Le Venezuela bolivarien affronte une dangereuse campagne de déstabilisation

Jean ORTIZ, Le Grand Soir, 28 septembre 2013

Depuis la mort de Hugo Chavez, l’opposition vénézuélienne et les Etats-Unis considèrent que « le Venezuela est à prendre ».

Une vaste campagne de déstabilisation économique et politique est engagée, assez semblable à celle que connut le Chili de Salvador Allende : sabotages électriques, économiques, violences de rue, organisation de pénuries de produits de base, d’une spéculation tous azimuts… L’objectif de l’opposition est de créer un climat de chaos qui permette à la fois de gagner les prochaines élections municipales, de défigurer l’image extérieure d’un pays qui serait devenu « dangereux », « incertain », « liberticide »… Le grand parti de l’opposition : Fedecamaras, l’équivalent du Medef, flanqué de la droite, de l’extrême droite et de trois partis affiliés à l’ex Internationale socialiste, compte sur cette stratégie pour susciter à terme et si nécessaire, une intervention des Etats-Unis, pas forcément armée.

L’autre axe de cette stratégie « à la chilienne » est l’élimination physique du nouveau président Nicolas Maduro, qui a acquis un poids et une dimension qui inquiètent « l’empire ». Washington et ses satellites considéraient ce « vulgaire chauffeur de bus », ce « syndicaliste primaire », comme incapable de prendre la relève de Chavez. Il est vrai que le défi était et reste énorme, mais Nicolas Maduro s’avère compétent, lucide, énergique et innovateur. Il a mis en place « le gouvernement de rue » et s’attaque enfin concrètement à l’insécurité, la corruption… Il est donc l’homme à abattre pour liquider la révolution.

L’affaire de l’AIRBUS 319 CJ, acheté en 2002 à Airbus, s’avère très troublante. L’avion présidentiel est resté récemment cinq mois en France pour révision. Il est revenu au Venezuela avec une fuite de carburant et « un problème sur une aile ». Des anomalies (sabotages ?) détectées par la Sécurité et les techniciens vénézuéliens. Un porte-parole d’Airbus a répondu à Caracas que l’avion avait été effectivement révisé en France mais qu’Airbus « ne s’occupe pas de la maintenance ». Alors qui ? Réponse peu satisfaisante… Chacun connaît la compétence du personnel d’Airbus et son niveau d’exigence. Que s’est-il donc passé ? La direction d’Airbus doit s’expliquer en tant que telle, à visage découvert, sinon elle pourrait être accusée de complicité de sabotage et de tentative d’homicide sur la personne du président vénézuélien, et se retrouverait dans de sales draps…

Cette nouvelle affaire d’avion présidentiel vénézuélien, après celle de l’avion du président bolivien Evo Morales, doit susciter une solidarité redoublée des démocrates français avec ces pays et ces peuples engagés dans la construction, dans un cadre démocratique, pluraliste, pacifique, d’un « socialisme d’aujourd’hui ».

Jean Ortiz
Universitaire

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ELECTRICITÉ : LES CONSOMMATEURS ABONNES AUX MAUVAIS COÛTS!

Communiqué de UFC-Que Choisir, 24 septembre 2013

Alors que début juillet le Premier Ministre a acté le déploiement du compteur communicant « Linky », qui équipera à partir de 2016 les consommateurs français, l’UFC-Que Choisir rend publique ce jour une étude exclusive sur le désastreux impact de ce compteur sur les factures d’électricité. Sur cette base, l’association appelle les pouvoirs publics et la Commission de Régulation de l’Energie (CRE) à prendre les dispositions qui s’imposent pour limiter la surtension tarifaire qui guette.

Faute de conseil adapté, 55% des consommateurs mal-abonnés

Si les fournisseurs ont une obligation de conseil envers les consommateurs pour que leur abonnement corresponde à leurs besoin réels, notre étude, basée sur des relevés effectués auprès d’un panel représentatif(1) démontre que 55% des ménages ne disposent pas d’une puissance d’abonnement cohérente avec leur consommation :

  • 18% des clients, soit 5 millions de foyers, sont ainsi « sur-abonnés » : ils paient un abonnement trop élevé par rapport à leurs besoins réels. Leur surfacturation représente 35 millions d’euros par an.
  • A l’inverse, 37% des clients, (plus de 10 millions de ménages) sont « sous-abonnés » et paient une puissance d’abonnement inférieure à la puissance réellement appelée. Cette situation est rendue possible grâce à une grande tolérance des anciens compteurs dans les dépassements de puissance.

Linky : le compteur qui va faire disjoncter le portefeuille des Français

Un surcoût de 308 millions d’euros par an pour les sous-abonnés

En raison de sa forte sensibilité aux dépassements, l’arrivée de Linky va obliger les foyers sous-abonnés, même si leur surconsommation est faible ou ponctuelle, à passer à une puissance d’abonnement supérieure. Au final, le seul changement d’abonnement entraînera pour ces consommateurs un surcoût annuel de 308 millions d’euros(2).

