La grève des Colombiens qui a fait trembler le pouvoir

Julian Elias Mejia Castillo, Parti Communiste Colombien

Le Grand Soir, 21 septembre 2013

Depuis le 19 août de cette année les paysans de diverses régions de Colombie se sont mis en grève. Les activités de ces paysans sont la culture de différents produits principalement ceux qui composent l’alimentation traditionnelle des colombiens, à savoir la patate, le riz, le maïs, l’oignon, le lait, etc. Durant les jours de grève, différents secteurs se sont joints au mouvement, comme les transporteurs propriétaires et chauffeurs de camions, de bus et de taxis qui se voient affectés par le saccage des multinationales pétrolières et la hausse des prix du combustible. A ceux là on peut ajouter la participation au mouvement des travailleurs de la sidérurgie, les mineurs touchés par l’ultra-exploitation des mines aux mains des multinationales, mais également des travailleurs de la santé, des stations pétrolières, les lycéens et les étudiants qui sont arrivés sur la scène politique renforcés par des années d’organisation. Ces derniers ont construit un mouvement unitaire et coordonné, avec une présence dans tout le pays à travers la “Mesa Amplia Nacional Estudiantil” (Coordination nationale étudiante).

Les demandes des différents secteurs sont, logiquement, diverses selon leurs perspectives. Par exemple, pour les paysans il est intolérable qu’on puisse leur interdire de continuer leur tradition ancestral de garder leur propre récolte de semence pour la suivante, une façon de garantir la durabilité de leur métier tout en protégeant le contenu génétique de leurs aliments traditionnels et la santé des leurs familles. Bien qu’éloignés souvent de la réflexion politique de par l’aliénation qu’implique le travail de la terre, ils ont perçu la menace que représentent l’imposition de semences transgéniques et le rôle de mercenaire qu’a endossé l’Etat vis à vis de ceux qui les produisent. Des entreprises comme Monsanto et DuPont, qui ont été expulsées d’autres pays dans le monde planifient leur implantation en Colombie avec l’appui des forces armées et paramilitaires.

Les mineurs refusent la répression de leur travail artisanal et la protection donné aux multinationales prédatrices comme Anglo Gold Ashanti qui menacent les principales sources d’eau pure du pays par leur empoisonnement au mercure, cyanure ou arsenic. L’obtention d’or, d’argent et d’autres métaux passe par le sacrifice de la diversité naturelle du pays et de nombreux animaux, comme les poissons, dont s’alimentent les colombiens, sont déjà contaminés par différentes toxines. Les peuples de ces terres se retrouvent abandonnés, leurs enfants, en état de sous malnutrition, errent dans les rues des villes, expulsés violemment de leurs terres, chose que même l’époque de la colonisation espagnole n’avait pas réussi.

Ces différents aspects de la lutte qui se mène aujourd’hui ont amené le président à mépriser la grève dans ses allocutions, prétendant même qu’il ne s’agissait pas d’une grève nationale. La réponse populaire fut historique. Les rues, les campagnes, le centre de la capitale se sont remplis de personnes indignées décidées à ne plus tolérer cette arrogance envers ceux qui travaillent.

Dans la région pétrolifère des camions transportant le carburant destiné aux entreprises étrangères ont été brûlés. Dans tout le pays les voies d’accès aux villes ont été coupées empêchant le combustible d’alimenter les centres urbains. Le soutien à la grève fut massif. Les rues se sont transformées en champs de bataille entre les citoyens et la force publique (policiers et militaires). Face aux mécontentement les forces paramilitaires, officiellement démobilisées, ont été rappelé en renfort. La brutalité policière s’exerce quotidiennement au sein des campagnes et des villes. Dans le Cauca un artefact explosif a même visé les manifestants avec l’objectif de terroriser le mouvement.

Il est évident que le pays exige un changement du système politique et économique responsable d’une crise sociale qui a atteint le seuil de tolérance populaire. Le problème de la situation paysanne croise celui du secteur étudiant, celui des travailleurs des mines, etc. Ce pays, si diversifié dans les cultures et les ethnies qui le composent se retrouve unifié face aux politiques obscures de ses gouvernants. C’est l’exigence commune des Colombiens : la paix, la démocratie véritable et la justice contre ceux qui ont trahi le peuple.

La réponse du régime a été la militarisation, la violation des droits de l’Homme, la force et l’infiltration paramilitaire et policière du mouvement de contestation. Son intention n’est nullement d’abandonner ses services à l’égard des grandes multinationales, quel qu’en soit le prix. En résumé, ce qui se déroule dans les rues et dans les campagnes de Colombie ces temps-ci c’est le chemin vers une paix définitive ou bien la promesse d’une guerre éternelle.

Julian Elias Mejia Castillo

Parti Communiste Colombien

Article traduit par Loïc Ramirez

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