Acharnement contre un syndicaliste chez Franprix

Nicolas DUTENT, L’Humanité, 20 août 2013

Licencié pour faute après quatre ans d’engagement à la CGT, un salarié du magasin Franprix du boulevard Magenta à Paris se bat pour être réintégré dans l’entreprise.

« Je veux continuer à travailler. Je vais tout faire pour revenir dans l’entreprise », prévient Joanny Poncet, adjoint du magasin Franprix Magendis situé dans le 10e arrondissement de Paris, propriété du groupe Sarjel qui exploite une centaine de magasins Franprix en Île-de-France. Licencié en juillet et soutenu par la CGT, le salarié est depuis quatre ans en conflit ouvert avec sa direction, qu’il accuse de discrimination syndicale.

À l’origine de la discorde ? Un courrier que Joanny adressait le 27 octobre 2009 à sa direction pour demander l’organisation d’élections professionnelles. C’est, pour le salarié, « l’acte fondateur du mépris et de l’acharnement qui suivront ». Un mois plus tôt, la direction a appris son engagement à la CGT, sous forme d’un mandat de conseiller du salarié. Cette fonction lui permet d’assister les salariés lors de leur entretien préalable au licenciement. Réalité dont il n’imaginait pas qu’elle allait le rattraper.

Joanny veut faire vivre « une voix syndicale », absente jusque-là, dans l’enseigne de magasins de proximité. Mais la démocratie interne n’est pas du goût de sa direction, qui se met à la recherche intensive d’une faute professionnelle permettant de justifier son renvoi. Suite à son insistance, des élections sont organisées mais sans que les syndicats soient conviés pour négocier le protocole électoral. La CGT saisit la justice, qui annule les élections. « Le numéro deux de l’entreprise m’a proposé de l’argent pour partir, avance Joanny. Le frère du PDG est même venu me voir en me demandant ce que ce je voulais. La lune était offerte, j’ai bien sûr refusé net. Je voulais seulement des élections et continuer à travailler. »

Les élections ont finalement lieu, Joanny n’est pas élu. « Le jour des résultats, la direction a payé le champagne au personnel », raille le salarié. S’ensuivent plusieurs mises à pied qui n’altèrent pas son envie « de continuer à se battre syndicalement ». « Avec les représentants du personnel élus, on a obtenu le respect des jours fériés, un 13e mois. Les salariés de notre magasin ont rédigé une lettre dans laquelle ils demandent de meilleures conditions de travail », détaille-t-il.

Dans cette même période, sa direction s’acharne. « En août 2011, à deux reprises, dont le seul jour de l’année où je remplaçais mon directeur avec une équipe en sous-effectifs, ils font venir un huissier pour constater des manquements dans les rayons. » La direction lui reproche une « absence totale de tenue du magasin » et lance une procédure de licenciement pour faute grave. Mais l’inspection du travail, puis le ministère du Travail refusent le licenciement. La direction saisit alors le tribunal administratif. Mais Joanny ayant déménagé, il ne reçoit pas les documents l’informant de cette procédure, qui se déroule à son insu, sans qu’il puisse organiser sa défense. En février, le tribunal annule la décision du ministre, ce qui permet à la direction de relancer le licenciement, l’inspection étant tenue de se conformer au jugement. Le 22 juillet 2013, Joanny est à la porte et pointe désormais à Pôle emploi.

La CGT a déposé cinq recours contre la décision du tribunal administratif. Confiant mais dans l’expectative, Joanny espère pouvoir retourner à son travail, sans la pression d’un « patron qui voudrait que sa vision du monde et de l’entreprise prime. C’est-à-dire le mépris, radical, des droits des salariés ». Un rassemblement de soutien est organisé mardi prochain à 13 heures devant le magasin.

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