Un compteur dit « gratuit » aux 545 millions d’euros de frais cachés

Au-delà du surcoût de l’abonnement, qui ne touchera que les sous-facturés, c’est l’ensemble des ménages mal-facturés qui va devoir payer pour changer d’abonnement, une opération facturée 36,21€ TTC par ERDF. Si rien n’est fait, les sous-abonnés risquent ainsi de payer 366 millions d’euros… pour un abonnement plus cher ! Pire, même les sur-abonnés – ceux qui paient trop cher depuis des années – vont souffrir de l’arrivée de Linky : pour bénéficier de la baisse de leur abonnement, et économiser 35 millions d’euros par an, ils devront s’acquitter de la somme de 179 millions d’euros au titre du changement de puissance… et auront ainsi 5 ans à attendre avant de commencer à bénéficier des économies d’abonnement.

Cette double peine pour nombre de foyers est d’autant plus insupportable que le Linky a été récemment présenté au public comme «un compteur gratuit pour les consommateurs».

Refusant que les consommateurs soient financièrement sanctionnés en raison du conseil défaillant des fournisseurs dans le choix de l’abonnement, l’UFC-Que Choisir demande aux pouvoirs publics et à la CRE :

  • D’élaborer une nouvelle grille tarifaire, avec des niveaux de puissance d’abonnement plus précis, afin que les consommateurs puissent bénéficier d’un abonnement en parfaite adéquation avec leur consommation réelle ;
  • D’imposer la gratuité de la prestation de changement de puissance deux ans après l’installation du compteur Linky, afin d’assurer un « réétalonnage » sans surcoût des abonnements

(1) Etude basée sur les données techniques collectées sur les compteurs de 201 foyers, complétée par un questionnaire sur les habitudes de consommation électrique de ces ménages.
(2) Surcoût total (par an) que devront payer les consommateurs après l’installation de l’ensemble des compteurs Linky et la normalisation des abonnements. Ce calcul est basé sur les écarts tarifaires (2012/2013)

Au Bangladesh, les ouvriers du textile en grève pour obtenir une hausse des salaires

La Croix, 21 septembre 2013

Les ouvriers de plusieurs dizaines d’usines de confection  travaillant pour des grands marques occidentales exigent au moins l’équivalent de 74 euros par mois.

Jusqu’ici le patronat a opposé une quasi fin de non recevoir aux syndicats, mettant en avant la conjoncture internationale morose.

Routes bloquées, usines attaquées, manifestations, grèves… Des milliers d’ouvriers du textile au Bangladesh se sont mobilisé le 21 septembre, défilant des heures durant, parfois armés de bâtons, dans les principales zones industrielles de Gazipur, Mouchak et Ashulia. Leur revendication ? Un salaire mensuel minimum équivalant à 74 euros. « Au moins 20.000 ouvriers ont rejoint la manifestation. Ils ont bloqué des routes, exigeant une importante augmentation de salaire« ,  confirmait samedi matin Mustafizur Rahman, chef adjoint de la police de la zone industrielle de Gazipur.

Des dizaines d’usines ont été obligées de fermer parce que les ouvriers ont délaissé leurs machines. Des manifestants en colère ont d’ailleurs lancé des briques et des pierres sur quelque 20 usines qui avaient interdit à certains employés de se joindre aux protestations, selon Mustafizur Rahman.

« La situation est calme à présent, depuis que les travailleurs ont pris la route vers Dacca pour rejoindre un rassemblement. La circulations sur les routes a repris et la manifestation dans la capitale se déroule dans le calme, assurait cependant ce dernier, samedi à la mi-journée.

DES SALAIRES DE MISÈRE

Le Bangladesh est le deuxième exportateur de vêtements au monde, fournissant notamment des grands noms tels que l’américain Walmart, le français Carrefour ou encore le suédois H&M. Pilier de l’économie, le secteur avec ses 4500 usines représente 80% des exportations annuelles du pays s’élevant à 27 milliards de dollars.

Cependant, la grande majorité des 3 millions de travailleurs touchent des salaires de misère. Le salaire de base mensuel est de seulement 3000 taka (28 euros) -soit un des plus bas au monde – depuis un accord tripartite entre les syndicats, le gouvernement et les fabricants signé en août 2010.

Le mécontentement lié aux faibles salaires ne date pas d’hier. Les manifestations contre les faibles salaires et les mauvaises conditions de travail ont secoué le secteur de l’habillement du Bangladesh depuis l’effondrement en avril du Rana Plaza, qui a tué plus de 1100 personnes.

La catastrophe a mis en évidence les conditions de travail déplorables dans les usines de vêtements du Bangladesh, où les ouvriers travaillent 10 à 12 heures par jour. Déjà, en 2006 et 2010, des manifestations pour des hausses de salaires s’étaient transformées en affrontements meurtriers, avec des dizaines de morts et des centaines d’usines vandalisées.

Un patronat intransigeant

Conscient des tensions accrues depuis la catastrophe du Rana Plaza, le gouvernement avait mis en place, en juin, un groupe de travail spécial pour examiner les salaires.

