Occupation de l’Hôtel-Dieu : trois questions au Dr Gérald Kierzek

Propos recueillis par Florian GOUTHIERE, allodocteurs.fr, 3 septembre 2013

Il y a près d’un an, la direction de l’AP-HP votait la reconversion du site de l’Hôtel-Dieu de Paris en Hôpital universitaire de santé publique. Si plusieurs services de l’établissement ont progressivement été déménagés, plusieurs voix se sont rapidement élevées pour alerter sur les dangers potentiels de la fermeture, au coeur de la capitale, d’un service d’urgences. Sans désavouer le projet, la ministre de la Santé Marisol Touraine a pris la décision, au début de l’été, de « décaler le calendrier de mise en oeuvre du projet » et, en particulier, « la date de fermeture des Urgences qui ne pourra intervenir le 4 novembre ».

Quelques semaines plus tard, le professeur Capron, autorité médicale de l’AP-HP, critiquait publiquement cette décision, jugeant « irresponsable et condamnable [de mettre les Parisiens] à la merci d’un accident grave dû à l’insuffisance de moyens ». La tension autour du dossier est montée tout l’été, atteignant le 1er septembre un nouveau palier avec l’occupation du site par une trentaine de personnes. L’un des occupants du site, le docteur Gérald Kierzek, secrétaire général de l’association Hôpital pour tous (et chroniqueur au « Magazine de la santé », sur France 5), a accepté de répondre à nos questions.

  • Quels évènements vous ont conduit à prendre la décision d’occuper l’Hôtel-Dieu ?

Dr Gérald Kierzek : « En dépit des déclarations de la ministre, la direction de l’AP-HP continue de vider l’Hôtel-Dieu de sa substance en laissant le personnel quitter l’hôpital à la date du 4 novembre, en organisant, début août, le déménagement en catimini du service de médecine interne, et en ne rouvrant pas l’un des services à la fin de la saison estivale. Nous avons appris très récemment que l’AP-HP avait demandé aux Pompiers de Paris de ne plus transporter de patient sur les Urgences de l’hôpital à compter du 3 septembre, processus ayant pour conséquences la diminution de l’activité et l’asphyxie des Urgences.

« Le but est simple : réduire l’Hôtel-Dieu à une coquille vide pour plaider ensuite l’insuffisance d’activité et de moyen et qu’une fermeture totale s’impose d’elle-même. Cette dernière information a été la goutte qui a fait déborder le vase et le personnel a décidé de prendre les lieux pour montrer que toute la campagne de dénigrement de cet été (l’hôpital est vieux, il met en danger…) est un tissu de mensonges. Le drame étant que l’asphyxie de l’Hôtel-Dieu se traduirait par une asphyxie des autres services d’urgences parisiens déjà au bord de craquer avec des malades attendant des heures et des heures. En effet, détourner les pompiers augmenterait le flux de patients vers les autres hôpitaux parisiens déjà saturés, alors même que la demande de la ministre était de ne pas mettre en difficulté les structures d’urgences avant l’hiver. L’Hôtel-Dieu accueille 300 urgences par jour (urgences générales, médico-judiciaires et ophtalmologiques). Qui est à la manœuvre ? La directrice générale de l’AP-HP, jouant contre la ministre ? Ou alors la ministre elle-même tenant un discours lénifiant face aux caméras et laissant opérer la fermeture de l’Hôtel-Dieu ?

« Notre occupation n’a qu’un seul but : l’obliger clarifier sa position. Oui ou non est-elle pour la fermeture du seul service d’urgences des 9 premiers arrondissements de Paris, couvrant 400.000 habitants et 13 millions de touristes (la zone est la plus visitée de la capitale) ? Etant entendu que des urgences seules n’ont pas de sens : il faut un hôpital de proximité avec plateau technique, lits d’hospitalisation. Cela tombe bien : tout cela existe aujourd’hui et des millions d’euros y ont été investis pour refaire à neuf ! […] Nous attendons aujourd’hui une réponse claire de la ministre et une rencontre avec elle.

« Nous franchissons un cap en disant : nous n’acceptons plus de nous faire anesthésiés en attendant que les municipales passent. Anne Hidalgo, candidate socialiste, qui écrit dans son livre Mon combat pour Paris qu’elle est ‘vigilante à ce que les services d’urgences de proximité soient maintenus partout dans la capitale‘, doit aussi clairement dire aux Parisiens ce qu’elle souhaite : un vrai hôpital de proximité avec ses urgences, ses lits et son plateau technique performant pour une médecine de proximité ambitieuse… ou bien un dispensaire que tout le monde reconnaît être un cache-misère caussi coûteux qu’inutile. »

  • Quels services font actuellement l’objet d’un déménagement dans votre hôpital ? Quelles sont les conséquences pratiques de ces déménagements pour les patients ? 

Dr Gérald Kierzek : « A l’heure actuelle, toutes les conditions pour exercer sont réunies : plateau technique (scanner, IRM, biologie), lits de médecine, psychiatrie, ophtalmologie, diabétologie, consultations. Mais si les services sont déménagés un à un, cela va crééer des difficultés importantes, ce qui est probablement le but ! Tous les urgentistes (AMUF, Samu-urgences de France,…) crient le besoin de lits d’aval d’urgence et dénoncent les conditions calamiteuses d’accueil des patients partout.

« Restructurer les Urgences revient à fermer les Urgences pour la ministre. Cela ne va pas s’arranger, regardez Marseille ! La concentration des services dans des usines à malades que sont les énormes hôpitaux ne permet plus une prise en charge humaine. De plus, augmenter l’attente aux Urgences augment la mortalité, comme toutes les études le prouvent. Pour le personnel soignant, c’est l’épuisement permanent et la fuite. »

  • Pourquoi avoir choisi l’occupation du site comme moyen de revendication ?

Dr Gérald Kierzek : « Nous avons décidé d’occuper la salle Notre-Dame, car ce service est emblématique de ce qui a été fait à l’AP-HP : on rénove à grands coups d’argent public (moins de 2 ans) et on vide dans la foulée pour recasser et en faire des bureaux. Ce service est totalement aux normes incendie, les installations de sécurité et médicales sont neuves.

« Nous voulons maintenant montrer à tous que l’Hôtel-Dieu n’est pas un hôpital vétuste, où les murs tombent et où les fuites d’eau se multiplient. Cet hôpital soigne avec un personnel dévoué ; il doit continuer et se développer au service de la population. »

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