UNE CRISE AUX MULTIPLES DIMENSIONS

profits et bonus pour quelques uns, chômage et baisse des salaires pour beaucoup d’autres

Jérôme DUCAL, CADTM, 13 janvier 2013 

manif-greceCelles et ceux qui espèrent un changement de politique de la part de nos gouvernements sociaux-libéraux ou néolibéraux à la solde des grandes institutions financières, des marchés et des grandes entreprises vont être déçus : même au bord de l’abîme, nos décideurs resteront inflexibles, la boussole rivée sur l’austérité tant l’attirance pour un taux de profit maximal est forte et la croyance aveugle en la sacro-sainte croissance immuable.
Nous savons pourtant par expérience – et à l’encontre de la théorie du ruissellement qui veut que la croissance se répercute mécaniquement du haut vers le bas des couches sociales – qu’un retour à la croissance du PIB |1| ne bénéficie pas à la grande majorité de la population. Il suffit pour cela de regarder l’extrême pauvreté persistante en Afrique et dans les pays émergeants. Mais qu’importe, les grandes institutions font et refont sans cesse de nouveaux pronostics de croissance, tels d’inlassables bulletins météo de l’âge capitaliste, sans égard pour l’inégalité sur laquelle elle se fonde.

M. Draghi, personnalité de l’année ou culte de l’arrogance ?

Le 14 Décembre 2012, le président de la Banque centrale européenne M. Draghi, interrogé par le Financial Times sur la souffrance sociale infligée pas les cures d’austérité qu’il impose avec le FMI et l’UE en Europe, estime qu’ « abandonner maintenant (les politiques d’austérité), comme certains le suggèrent, reviendrait à gâcher les immenses sacrifices faits par les citoyens européens ». Malgré l’échec retentissant de ces politiques, le président de la BCE, sacré « personnalité de l’année |2| » par le même quotidien de référence financière pour avoir « grandement contribué à l’apaisement des marchés financiers en zone euro » , ne tient pas à décevoir et veut donc poursuivre la voie néolibérale tracée par Friedman (destruction totale de l’Etat social, privatisation…) quel qu’en soit le coût humain. La perte de souveraineté des Etats à la solde des créanciers ne l’inquiète pas puisqu’il dit œuvrer pour son rétablissement : « Les pays avec un endettement et des déficits élevés devraient comprendre qu’ils ont perdu leur souveraineté sur leurs politiques économiques depuis longtemps dans un monde globalisé. Travailler ensemble dans une union orientée vers la stabilité signifie en fait regagner de la souveraineté |3| ». Ainsi, nous regagnerions de la souveraineté dans une Union européenne qui a récemment reçu le prix Nobel de la paix sous les applaudissements de l’OTAN ? De quoi nous inquiétons-nous puisque l’on veille si bien sur nous ? Rappelons si besoin est, que le nouveau traité MES (mécanisme européen de stabilité) prévoit une totale immunité pour les actions prises dans ce cadre avec le droit qui lui est conféré de superviser les budgets de chaque Etat membre et d’infliger des amendes à ceux qui ne respectent pas les directives…de la BCE ; que de nouveaux gouvernements en Italie et en Grèce sont arrivés au pouvoir sans élection sous l’œil bienveillant de la BCE et de l’UE ; que dès mars 2012, les missionnaires de la Troïka (BCE-UE-FMI) se sont installé de manière permanente dans les ministères à Athènes pour fouiller dans les comptes publics. « Souveraineté » dites-vous M. Draghi ? En tout cas pas celle des peuples.

Salaires en baisse, chômage en hausse

Contrairement à ce qu’avance M. Draghi, tout indique pourtant qu’un virage radical est plus que nécessaire et urgent. Un récent rapport de l’OIT (Organisation internationale du Travail, Rapport mondial sur les salaires 2012/13) confirme l’aggravation de l’inégale répartition des richesses produites, la part revenant au Capital continuant d’augmenter au détriment de celle revenant au Travail : « La tendance mondiale a entraîné un changement dans la distribution du revenu national, la part des travailleurs baissant tandis que les parts du capital dans le revenu augmentent dans une majorité de pays. ». Au niveau mondial, « Les salaires moyens mensuels ajustés pour tenir compte de l’inflation – ce qu’on appelle les salaires moyens réels – ont augmenté globalement de 1,2 pour cent en 2011 ». Si on ne tient pas compte de la Chine, « les salaires moyens réels n’ont augmenté que de 0,2 pour cent au niveau mondial en 2011 ». En Europe et au Moyen Orient les salaires ont baissé depuis 2008 alors qu’ils ont continué d’augmenter pendant la crise en Amérique latine et en Asie. Les pays européens, sous recommandation du FMI, réduisent les salaires réels alors que cela diminue la demande des ménages et contracte l’économie. En 2011, ils sont en baisse de 0,6% en zone euro, les travailleurs britanniques ont vu leurs rémunérations fondre de 3,5%, en Espagne elles ont chuté de 2% et de 1,6% en Irlande et en Italie. En Grèce, où le chômage frappe désormais plus du quart de la population active, les travailleurs ont vu leur salaire réduit de 6,2% en 2011 |4|. Le cas de la Grèce est important puisqu’il ouvre la voie au reste de l’Europe en commençant par sa périphérie. Le 3 décembre 2012, une étude menée par deux syndicats grecs, ADEDY et GSEE, a révélé que le pouvoir d’achat des Grecs avait été divisé par deux pendant les deux dernières années, un Grec sur deux vit en deçà du seuil de pauvreté |5|. Revenant sur le rapport de l’OIT cité plus haut, d‘une manière globale, « Entre 1999 et 2011, l’augmentation de la productivité du travail moyenne dans les économies développées a été plus de deux fois supérieure à celle des salaires moyens. » Comme l’explique Eric Toussaint, cet écart permet l’augmentation du taux de profit de la classe capitaliste |6|.