C’est alors que les syndicats ont demandé un salaire mensuel minium de 8114 taka (l’équivalent de 74 euros). Mais les propriétaires d’usine leur ont opposé une quasi fin de non recevoir :  ils ont fait valoir qu’ils ne pouvaient aller au délà d’une augmentation de 20 % des salaires, à 3600 taka (l’équivalent de 36,27 euros par mois), en raison de la conjoncture économique mondiale morose. La manifestation du 21 septembre est la première à grande échelle depuis lors.

la-croix.com avec AFP  

ALLEMAGNE : L’ECRASANTE VICTOIRE DE MERKELL SONNE LE GLAS DES SOCIAUX-DEMOCRATES

Blog de Nicolas MAURY, 23 septembre 2013

C’est un camouflet supplémentaire pour la social-démocratie européenne, le parti d’Angela Merkel parvient a s’imposer massivement. Avec 41,5% des voix la CDU-CSU va pouvoir continuer a mener sa politique autoritaire en toute quiétude. Die Linke recul à 8,6% et retrouve son niveau électoral de 2005 (les élections avant la fusion entre le PDS et la WASG).

Angela Merkel est assurée d’un troisième mandat de chancelière en Allemagne à l’issue des élections législatives largement remportées dimanche par son parti chrétien-démocrate mais elle pourrait être dans l’incapacité de reconduire la coalition sortante avec le Parti libéral (FDP). Ce dernier n’atteindrait pas le seuil de 5% requis pour rester au Bundestag, selon les sondages réalisés à la sortie des urnes, il recueillerait 4,8% des voix.

Angela Merkel est assurée d’un troisième mandat de chancelière

L’Union chrétienne-démocrate (CDU) et l’Union chrétienne-sociale (CSU), son alliée bavaroise, ont remporté 41,5% des voix (+7,7 points par rapport à 2009), leur plus gros score depuis 1990. Ils renforcent leurs positions au Bundestag ou ils devraient remporter une majorité relative de 304 sièges. L’allié libéral, le FDP, est pour la première fois de son existence éliminé du Parlement (perd 10 points), il remporte plus que 4,8% des voix.

Selon les dernières estimations, la CDU-CSU d’Angela Merkel pourrait obtenir la majorité en siège au Bundestag (311 sièges, +72) ce qui lui épargnerait la nécessité de former un gouvernement de coalition. Dans le cas contraire, l’hypothèse d’une « grande coalition » comme entre 2005 et 2009 avec les sociaux-démocrates semble être la plus probable.

Angela Merkel a qualifié sa victoire de « super résultat » en promettant « quatre nouvelles années de succès ». La chancelière, âgée de 59 ans, rejoint Konrad Adenauer et Helmut Kohl dans l’histoire en obtenant un troisième mandat. Celle qui a été désignée la « femme la plus puissante du monde » est également le premier dirigeant européen à être reconduit à la tête d’un pays depuis la crise financière et monétaire qui a secoué l’Union européenne.

Le parti anti-euro Alternative pour l’Allemagne (AfD) recueillerait 4,7% des voix, ce qui le priverait également de justesse d’une entrée au Bundestag, la chambre basse du parlement.

Les sociaux démocrates en panne et les verts en recul

Les sociaux-démocrates (SPD) obtiennent 25,7% des voix. Si le SPD gagne des voix (+2,7 points) il est incapable d’incarner une alternative à la CDU et est incapable de se remettre de ses désastres électoraux depuis l’ère Gerhard Schröder (en 2005, le SPD obtenait encore 34,1% des voix). Selon les projections le SPD devrait obtenir 192 sièges de députés (+46)

Die Grünen, le parti écolo obtient 8,4% (en recul de -2,9 points), ils obtiendraient 63 sièges (-5).

Die Linke, troisième force politique du pays avec 8,6% des voix

Le parti de gauche, héritié du glorieux SED de l’ex-RDA, Die Linke flirte avec la troisième place. Il recueille 8,6% des voix (-3,3 points, 11,9% en 2009) et devrait obtenir 64 députés (-12). L’hémorragie annoncée au début de la campagne a été endiguée. Die Linke, après ses exploits de 2009 (11,9% et 71 députés) semble retrouver son niveau de 2005 ou le Linkspartei-PDS avait obtenu 8,7% des voix et 51 députés.

L’influence croissante de l’aile pragmatique de Die Linke, qui provient essentiellement de l’ex-Allemagne de l’Est, souhaite ouvrir la voie à une grande coalition de gauche en Allemagne. « Plus le parti de gauche est fort, plus le pays est pacifique et social », a souligné le charismatique chef des députés Die Linke, Gregor Gysi, 65 ans, lors d’un meeting à Marzahn, le quartier de Berlin Est où il décrocha son premier mandat de député après la réunification allemande en 1990. Selon lui, Die Linke encourage les autres partis, et jusqu’à l’Union chrétienne-démocrate (CDU) d’Angela Merkel, à mettre la barre à gauche.

Né en 2007 de la fusion des déçus du SPD (WASG), à l’ouest, et de l’ancien parti communiste de l’ex-RDA (PDS ex-SED), le parti revendique aujourd’hui plus d’adhérents que les Verts ou les libéraux du FDP. « Die Linke renvoie à un certain mode de vie en Allemagne de l’Est, tandis qu’à l’ouest il attire davantage le vote protestataire et ceux qui pensent que le SPD n’est pas assez à gauche », relève Klaus-Peter Schöppner, de l’institut de sondage Emnid.

