ALLEMAGNE : L’ECRASANTE VICTOIRE DE MERKELL SONNE LE GLAS DES SOCIAUX-DEMOCRATES

Blog de Nicolas MAURY, 23 septembre 2013

C’est un camouflet supplémentaire pour la social-démocratie européenne, le parti d’Angela Merkel parvient a s’imposer massivement. Avec 41,5% des voix la CDU-CSU va pouvoir continuer a mener sa politique autoritaire en toute quiétude. Die Linke recul à 8,6% et retrouve son niveau électoral de 2005 (les élections avant la fusion entre le PDS et la WASG).

Angela Merkel est assurée d’un troisième mandat de chancelière en Allemagne à l’issue des élections législatives largement remportées dimanche par son parti chrétien-démocrate mais elle pourrait être dans l’incapacité de reconduire la coalition sortante avec le Parti libéral (FDP). Ce dernier n’atteindrait pas le seuil de 5% requis pour rester au Bundestag, selon les sondages réalisés à la sortie des urnes, il recueillerait 4,8% des voix.

Angela Merkel est assurée d’un troisième mandat de chancelière

L’Union chrétienne-démocrate (CDU) et l’Union chrétienne-sociale (CSU), son alliée bavaroise, ont remporté 41,5% des voix (+7,7 points par rapport à 2009), leur plus gros score depuis 1990. Ils renforcent leurs positions au Bundestag ou ils devraient remporter une majorité relative de 304 sièges. L’allié libéral, le FDP, est pour la première fois de son existence éliminé du Parlement (perd 10 points), il remporte plus que 4,8% des voix.

Selon les dernières estimations, la CDU-CSU d’Angela Merkel pourrait obtenir la majorité en siège au Bundestag (311 sièges, +72) ce qui lui épargnerait la nécessité de former un gouvernement de coalition. Dans le cas contraire, l’hypothèse d’une « grande coalition » comme entre 2005 et 2009 avec les sociaux-démocrates semble être la plus probable.

Angela Merkel a qualifié sa victoire de « super résultat » en promettant « quatre nouvelles années de succès ». La chancelière, âgée de 59 ans, rejoint Konrad Adenauer et Helmut Kohl dans l’histoire en obtenant un troisième mandat. Celle qui a été désignée la « femme la plus puissante du monde » est également le premier dirigeant européen à être reconduit à la tête d’un pays depuis la crise financière et monétaire qui a secoué l’Union européenne.

Le parti anti-euro Alternative pour l’Allemagne (AfD) recueillerait 4,7% des voix, ce qui le priverait également de justesse d’une entrée au Bundestag, la chambre basse du parlement.

Les sociaux démocrates en panne et les verts en recul

Les sociaux-démocrates (SPD) obtiennent 25,7% des voix. Si le SPD gagne des voix (+2,7 points) il est incapable d’incarner une alternative à la CDU et est incapable de se remettre de ses désastres électoraux depuis l’ère Gerhard Schröder (en 2005, le SPD obtenait encore 34,1% des voix). Selon les projections le SPD devrait obtenir 192 sièges de députés (+46)

Die Grünen, le parti écolo obtient 8,4% (en recul de -2,9 points), ils obtiendraient 63 sièges (-5).

Die Linke, troisième force politique du pays avec 8,6% des voix

Le parti de gauche, héritié du glorieux SED de l’ex-RDA, Die Linke flirte avec la troisième place. Il recueille 8,6% des voix (-3,3 points, 11,9% en 2009) et devrait obtenir 64 députés (-12). L’hémorragie annoncée au début de la campagne a été endiguée. Die Linke, après ses exploits de 2009 (11,9% et 71 députés) semble retrouver son niveau de 2005 ou le Linkspartei-PDS avait obtenu 8,7% des voix et 51 députés.

L’influence croissante de l’aile pragmatique de Die Linke, qui provient essentiellement de l’ex-Allemagne de l’Est, souhaite ouvrir la voie à une grande coalition de gauche en Allemagne. « Plus le parti de gauche est fort, plus le pays est pacifique et social », a souligné le charismatique chef des députés Die Linke, Gregor Gysi, 65 ans, lors d’un meeting à Marzahn, le quartier de Berlin Est où il décrocha son premier mandat de député après la réunification allemande en 1990. Selon lui, Die Linke encourage les autres partis, et jusqu’à l’Union chrétienne-démocrate (CDU) d’Angela Merkel, à mettre la barre à gauche.

