

D’ailleurs, dans l’agriculture, l’augmentation des faillites a atteint 12 %, touchant particulièrement l’élevage. Sur les 63.101 défaillances de l’an passé en France, 61.500 concernent des redressements et des liquidations judiciaires. Certaines d’entre elles peuvent donc encore rebondir. Mais « les plaies de 2009 ne sont pas cicatrisées, explique Thierry Millon. Après cinq années de crise, beaucoup d’entreprises rencontrent des problèmes structurels et pas seulement d’activité. Les faibles taux de marge, voire les pertes, ont entraîné un manque de fonds propres. Beaucoup d’entre elles n’ont pas publié leurs comptes depuis 2010. Elles manquent de trésorerie. La moitié sont déficitaires en exploitation. Or, pour sortir des procédures juridiques de faillite, il faut prouver que la société possède les fonds nécessaires pour affronter l’avenir », pointe-t-il. Seuls 1.600 chefs d’entreprise ont opté en 2013 pour une procédure de sauvegarde, choisie en amont et permettant de restructurer plus aisément la société.

Le premier secrétaire du P.C.ukrainien dénonce l’ingérence étrangère en Ukraine

Lettre au Président ukrainien, Le Monde russe, 22 janvier 2014

Cher Viktor IANOUKOVITCH !

Les événements politiques en cours en Ukraine, l’aggravation sérieuse de la confrontation dans la société ukrainienne entre les partisans du choix eurointégrationniste et ses adversaires a amené à des désordres massifs, aux blocage des organes du pouvoir d’État, l’occupation des locaux administratifs, la destruction des monuments historiques : tout cela est devenu la raison de la déstabilisation dans le pays,et a provoqué une série de conséquences négatives économiques, sociales et humanitaires pour la population de l’Ukraine. Finalement l’Ukraine s’est trouvée au bord d’une scission du pays et de la perte de la sécurité nationale.

Un rôle spécial dans l’aggravation de la situation a été joué par l’influence des États étrangers, ainsi que par les agents de représentations diplomatiques en Ukraine, qui à se sont ouvertement prononcés pour l’escalade ultérieure du conflit en Ukraine, déclarant leur soutien seulement à ceux qui sont partisans de l’intégration européenne, approuvant les demandes et les appels des « leaders » de « l’opposition » augmentant la pression de la confrontation publique.

Il faut aussi remarquer le  soutien matériel réel apporté par les fondations et les organisations privées et publiques, tels qu’USAID, Open Society Institute, National Democratic Institute for International Affairs, sous des prétextes plausibles de « protection des valeurs démocratiques », de « soutiens à la création d’un espace d’information » finançant la création et la popularisation de sources d’information en Ukraine, qui ont formé l’opinion publique, dans l’esprit de sentiments antirusses augmentant l’hystérie antiétatique, mais aussi réchauffant l’escalade de la confrontation publique dans le pays.

Une inquiétude supplémentaire est provoquée par les annonces publiques de politiques de haut rang des États-Unis et des pays d’Europe Occidentale condamnant les actions légales des fonctionnaires supérieurs et des administrations de l’Ukraine, ainsi que des appels publics dans les meetings organisés par « l’opposition » à agir contre les décisions des autorités légalement élues du pays, apportant son offrande destructrice dans l’aggravation de la situation politique, ce qui est un coup sérieux pour la démocratie ukrainienne, sans parler de ce que cela peut compliquer la situation du pays.

Un cynisme particulier est observé dans les déclarations récentes des ambassadeurs des États-Unis Jeffrey Pyatt et de l’Union européenne Jan Tombinski, qui ont exprimé leur désaccord avec le processus législatif de la Rada Suprême d’Ukraine du 16 janvier 2014 et se sont permis de critiquer les décisions du parlement de l’Ukraine à propos de leur conformité aux normes démocratiques, etc.

Ces annonces contredisent directement les principes inébranlables de la diplomatie internationale, surtout le point 7 de l’art. II de la Charte de l’O.N.U., la Déclaration de l’ONU sur les principes du droit international concernant les relations amicales et la coopération entre les États conformément à la Charte de l’Organisation des Nations Unies du 24 octobre 1970, les Déclarations de l’ONU sur l’inadmissibilité de l’intervention dans les affaires intérieures des États, sur le respect de leur indépendance et la souveraineté du  2 décembre 1965, etc.

En tenant compte de ce que les annonces des ambassadeurs cités dépassent les limites de leurs prérogatives et ne correspondent pas aux principes du droit international, confinant à l’intervention dans les affaires intérieures de l’Ukraine, nous exigeons principalement de réagir à leurs actions destructives par voie d’un appel du Ministère des Affaires étrangères de l’Ukraine et d’un avertissement sur le caractère inadmissible d’une telle activité semblable et  de telles déclarations, ainsi que la transmission d’une note aux départements correspondants des États-Unis et l’UE par les canaux diplomatiques.

Piotr SIMONENKO,

Premier secrétaire du comité central du Parti Communiste d’Ukraine,

Député du peuple d’Ukraine.

 

source : Le Monde Russe

Salariés sans frontières, le film de Gilles Balbastre censuré par la 5

Gilles BALBASTRE

Pour information,

Figurez-vous que juste après le documentaire « Les nouveaux chiens de garde », j’ai eu l’occasion de réaliser un documentaire pour France 5, intitulé « Salariés sans frontières ».

Figurez-vous que ce documentaire a été livré en septembre 2012 et que depuis 18 mois, France 5 l’avait « oublié » dans des tiroirs.

Il faut dire que les rapports avec France 5 avaient été très tendus lors du montage au printemps 2012, à l’époque où des dizaines de milliers de spectateurs se précipitaient dans les salles pour voir justement Les Nouveaux chiens de garde. Alors, imaginer qu’il peut y avoir un rapport entre cette censure et le film qui a fait plus de 240 000 entrées au cinéma. Non, quand même pas !! Bon, il est vrai qu’Yves Calvi, un des chouchous de France5, est plutôt bousculé dans Les Nouveaux chiens de garde… Mais, non il ne faut pas voir le mal partout !!

Officiellement, c’était donc la musique du film et son compositeur, le talentueux et indocile Dick Annegarn, qui ne plaisait pas à la chaîne… Officiellement vous dis-je…

Toujours est-il que je viens par hasard de m’apercevoir cet après-midi en surfant sur le Net que France 5 s’est enfin décidé de diffuser « Salariés sans frontières » jeudi qui arrive, le 16 janvier à… zéro heure dix. Honteusement, en catimini, histoire de préserver l’illusion de démocratie. Le film n’a bien entendu bénéficié d’aucune promotion de presse de la part de France 5. Résultat, aucun article, aucun reportage, aucun son. Un lien avec Les Nouveaux chiens de garde ? Non vous dis-je !!!

Alors, pour que l’omerta ne soit pas complète, reste à vous tous de diffuser ce message, d’inciter tout un chacun de regarder sur France 5 ce jeudi 16 janvier à zéro heure dix, « Salariés sans frontières », de l’enregistrer et de le montrer autour de vous.

Merci à vous

Gilles Balbastre, co-réalisateur des Nouveaux chiens de garde

En résumé, le film porte sur la destruction du travail ouvrier dans la Grande région (Lorraine, Wallonie, Sarre) qui entoure le Luxembourg et le remplacement des ouvriers de la sidérurgie et des mines de fer par des salariés des services qui tous les matins partent dans le 2ème PIB par habitant du monde nettoyer les bureaux, garder les banques, servir les cafés des golden boys… Une force sociale relativement structurée autour de syndicats, de partis de gauche, regroupée collectivement, a été ainsi supprimée et remplacée par une autre, celle-ci atomisée, esseulée, désorganisée dans ce coin d’Europe. Au bénéfice comme d’habitude de ceux, qui comme les De Wendel, ont toujours été soutenus politiquement pour amplifier encore et toujours plus leurs intérêts et leurs profits.