La perspective d’une intervention militaire occidentale en Syrie a augmenté l’attrait de Die Linke auprès des électeurs, ajoute-t-il : « Ils sortent toujours renforcés quand on parle de guerre. »
Depuis que les Grünen ont soutenu des opérations militaires à l’étranger lors de leur passage au pouvoir, entre 1998 et 2005, aucun parti ne s’est montré plus pacifiste que Die Linke.
Son programme prévoit de mettre fin aux exportations allemandes d’armement, de sortir de l’Otan et de rapatrier les soldats allemands engagés en Afghanistan.

En politique intérieure, il réclame comme le SPD l’instauration d’un salaire minimum national et une hausse des impôts pour les plus hauts revenus. Contrairement au SPD, il a voté contre les plans de sauvetage de l’euro, estimant qu’ils ne servaient qu’à la rescousse des banques tout en infligeant des cures d’austérité néfastes aux populations.

Gregor Gysi juge que Peer Steinbrück, le candidat social-démocrate à la chancellerie, commet une erreur stratégique en refusant par avance toute alliance avec la Gauche.

« Le SPD doit comprendre que sans nous, il ne sera jamais nommé chancelier », déclare cet avocat et orateur virulent.

Mais pour les sociaux-démocrates et les Verts, Die Linke reste indésirable.Georg Brozek, un militant de 78 ans, sait gré au parti de gauche de comprendre les préoccupations des Allemands de l’Est, qui se plaignent toujours de discrimination 23 ans après l’unification. Dans plusieurs Länder d’Allemagne orientale, Die Linke est même le deuxième parti, devant le SPD.

« Il est clair que nous ne voulons plus du vieux modèle socialiste mais il y avait des aspects positifs. Les loyers étaient abordables, l’éducation était bonne et il y avait plus d’égalité entre hommes et femmes », dit cet ingénieur à la retraite.

Le parti de gauche a gouverné au sein de plusieurs coalitions régionales en Allemagne orientale. « Ils ont une position relativement bonne au niveau local et se sont révélés des partenaires fiables au sein des gouvernements régionaux », souligne le professeur de sciences politiques Gero Neugebaür.

«L’Est vote rouge. C’est clair!» 

Placardé à tout va dans les rues de Berlin ces dernières semaines, ce slogan du parti Die Linke a de quoi surprendre par son anachronisme, près d’un quart de siècle après la chute du Mur. Comme si, pour gagner des voix dans les cinq «nouveaux» Länder, comme on les appelle depuis la Réunification, ce parti de la gauche radicale, issu d’une fusion du parti ouest-allemand WASG et du PDS, formation politique elle-même issue du SED au pouvoir en ex-RDA, ressortait les vieilles rancoeurs du placard et brandissait le spectre de l’Allemagne divisée.

C’est l’analyse qu’en fait Der Freitag, un hebdo de gauche fondé en 1990 et qui s’est justement donné pour mission d’accompagner la Réunification «de manière critique et constructive»: «Die Linke considère que l’Allemagne est toujours divisée entre « Est » et « Ouest » sur le plan politique, sociologique, culturel, voire peut-être « ethnique ». Ou bien elle le souhaite de toute évidence.»

L’écrasante majorité des électeurs de Die Linke se trouve en effet dans les Länder d’ex-RDA. Lors des dernières élections au Bundestag en 2009, Die Linke avait remporté près de 11,9% des voix, mais 28,5% des suffrages à l’Est contre seulement 8,3% à l’Ouest. Pas étonnant donc que le parti continue à se poser en «avocat de l’Est» sur l’échiquier politique allemand, pour reprendre l’expression du politologue allemand Oskar Niedermayer.

Le candidat du SPD, Peer Steinbrück, a lui aussi tenté cet été, lors d’un meeting électoral, de faire de la démagogie à l’Est, passant la brosse à reluire auprès des électeurs rassemblés à Halle, dans la Saxe-Anhalt, en vantant les mérites d’«une région de gens travailleurs et courageux, qui ont pris avec énergie leurs affaires en main».

Monique et Michel Pinçon-Charlot : « La classe dominante use aussi d’une violence idéologique »

2013-09-pincon-charlotFête de l’Humanité. Deux ans après la parution duPrésident des riches, Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon reviennent sur le devant de la scène avec la Violence des riches. Une plongée dans l’univers d’une classe dominante dont les instruments de pouvoir, économiques, financiers, culturels, médiatiques et politiques, déstabilisent 
de plus en plus notre démocratie au détriment du peuple. Ils étaient ce samedi les invités des Amis de l’Humanitéà La Courneuve.

L’Humanité

Après plusieurs plongées au cœur de l’oligarchie française, vous avez décidé dans votre dernier livre de décrypter la violence que la classe dominante exerce sur le peuple. Comment se traduit cette violence ?