Dans un rapport précédent paru le 15 décembre 2010, l’OIT précisait déjà : « En Europe centrale et orientale, la croissance des salaires réels a baissé, passant de 6,6 pour cent en 2007 à 4,6 pour cent en 2008 et à −0,1 pour cent en 2009 |7|. » La chute est vertigineuse !

Toujours selon l’OIT, le monde compte 30 millions de chômeurs en plus depuis le début de la crise en 2008 et parmi ceux qui ont un emploi, 900 millions de personnes perçoivent moins de 2 dollars par jour. Et c’est en Europe là aussi que l’on trouve les plus fortes augmentations du taux de chômage : selon Eurostat, au sein de l’Union européenne entre 2008 et 2012, ce taux est passé de 7,1% en 2008 à 10,6% au dernier trimestre 2012. En Espagne, le taux de chômage a bondi de 13,2% en octobre 2008 à 20,5% en octobre 2010 puis à 26,2% en octobre 2012. A Chypre et au Portugal il s’est élevé de plus de 3 points en un an, de juin 2011 à juin 2012 il est passé de 8% à 11,7% et de 12,7% à 15,9% respectivement. En Grèce il a doublé en 2 ans passant de 13,9% en octobre 2010 à 26% en septembre 2012 (il était de 7,8% en octobre 2008), 56% des 15-24 ans n’avaient pas de travail en septembre 2012, contre 22% en septembre 2008 |8|.

Le luxe ne connait pas la crise

Pendant ce temps, le secteur du luxe, dont les marques européennes représentent 70% du marché global, se porte à merveille avec une croissance de plus de 10% enregistrée en 2010-2011. LVMH , le numéro un français et géant mondial du luxe, a enregistré 3,06 milliards d’euros de bénéfices en 2011, un record historique. Pour profiter de la croissance du secteur, le groupe LVMH |9| a même lancé sa marque Cheval Blanc pour conquérir l’hôtellerie de luxe. Son grand patron Bernard Arnault, première fortune de France, empochait la même année 10,8 millions d’euros |10|, soit 821 années de Smic |11| (l’année d’avant, en 2010, il avait déjà perçu 9,7 millions). M. Arnault, a vu sa fortune progresser en 2012 pour atteindre 29,7 milliards de dollars. Signalons au passage que le joaillier Bulgari, filiale de LVMH depuis 2011, est soupçonné de fraude fiscale par le gouvernement italien, pour avoir dissimulé près de 70 millions d’euros de revenus imposables en utilisant des sociétés basées en Irlande et au Luxembourg.

Même au-delà du secteur du luxe, les grands patrons s’en sortent bien malgré la crise : alors qu’en 2011, l’indice boursier de la place de Paris a perdu 17% de sa valeur, la rémunération moyenne des patrons du CAC 40 s’est élevée à 4,2 millions d’euros la même année, en hausse de 4% par rapport à 2010, année où les rémunérations avaient déjà flambé de 33% |12|.

En Espagne, Amancio Ortega, patron de l’entreprise de textile Inditex propriétaire de Zara, Pull & Bear, Massimo Dutti ou Bershka, est devenu le 3ème homme le plus riche du monde, aidé par la propulsion en bourse des titres Inditex qui ont fait un bond de +66,7% en 2012. Selon le classement élaboré par Bloomberg |13| en 2012 , sa fortune a augmenté de 62,9% par rapport à 2011, soit 22,2 milliards de dollars (16,8 milliards d’euros) de plus pour atteindre 57,5 milliards de dollars (43,5 milliards d’euros). Selon ce même classement, la richesse globale des 100 plus grosses fortunes du monde a progressé de 241 milliards de dollars en 2012 pour atteindre 1.900 milliards de dollars, bien plus que le montant de la dette externe publique de tous les pays en développement (1647 milliards de dollars en 2010). Ce montant du patrimoine des 100 personnes les plus riches de la planète représente plus de 5 fois la dette publique grecque, plus de 2 fois la dette publique espagnole et plus de 14 fois le montant de l’aide publique au développement (APD) que les Etats s’étaient engagé en 1970 – sans y parvenir depuis – à porter à 0,7% de leur revenu national brut (RNB).

Enfin, en dépit des beaux discours de M. Obama appelant à limiter les bonus de Wall Street, ceux-ci se maintiennent à un haut niveau : malgré une importante baisse en 2008 (voir tableau ci-dessous), ils ont de nouveau fortement augmenté en 2009. Depuis le début de la crise sur la période 2007-2011, les banquiers et courtiers de Wall Street ont enregistré 115,6 milliards de dollars de bonus.