Le film est regardable à l’adresse suivante : http://www.youtube.com/watch?v=7Itv-PRjhT0

Ne me prenez plus pour un con…

Jean ORTIZ, Le Grand Soir, 15 janvier 2014

Communiste, j’ai mal, et je ne dois pas être le seul.

Qui peut prétendre après la conférence présidentielle d’hier que le parti socialiste et le Président sont encore « de gauche », voire sociaux-démocrates ? La social-démocratie assurait quelques miettes aux travailleurs.

Le « pacte de responsabilité » à l’hollandaise c’est : tout pour le capital, tout pour le Medef, si altruiste, si philanthrope, si prêt à créer des emplois à condition… à condition… et un miroir aux alouettes pour les salariés, pour le travail. Monsieur le Président : quel cynisme d’apostat fier de sa conversion ! Quelle indécence de repenti ! Quelle vulgaire pornographie de « défroqué » ! Quelle servitude assumée ! Quelle désinvolture envers ceux de vos électeurs qui sont attachés aux valeurs de gauche !

« Je ne suis pas un libéral », dites-vous, on vous l’accorde, monsieur le Président, au bénéfice du doute… mais un ultra-libéral : oui. Vous faites sciemment du libéralisme, contrairement à M. Jourdain qui lui faisait de la prose sans le savoir, mais vous êtes tout aussi fasciné que lui par l’aristocratie. Le petit Nicolas et l’héritière Le Pen doivent se taper sur le ventre. Quant au « couple franco-allemand », madame Merkel porte plus que jamais les pantalons, et nous admirons votre fidélité. Le Président « normal » aurait dû faire sa prestation couché ou à genoux. Mais qu’il ne nous demande pas de nous rallier à sa « mentalité de troupeau », de vassal, de soumis !

Face à tant de tromperie, de mensonge, de brutalité et de mépris contre « ceux d’en bas », les nôtres, BASTA d’euphémismes, de précautions oratoires, stylistiques. La myopie, simulée ou réelle, et/ou les petits calculs de « lutte des places », risquent de s’avérer faussement productifs à court terme, et désastreux à moyen et long terme.

Je veux bien être cocu (j’ai voté Hollande au deuxième tour), mais cocu et contraint de m’y résoudre par « pragmatisme » : NON ! NON ! Croire que François Hollande peut revenir à gauche, c’est croire que M. Gattaz, lui, ne mène pas la lutte des classes. C’est croire qu’un ormeau peut donner des pommes. C’est croire qu’un livreur de pizza ne porte pas de casque.

Alors…que faire ? Tant que nous, les communistes, ne larguerons pas complètement les amarres, tant que nous n’accorderons pas la priorité des priorités au mouvement social, tant que nous serons tétanisés devant le « grand saut », nous végèterons parce qu’insuffisamment lisibles, cohérents et radicaux ; insuffisamment porteurs de colère, d’enthousiasme, de souffle, de messianisme, d’émotions, d’utopies concrètes…. En Bolivie, en Equateur, au Venezuela, c’est « en bas » que cela s’est joué. Et le mouvement social a tout bousculé, tout en construisant des alternatives politiques de rupture.

Je ne veux pas avoir la mémoire courte. Après les présidentielles, des forces nouvelles étaient disponibles, en mouvement. Pourquoi avoir laissé « retomber le soufflé » alors que l’on pouvait appeler à créer des structures souples, larges, ouvertes, de « Front de gauche, » voire de « Front populaire » ? Pourquoi ? Par peur de quoi ? De qui ? Que l’on ne me réponde pas : Mélenchon. J’essaie d’être communiste et je sais que lorsque nous occupons insuffisamment le terrain de la lutte anticapitaliste, lorsque nous ne faisons pas « ce qu’il faut », il est trop commode de pointer le voisin ou l’allié. Mélenchon n’est pas naïf. Il mène un combat politique. Nous aussi. Mais comment construire une vraie dynamique de front si l’on en reste à la conception du front- cartel électoral, si l’on avance avec le frein à main, en se marquant mutuellement à la culotte ? Nous sommes des milliers à avoir « mal au Front de gauche ». Sa crise tue l’espoir.

Militants ici, nous n’allons pas demander l’asile à Caracas ! Mais résister ici, unir, construire, revenir à des marqueurs un temps relégués.

Lorsque je m’investis de toutes mes forces, lucidement, pour soutenir le chavisme, les révolutions bolivariennes, bolivienne, équatorienne, cubaine, Mélenchon n’est pas mon problème parce que, par internationalisme, j’essaie d’être là où il faut. Et si Mélenchon y est aussi, tant mieux.

« L’hégémonie » (vieille baderne) ne se décrète pas, elle se gagne en étant « les meilleurs », les plus combattifs, les plus rassembleurs, les plus solidaires, en portant des perspectives politiques claires, en appelant « les étoiles » socialisme, en y ajoutant le qualificatif que l’on voudra. Ce n’est pas en lâchant, y compris sur les mots, que l’on se refait une santé, que l’on fixe un cap, que l’on donne envie de tutoyer les étoiles, que l’on fait rêver.

Je ne suis pas dupe… Je suis écœuré par les « embrassades feintes », les revirements de circonstance, la campagne dégueulasse de déstabilisation contre Pierre Laurent, dont j’apprécie les qualités d’écoute, de synthèse, la sincérité, le souci d’unité du parti.

Je plaide pour que les militants, l’expression est de Julio Anguita, jouent un rôle de « prophètes », pour que nous menions le combat éthique, des valeurs, d’un socialisme d’aujourd’hui, sans dogmatisme, sans opportunisme non plus, pour qu’avec fierté communiste, nous puissions relever le poing.

Jean Ortiz

Ariel SHARON : une vie comme une traînée de sang

Raoul-Marc JENNAR, 11 janvier 2014

Les propos de François Hollande suite à la mort d’Ariel Sharon sont conformes au parti-pris du PS en faveur des politiques menées par le gouvernement d’Israël. Les commentaires d’un grand nombre de médias gomment bien entendu ce qui fut pourtant la réalité de la vie de cet homme qui aurait dû être jugé pour crimes contre l’humanité. Mais qui, comme tout Isrélien responsable de ce crime de masse, bénéficie scandaleusement de l’impunité la plus totale et de la complaisance d’un très grand nombre de journalistes.

C’est bien pour échapper à la Justice et protéger Sharon que les USA et Israël ont exercé des pressions intenses sur la Belgique afin qu’elle vide de son sens sa loi dite de compétence universelle qui aurait permis à des survivants des massacres de Sabra et Chatila d’obtenir justice devant les tribunaux belges. C’est bien pour que les crimes commis par l’armée israélienne au Liban et dans les territoires palestiniens occupés échappent à toute justice que les USA ont exigé que la Cour Pénale Internationale ne puisse être compétente que pour des faits commis après sa création alors que le droit pénal international consacre l’imprescriptibilité des crimes de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Des USA qui, comme Israël, ont finalement refusé de ratifier le traité créant la CPI.

Voici la biographie de la vie de Sharon telle que je l’ai résumée en 2002 dans un document qui aurait du servir au procès de Bruxelles si les autorités belges n’avaient pas cédé aux USA et à Israël. J’avais entre 1999 et 2002, effectué une enquête approfondie sur les massacres de Sabra et Chatila, y compris en me rendant à plusieurs reprises au Liban. Le 18 juin 2001, à Bruxelles, 23 personnes ont déposé plainte avec constitution de partie civile en application de la législation belge relative à la répression des violations graves du droit international humanitaire du chef de : actes de génocide, crimes contre l’humanité et crimes portant atteinte aux personnes et aux biens protégés par les conventions de Genève signées à Genève le 12 août 1949. Les plaignants se sont constitués parties civiles contre MM. Ariel Sharon, Amos Yaron et autres responsables israéliens et libanais des massacres, tueries, viols et disparitions de populations civiles qui ont eu lieu à Beyrouth, du jeudi 16 au samedi 18 septembre 1982 dans la région des camps de Sabra et Chatila. Il n’y a pas eu de suite.