Monique Pinçon-Charlot. De plusieurs manières… Il y a d’abord la violence économique, dans sa version néolibérale, avec une finance spéculative qui prend le pas sur la production industrielle. Les exemples d’entreprises françaises comme Peugeot, Arcelor et bien d’autres, licenciant à tour de bras malgré des bénéfices énormes sont légion. C’est l’exemple immédiat de cette violence exercée par la confrérie des grandes familles ! Il y a ensuite la violence politique avec le mensonge d’État comme technique assumée. Le président Hollande et son gouvernement ont beaucoup trahi leurs promesses de campagne et les valeurs socialistes. C’est une violence terrible que le mensonge politique. La classe dominante use aussi d’une violence idéologique puisqu’il s’agit de faire croire que le néolibéralisme est naturel. Que les marchés sont comme la lune qui brille ou les prés qui verdoient. Pour ce faire, cette classe très consciente d’elle-même utilise une autre forme de violence : la violence linguistique. Ici, il s’agit de manipuler le langage pour corrompre la pensée. Toutes ces violences forment au final une sorte de feu d’artifice qui aboutit chez les classes moyennes et populaires à un fatalisme mortifère avec le sentiment qu’il est impossible de changer les choses. Et c’est ça le plus terrible.

Vous parlez de mensonge d’État comme violence politique. Le président Hollande continue à mener une politique dans la continuité de celle de son prédécesseur. N’est-il pas finalement lui aussi un «  président des riches  », comme le titrait votre précédent ouvrage faisant référence au quinquennat 
de Sarkozy ?

Michel Pinçon. Une des violences les plus profondes, c’est la perte d’adhésion des couches populaires au discours politique. On peut parler aujourd’hui de trahison politique, c’est vrai. Mais le fait est que, dès 1985, François 
Hollande, jeune socialiste maître de conférences à l’université, cosignait un livre intitulé La gauche qui bouge, qui correspond point par point à son programme actuel basé sur l’idée qu’il faut faire des économies dans un seul système possible : le capitalisme. Expliquant au passage que cette politique libérale était la seule chance pour la gauche de succéder à la droite. Or avec un tel point de vue, il ne peut y avoir de vraie opposition.

« L’alternative, telle que les principaux dirigeants du PS la conçoivent, c’est fini »

Le changement, ce n’est donc pas 
pour maintenant ?

Michel Pinçon. En fait, il y a deux mots pour parler de changement : ce sont les mots alternance et alternative. Or l’alternative, telle que les principaux dirigeants du PS la conçoivent, c’est fini. Il ne s’agit en réalité que d’alternance. La majorité des cadres dirigeants étant acquise au libéralisme. Ce livre qui se nomme La gauche qui bouge n’est d’ailleurs plus trouvable en librairie et a disparu de la bibliographie officielle du président. En fait, on se retrouve dans la situation des pays anglo-saxons. Avec des démocrates et des républicains comme aux États-Unis sans qu’il y ait de différences de fond sur le modèle économique. Obama a certes travaillé dans un sens social avec ses garanties santé. Mais il ne s’attaque pas à Goldman Sachs et aux têtes nocives de la finance anglo-saxonne. Obama, c’est l’alternance post-Bush. Blair, c’est l’alternance post-Thatcher. Hollande, c’est l’alternance post-Sarkozy.

Monique Pinçon-Charlot. Il faut comprendre que parmi les hauts responsables de cette classe sociale, c’est-à-dire les présidents de club, d’institut, tous ces gens qui sont mobilisés pour la reproduction des intérêts de leur classe… beaucoup sont proches du PS ou votent socialiste, avec à leurs côtés des gens qui votent UMP. Tout ce petit monde s’entend très bien. En vérité l’alternance politique est une sorte de bicéphalisme plus ou moins organisé qui permet ainsi de maintenir la défense des intérêts de l’oligarchie.

Au final, la Ve République, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, ne favorise-t-elle pas cette violence des riches ?

Monique Pinçon-Charlot. Absolument. C’est pour ça que l’idée d’une VIe République permettrait, avec une nouvelle Constitution, de faire bouger les lignes. J’ai tenté de démontrer que l’évasion fiscale n’était pas une arme de destruction massive contre les États mais que ceux-ci étaient complices de ce jeu pervers. Si LVMH a quarante-six filiales dans les paradis fiscaux, c’est bien parce qu’il y a Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, qui est au conseil d’administration. Ça ne peut pas se faire sans qu’il soit au courant de tout cela. La classe politique est aujourd’hui totalement coupée du peuple. Les ouvriers et les employés, qui représentent 52 % de la population active, ne sont pas représentés du tout ou à hauteur de 0,01 % à l’Assemblée nationale et au Sénat. Voilà une violence concrète. Aussi je milite pour l’abolition du cumul des mandats, pour l’interdiction de faire carrière en politique. Je veux que l’on revoie le statut de l’élu, que l’on institue le vote obligatoire et la reconnaissance du vote blanc dans les suffrages exprimés. Si l’on met ensemble ces cinq mesures, alors ce serait une véritable révolution.

« Les dominants n’ont pas ce problème de conscience de classe et leurs liens dépassent aussi les frontières »

Parmi les violences symboliques que la classe dominante fait subir au peuple, vous parliez de la violence linguistique. N’est-ce pas justement par le langage que la lutte commence aujourd’hui à l’ère du tout-médiatique ?