La crise ne semble décidément pas avoir les mêmes conséquences pour tout le monde…

Evolution des bonus de Wall Street 1985 – 2011 (en milliards de dollars) :

Evolution_des_bonus_des_banquiers_et_traders-d19a3

Notes

|1| Le Produit Intérieur Brut (PIB), notion capitaliste par essence, est censé mesurer la création de richesse. Pourtant il ne mesure pas le travail des femmes au foyer ni le travail informel et ne tient pas compte de la dégradation écologique engendrée par cette croissance économique. Ainsi, le PIB considère l’effet d’un tsunami ou d’un accident de la route comme une contribution positive à la croissance du fait des transactions qu’il induit.

|2| Financial Times, 13/12/2012, FT Person of the Year : Mario Draghi, http://www.ft.com/intl/cms/s/0/8fca… Cette nomination vient récompenser l’action de la BCE qui avait fourni pour une durée de 3 ans plus de 1000 milliards d’euros au faible taux d’intérêt de 1% à quelques 800 banques en manque de liquidité via le LTRO (Long Term Refinancing Operation) entre décembre 2011 et février 2012.

|3| Austérité : Draghi appelle les Etats à ne pas relâcher leurs efforts, AFP 14/12/2012. http://lexpansion.lexpress.fr/econo…

|4| Nous parlons des salaires réels au-delà de la fonction publique et non du revenu disponible brut des ménages qui aurait baissé de 17% en Grèce entre 2009 et 2011.

|5| Greek salaries far below EU average, 5 décembre 2012, http://www.ekathimerini.com/4dcgi/_…

|6| Eric Toussaint, La plus grande offensive contre les droits sociaux menée depuis la seconde guerre mondiale à l’échelle européenne, 23 décembre 2012, http://cadtm.org/La-plus-grande-off…

|7| Rapport mondial sur les salaires 2010/11, p.2, http://www.ilo.org/wcmsp5/groups/pu…

|8| Toutes les données sur le taux de chômage sont tirée de Eurostat.

|9| Le géant mondial du luxe LVMH est propriétaire de Louis Vuitton, Céline, Givenchy, Bulgari ou encore Guerlain.

|10| Salaire fixe, variable et/ou exceptionnel, stock-options, actions gratuites, dividendes et avantages annexes.

|11| L’Observatoire des inégalités, http://www.inegalites.fr/spip.php?p…

|12| Rapport du Cabinet Proxinvest, http://www.proxinvest.com/index.php…, et http://lexpansion.lexpress.fr/entre…

|13| Bloomberg Billionaires Index, http://topics.bloomberg.com/bloombe…

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CHYPRE : LA TROÏKA PERSISTE ET SIGNE

Jérôme DUVAL, Comité pour l’annulation de la dette du Tiers-Monde, 20 avril 2013

Le premier « corralito » |1| européen

chype-manifComme en Espagne, le modèle de développement avec le taux de croissance élevé des années 2000 en large partie dû au secteur de construction et du tourisme semble avoir atteint ses limites. Chypre est secouée par les politiques d’austérité qui traversent la Grèce, les attaques spéculatives et les pressions de ses créanciers. Pourtant, la dette publique chypriote ne dépasse le niveau requis par Bruxelles (60% du PIB) qu’après l’éclatement de la crise en Europe et passe de 48.9% en 2008 à 71,1% en 2011. Elle serait de 84% du PIB au troisième trimestre 2012 selon Eurostat |2| et pourrait dépasser les 109 % du PIB cette année.

Suite à de nombreux rebondissements, finalement, ce ne sont plus 18 milliards dont a besoin le gouvernement chypriote pour la période 2012-2016 mais au moins 23 milliards d’euros. Alors que les négociations courent toujours entre les autorités chypriotes et russes sur la restructuration du prêt de 2,5 milliards d’euros accordé en 2011 à Chypre par la Fédération de Russie, la troïka a donné son verdict avant d’être validé par les Parlements nationaux |3| : l’austérité, comme on pouvait s’y attendre, sera brutale voire mortelle et dévastatrice à Chypre. En échange d’un prêt de 10 milliards d’euros (9 milliards de la zone euro, via le Mécanisme européen de stabilité (MES), et 1 milliard du FMI), la troïka impose ses recommandations habituelles :
- allongement de la durée du travail en repoussant l’âge de départ à la retraite de deux ans ;
- réduction de 4500 fonctionnaires jusqu’en 2016 ;
- gel des pensions retraites et salaires jusqu’en 2016 ;
- augmentation de 17 à 19% de la TVA à raison d’un point en plus par an en 2013 et en 2014 (le taux réduit de TVA augmentera de 8% à 9%) ;
- augmentation des impôts/taxes sur le tabac, l’alcool, l’énergie, les transports et l’essence ;
- coupes claires dans l’éducation et la santé…

Chypre rejoint ainsi le club des pays sous perfusion de la troïka. La population chypriote est sommée de se serrer la ceinture pour sauver des banques privées insouciantes et irresponsables qui ont perdu des milliards en spéculant sur la dette grecque.

Sur les 10 milliards « d’aide », seulement 3,4 milliards doivent servir au besoin de financement du gouvernement. 2,5 milliards sont destinés à recapitaliser le secteur bancaire (la somme totale nécessaire est estimée à 10,4 milliards d’euros) et les 4,1 milliards restant repartiront aussitôt en remboursement de la dette arrivant à échéance.

