L’Islande va effacer une partie de la dette des ménages

Romaric Godin, La Tribune, 3 décembre 2013

Le gouvernement de Reykjavik veut débarrasser les ménages islandais de plus de 1,2 milliard d’euros de dette. Un projet qui fait grincer des dents à l’étranger.

L’Islande continue à tracer sa propre voie hors de la crise. Avec des moyens toujours plus hétérodoxes. On se souvient que le pays, frappé en 2008 par une crise financière d’une ampleur sans précédent, avait mené une politique impitoyable contre les banques et s’était appuyé sur une dépréciation de près de 20 % de la couronne pour retrouver plus rapidement la croissance.

Croissance en accélération

Non sans quelques succès du reste, puisque, en 2012, l’île nordique a connu une croissance de 1,4 % supérieure à celle des principales économies européennes et que, cette année, la croissance devrait encore accélérer à 2 % et atteindre 2,5 % en 2014. Mais le nouveau gouvernement du pays, élu en juin, veut aller plus loin et a annoncé un plan d’annulation de dettes des ménages de quelques 80 milliards de couronnes, soit près de 500 millions d’euros.

Déjà 1,2 milliard d’euros de dettes annulées

Certes, l’Islande est habituée aux restructurations de dettes. Les banques ont déjà annulé depuis 2008 pas loin de 200 milliards de couronnes (1,2 milliard d’euros) de crédits aux ménages, notamment ceux libellés en devises. Mais l’endettement des ménages représente encore 108 % du PIB de l’île, ce qui, pour le gouvernement de Reykjavik est encore trop, notamment parce que cela réduit l’épargne et, finalement, l’investissement des entreprises.

Annulation de dettes pour chaque ménage

Le gouvernement de centre-droit du premier ministre Sigmundur Gunnlaugsson a donc décidé de mettre en place à partir de la mi-2014 une réduction des prêts indexés sur l’inflation accordée aux ménages de près de 24.000 euros. Ceci représenterait, selon les calculs du Ministère des Finances, une baisse moyenne de 13 % de l’endettement des ménages. Ces prêts s’étaient beaucoup renchéris avec l’inflation des années 2010 et 2011.

Incitations fiscales au remboursement

L’effacement de la dette prendra 4 ans et sera accompagné d’une incitation fiscale s’il utilise ses assurances retraite pour rembourser une partie de sa dette. En tout, l’ensemble des mesures en faveur de l’allègement de la dette des ménages atteint 150 milliards de couronnes, soit 930 millions d’euros. La somme peut paraître faible sans l’absolu, mais il s’agit de 9 % du PIB islandais. Comment financer ? Ce plan était un point fort du programme gouvernemental du centre-droit avec l’abandon des négociations d’entrées dans l’UE et la zone euro. Mais le gouvernement n’a pas indiqué encore de programme de financement clair, mais il a promis que le montant de l’annulation de dette sera pris en charge par le budget. Lequel, affirme le ministre des Finances, ne sera pas déséquilibré par la mesure.

Faire payer les banques et les créanciers étrangers

En réalité, deux pistes sont régulièrement évoquées pour ce financement. La première est une « taxe sur les transactions financières » qui frapperait les banques. Lesquelles « paieraient » ainsi le remboursement anticipé des créances sur les ménages islandais. La seconde – non exclusive de la première – serait une contribution des créanciers étrangers des banques islandaises. Ces derniers sont principalement des hedge funds qui ont acquis ce papier dévalué pour une bouchée de pain.

S&P et le FMI menacent

Ces deux méthodes déplaisent fortement aux institutions internationales qui y voient à la fois un précédent dangereux, un risque pour l’attractivité internationale de l’Islande et une menace pour les finances publiques. Le FMI avait ainsi mis en garde contre l’absence de « marges de manœuvre » budgétaire de l’Islande. Les trois « grandes » agences de notation ont fait de même. S&P a même prévenu qu’il pourrait dégrader la note de l’île nordique, actuellement à BBB-, ce qui la ferait retourner dans les « obligations spéculatives. »

Le pari de Reykjavik

Plus que jamais, donc, l’Islande poursuit dans une voie qui ne suit guère la logique des « plans d’ajustement » habituels. Certes, cette voie n’est pas sans risque. Si le déficit budgétaire dérape, si le système bancaire se grippe entièrement, le pays pourrait avoir de réelles difficultés de financement. Mais le calcul de Reykjavik est différent : le pays dégage depuis le deuxième trimestre, un excédent courant. L’éventuel déficit budgétaire pourra être comblé par des rentrées fiscales supérieures et financé par les liquidités libérées par ce plan de remise de dettes. Alors, la défiance internationale – qui est de toute façon déjà une réalité – n’aura pas d’impact majeur. Et l’Islande pourra reprendre son redressement allégée d’une dette qui risque d’étrangler la reprise de plusieurs pays de la zone euro.

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