Michel Pinçon. Une des dimensions primordiales de cette lutte contre la violence symbolique est de réhabiliter les concepts du marxisme. Redire les mots tels qu’ils sont. C’est-à-dire parler de capital et de capitalistes. Parler de ces classes sociales qui sont antagoniques. Parce que les riches accaparent la plus grande part de la plus-value produite. Donc il y a une nécessité de réintroduire ces concepts qui n’ont rien perdu de leur pertinence dans notre société. Et de lutter contre cette dérive lexicale. Par exemple parler de flexi-sécurité, c’est aberrant : si c’est flexible, ce n’est pas de la sécurité. Si c’est de la sécurité, ce n’est pas flexible. Il y a une importance à parler franc et à dire les choses telles qu’elles sont. Parler d’exploitation. Mettre en cause la finance internationale. Expliquer qu’un individu qui gagne un million d’euros, ce qu’il gagne c’est sur le travail des autres. Nous tentons de restituer un état d’esprit de conscience de classe.

Monique Pinçon-Charlot. Quand on est à la télévision, on tente de remettre les mots à leur place. Quand, devant les caméras, on se retrouve face à des membres de l’oligarchie comme Marc Ladreit de Lacharrière, Pierre Kosciusko-Morizet, toutes ces personnes qui se présentent toujours en bienfaitrices de l’humanité, créateurs de richesses et d’emplois, nous les remettons à leur place en les redéfinissant : vous êtes des spéculateurs, leur dit-on. On ne laisse rien passer. On parle de délinquance en cols blancs. De délits en bandes organisées. De délits des beaux quartiers. S’il le faut, nous inventons des néologismes ou nous réactualisons des termes. Le «  bourgeoisisme  » que nous dénonçons est un contre-pied linguistique au populisme péjoratif dont cette classe nous affuble. Nous en avons marre des flagorneries des riches entre eux. On en a marre du «  bourgeoisisme  » du Figaro. On en a marre du «  richissisme  » des chroniqueurs de la Bourse. On en a marre de «  l’oligarchisme  » de l’ENA et du Who’s Who ! Parler de bourgeoisisme comme nous le faisons en conclusion de notre livre est une arme linguistique rigolote… car avec l’humour aussi on peut faire avancer les choses. La prise de conscience est douloureuse. C’est tous ensemble qu’il faut animer cette prise de conscience. Lors de la promotion du Président des riches, j’exigeais que les gens ne partent pas avant la fin. Je voulais que l’on parte tous ensemble. Mais évidemment nos armes sont limitées. Parmi ces armes, il y a la conscience de classe à travailler… Les dominants n’ont pas ce problème de conscience de classe et leurs liens dépassent aussi les frontières.

L’internationalisme bourgeois 
est-il une réalité ?

Michel Pinçon. Bien sûr, dès l’Ancien Régime, les alliances entre familles princières dépassaient les frontières. Aujourd’hui, c’est tout à fait ordinaire de rencontrer quelqu’un qui possède dix mille hectares en Argentine et qui dans le même temps est directeur d’une grande entreprise en France tandis qu’il vient d’hériter d’un château dans un autre coin d’Europe. L’aspect international est lié à l’éducation. Beaucoup parmi les dominants sont trilingues. Espagnol, anglais français. Avec l’anglais toujours comme langue indispensable. Cette dimension internationale est une grande violence. Prenez par exemple des délégués syndicaux qui se retrouvent parachutés à Bruxelles… ils sont perdus parce qu’ils ne parlent pas anglais. Or à Bruxelles l’anglais est très important. Dans certains conseils d’administration, des syndicalistes se retrouvent avec des dossiers énormes en anglais et non traduits. C’est un des exemples les plus terribles où l’on ressent que l’on est dominé. Eux, ils parlent anglais couramment, il y a eu la nurse, il n’y a pas de problème. Ils ont fait un an dans un collège anglais et ont toujours l’occasion de pratiquer.

Monique Pinçon-Charlot. Oui, l’organisation cosmopolite est absolument transversale à la classe. Dès la naissance, ils apprennent de façon maternelle plusieurs langues. Ils vont dans des collèges, en Espagne, en Angleterre, aux États-Unis. Autour de la table chaque jour, il y a plusieurs nationalités qui sont représentées, que ce soient des membres de la famille ou des amis. L’argent aussi est investi de manière complètement internationale. La culture également. Le monde du marché de l’art est profondément international. De telle sorte que l’internationalisme est consubstantiel à cette classe, et que par la médiation de la sociabilité mondaine, cet internationalisme est un mode de vie. Il n’est pas besoin d’imaginer une théorie du complot pour comprendre le mécanisme de création de groupes informels et très puissants comme Bilderberg, la trilatérale…

« Nous pensons qu’au néolibéralisme correspond un individu néolibéral, pervers, narcissique, au-dessus des lois »

Vous venez de le dire que la classe des riches domine l’espace de manière transversale, 
mais ne domine-t-elle pas aussi le temps 
en s’arrogeant l’histoire ?