QUAND LA FIN JUSTIFIE TOUS LES MOYENS…

Pendant la campagne électorale, début 2001, Yitzhak Berman, qui fut ministre de l’Energie dans le deuxième gouvernement  présidé par Menachem Begin et collègue de Sharon, confiait au journal Ha’aretz « Pensai-je que Sharon serait un jour candidat au poste de Premier Ministre ? La réponse est non. Je ne crois pas que Sharon ait changé. Mais la majorité des citoyens de ce pays ne se sentent pas concernés par l’Histoire. Ce qui s’est passé avant n’a aucune espèce d’importance. Je ne pense même pas que les gens se souviennent encore de la guerre du Liban. »

On a envie de nuancer le propos en indiquant que la mémoire des peuples est très souvent sélective et qu’on s’empresse, sous toutes les latitudes, d’oublier ce qui gène, de la même manière qu’on ne néglige rien dans le rappel de ce qui peut servir le présent. On doit aussi constater que l’actuel gouvernement israélien ne fait rien pour restituer fidèlement le récit des évènements de 1982-1983. La biographie officielle du Premier Ministre Sharon est étrangement muette sur les actes et propos du Ministre de la Défense Sharon en 1982-1983. Il convient donc, avant de tenter de cerner cette personnalité, de restituer d’abord toutes les étapes de sa vie en se servant de sa propre autobiographie, mais également de toutes les autres sources disponibles.

1. De l’Unité 101 à Sabra et Chatila : le parcours d’un homme de guerre

(Les numéros entre parenthèses renvoient aux pages de l’édition de 2001, en anglais, de l’autobiographie de Sharon, intitulée de manière très significative Warrior, New York, Simon and Schuster, 1984 et Touchstone, 2001)

Ariel Scheirnerman naît en 1928 dans le village – un moshav – de Kfar Malal, à 25 kilomètres au nord-est de Tel Aviv, préféré par ses parents à un kibbutz parce qu’ils « pourraient posséder leurs propres terres » (p.14). Son père, Samuel, est agronome de formation. Sa mère, Véra, n’a pas pu achever des études de médecine, suite à leur départ de Russie. Le jeune Ariel participe activement aux travaux de la ferme. Vingt ans plus tard, lorsque Ben Gourion exigera que les officiers portent un nom hébreu, il choisira de s’appeler Sharon.

 Il a quatorze ans lorsqu’il  prête le serment d’adhésion à la Haganah tout en éprouvant une grande admiration pour les groupes terroristes juifs Irgoun et Stern qu’il appelle des« organisations militantes clandestines» (p. 33 et 37). Trois ans plus tard, il participe à un cours secret de formation militaire de deux mois organisé par la Haganah en bordure du désert du Néguev. Au terme de ce cours, destiné à de futurs chefs d’équipe, il est reçu comme « soldat de première classe » et non comme caporal, ainsi qu’espéré (p.35). Il rejoint la police qui protège les zones juives de peuplement.

Après des études secondaires dans un lycée de Tel Aviv, il vient de s’inscrire à la Faculté d’Agronomie de l’Université Hébraïque de Jérusalem lorsqu’en décembre 1947, il est mobilisé en permanence au sein de la Haganah suite à l’adoption du plan de partage de la Palestine par l’ONU. Suite à son rôle dans la prise du village palestinien de Bir Addas, il est promu chef de section. Après la déclaration d’indépendance d’Israël, le 14 mai 1948, sa section, qui fait partie du 32e bataillon de la Brigade Alexandroni, est transférée au sein de la 7e Brigade créée pour prendre le contrôle de Latrun, une ville stratégique sur la route de Jérusalem. La bataille de Latrun est la plus importante de la guerre 1948-1949. Sharon est blessé pendant la première attaque, le 26 mai. Il réintègre son bataillon en juillet et participe à tous les combats, en qualité d’officier de reconnaissance, jusqu’au cessez-le feu, en 1949.

Le nouvel Etat hébreu organise son armée baptisée Forces de Défense d’Israël (FDI). Sharon commande la compagnie de reconnaissance de la Brigade Golani. En 1950, sa maîtrise des « techniques agressives de reconnaissance et de renseignement » (p. 69) lui valent d’être promu au grade de capitaine. Il est ensuite affecté comme officier de renseignement au quartier général du commandement militaire central. L’année suivante, il nommé chef du renseignement du commandement du secteur Nord. En 1952, il s’inscrit à la Faculté d’Histoire du Moyen-Orient à l’Université Hébraïque de Jérusalem tout en commandant un bataillon de réserve.

Qibya, Gaza

Un an plus tard, fin juillet, il fait un choix décisif. Il renonce à ses études et accepte la proposition du Commandant en chef des FDI de créer une unité spéciale antiterroriste hautement qualifiée dont il reçoit le commandement. Cette unité est baptisée « Unité 101».

Après un entraînement intensif, cette unité opère contre ce que Sharon appelle les « gangs arabes » et les «terroristes » (p. 85-86). Fin août, elle tue vingt réfugiés du camp de Burayj, dans la bande de Gaza.

Le 13 octobre 1953, une grenade est lancée dans une maison de la colonie israélienne Yehud, non loin de la frontière avec la Jordanie (aujourd’hui, la Cisjordanie). Une mère et ses deux enfants sont tués. Ben Gourion et les chefs des FDI confient une opération de représailles à Sharon sur le village palestinien de Qibya. L’Unité 101 pénètre dans le village dans la nuit du 14 au 15 octobre et jette des grenades dans les maisons. Un massacre collectif s’en suit dont rend compte le journal Ha’aretz du 26 octobre : « ils ont tiré sur chaque homme, femme et enfant qu’ils trouvèrent. Et pour finir sur les troupeaux de vaches. Ils dynamitèrent ensuite quarante-deux maisons, une école et une mosquée. » Soixante-neuf personnes trouvent la mort, en majorité des femmes et des enfants. Le Département d’Etat US, le 18 octobre, déclare que les responsables « devraient être amenés à rendre des comptes». Le 25 novembre, le Conseil de Sécurité de l’ONU, unanime, condamne Israël pour ce massacre. Ben Gourion félicite Sharon. L’Unité 101 incarne la volonté d’Israël de s’imposer dans la région (p.90-91).

L’Unité 101 fusionne avec une unité de parachutistes. Sous le commandement de Sharon, ces commandos vont s’illustrer dans des opérations particulièrement meurtrières.

En représailles à des attaques de fedayin provenant de Gaza, les commandos de Sharon, fin février 1955, attaquent le quartier général de l’Armée égyptienne à Gaza, au cours d’une opération baptisée « flèche noire». Trente-huit soldats égyptiens sont tués dans leur sommeil. En décembre, une opération baptisée « feuilles d’olive » contre des positions syriennes le long du lac de Tibériade se traduit par la mort de cinquante-six soldats syriens. Même Ben Gourion trouve que ces actions sont « trop  réussies » (p.126), sans que Sharon indique les raisons de cette étrange appréciation dans Warrior.

En octobre 1956peu avant la campagne du Sinaï, une attaque israélienne conduite par Sharon contre le quartier général des forces jordaniennes à Kalkilia se traduit par un débat fondamental sur les méthodes de dissuasion à employer contre les opérations qualifiées de terroristes. Sharon plaide pour l’occupation de territoires nouveaux.