Signalons au passage que le montant prêté par la troïka est à peu près équivalent à la fortune de 11,5 milliards de dollars détenue par le milliardaire chypriote John Fredriksen. D’après Forbes, les 3 milliardaires de Chypre totalisent 13,6 milliards de dollars. |4|

Mais ce n’est pas tout, pour satisfaire ses créanciers, le pays doit dégager 13 milliards d’euros, au lieu des 7 milliards prévus fin mars. Ces 13 milliards supplémentaires (soit 75 % du PIB annuel actuel de l’île) seront à la charge des Chypriotes qui pâtissent d’un effondrement de leur pouvoir d’achat et dont le taux de chômage a brutalement augmenté de 3,7% en 2008 à 14% en février 2013.2 |5|

Chypre, ce paradis fiscal de moins de 1,5 millions d’habitants où les entreprises ne payent officiellement que 10% d’impôt sur leurs bénéfices, devrait s’engager à porter ce taux au niveau de celui de l’Irlande à 12,5 %. Une bien maigre compensation suite à la chute vertigineuse de cet impôt de 9 points qui était de 19% en 2000. Par ailleurs, le programme de privatisations est porté à 1,4 milliard d’euros et la banque centrale doit vendre une partie de l’or qu’elle détient en réserve pour 400 millions d’euros.

La particularité de cette crise est qu’elle met en doute la sécurité des dépôts bancaires de la population, dorénavant, on touche au portefeuille des citoyens. Le projet initial élaboré en mars prévoyait d’instaurer une taxe exceptionnelle de 6,75 % sur les dépôts bancaires en-deçà de 100 000 euros et de 9,9 % au-delà de ce seuil. Il a été rejeté par le Parlement le 19 mars 2013. Après avoir été empêchée de violer sa propre loi protégeant les avoirs bancaires de moins de 100 .000 euros par les députés chypriotes, l’Union européenne propose désormais de mettre à contribution les dépôts de plus de 100 000 euros à hauteur de 60 % selon le FMI. Malgré un soi-disant contrôle sur les capitaux et la fermeture des banques pendant 12 jours en mars, d’énormes fuites ont eu lieu sous les yeux de la BCE.

Cela rappelle fortement la crise argentine de 2001 lorsque le ’ corralito ’ fut décrété le 1er décembre 2001 (il resta en place jusqu’au 1er décembre 2002) et entraîna la chute du gouvernement de Fernando de la Rúa trois semaines plus tard. Ce qui se passe à Chypre, bien que ne représentant que 0,2 % de l’économie de la zone euro (son PIB annuel est d’environ 17,8 milliards d’euros), constitue une première en Europe et a de fortes probabilités d’étendre la crise de la zone euro et au-delà. Malgré les récents discours du FMI appelant à réduire l’austérité, l’institution persiste et signe. Il s’agit de contrôler la mise en œuvre des politiques austéritaires afin de poursuivre les mêmes objectifs d’ajustement. L’austérité doit passer coûte que coûte, outre la réprobation de la Cour constitutionnelle comme au Portugal ou l’impasse au Parlement comme en Grèce |6|.

Le problème des banques chypriotes, c’est la dette grecque, que les banques du Centre leur ont refourguée

Les actifs du système financier chypriote, extrêmement exposé à la dette grecque, sont devenus 8 fois plus importants que le PIB du pays. En 2009 et 2010, les banques privées chypriotes – dont les 2 plus importantes, la banque Laiki et la banque de Chypre – ont massivement investi en bons de la dette grecque à hauts risques à la recherche de rentabilité sur le marché secondaire (où s’échangent les bons de la dette « d’occasion ») et cela alors que les autres banques européennes tentaient par tous les moyens de s’en défaire. La Deutsche Bank a ainsi pu se débarrasser de ses titres de la dette grecque pour les revendre à bon prix aux banques de Chypre. Avec la dévaluation des bons de la dette grecque négociée avec la troïka et la Grèce en décembre 2012 comme condition au déblocage d’une nouvelle tranche d’endettement, les détenteurs de la dette grecque ont été soulagés et c’est tout le système bancaire chypriote qui a subi d’énormes pertes. La banque Laiki et la banque de Chypre se sont alors effondrées. Une fois encore la population est appelée à sauver la mise d’un secteur bancaire privé qui a perdu des milliards en spéculant de manière totalement aberrante.

Article publié dans la revue espagnole Diagonal le 19/04/2013.

Notes

|1| Le ‘Corralito’ (littéralement « petit enclos ») fait référence à la décision de début décembre 2001 du gouvernement argentin, pour mettre fin à des retraits massifs de liquidité (22Mds $ en 3 mois) et à la fuite de capitaux, du gel des avoirs bancaires, de l’interdiction de l’envoi de fonds à l’étranger, et la limitation des retraits bancaires à 250 pesos par semaine.

|2| Eurostat, 23 janvier 2013. http://epp.eurostat.ec.europa.eu/ca…

|3| Le 18 avril 2013, les députés allemands du Bundestag ont approuvé le plan. Sur les 600 députés présents, 486 ont voté oui, 103 ont voté contre et 11 se sont abstenus.

|4| The World’s Billionaires, Forbes 2013. http://www.forbes.com/billionaires/…

|5| Eurostat, http://epp.eurostat.ec.europa.eu/ca…

|6| Les 2 premiers Memorandum de la troika ne sont pas passés devant le Parlement grec, violant ainsi la Constitution.