Michel Pinçon. Oui. C’est une des dimensions décisives dans la violence symbolique et qui renvoie au vécu de tout un chacun. Par exemple, je me souviens d’une visite chez un noble, très riche, qui nous avait reçus. Il faisait visiter la galerie des ancêtres à son petit-fils et expliquait que tel portrait était celui d’un aïeul du XVIIIe siècle. Donc on voit un enfant qui apprend à devenir membre de la dynastie : il a des ancêtres et il aura des héritiers. Cet enfant était d’emblée plongé dans un temps qui est beaucoup plus long que le temps vécu d’un immigré ou d’un membre de la classe populaire dont la mémoire ne dépasse pas celle du grand-père. Voilà une réalité qui forme une inégalité en profondeur du rapport à l’existence et au temps. Quelques jours après la visite de ce château en Limousin, j’assistais ainsi à la destruction d’une barre HLM à Aubervilliers. Il y avait des enfants qui avaient grandi dans cette barre et qui regardaient partir en poussière ce qui était le lieu de leur enfance. Ils n’auront aucun lieu qui comme ce château représentera leur passé. Il y a donc une vraie précarité de la vie populaire qui n’a pas de commune mesure avec l’espace de sérénité de la vie grande bourgeoise qui se nourrit de plus en plus d’impunité.

Vous parlez d’impunité, cela implique une inversion des valeurs, l’individualisme prend-il définitivement le pas sur la solidarité ?

Monique Pinçon-Charlot. En effet, cette classe, en tant que classe dominante, fait du déni de la règle, la qualité du dominant. Et cela, c’est nouveau par rapport au milieu des années 1980. Nous poussons un cri d’alarme car nous pensons qu’au néolibéralisme correspond un individu néolibéral, pervers, narcissique, au-dessus des lois, qui n’hésite pas à être dans la délinquance, sachant qu’il sera impuni car il y a très peu de sanction pénale à la délinquance des riches. Cet individu ultralibéral sans foi ni loi est une menace énorme pour la sécurité de notre pays, pour l’idée d’un changement collectif, organisé, qui ne soit pas la barbarie de tous contre chacun. Il faut que les classes populaires reprennent conscience de cette réalité.

Monique et Michel Pinçon-Charlot

La grève des Colombiens qui a fait trembler le pouvoir

Julian Elias Mejia Castillo, Parti Communiste Colombien

Le Grand Soir, 21 septembre 2013

Depuis le 19 août de cette année les paysans de diverses régions de Colombie se sont mis en grève. Les activités de ces paysans sont la culture de différents produits principalement ceux qui composent l’alimentation traditionnelle des colombiens, à savoir la patate, le riz, le maïs, l’oignon, le lait, etc. Durant les jours de grève, différents secteurs se sont joints au mouvement, comme les transporteurs propriétaires et chauffeurs de camions, de bus et de taxis qui se voient affectés par le saccage des multinationales pétrolières et la hausse des prix du combustible. A ceux là on peut ajouter la participation au mouvement des travailleurs de la sidérurgie, les mineurs touchés par l’ultra-exploitation des mines aux mains des multinationales, mais également des travailleurs de la santé, des stations pétrolières, les lycéens et les étudiants qui sont arrivés sur la scène politique renforcés par des années d’organisation. Ces derniers ont construit un mouvement unitaire et coordonné, avec une présence dans tout le pays à travers la “Mesa Amplia Nacional Estudiantil” (Coordination nationale étudiante).

Les demandes des différents secteurs sont, logiquement, diverses selon leurs perspectives. Par exemple, pour les paysans il est intolérable qu’on puisse leur interdire de continuer leur tradition ancestral de garder leur propre récolte de semence pour la suivante, une façon de garantir la durabilité de leur métier tout en protégeant le contenu génétique de leurs aliments traditionnels et la santé des leurs familles. Bien qu’éloignés souvent de la réflexion politique de par l’aliénation qu’implique le travail de la terre, ils ont perçu la menace que représentent l’imposition de semences transgéniques et le rôle de mercenaire qu’a endossé l’Etat vis à vis de ceux qui les produisent. Des entreprises comme Monsanto et DuPont, qui ont été expulsées d’autres pays dans le monde planifient leur implantation en Colombie avec l’appui des forces armées et paramilitaires.

Les mineurs refusent la répression de leur travail artisanal et la protection donné aux multinationales prédatrices comme Anglo Gold Ashanti qui menacent les principales sources d’eau pure du pays par leur empoisonnement au mercure, cyanure ou arsenic. L’obtention d’or, d’argent et d’autres métaux passe par le sacrifice de la diversité naturelle du pays et de nombreux animaux, comme les poissons, dont s’alimentent les colombiens, sont déjà contaminés par différentes toxines. Les peuples de ces terres se retrouvent abandonnés, leurs enfants, en état de sous malnutrition, errent dans les rues des villes, expulsés violemment de leurs terres, chose que même l’époque de la colonisation espagnole n’avait pas réussi.

Ces différents aspects de la lutte qui se mène aujourd’hui ont amené le président à mépriser la grève dans ses allocutions, prétendant même qu’il ne s’agissait pas d’une grève nationale. La réponse populaire fut historique. Les rues, les campagnes, le centre de la capitale se sont remplis de personnes indignées décidées à ne plus tolérer cette arrogance envers ceux qui travaillent.