Le Sinaï

Pendant la campagne du Sinaï, Sharon, dont les unités sous son commandement forment désormais la brigade 202, désobéit aux ordres et fait entrer ses hommes, conduits par les commandants de bataillon Motta Gur et Rafael Eytan (bataillon 890), dans la Passe de Mitla où ils  tombent dans une embuscade égyptienne. Lorsque leurs soldats, au prix de lourdes pertes, viennent à bout de leurs ennemis, ils massacrent les 49 Egyptiens qui ont été faits prisonniers et ligotés. Vingt-cinq ouvriers du département égyptien de la voirie, après avoir eu les mains ligotées, sont également abattus. Lorsque la brigade de Sharon poursuit son avance depuis la passe de Mitla vers le détroit de Charm el Cheik, à Ras Sudar, le bataillon 890 massacre les 56 occupants – civils – palestiniens d’un camion croisé sur la route. Peu après al-Tur, à 15 km du détroit, le 4 novembre, il rencontre un régiment égyptien en déroute et massacre les 168 soldats. Une enquête fut ouverte par les autorités militaires, mais elle ne concernait que l’acte de désobéissance de Sharon devant la Passe de Mitla. Protégé par Ben Gourion, il ne fut pas blâmé, même si sa carrière en fut considérablement ralentie.

En septembre de l’année suivante, il effectue des études à l’Académie Militaire de Kimberley, dans le Surrey, en Grande-Bretagne et à son retour dix mois plus tard, il est promu Colonel. Comme il est d’usage à l’époque pour les officiers de son rang, il adhère au parti travailliste (p.224). Peu après, il est nommé Commandant de l’Ecole d’infanterie tout en exerçant le commandement d’une brigade d’infanterie de réserve. Il entreprend en même temps des études à la Faculté de Droit de l’Université Hébraïque de Tel-Aviv.

En 1964, il est nommé Chef d’Etat-Major du commandement du secteur Nord et deux ans plus tard il reçoit le grade de Major-Général et exerce la direction du département de formation militaire tout en commandant une division blindée de réserve, ce qui ne l’empêche pas d’obtenir la même année son diplôme de droit.

A la veille de la guerre des Six Jours, il est basé dans le Néguev. Ses exploits militaires pendant cette guerre-éclair lui valent une grande popularité en Israël et dans les communautés juives à l’étranger. Lorsqu’il reprend la direction du département de formation militaire, il procède au transfert immédiat dans les Territoires occupés (p.208-209) de tous les établissements sous son autorité (écoles d’infanterie, du génie, de la police militaire, des parachutistes, …).

En conflit avec Bar-Lev, le Commandant en Chef des FDI, la reconduction de son engagement dans les FDI lui est refusée. Il  fait connaître son intention d’adhérer au parti libéral associé au Herut, le parti de Menachem Begin et de participer aux élections qui doivent avoir lieu fin 1969. A la suite de quoi, il est maintenu dans les FDI et obtient, après les élections, le poste de Commandant du Secteur Sud, ce qui inclut l’autorité militaire sur la Bande de Gaza.

Lorsqu’en septembre 1970, l’armée jordanienne massacre des milliers de Palestiniens près d’Amman, la Syrie intervient militairement. Les USA demandent à Israël d’exercer une menace sur la Syrie qui, dès lors, se retire de Jordanie. Sharon désapprouve le soutien à la monarchie haschémite. Pour lui, la chute de celle-ci aurait permis la constitution d’un Etat palestinien (p.246) en Jordanie.

La Bande de Gaza

En 1971, sous son autorité sont lancés ce que le journaliste israélien Yigal Mosko (Kol Ha’ir, du 30 juin 1995) appelle « les escadrons de la mort d’Ariel Sharon ». Il s’agit d’unités du Sayeret Matkal, composées de para commandos parlant l’arabe, ne portant pas d’uniforme et autorisés à procéder à des assassinats, c’est-à-dire tuer des gens en dehors des combats. De juillet 1971 à février 1972, il  y a 104 assassinats de Palestiniens. Ces unités opèrent surtout dans la Bande de Gaza où des milliers de maisons sont détruites dans les camps de réfugiés palestiniens (2.000 pour le seul mois d’août 1971). Des puits d’eau sont bouchés. Sharon y installe 4 colonies de peuplement. Des centaines de Palestiniens, y compris des femmes et des enfants, sont emprisonnés.

Ayant compris qu’il n’obtiendrait jamais le poste de Chef d’Etat-Major, Sharon quitte le service actif en 1973 et reçoit le commandement d’une division blindée de réserve. Il la commande pendant la guerre d’octobre et lui fait traverser le Canal de Suez vers l’Egypte, renversant ainsi le cours de la guerre sur le front égyptien. Pour beaucoup d’Israéliens, il devient le « roi Arik. »

Un guerrier en politique

Peu avant la guerre du Kippour, il avait lancé un appel à l’union des partis opposés aux Travaillistes et avait conduit, aux côtés de Menachem Begin, des négociations qui ont abouti à la création du Likoud. Fin décembre, alors qu’il commande toujours sa division sur la rive ouest du Canal de Suez, il est élu député à la Knesset sur la liste du Likoud. Un an plus tard, déçu par la vie parlementaire, il démissionne de son mandat de député (p.341-342).

Il se consacre à son exploitation agricole quand, en juin, le Premier ministre Rabin lui propose le poste de conseiller spécial pour les questions de sécurité. La guerre civile vient d’éclater au Liban. Sharon recommande d’empêcher toute présence syrienne dans ce pays (p. 423). C’est à ce moment qu’Israël commence à soutenir le Major Saad Haddad (p.424). Rabin et Peres, ministre des Affaires étrangères, nouent des liens avec les dirigeants chrétiens libanais. Dans le même temps, Sharon prépare un plan de peuplement juif de la Cisjordanie.

Ayant goûté du pouvoir, Sharon veut voler de ses propres ailes. En février 1976, alors que le gouvernement est affaibli par des scandales, il quitte Rabin et, contre l’avis de la plupart de ses amis, il crée son propre parti : le Shlomzion (Paix pour Sion). Très vite, il constate ses faibles chances aux élections (p.348-353). Il tente alors, mais trop tardivement, d’intégrer son parti dans le Likoud. Le Shlomzion ne remporte que 2 sièges aux élections de 1977. Le Likoud est le grand vainqueur du scrutin. Le 15 juillet, le premier gouvernement Begin entre en fonction. Sharon est ministre de l’Agriculture auquel, à sa demande (p. 354), on ajoute la présidence du comité ministériel de la colonisation dans les Territoires Occupés. En octobre, il fait approuver, malgré les réticences de Bégin, un plan de colonisation massive de la Cisjordanie et des abords de Jérusalem. Il réalise ainsi un projet auquel il pensait depuis dix ans (p. 361). A de multiples reprises, Sharon se fait le porte-parole du Gush Emunim (« Bloc des Croyants »), groupe d’extrémistes religieux ultra-nationalistes à propos desquels « il ressent une profonde identification avec leurs efforts pour établir une communauté juive dans la patrie juive historique » (p. 362) et auxquels il veut garantir « le droit de vivre dans l’Israël historique » (p. 368). Quatre années plus tard, 64 colonies supplémentaires auront été créées en Cisjordanie. Il intensifie aussi le peuplement juif de la Galilée sans se soucier des droits des populations palestiniennes qui y vivent.

L’année suivante, Begin et Sadate signent, avec Jimmy Carter, les Accords de Camp David. Sharon est opposé à la partie relative à l’autonomie des Palestiniens. Il pense qu’elle pourrait avoir l’effet d’une Déclaration Balfour pour les Palestiniens et conduire à un second Etat palestinien, après la Jordanie, ce qui est totalement inacceptable à ses yeux. « La Judée, la Samarie et Gaza sont parties intégrantes de Eretz Israël » et l’autonomie accordée ne peut l’être qu’aux personnes, sans leur concéder la moindre souveraineté territoriale (p. 402-406).

A partir d’avril 1980, le ministre de l’Agriculture et des colonies de peuplement va s’employer, avec Begin, de convaincre le gouvernement de la nécessité de détruire le réacteur nucléaire irakien d’Osirak Quatorze mois plus tard, c’est chose faite.