VENEZUELA : DEFAITE DE LA TENTATIVE DE COUP D’ETAT

L’ex-président Lula critique l’ingérence des États-Unis dans les élections vénézuéliennes

source : Venezuela infos, Thierry DERONNE, avril 2013

venezuelaComme on le sait, dans les premières heures qui ont suivi l’annonce de la victoire du bolivarien Nicolas Maduro, des militants de l’ex-candidat de droite Capriles Radonski (1) ont obéi à sa consigne de descendre dans la rue pour libérer leur rage. Bilan : neuf citoyen(ne)s assassiné(e)s, dont deux bénéficiaires de la Grande Mission Logement résidant dans une municipalité de droite (Baruta) et 63 blessés (2) ; des permanences du Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV), 25 centres de diagnostic intégral (centres de santé populaire gratuits), des médias communautaires, des centres d’approvissionement populaire (réseau Mercal), des sièges régionaux du Conseil National Électoral, ainsi que des domiciles de fonctionnaires publics ont été attaqués ou incendiés. Cette violence imprégnée de racisme social a bénéficié de la complaisance des médias privés vénézuéliens, majoritaires au Venezuela, qui invisibilisent ces victimes (2) et de leurs relais – les grands médias internationaux  – comme lors du coup d’État contre le président Zelaya (Honduras), le 28 juin 2009 ou du coup d’État contre Hugo Chavez le 12 avril 2002. L’ONG de « défense des droits de l’homme » PROVEA, puisant ses informations dans les médias de droite, attribue ces assassinats… à la pègre.

Sur le plan national, une frange d’électeurs qui avait voté pour Capriles s’est démarquée de sa stratégie meurtrière, déjà utilisée par lui lors du coup d’État de 2002, et ont manifesté leur indignation face aux assassinats (3). En tout état de cause, la majorité de la population n’a pas suivi, poursuivant ses activités quotidiennes ou se mobilisant pacifiquement pour défendre le verdict des urnes.

Les conseillers en communication de Capriles s’étaient efforcés ces mois derniers de lui créer un new look social, démocratique, sur le principe du mimétisme avec la révolution chaviste, le rhabillant en « Lula vénézuélien » qui allait maintenir les missions sociales et avait même remercié les médecins cubains. En France, le journal « Le Monde » avait fait de Capriles « un avocat élégant, social-démocrate » (sic). Ce travail cosmétique est aujourd’hui réduit à néant et le candidat néo-libéral semble s’en rendre compte en décommandant de nouvelles manifestations. Des informations concordantes évoquent à présent l’intention de Radonski de monter un « auto-attentat » pour continuer à alimenter les médias internationaux. Alors qu’il dénonce une « fraude » face aux caméras du monde entier, il n’a effectué aucune impugnation ni demandé de recomptage auprès du Centre National Électoral. C’est le CNE qui a décidé lui-même, le 18 avril, d’étendre l’audit effectuée sur 54 % des bureaux de vote (vérification statistique déjà suffisante et de loin supérieure à celle de tout autre pays) aux 46 % restants. Le scrutin a été validé par les observateurs internationaux dont ceux de l’UNASUR, ou de l’UNIORE.

L’ex-président Lula a critiqué l’ingérence états-unienne dans les élections au Venezuela.

Sur le plan international, l’ensemble des gouvernements, du Brésil à la Russie, de la France à la Chine, a pleinement reconnu Nicolas Maduro comme président constitutionnel du Venezuela (les BRICS, le Mouvement des Non Alignés, le MERCOSUR, l’UNASUR dont les 12 pays latino-américains se réunissent ce jeudi 18 avril à Lima pour appuyer le président Maduro). Les derniers alliés de la droite vénézuélienne (à l’OEA et en Espagne) ont été obligés de suivre la communauté internationale et de reconnaître la victoire du candidat bolivarien. Le gouvernement des États-Unis se retrouve isolé dans son refus de reconnaître la décision des électeurs. Depuis l’Allemagne, le président équatorien Rafael Correa a condamné les actes de violence perpétrés par la droite de Capriles Radonski : ce fut toujours la stratégie de la droite vénézuélienne avec le soutien de groupes nationaux et étrangers d’obtenir un vote serré pour pouvoir remettre en cause les élections et jouer la carte de la déstabilisation. Evo Morales a félicité les « frères vénézuéliens qui ont réussi à déjouer une nouvelle tentative de coup d’État » et a lu publiquement le récent message du gouvernement des États-Unis exprimé par le secrétaire d’État John Kerry, selon lequel « le continent latino-américain est notre arrière-cour, il est critique pour nous« . Pour le président bolivien ce message présage de nouvelles tentatives de coups d’État. L’ex-président Lula, qui a félicité Nicolas Maduro, a déclaré : quand on occupe des fonctions présidentielles il y a des choses qu’on ne peut pas dire, par diplomatie, mais aujourd’hui je peux les dire : de temps en temps les États-Unis s’ingèrent dans les élections organisées dans un autre pays. Ils devraient s’occuper de leurs affaires et nous laisser choisir notre destin.

Durant l’inauguration ce mardi 16 avril du nouvel hôpital public « Cipriano Castro » dans l’état d’Aragua, le président Maduro a accusé les États-Unis de financer la déstabilisation de la démocratie :«j’ai dit au peuple : « patience », il ne peut y avoir d’affrontement du peuple contre le peuple. C’est ce que veut la droite pour justifier une intervention états-unienne au Venezuela.» 

Le nouvel hôpital, situé dans le quartier populaire San Vicente de la municipalité de Maracay, habité majoritairement par des familles ouvrières, est équipé d’une technologie de pointe dans les aires d’urgence, de pédiatrie, de chirurgie. Les soins sont totalement gratuits. Le même jour deux autres Centres de Diagnostic Intégral ont été inaugurés à La Vega (quartier populaire de Caracas)  et dans la municipalité de La Victoria (État d’Aragua). Le CDI de La Vega est le trente-huitième de la capitale et sera ouvert 24 heures sur 24. Le second met à la disposition des habitants des salles d’hospitalisation, de thérapie intensive, de chirurgie, d’ophtalmologie, endoscopie, cardiologie, échographie, radiologie et traumatologie : « c’est la santé dans le socialisme, telle que l’établit la constitution bolivarienne : un système de santé publique et gratuite tel que nous l’avions rédigé en tant que députés constituants en 1999»  a déclaré Maduro avant d’annoncer pour lundi des « mesures radicales pour résoudre les problèmes du système électrique national » et le démarrage du « gouvernement dans la rue », à l’écoute des critiques et des propositions des mouvements sociaux. « Les missions éducatives seront revitalisées, le travail avec les conseils communaux, la Grande Mission Logement, pour connaître non seulement l’aspect quantitatif mais aussi, sur le terrain, comment améliorer la qualité« .