Dans la région pétrolifère des camions transportant le carburant destiné aux entreprises étrangères ont été brûlés. Dans tout le pays les voies d’accès aux villes ont été coupées empêchant le combustible d’alimenter les centres urbains. Le soutien à la grève fut massif. Les rues se sont transformées en champs de bataille entre les citoyens et la force publique (policiers et militaires). Face aux mécontentement les forces paramilitaires, officiellement démobilisées, ont été rappelé en renfort. La brutalité policière s’exerce quotidiennement au sein des campagnes et des villes. Dans le Cauca un artefact explosif a même visé les manifestants avec l’objectif de terroriser le mouvement.

Il est évident que le pays exige un changement du système politique et économique responsable d’une crise sociale qui a atteint le seuil de tolérance populaire. Le problème de la situation paysanne croise celui du secteur étudiant, celui des travailleurs des mines, etc. Ce pays, si diversifié dans les cultures et les ethnies qui le composent se retrouve unifié face aux politiques obscures de ses gouvernants. C’est l’exigence commune des Colombiens : la paix, la démocratie véritable et la justice contre ceux qui ont trahi le peuple.

La réponse du régime a été la militarisation, la violation des droits de l’Homme, la force et l’infiltration paramilitaire et policière du mouvement de contestation. Son intention n’est nullement d’abandonner ses services à l’égard des grandes multinationales, quel qu’en soit le prix. En résumé, ce qui se déroule dans les rues et dans les campagnes de Colombie ces temps-ci c’est le chemin vers une paix définitive ou bien la promesse d’une guerre éternelle.

Julian Elias Mejia Castillo

Parti Communiste Colombien

Article traduit par Loïc Ramirez

Pauvreté en Europe : Oxfam tire la sonnette d’alarme

Anne-Marie Thomazeau, viva.presse.fr, 13 septembre 2013

Dans un nouveau rapport publié à la veille de la réunion des ministres des Finances à Vilnius, l’Ong Oxfam avertit que, si rien n’est fait, les politiques d’austérité pourraient plonger de 15 à 25 millions d’Européens dans la pauvreté d’ici 2025, soit quasiment les populations des Pays-Bas et de l’Autriche réunies. Cela porterait le nombre de personnes menacées par la pauvreté en Europe à 146 millions, ce qui représente plus du quart de la population.
Dans ce rapport intitulé « Le piège de l’austérité », l’organisation internationale souligne que les mesures d’austérité mises en place dans le but d’équilibrer les budgets, suite au sauvetage des banques qui a coûté 4 500 milliards d’euros, ont surtout pour effet d’aggraver la pauvreté et les inégalités, et l’Europe risque d’en porter les séquelles pendant encore deux décennies.
Dans le même temps, l’austérité ne permet pas de réduire les taux d’endettement, comme elle était censée le faire, ni de stimuler une croissance inclusive.

Oxfam affirme que des alternatives aux politiques d’austérité existent et qu’il faut tirer les leçons de la période calamiteuse d’austérité et de réduction des dépenses sociales qu’ont vécue l’Amérique latine, l’Asie du Sud-Est et l’Afrique dans les années 1980 et 1990. Il a fallu vingt ans à certains pays de ces régions pour remonter la pente.
« La gestion de la crise économique en Europe menace de démanteler les droits sociaux acquis depuis des dizaines d’années, explique Natalia Alonso, directrice du bureau européen d’Oxfam. Les coupes radicales dans les budgets de la sécurité sociale, de la santé et de l’éducation, la réduction des droits des travailleurs et une fiscalité inéquitable enferment des millions d’Européens dans un cercle vicieux de la pauvreté qui pourrait durer des générations. C’est une absurdité morale et économique. »

Vingt-cinq ans pourraient être nécessaires aux Européens pour renouer avec les niveaux de vie dont ils jouissaient il y a cinq ans.

« Les seules personnes à bénéficier de l’austérité sont les 10 % les plus riches de la population européenne, qui ont vu leur fortune s’accroître. La Grèce, l’Irlande, l’Italie, le Portugal, l’Espagne et le Royaume-Uni – qui mènent une politique d’austérité des plus draconiennes – se classeront bientôt parmi les pays les plus inégalitaires au monde, si leurs gouvernements ne changent pas de cap. Par exemple, l’écart entre riches et pauvres au Royaume-Uni et en Espagne pourrait égaler celui du Soudan du Sud ou du Paraguay », ajoute Natalia Alonso

« Il existe des alternatives à l’austérité. À la veille de la réunion des ministres européens des Finances, nous invitons les États membres de l’UE à défendre un nouveau modèle économique et social qui investit dans l’humain, renforce la démocratie et mène une fiscalité équitable. En taxant la frange la plus riche de la population et en mettant un frein à l’évasion fiscale, les gouvernements pourraient lever des milliards d’euros permettant de financer les services publics tels que la santé et l’éducation.

« Un nouveau modèle de prospérité est possible. Investir dans les écoles, les hôpitaux, le logement, la recherche et les technologies permettrait à des millions d’Européens de retrouver un emploi et de contribuer à une économie durable », ajoute Natalia Alonso. (sources Oxfam)