La révolution du Big Mac

Nicolas BERUBE, La Presse (journal canadien), 4 août 2013

2013-08-grve-fastfood(Los Angeles) Comment élever ses enfants quand on gagne 9 $ l’heure? Des centaines de travailleurs des établissements de restauration rapide ont pris la rue aux États-Unis, cette semaine, pour donner leur réponse: «C’est impossible.»

«Nos membres travaillent fort et gagnent si peu qu’ils doivent choisir entre payer le loyer, payer l’épicerie, acheter de l’essence ou acheter des cahiers pour leurs enfants, explique en entrevue Gina Chiala, porte-parole du mouvement Stand Up Kansas City. Ils vivent une situation d’urgence en permanence.»

Des travailleurs de Pizza Hut, Burger King, McDonald’s, Wendy’s et plusieurs autres chaînes ont tenu des grèves d’un jour à New York, Chicago, Detroit, St. Louis, Kansas City et Milwaukee entre lundi et jeudi, cette semaine.

Le mouvement a deux objectifs: faire passer le salaire des employés des établissements de restauration rapide à 15 $ l’heure, et obtenir le droit de former un syndicat sans être intimidé par la direction des chaînes.

Aucun des 200 000 établissements de chaînes de restauration rapide aux États-Unis n’est syndiqué.

Josh Eidelson, spécialiste des enjeux liés au travail au magazineThe Nation et pour le site Salon.com, estime que la vague de grèves est «sans précédent» dans l’histoire des établissements defastfood américains.

«C’est la première fois qu’autant de villes participent au mouvement. C’est clairement une escalade des moyens de pression», dit-il en entrevue avec La Presse.

Le mouvement reçoit l’appui du Syndicat international des employés des services, qui compte 2,2 millions de membres aux États-Unis et au Canada.

Pour M. Eidelson, le mouvement représente un test pour les syndicats.

«Les bons emplois partis en fumée durant la crise économique ont été remplacés par des emplois précaires, dit-il. Si les syndicats sont incapables de montrer qu’ils peuvent améliorer le sort des travailleurs les plus mal pris de la société, ils vont avoir du mal à convaincre le public qu’ils sont encore pertinents.»

Pas de renvois

Jusqu’ici, les travailleurs qui ont fait la grève d’un jour n’ont pas perdu leur emploi, dit M. Eidelson. Le droit de manifester pour améliorer ses conditions de travail est reconnu aux États-Unis.

Or, dans le passé, des propriétaires ont déjà renvoyé des employés qui ont manifesté. Un geste qui peut parfois se retourner contre eux.

«Durant la première grève, à New York, en novembre dernier, une employée de Wendy’s a été renvoyée pour avoir manifesté. Des citoyens et des groupes locaux ont tenu une occupation de la succursale de Wendy’s. En moins d’une heure, l’employée a été réembauchée.»

Les chaînes de restauration rapide sont largement restées silencieuses sur la question des grèves. Dans une déclaration, Tim McIntyre, vice-président de la chaîne Domino’s, a dit que «les opportunités d’avancement sont exceptionnelles» dans son entreprise.

Un argument souvent avancé, mais qui n’est pas appuyé par les faits, estime M. Eidelson.

«Une récente étude du National Employment Law Project montre qu’à peine 2,2 % des emplois dans l’industrie de la restauration rapide sont des emplois de gestionnaire ou d’administrateur. La moyenne dans l’ensemble des industries aux États-Unis est de 31 %. Donc, les possibilités d’avancement sont particulièrement minces dans ce secteur.»

Gina Chiala, à Kansas City, note que l’âge médian des employés du secteur de la restauration rapide aux États-Unis est de 28 ans pour les hommes, et de 32 ans pour les femmes. Le salaire médian est de 9,05 $ l’heure, et moins de 8 $ l’heure au Kansas.

«Cela fait tomber le mythe de l’employé qui travaille pour payer sa première voiture, ou payer son premier loyer, dit-elle. L’industrie vit et prospère grâce à des travailleurs qui ont bien souvent une famille à faire vivre. Certains ne mangent pas à leur faim, ou confient leurs enfants à leurs grands-parents. C’est intenable.»

***

Budget McDo

Plus tôt ce mois-ci, McDonald’s a provoqué un tollé aux États-Unis en diffusant un «budget mensuel type» pour aider ses employés à mieux gérer leurs finances. Afin d’arriver à un revenu après impôt de 2060 $ par mois, McDo a dû assumer que l’employé type avait deux emplois à temps plein ne payait que 50 $ de chauffage, 20 $ en assurance santé et 0 $ en épicerie, vêtements et essence.

«En calculant que son employé fictif a besoin de deux emplois à temps plein pour boucler son budget, McDonald’s a admis tacitement qu’il était impossible pour ses employés de vivre avec le salaire qu’elle verse», a conclu le magazine Forbes.

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