 La législature s’achève et, en juin 1981, pendant la campagne électorale, Sharon organise, pour 300.000 personnes, les « Sharon Tours » : visites des montagnes dans les Territoires occupés afin de convaincre les électeurs de leur importance stratégique et de la nécessité d’annexer la Cisjordanie. Après les élections, il devient ministre de la Défense dans le 2e gouvernement Begin, malgré l’opposition de nombreux membres du Likoud qui le trouvent dangereux.

Avant même d’occuper ses nouvelles fonctions, il s’oppose au cessez-le feu négocié par Philip Habib, diplomate américain, pour mettre fin aux attaques de l’OLP dans le Liban Sud (contrôlé par Haddad) et en Galilée et aux représailles israéliennes. Avant que l’Egypte retrouve sa souveraineté sur le Sinaï, suite aux Accords de Camp David, il fait détruire complètement la ville juive de Yamit, construite dix ans plus tôt, afin qu’elle ne devienne pas une ville égyptienne. En octobre, il demande à l’Etat-Major des FDI de préparer les plans d’une invasion du Liban. Ceux-ci sont arrêtés à la mi-décembre (p. 436-437).  Il encourage la coopération militaire avec certains pays africains tels le Soudan de Nimeiry, le Congo de Mobutu, l’Afrique du Sud de l’apartheid, mais également avec les juntes militaires du Guatemala et d’El Salvador. En décembre, il signe le premier accord de coopération stratégique avec les USA.

 L’année 1982 est entièrement consacrée à l’invasion du Liban (voir chapitre Les Faits) qui conduit aux massacres de Sabra et Chatila et à la création d’une commission d’enquête sous la pression de près de 400.000 manifestants. Le 8 février 1983, la Commission Kahan publie son rapport. Sharon considère qu’il s’agit de la « marque de Caïn contre le peuple juif » (p.520) et d’une « trahison » (p.523). Le Conseil des Ministres approuve le Rapport Kahan par 16 voix contre 1, celle de Sharon. Le 14 février, sa démission comme ministre de la Défense est entérinée, mais il refuse de quitter le gouvernement où il reste comme ministre sans portefeuille. Six jours plus tard, il est réintégré dans les comités ministériels de la défense et des négociations relatives au Liban. Le 21 février, l’hebdomadaire américain Time Magazine publie un article dans lequel il rapporte que, lors de l’entrevue du 15 septembre 1982 entre Pierre et Amin Gemayel et Sharon, ce dernier aurait « discuté de la nécessité pour les Phalangistes de venger l’assassinat de Bechir Gemayel». Sharon poursuit Time en justice pour diffamation et demande 50 millions de US $ de dommages et intérêts devant un tribunal de New York. Il affirme que le Rapport Kahan a déterminé une responsabilité indirecte de sa part dans les massacres. Une incitation à la vengeance signifierait une responsabilité directe. Il nie avoir tenu de tels propos. Six mois plus tard, lors de la démission de Begin, il se présente au sein du Likoud contre Shamir et obtient 42,5 des voix. Il devient un des leaders influents du Likoud.

 2. Le Grand Israël, à n’importe quel prix

L’histoire militaire retient des noms éminents et respectables, même pour ceux que ne fascine pas « l’art de la guerre ». On ne les a jamais confondus avec ces tueurs revêtus d’un uniforme qui émergent dans les situations de crise. On ne peut résumer l’itinéraire de Sharon à celui de ces militaires brillants qui ont laissé leur nom dans l’histoire. Ce fut, certes, à l’occasion, un stratège audacieux capable de coups de génie, un peu à la manière d’un Patton. On ne peut pourtant se contenter de l’image de baroudeur sympathique que se complaisent à offrir de lui la plupart des média occidentaux. Ces portraits ne suffisent pas pour décrire le personnage. Il faut y ajouter des traits beaucoup moins flatteurs qui font penser à ces généraux apparus dans les divers camps qui se sont affrontés lors de l’éclatement de la Yougoslavie et dont les rêves nationalistes ne pouvaient s’accomplir que par l’élimination physique de ceux qui se trouvaient sur leur chemin.

Le rêve de Sharon, il ne s’en est jamais caché et son autobiographie le confirme, c’est le sionisme accompli, c’est Eretz Israël, le grand Israël, de la Méditerranée au Jourdain, incorporant la Cisjordanie (toujours dénommée par les noms bibliques de Judée et Samarie) et Gaza (p. 402). Certes, il n’est pas le seul dans son pays à penser de la sorte. L’extrémiste de droite Sharon n’est pas différent du social-démocrate Shimon Peres qui, au moment où le plan Sharon de colonisation des Territoires occupés devenait réalité, déclarait, comme leader de l’opposition,: « Il n’y a pas de discussion en Israël à propos de nos droits historiques sur la terre d’Israël. Le passé est immuable et la Bible est le document décisif qui détermine le destin de notre terre » (The New York Times, 6 août 1978).

Mais, ce qui distingue Sharon, c’est sa propension à traduire en actes sanglants une conviction qui nie l’existence du peuple palestinien et qui entend, par tous les moyens, détruire le nationalisme palestinien sous toutes ses formes. L’obstacle au sionisme de Sharon, ce sont les populations qui habitent ces territoires depuis des siècles. Quand il évoque les civils, il ne les appelle jamais des « Palestiniens », mais toujours des « Arabes » Et leur place, selon lui, se trouve en Jordanie. Quand il parle des combattants palestiniens, niant tout droit à la résistance, il les qualifie systématiquement de « terroristes » au point d’en faire une sorte de synonyme de Palestiniens. Les camps de réfugiés sont, même lorsque nulle présence militaire n’est observée, nécessairement à ses yeux des « camps terroristes. »

On ne s’étonnera donc pas de la leçon que Sharon tire des massacres qu’il a perpétrés à Qibya. Alors que le monde entier s’émeut des victimes innocentes, Sharon considère que «le raid de Qibya fut un tournant (…) les FDI étaient de nouveau capables de trouver et de frapper des objectifs loin derrière les lignes ennemies (…) avec Qibya, un nouveau sens de confiance en soi prenait racine »(page 90).

Ce qui domine la biographie de Sharon, comme celles de Ben Gourion, de Golda Meir, de Menachem Begin et d’Yitzhak Shamir, ces premiers ministres sous lesquels il a servi et auxquels il se réfère, c’est le mépris du Palestinien poussé jusqu’à sa plus extrême limite : sa négation qui autorise son élimination et qui fonde une logique du massacre d’Etat. Son autobiographie en fait foi, il partage sans réserve les propos d’un Ben Gourion, le fondateur de l’Etat d’Israël, qui, à propos des réactions à toute forme de résistance à la politique d’Israël notait dans son journal : « Faire sauter une maison ne suffit pas. Ce qu’il faut, ce sont des réactions cruelles et fortes. (…) Nous devons frapper sans pitié, y compris les femmes et les enfants. Autrement, les réactions ne sont pas efficaces. A l’heure de la réaction, il n’y a pas de place pour distinguer entre le coupable et l’innocent». (1 janvier 1948) ou de Golda Meir, premier ministre, qui déclarait au Sunday Times (15 juin 1969) :« Il n’y a pas de peuple palestinien.(…) Ils n’existent pas». ou encore de Menachem Begin, qui n’hésitait pas à déclarer à la tribune du parlement israélien le 8 juin 1982 : « Les Palestiniens sont des animaux à deux pattes. »

Mais même de tels propos ne suffisent pas à Sharon. Il ne croit pas aux contraintes juridiques. Il ne croit pas qu’Israël puisse confier sa sécurité à des accords et garanties internationaux. Au « sionisme politique » de Begin, il préfère le « sionisme pragmatique » que lui a enseigné son père et  qui s’appuie sur la conviction que rien ne peut s’accomplir par des accords de droit, si on ne s’est pas assuré en même temps des garanties sur le terrain (p. 392). Comme Ben Gourion, Sharon est le partisan du fait accompli – imposé par la force des armes – que viennent, seulement ensuite, et le cas échéant, consolider les dispositions politiques et juridiques. L’homme qui n’hésite pas à déclarer « Nos ancêtres ne sont pas venus ici pour construire une démocratie, mais pour construire un Etat juif » (Forward, 21 mai 1993) ne s’embarrasse guère des règles de droit qui civilisent les sociétés humaines. Evoquant la nécessité de prendre les terres et de créer les faits dans le réel, il écrit dans son autobiographie qu’il adhère à cette formule répétée dans le cercle familial : « ne parle pas de cela, fais en sorte que cela soit » (p.279).