Le vendredi 19 avril, pour sa prise de fonctions officielle, le nouveau président du Venezuela sera accompagné par l’ensemble des chefs d’État de l’Amérique Latine et d’autres mandataires internationaux , ainsi que par une importante mobilisation des électeurs bolivariens.

Thierry Deronne, Caracas, avril 2013.

avec Ciudad Caracas Info

Notes :

  1. Comme lors des coups d’État au Paraguay ou au Honduras, il faut y ajouter des éléments financés de manière occulte par la droite radicale (réseaux de délinquants liés aux mafias de la drogue, mercenaires étrangers – notamment salvadoriens et états-uniens, paramilitaires colombiens liés à l’ex-président Uribe, etc..).
  2. Le vendredi 19 avril un escadron de la mort a exécuté un neuvième citoyen dans la muncipalité de Baruta.
  3. Sur la domination des médias privés au Venezuela : http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-12-14-Medias-et-Venezuela
  4. Le journaliste Maurice Lemoine rappelle que « le 26 mars dernier, trois députés de droite, MM. Ricardo Sánchez (suppléant de Mme María Corina Machado), Andres Avelino (suppléant de M. Edgar Zambrano) et Carlos Vargas (suppléant de M. Rodolfo Rodríguez), ont retiré leur appui à M. Capriles en dénonçant l’existence d’un plan élaboré par la MUD pour rejeter les résultats émis par le CNE lors de l’élection du 14 avril et orchestrer une période de violence dans le pays. » Lire « Venezuela : victoire du « chavisme sans Chavez« , http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2013-04-17-Venezuela

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/17/defaite-de-la-tentative-de-coup-detat-lex-president-lula-critique-lingerence-des-etats-unis-dans-les-elections-venezueliennes/

LE QATAR SELON BOUVARD ET PECUCHET

Richard LABEVIERE, Le Grand Soir, 26 avril 2013

qatar-carteLes éditeurs viennent de signer nombre de contrats pour des livres qui nous diront bientôt tout sur la guerre au Mali. Pour l’heure, l’avalanche commerciale concerne le petit émirat du Qatar, son immense fortune et ses facéties géopolitico-mondaines.

On nous propose trois catégories de produits : soit des publications directement achetées par le service communication de l’émirat comme – par exemple – la récente livraison d’une revue de géo-économie ; soit des mises en garde qui confondent délibérément toute espèce de critique de l’émirat avec des manifestations hystériques de l’islamophobie ambiante. Viennent ensuite des apologies du régime, faussement critiques et tant qu’à faire à l’avantage de Tamim – deuxième fils de l’émir et de sa seconde épouse Cheikha Moza –, le prince héritier qui succédera vraisemblablement à son père Hamad Ben Khalifa al-Thani. Mieux vaut investir dans les valeurs d’avenir…

Ainsi, dans la série « les coulisses de… » : Qatar ‑ Les secrets du coffre-fort, de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, nous promet les résultats d’une « longue enquête ». Et pour appâter le lecteur, les deux auteurs y auraient découvert « les raisons de leur libération d’Irak où ils étaient retenus en otages en 2004 », annonce la quatrième de couverture. Outre le fait que pas un mot ne concerne cette affaire éclaircie depuis longtemps, l’« enquête » annoncée tourne vite à la compilation d’idées reçues, entrelardée de quelques « confidences » recueillies auprès d’une série de diplomates désabusés, d’espions fatigués et, bien sûr, de sources devant conserver l’anonymat. La clef du livre est dévoilée dès la page 47 avec le portrait du premier ministre Hamad ben Jassem (HBJ) « qui commence à traîner quelques casseroles… » En revanche, Tamim est un « héritier prudent… décrit comme doté de nombreuses qualités ».

Après une série de petites historiettes à faire fantasmer midinettes et supporters du PSG, on touche – page 247 – à la morale de l’entreprise : le Qatar bashing (cogner sur le Qatar) ça suffit ! Étrangement, le même mot d’ordre est répété par quelques « chercheurs » utiles, dans plusieurs colloques organisés sur le thème dont le libellé est censé anticiper une question qu’il suffirait de poser en ces termes pour se couvrir de ridicule : « Faut-il avoir peur du Qatar ? » Sans surprise, il s’agit aussi du titre de la conclusion de notre « enquête ». Page 328 : « Le prince héritier semble parfaitement conscient des défis qui l’attendent et des excès de l’activisme de son père et du premier ministre HBJ. » Mais avant cette chute, qui vaudra, nous l’espérons, une belle reconnaissance à nos deux « enquêteurs », la leçon ultime est à découvrir page 297, après un long développement sur un Qatar, devenu phare de la diffusion planétaire de la culture universelle : « On peut s’en réjouir au nom de l’interaction du savoir et de la culture entre les peuples, on peut le critiquer ou le railler, mais c’est désormais une réalité. La montée en puissance du Qatar sur tous les fronts du soft power est clairement le signe de la construction d’un monde multipolaire. » (sic) C’est très exagéré, aurait écrit Mark Twain !