Né en 2007 de la fusion des déçus du SPD (WASG), à l’ouest, et de l’ancien parti communiste de l’ex-RDA (PDS ex-SED), le parti revendique aujourd’hui plus d’adhérents que les Verts ou les libéraux du FDP. « Die Linke renvoie à un certain mode de vie en Allemagne de l’Est, tandis qu’à l’ouest il attire davantage le vote protestataire et ceux qui pensent que le SPD n’est pas assez à gauche », relève Klaus-Peter Schöppner, de l’institut de sondage Emnid.

La perspective d’une intervention militaire occidentale en Syrie a augmenté l’attrait de Die Linke auprès des électeurs, ajoute-t-il : « Ils sortent toujours renforcés quand on parle de guerre. »
Depuis que les Grünen ont soutenu des opérations militaires à l’étranger lors de leur passage au pouvoir, entre 1998 et 2005, aucun parti ne s’est montré plus pacifiste que Die Linke.
Son programme prévoit de mettre fin aux exportations allemandes d’armement, de sortir de l’Otan et de rapatrier les soldats allemands engagés en Afghanistan.

En politique intérieure, il réclame comme le SPD l’instauration d’un salaire minimum national et une hausse des impôts pour les plus hauts revenus. Contrairement au SPD, il a voté contre les plans de sauvetage de l’euro, estimant qu’ils ne servaient qu’à la rescousse des banques tout en infligeant des cures d’austérité néfastes aux populations.

Gregor Gysi juge que Peer Steinbrück, le candidat social-démocrate à la chancellerie, commet une erreur stratégique en refusant par avance toute alliance avec la Gauche.

« Le SPD doit comprendre que sans nous, il ne sera jamais nommé chancelier », déclare cet avocat et orateur virulent.

Mais pour les sociaux-démocrates et les Verts, Die Linke reste indésirable.Georg Brozek, un militant de 78 ans, sait gré au parti de gauche de comprendre les préoccupations des Allemands de l’Est, qui se plaignent toujours de discrimination 23 ans après l’unification. Dans plusieurs Länder d’Allemagne orientale, Die Linke est même le deuxième parti, devant le SPD.

« Il est clair que nous ne voulons plus du vieux modèle socialiste mais il y avait des aspects positifs. Les loyers étaient abordables, l’éducation était bonne et il y avait plus d’égalité entre hommes et femmes », dit cet ingénieur à la retraite.

Le parti de gauche a gouverné au sein de plusieurs coalitions régionales en Allemagne orientale. « Ils ont une position relativement bonne au niveau local et se sont révélés des partenaires fiables au sein des gouvernements régionaux », souligne le professeur de sciences politiques Gero Neugebaür.

«L’Est vote rouge. C’est clair!» 

Placardé à tout va dans les rues de Berlin ces dernières semaines, ce slogan du parti Die Linke a de quoi surprendre par son anachronisme, près d’un quart de siècle après la chute du Mur. Comme si, pour gagner des voix dans les cinq «nouveaux» Länder, comme on les appelle depuis la Réunification, ce parti de la gauche radicale, issu d’une fusion du parti ouest-allemand WASG et du PDS, formation politique elle-même issue du SED au pouvoir en ex-RDA, ressortait les vieilles rancoeurs du placard et brandissait le spectre de l’Allemagne divisée.

C’est l’analyse qu’en fait Der Freitag, un hebdo de gauche fondé en 1990 et qui s’est justement donné pour mission d’accompagner la Réunification «de manière critique et constructive»: «Die Linke considère que l’Allemagne est toujours divisée entre « Est » et « Ouest » sur le plan politique, sociologique, culturel, voire peut-être « ethnique ». Ou bien elle le souhaite de toute évidence.»

L’écrasante majorité des électeurs de Die Linke se trouve en effet dans les Länder d’ex-RDA. Lors des dernières élections au Bundestag en 2009, Die Linke avait remporté près de 11,9% des voix, mais 28,5% des suffrages à l’Est contre seulement 8,3% à l’Ouest. Pas étonnant donc que le parti continue à se poser en «avocat de l’Est» sur l’échiquier politique allemand, pour reprendre l’expression du politologue allemand Oskar Niedermayer.

Le candidat du SPD, Peer Steinbrück, a lui aussi tenté cet été, lors d’un meeting électoral, de faire de la démagogie à l’Est, passant la brosse à reluire auprès des électeurs rassemblés à Halle, dans la Saxe-Anhalt, en vantant les mérites d’«une région de gens travailleurs et courageux, qui ont pris avec énergie leurs affaires en main».

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