A peine devenu Ministre de la Défense, Sharon a fait préparer des plans pour l’invasion du Liban. Son objectif était triple : ainsi qu’il l’a déclaré lui-même, il s’agissait de détruire l’OLP. Mais un deuxième objectif explique mieux la barbarie organisée par les FDI. En effet, la campagne « La Jordanie, c’est la Palestine » est venue confirmer les affirmations selon lesquelles un des objectifs d’Israël dans la guerre du Liban était l’expulsion de tous ses réfugiés palestiniens vers la Jordanie pour provoquer la chute du roi Hussein et y établir l’Etat palestinien. Enfin, Sharon reprenait à son compte un projet déjà formulé par Ben Gourion, le fondateur d’Israël. En mai 1948, à l’occasion d’une discussion sur les stratégies à mettre en œuvre une fois la guerre engagée avec les pays arabes, Ben Gourion déclarait à l’Etat-Major de la Haganah : « …nous devrions nous préparer à passer à l’offensive…le point faible est le Liban.(…). Un Etat chrétien devrait être établi, avec pour frontière Sud le Litani. Nous ferons alliance avec lui… » L’invasion du Liban en 1982 poursuivait aussi le rêve de mettre en place un protectorat libanais contrôlé par la famille Gemayel. Sharon n’a atteint aucun de ses objectifs. Mais, par contre, des dizaines de milliers de personnes en sont mortes dans des souffrance innommables.

Amos Perlmuytter, spécialiste israélo-américain d’histoire militaire et analyste des questions stratégiques, écrivait dans Foreign Affairs (automne 1982) :  « Begin et Sharon partagent le même rêve : Sharon est l’homme de main de ce rêve. Ce rêve est d’anéantir l’OLP, d’éteindre le moindre vestige du nationalisme palestinien, d’écraser les alliés et les partisans de l’OLP en Cisjordanie et, à la fin, de chasser les Palestiniens qui y sont vers la Jordanie et de paralyser, sinon de mettre fin au mouvement nationaliste palestinien. Tel était pour Sharon et Begin, l’objectif ultime de la guerre du Liban. »

Plus fondamentalement, on conviendra, avec Annette Levy-Willard, que « Sharon est le meilleur représentant de cette génération d’Israéliens pour qui – comme Begin – les mots de Juifs, d’Israël et de sécurité justifient toutes les raisons d’Etat et tous les immoralismes…qu’importent les moyens pourvu qu’on ait la fin » (Libération, 11 février 1983).

Philip Habib, qui fut une sorte d’anti-Kissinger de la diplomatie américaine, déclarait après les massacres : « Sharon est un assassin, animé par la haine contre les Palestiniens. J’ai donné à Arafat des garanties que les Palestiniens ne seraient pas touchés, mais Sharon ne les a pas honorées. Une promesse de cet homme ne vaut rien. (…) C’est le plus grand menteur, de ce côté-ci de la Méditerranée ».

Toute la carrière d’Ariel Sharon indique que cet homme a partagé avec certains dirigeants et une partie de la population de son pays la conviction que la sécurité d’Israël nécessitait une extension de son territoire jusqu’aux limites bibliques de la Palestine, l’homogénéité démographique la plus grande et la transformation du Liban en un protectorat dirigé par une dictature phalangiste. L’histoire d’Israël, dès 1947 jusqu’à nos jours, de même que la biographie d’Ariel Sharon fournissent des informations incontestables sur certaines méthodes auxquelles une partie de la classe politique et de l’establishment militaire n’ont eu aucun scrupule à recourir pour réaliser ces objectifs : la conquête militaire de territoires nouveaux, le nettoyage ethnique par la terreur, l’invasion et l’occupation du Liban après plusieurs années d’ingérences directes et de raids militaires, l’assimilation des populations civiles à l’ennemi.

C’est le constat que fait la Commission MacBride : « En d’autres mots, l’actuel leadership de l’Etat d’Israël a été directement impliqué dans des politiques terroristes à l’égard des populations civiles palestiniennes. La Commission tire la conclusion que les massacres de Sabra et Chatila constituent seulement un exemple culminant de ce type d’implication, renforçant avec l’intensité historique notre appréciation que l’Etat d’Israël, ses dirigeants civils et militaires, comme responsables officiels, portent en droit la responsabilité de ces évènements et de la terrible tragédie qu’ils ont provoquée. »

Dès le début de sa carrière, Sharon est de ceux qui ont fait le choix de tels objectifs et de telles méthodes. Maître dans l’art d’imposer ses vues par la force, après avoir dissimulé ou menti, il a très souvent placé sa hiérarchie militaire, son premier ministre, ses collègues du gouvernement et les alliés les plus inconditionnels de son pays devant des faits accomplis. Il s’est presque toujours efforcé d’imposer des solutions militaires aux problèmes politiques.

Ainsi remises en perspective, l’histoire d’Israël et la vie de Sharon font apparaître les crimes perpétrés à Sabra et Chatila, non pas comme un accident, non pas comme une exception malheureuse dans une continuité qui serait par ailleurs conforme à la morale et au droit, mais bien comme une étape dans une longue suite d’actions militaires extrêmement coûteuses en vies humaines et amplement destructrices combinées à des opérations répétées de massacres destinés à terroriser et à faire fuir des populations niées dans leur droit à l’existence, bafouées dans leurs droits fondamentaux et dans leur dignité au point d’être traitées comme des « untermenschen» dont on justifie l’élimination en les appelant systématiquement des « terroristes ». Comme l’écrit Thomas Friedman,« les soldats israéliens n’ont pas vu des civils innocents en train d’être massacrés et ils n’ont pas entendu les hurlements des enfants innocents conduits à leur tombe. Ce qu’ils ont vu, c’est « l’infestation terroriste » qui est « nettoyée » et des « infirmiers terroristes » qui s’enfuient et des « teenagers terroristes » qui essaient de se défendre et ce qu’ils ont entendu sont les hurlements de « femmes terroristes ».

Robert Fisk rappelle que, dans son journal, Anne Frank a décrit comment Utrecht allait être « nettoyée » des Juifs par les Allemands. Comme si les Juifs étaient des « cafards » ! s’indignait-elle. « Nettoyer », le verbe utilisé par Sharon et Eytan à propos des Palestiniens. « Cafards », le mot employé par Eytan, devant la Knesset en avril 1983, pour nommer les Palestiniens des Territoires occupés…

Menahem Begin avait écrit dans ses Mémoires que le massacre de Deir Yassine était une « victoire». Sharon, peu avant Sabra et Chatila, avait rappelé aux Palestiniens de se souvenir de Deir Yassine. Sur ordre de Sharon, par l’action coordonnée des Forces de Défense d’Israël et des milices chrétiennes libanaises, Sabra et Chatila ont été transformés en camps d’extermination.

De telles pratiques n’ont pas leur place dans un monde où doivent prévaloir et s’imposer les valeurs qui fondent l’humanité. Ces pratiques sont prohibées. Elles ne peuvent l’être selon les opportunités politiciennes du moment, selon que les bourreaux sont ou ne sont pas les amis de l’un ou l’autre pays. Elles doivent être sanctionnées, sous toutes les latitudes et quels que soient les bourreaux. Les hommes qui en assument la responsabilité portent atteinte à l’humanité tout entière et doivent être jugés et punis « afin de défendre l’honneur ou l’autorité de celui qui a été lésé, afin que l’absence de châtiment n’entraîne pas la dégradation de la victime», comme y invitait Grotius, le père du droit international, cité lors du procès de Jérusalem contre Eichmann.

Pour l’honneur d’Israël et du peuple juif, il s’est trouvé 400.000 personnes, un soir à Tel Aviv, pour refuser l’inacceptable. Il s’est trouvé un Yeshayahu Leibovitz, professeur à l’Université Hébraïque et éditeur de l’Encyclopedia Hebraica, pour assumer, en déclarant : « le massacre fut accompli par nous. Les Phalangistes sont nos mercenaires exactement comme les Ukrainiens, les Croates et les Slovaques furent les mercenaires d’Hitler, qui les a organisés en soldats pour faire le travail pour lui. De la même manière, nous avons organisé les assassins au Liban en vue de tuer les Palestiniens. »

Il reste à trouver des magistrats courageux. Peu importe où, pourvu qu’ils jugent au nom de l’humanité meurtrie par Sharon. Car « les assassins modernes, serviteurs de l’Etat, auteurs de meurtres en série, doivent être poursuivis parce qu’ils ont violé l’ordre de l’humanité » insistait Hanah Arendt au terme de sa réflexion sur le procès Eichmann.

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Le texte qui précède date de 2002 ;  il ne s’est pas trouvé de magistrats courageux pour juger celui qui a violé l’ordre de l’humanité…

Raoul Marc JENNAR

Le plan Sapin affole l’inspection du travail

Rachida El Azzouzi, Médiapart, 14 janvier 2014

Malaise dans les sections de l’inspection du travail. Le « plan Sapin », vaste projet de réforme des services, qui sera débattu à la fin du mois au Parlement, ne passe pas dans les rangs d’une majorité des agents et des syndicats. Explications.

« Alerte, vigilance, combat », « Casse de l’inspection du travail : le Medef en rêvait, le PS l’a fait », « La gauche peut être pire que la droite », « Non aux fourberies de Sapin »… Les relations entre les agents de l’inspection du travail et leur ministre de tutelle Michel Sapin ne s’améliorent pas. Dans les sections mais aussi sur la page facebook « Contre la casse de l’inspection », les tracts des syndicats se suivent et s’accumulent depuis des mois pour dénoncer le vaste projet de réforme du système d’inspection que le ministre du travail a lancé à son arrivée en 2012 pour « plus d’efficacité et de cohérence ». Avec toujours le même ton virulent.

Après deux ans d’un dialogue social rythmé par des grèves et des manifestations mais aussi les séminaires et les groupes de travail avec les syndicats (bien que tout semblait déjà plié selon une note interne dévoilée par la CGT Gironde en février dernier), le projet de loi tant décrié sera présenté en conseil des ministres ce 22 janvier, puis débattu au Parlement la semaine suivante pour une entrée en vigueur dès le printemps 2014. Le calendrier est serré pour les syndicats les plus hostiles au projet (CGT, Sud, SNU, FO et CNT) qui l’estiment « dangereux » car « il porte atteinte à l’indépendance des agents et diminue les effectifs de contrôle pour renforcer la ligne hiérarchique ». Ils espèrent parvenir à sensibiliser dans la dernière ligne droite des parlementaires contre cette réforme dite du « ministère fort » qu’ils ont rebaptisée réforme du « ministère mort ».

Passée inaperçue dans le brouhaha médiatique, ce chamboulement inédit de l’organisation territoriale du corps de l’inspection du travail ainsi que de ses pouvoirs – derrière lequel se cache Jean-Denis Combrexelle, l’inamovible directeur général du travail sous la droite en poste depuis 2002 –, est « une mise à mort de l’inspection du travail française », accusent les syndicats. Ils organisent, à la veille de l’examen du texte devant l’assemblée, un grand meeting à la bourse du travail à Paris le lundi 27 janvier pour « alerter sur la casse » de ce qui constitue l’un des derniers remparts des salariés face au rouleau compresseur patronal. Dissimulé dans le volumineux et complexe projet de loi relatif à la formation professionnelle, l’emploi et la démocratie sociale, qui prévoit également la suppression des élections prud’homales et que le gouvernement veut voir voté au plus vite avant la trêve parlementaire de fin février en raison des municipales, le « plan Sapin » est massivement rejeté en interne. « Nous réclamions une réforme, de nouveaux moyens, de nouveaux effectifs, mais pas une mise à mort que même la droite n’aurait pas osé faire », confie un inspecteur du travail francilien « écœuré » qui espérait un doublement des effectifs tant les sections sont à flux tendu.

La France ne compte encore qu’un inspecteur ou contrôleur du travail pour 10 000 salariés, un ratio fort médiocre qui laisse plusieurs longueurs d’avance aux délinquants en col blanc dans les entreprises… Pas une seule des organisations syndicales de l’inspection du travail n’a voté pour cette réforme lors du comité technique ministériel. La CFDT (17 %) et l’UNSA (14 %), qui représentent un tiers des agents, se sont abstenues. Les autres qui représentent deux tiers du personnel (CGT, FSU, SUD, FO, CNT, CFTC) ont voté contre. Non pas que la majorité des 700 inspecteurs et 1 500 contrôleurs du travail soient « rétifs  »au changement, c’est maintenant » », « corporatistes », comme le ministère peut les décrire, s’insurge Pierre Meriaux, délégué syndical SNU-TEFE-FSU. Mais parce que derrière le bel habillage – « renforcer les pouvoirs de l’inspection » –, et sous couvert d’une revalorisation de certains métiers et de quelques avancées, les syndicats voient dans cette réforme plusieurs attaques dangereuses à l’institution et à la fonction d’inspecteur du travail ainsi qu’une désorganisation du travail « pathogène, lourde de souffrance au travail ».

« Des attaques jamais vues », disent-ils, depuis la création de cette institution il y a 121 ans – au départ pour protéger les femmes et les enfants avant de devenir un élément fondamental de la protection des salariés. « On a tous expérimenté des pressions patronales sur des dossiers sensibles » Plusieurs points de ce projet qui entend faire passer sans concours, mais selon un tri, 1 500 contrôleurs (agent catégorie B aux pouvoirs limités) en inspecteurs (agent catégorie A aux pouvoirs étendus) pour ne faire plus qu’un seul corps, une vieille antienne, les inquiètent. Certaines de leurs craintes ont été confirmées par le CNIT, les “sages” de l’Inspection du travail (comme ici ou là) qui ont demandé au ministère de revoir sa copie. Notamment le coup qui pourrait être porté à l’indépendance des contrôleurs et inspecteurs. Garantie par la convention 81 de l’Organisation internationale du travail (OIT), elle place ces deux corps de la fonction publique accessibles uniquement par concours à l’abri « de tout changement de gouvernement et de toute influence extérieure indue ». Or la disparition des sections au profit d’unités de contrôles de 8 à 12 agents encadrés par un DUC dans la novlangue du ministère, un supérieur hiérarchique, qui, nouveauté, aurait lui aussi des pouvoirs de contrôle dans les entreprises, pourrait menacer leur indépendance et signer la fin de leur autonomie.