On ne va pas reprocher à nos deux « enquêteurs » d’être un peu mous du genou en économie politique, mais ne pas voir à ce point que les « réussites » du Qatar constituent l’un des symptômes les plus baroques d’un argent-roi qui canalise de plus en plus les relations internationales relève en effet de l’exploit… Cette toute-puissance de l’argent constitue, au contraire, le vecteur le plus destructeur et nivelateur de la diversité des pôles économico-politiques qui résistent à l’omnipotente logique financière néolibérale, morale et déterritorialisée de Londres et Wall Street.

Les trois questions essentielles posées par les ambitions du Qatar sont à peine effleurées : soutien aux factions armées les plus radicales de l’islamisme sunnite, très actives en Syrie et au Sahel (des côtes du Sénégal jusqu’à la Corne de l’Afrique) ; soutien à la confrérie des Frères musulmans et, notamment à l’un de ses prédicateurs vedettes, Youssef al-Qaradhawi, qui bénéficie d’une libre antenne sur la chaîne de télévision Al-Jazeera ; enfin, financement du terrorisme islamiste. Voilà vingt-cinq ans que cette dernière problématique mobilise les services spéciaux du monde entier sans que la coopération internationale n’ait enregistré le moindre progrès en la matière. Au contraire, la lutte contre le financement du terrorisme est en pleine régression, justement parce que des acteurs comme le Qatar et l’Arabie Saoudite ne cessent d’en rendre les filières plus indétectables dans le redéploiement continu, polymorphe et global de la finance internationale. Les monarchies pétrolières wahhabites et leurs investissements occidentaux constituent autant de paravents à des activités criminelles qui utilisent aussi désormais une myriade d’ONG et d’associations humanitaires, caritatives et culturelles. Ces trois questions méritent toujours de vraies enquêtes qui, à l’évidence, n’intéressent pas nos deux « enquêteurs ».

Avec Bouvard et Pécuchet (1881), Gustave Flaubert menait un implacable réquisitoire contre la bêtise savante et les idées reçues qui encombrent l’espace public et empêchent la réflexion critique et dialectique. Toujours inachevée, la tâche reste éternelle comme celle des laboureurs de la mer… Bref, laisser nos Bouvard et Pécuchet d’aujourd’hui à leurs tâches de copistes très conformes à l’idéologie conforme du moment… Heureusement, d’ici à la fin avril-début mai, on pourra lire, sur le même sujet, une vraie enquête, une vraie déconstruction géopolitique, un vrai livre sur ce « vilain petit Qatar »…

Richard Labévière

DES CHIFFRES DU CHÔMAGE CATASTROPHIQUES

Cidefil (elunet.org), 26 avril 2013

affiche-chomageSelon les chiffres annoncés par Pôle emploi le 25 avril 2013, le seuil des 5 millions de demandeurs d’emploi a été franchi fin mars.

Des chiffres du chômage catastrophiques :

- 1. La France n’a jamais compté autant de demandeurs d’emploi sans activité en métropole : ils étaient 3,224 millions fin mars, plus que le record de 1997 (3,195 millions). Le ministère du Travail pondères. Il souligne que « le taux de chômage (10,2% de la population active fin 2012), en augmentation, reste inférieur au record de 1997 (10,8%) (…), la population active du pays ayant augmenté de 3 millions de personnes entre ces deux dates ».

- 2. En incluant les demandeurs d’emploi ayant eu une activité réduite, le nombre d’inscrits à Pôle emploi en métropole est de 4,74 millions (+34.400 en mars), un autre sommet. Si on comprend l’Outre-mer, et si on considère ceux ayant une activité réduite, le seuil des 5 millions de demandeurs d’emploi a été franchi fin mars.

- 3. Les régions Franche-Comté et Champagne-Ardenne sont les plus frappées (+15,7% et +15,3% sur un an en catégorie A). 4.Les plus épargnées sont les départements d’Outre-mer et, dans l’Hexagone, l’Aquitaine et PACA (+9,3% et +9,8%).

- 5. Pour le 23ème mois consécutif, le nombre des inscrits en catégorie A (sans activité) a augmenté (+36.900 en mars), pour atteindre un record absolu. Sur un an, la hausse est de 11,5%.

Pour Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, l’exécutif est « incapable de faire baisser le chômage ». « Il faut arrêter ce bricolage désastreux, à coup de baisses du « coût du travail », d’allègements d’impôts sur les sociétés, de renforcement de la monarchie patronale à l’entreprise, de reculs de la sécurité de l’emploi pour les salariés et rationnements des services publics. » (Voir le communiqué)

Côté syndical, la CGT a évoqué un « désastre », critiquant « les timides mesures » qui « ne démontrent pas leur efficacité ». « Nous avons au contraire besoin d’un Etat stratège qui définisse les priorités, qui cesse de faire des cadeaux au Medef et qui impulse, y compris au niveau européen, une politique dynamique tournée vers la croissance et vers l’emploi ». (Voir le communiqué)

LA FRANCE VA-T-ELLE BRADER SON PATRIMOINE HYDRAULIQUE A LA CONCURRENCE?