« Jusque-là, explique Yann Dufour, membre du bureau national de la section “travail” de la CGT, une section (un inspecteur, deux contrôleurs, deux secrétaires intervenant en toute indépendance, dans un secteur géographique délimité) s’organisait comme elle le voulait, selon les opportunités, les urgences et les demandes des salariés, sans supérieur hiérarchique au-dessus d’elle ». Avec la nouvelle réforme qui coupe les agents des usagers en accentuant la programmation de leur activité en amont, c’est fini. « Les missions seront définies par le haut, par les exigences de la hiérarchie qui dictera  »quand il faut y aller”, avec le risque d’une inspection affaiblie dans la lutte contre les abus des employeurs, poursuit Yann Dufour. On a tous expérimenté des pressions patronales sur des dossiers sensibles au travers de notre hiérarchie partagée entre l’accompagnement et le contrôle des entreprises. Elle est là pour promouvoir la politique de l’emploi du gouvernement, vendre les emplois d’avenir, les contrats de génération. En temps de crise, de chômage et de licenciements massifs, elle préfère parfois fermer les yeux sur une infraction au code du travail pour ne pas se mettre à dos des patrons qui répliqueraient par du chantage à l’emploi. »

Pierre Meriaux du SNU-TEFE-FSU va plus loin, comparant le sort réservé par la gauche aux inspecteurs du travail à celui des juges d’instruction sous la droite : « Sarkozy a tenté de flinguer les juges d’instruction trop indépendants et il n’y est pas arrivé. Hollande va dézinguer les inspecteurs du travail pour les mêmes motifs, pour répondre aux demandes du patronat car il est devenu le président des entreprises, et il va réussir sans que personne s’alarme de ce nouveau recul social. » Conscient lui aussi, en trente ans d’inspection qu’en temps de chômage record, priorité est donnée par la hiérarchie à l’emploi plutôt qu’au contrôle de la bonne application du droit du travail.

Au ministère, ces craintes prêtent à sourire. « Le risque d’une perte d’indépendance est un élément fantasmatique. On est dans le délire. La convention de l’OIT sera respectée. Le DUC n’a qu’un rôle d’animateur pour que les agents jouent plus collectif. Il y a 750 sections actuellement en France et personne au-dessus d’elles n’assure leur coordination. Ce n’était pas efficace. » On pointe aussi une frange de la corporation, « militante du statu quo qui n’aime pas le changement, plus attaché à son autonomie, son fonctionnement de profession libérale qu’à son indépendance ». Avant de vanter au contraire cette réforme du « ministère fort » qui « va révolutionner enfin l’inspection du travail française, fondre en un seul corps contrôleurs et inspecteurs, l’un des rares pays d’Europe en retard, et faire face aux enjeux d’un monde du travail qui s’est complexifié ». Une réforme acceptée « par la moitié des agents », tient-on à préciser, « en particulier, par les jeunes générations », ce que contestent les syndicats.

Des nouveaux pouvoirs ou des pouvoirs conformes aux exigences du patronat ? Autre inquiétude des agents et des syndicats de l’inspection du travail : l’inexorable dépénalisation du droit du travail qui a cours en France, en raison de l’obsession du patronat d’échapper aux bancs des délinquants des tribunaux correctionnels, et ne plus voir le nom d’une entreprise affichée dans les journaux. À l’heure actuelle, les inspecteurs qui constatent des infractions ne peuvent que recourir à la voie pénale. Or, la moitié des procédures sont classées sans suite et celles qui aboutissent requièrent en moyenne deux ans. Le ministère souhaite donc que les agents puissent aussi imposer des sanctions administratives et financières plus immédiates. Il envisage également de recourir aux ordonnances pénales (procédures sans audience avec un juge au lieu de trois) pour accélérer les procédures. Sur le papier, c’est plutôt une avancée, gage de rapidité quand les tribunaux sont engorgés. Mais plus que des nouveaux pouvoirs, les opposants à la réforme voient là « des pouvoirs conformes à la volonté du patronat », « une forme de nouveau cadeau de François Hollande au Medef en toute discrétion » après l’accord sur la flexibilisation du marché du travail il y a un an ou la suppression des prud’hommes à venir.

Aujourd’hui, les agents de contrôle peuvent demander directement à l’employeur de régulariser des situations d’infractions (paiement d’heures supplémentaires, mise en conformité d’équipements de travail, etc.). Ils peuvent également, s’ils le jugent utile et efficace, relever les infractions constatées par voie de procès-verbal, les adresser au procureur de la République, qui va choisir s’il poursuit les auteurs des infractions considérées ou pas. « Demain, l’autorité administrative, c’est-à-dire le directeur régional du travail, qui n’a rien d’indépendant, pourra transiger avec les contrevenants pour des contraventions et délits punis d’une peine d’emprisonnement inférieure à un an – ce qui constitue une énorme part des peines prévues en cas d’infractions. Cela signifie, très concrètement, que le directeur régional proposera aux employeurs une amende transactionnelle pour régler le litige : pas de passage en correctionnelle pour le patron délinquant ! » s’alarme Benoît Verrier, inspecteur du travail et syndicaliste Sud. Une accusation que le ministère réfute en bloc : « Le régime des sanctions ne change pas. Les agents continueront à signaler au procureur les infractions qui relèvent du pénal. Ce dernier donnera suite ou pas. Mais plutôt qu’un classement sans suite, nous préférons une sanction financière. » « Il vaut mieux une sanction six mois après les faits que trois ans. Cela n’a pas de sens. Notre organisation ne tenait plus. Il fallait une révolution », abonde un directeur régional du travail sous couvert d’anonymat.

Sur son blog, Gérard Filoche, membre du bureau national du parti socialiste, et ancien inspecteur du travail – qui a marqué les esprits en avril dernier avec ses larmes de colère après les aveux de Jérôme Cahuzac et la signature de l’accord sur l’emploi “flexibilisant” un peu plus les salariés –, partage les mêmes craintes que la majorité du corps de l’inspection. Il voit dans cette réforme « la mort d’un métier, d’une institution, une cassure historique ». « C’est triste, écrit-il, de voir tant de compétences, d’expérience du droit du travail et des entreprises, bafouées et méprisées de la sorte. Et par un ministre de gauche que toute l’inspection attendait.

C’est aussi la fin de la défense du droit du travail pour des millions de salariés. C’est pour cela que les agents sont médusés et dans une colère noire. » Au moment même où le monde du travail va de plus en plus mal, où salariés et syndicalistes ont besoin de ces garants du code du travail honnis des patrons dans les entreprises, le plan Sapin vient accentuer le malaise et le mal-être qui règnent dans les services. Malmenés par la RGPP (la réforme générale des politiques publiques), puis la MAP, « la RGPP de gauche », essorés par l’avènement du « faire mieux avec moins », la pression des chiffres, impuissants devant le démantèlement du code du travail depuis trente ans, dont le dernier grand coup fut porté avec l’accord sur l’emploi il y a un an, les agents du ministère du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle sont à cran. Sous pression, ils alertent régulièrement sur leurs conditions de travail qui ne cessent de se dégrader au fil des années faute de moyens suffisants, d’effectifs, de pouvoirs.

« Le suicide de deux de nos agents, Luc Béal-Rainaldy et Romain Lecoustre (reconnus accident du travail), en 2011 et 2012 est encore dans toutes les têtes. Cette nouvelle réorganisation pathogène ne peut qu’engendrer ce type de drames, des dépressions, des suicides tout en détruisant un service public de proximité important pour les salariés, les précaires », lâche une inspectrice sous couvert d’anonymat. Elle craint d’être désormais « cantonnée par sa hiérarchie à l’emploi, l’hygiène et la sécurité, qu’on lui demande de laisser de côté les salaires, les conventions collectives, la protection des délégués, la durée du travail, tout ce qui fait le quotidien de l’exploitation des salariés ». Et comme nombre de ses pairs de la fonction publique, acquis à la gauche, elle regrette amèrement d’avoir voté François Hollande aux deux tours : « Ce n’est pas le président des salariés mais des patrons. » Une désillusion criante dans les services de l’inspection du travail, où la promotion du jour de l’an de la Légion d’honneur (à retrouver ici) de Michel Sapin n’est pas passée inaperçue. Aucun syndicaliste, seuls des hauts gradés de l’administration, des DRH ou des chefs d’entreprise, ont été promus. « On ne s’attendait pas à y retrouver Xavier Mathieu, le leader des Continental, mais quand même, pour une promo de ministre de gauche ! » se désole un vieux routier de l’inspection et du syndicalisme, qui voit là « une nouvelle preuve du virage pro-patronal » du gouvernement socialiste.