Jean BARRA, commission Energie du PCF

barrage-hyroélectriquePremière source d’énergie renouvelable, l’hydroélectricité assure un soutien au réseau électrique du pays, permet de répondre instantanément aux pics de consommation et de réguler les cours d’eau

La loi du 16 octobre 1919 relative à l’utilisation de l’énergie hydraulique stipule que :« Nul ne peut disposer de l’énergie […] des cours d’eau sans une concession ou une autorisation de l’État ».

De ce fait l’Etat est propriétaire des barrages et ouvrages hydrauliques. Il  en a confié la gestion, sous la forme de concession, à EDF (80 %), et à la SHEM, et à  la Compagnie nationale du Rhône aujourd’hui propriété de GDF-Suez ainsi que, généralement sous la forme d’autorisation, à quelques opérateurs privés. Dans le contexte du marché concurrentiel de l’énergie, la France – sous la pression de Bruxelles et de sociétés privées – pourrait aujourd’hui céder  ses concessions à des opérateurs européens et mercantiles… pour 40 ans !

Ces nouveaux venus bénéficieraient d’une rente considérable au détriment du service public. Pourquoi un patrimoine financé par les citoyens français et essentiel pour le développement économique du pays devrait-il être ainsi dilapidé au nom d’une concurrence dite libre et non faussée ?

 Sur le marché boursier européen, le cours du MWh de pointe est devenu un produit de spéculation et peut atteindre des sommets en quelques heures. Le profit ainsi attendu sur la vente d’électricité pourrait alors primer sur la rationalité de l’approvisionnement électrique et sur le partage de la ressource en eau (eau potable, irrigation, usage industriel…). Il en irait aussi de la sécurité des ouvrages, des biens et des personnes mais aussi de la gestion des crues, des coûts, et de l’avenir des salariés dont le professionnalisme n’est plus à démontrer.

Plus que jamais, l’hydroélectricité doit être valorisée à son juste prix. Les communistes mettront tout en œuvre pour défendre ce bien commun et lutteront contre la spéculation sur le coût de l’électricité. Et si nous exigions une gestion publique de l’énergie hydraulique, via un pôle public de l’énergie et de l’eau !

COCA COLA ET ARMES POUR LA « PAIX »

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Manlio DINUCCI, Il Manifesto, 23 avril 2013

Le secrétaire d’Etat John Kerry est désormais chez lui au Moyen-Orient, pour prouver l’ « engagement USA pour la paix » dans cette région cruciale.  A Istanbul il a demandé au premier ministre turc Erdogan, qui sera reçu par Obama en mai, de renvoyer sa visite à Gaza « pour ne pas gêner la reprise des négociations de paix israélo-palestiniennes ». En même temps, est arrivée à Istanbul une équipe de fonctionnaires israéliens pour le dédommagement des familles des pacifistes turcs tués ou blessés dans l’attaque contre la Freedom Flotilla en route pour Gaza, qui a eu lieu selon Netanyahu à cause d’ « erreurs opérationnelles ». Version acceptée par Erdogan, mais pas par les familles des victimes, qui ont refusé le dédommagement (100.000 dollars par famille) en posant comme condition qu’Israël abolisse les restrictions de mouvements des personnes et des marchandises à Gaza.

Kerry a entre temps annoncé un plan pour donner une impulsion à l’économie palestinienne, auquel collabore la multinationale Coca-Cola. Résultat garanti : les Palestiniens ne pourront pas avoir le gaz de leurs gisements à Gaza, dont ils ont été expropriés, ni l’eau qui leur est enlevée par les Israéliens, mais en compensation ils pourront boire du Coca-Cola. Pour renforcer l’engagement étasunien pour la « paix au Moyen-Orient », est arrivé le néo-secrétaire à la défense Chuck Hagel, pour une visite en Israël, en Arabie Saoudite et aux Emirats arabes unis : les trois alliés à qui les USA vendront un autre « paquet » d’armements d’une valeur totale de 10 milliards de dollars.

Autre gros business pour l’industrie guerrière étasunienne. A Israël vont être fournis les armements les plus avancés : des missiles de nouveau type, plus efficaces que les précédents, pour détruire les radars ennemis au moment de l’attaque ; des radars encore plus avancés pour les chasseurs bombardiers ; de nouveaux avions citernes KC-135 pour l’approvisionnement en vol ; des vélivoles pour le transport de troupes V-22 Osprey, un hélicoptère-avion hybride, qu’Israël sera le seul à posséder en plus des USA. Israël ne les paiera qu’en petite partie, parce qu’il reçoit cette année des USA une « aide militaire » de 3 milliards de dollars. Ces armements sont destinés à potentialiser la capacité d’Israël à attaquer l’Iran et d’autres pays de la région.

La position de Washington, qui juge « prématurée » une attaque unilatérale israélienne contre l’Iran, ne vise donc pas à empêcher cette attaque mais à mieux la préparer et la coordonner. Même objectif pour les armements fournis aux deux alliés arabes : ceux-ci recevront des bombes de précision, qui sont larguées à distance de l’objectif. Ce sont des armes adaptées aux 84 chasseurs F-15 que l’Arabie saoudite est en train d’acheter aux USA, dans le cadre d’une maxi fourniture de 29,5 milliards de dollars décidée en 2010, et aux 26 F-16 que les Emirats arabes unis achèteront avec la nouvelle fourniture.

Enfin, Kerry et Hagel ont annoncé le redoublement de l’aide étasunienne aux « rebelles » syriens et l’envoi d’autres militaires en Jordanie pour une possible intervention dirigée contre la Syrie. Mission « de paix » réussie : guerre assurée.

Edition de mardi 23 avril 2013 de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio