Racisme, sexisme et… burkini

Caroline ANDREANI

25 août 2016


Militante communiste, féministe et antiraciste, l’affaire du burkini – qui dans un premier temps m’avait abasourdie tellement elle suintait la manipulation politique grossière – me laisse aujourd’hui une impression glaçante.

Que quelques dizaines de femmes, à l’échelle d’un pays de 65 millions d’habitants, choisissent d’aller à la plage avec un vêtement qui leur couvre le corps, voilà de quoi créer une polémique nationale ! Dans les années 60-70, la polémique portait sur les femmes seins nus sur les plages. À cinquante ans de distance, quelques maires, Les Républicains comme socialistes, désignent à la vindicte populaire des femmes dont le crime est de vouloir profiter des plages sans s’exposer.

Dans notre société de consommation qui se prétend moderne, pour vendre un déodorant, du dentifrice, des cônes glacés, le principal vecteur publicitaire est… la femme la plus dénudée possible. Le message subliminal est tellement habituel qu’il ne choque plus personne. Tu as quoi que ce soit à vendre ? Basique : il faut filmer une femme à poil, taille mannequin, dans des poses suggestives. Elle peut aussi jouer la bonniche : pour nettoyer les chiottes, faire bouffer les mômes, laver le linge, faire briller la maison du sol au plafond, la putain endosse le costume de la fée du logis. C’est ça, la vision moderne de la femme en France en 2016.

Une société où les femmes gagnent en moyenne 27% de moins que leurs homologues masculins, où les conseils d’administration des grandes entreprises sont tous dirigés par des hommes, où le Sénat et l’Assemblée nationale connaissent un taux de femmes de respectivement de 25 et 27%, une telle société a encore ses preuves à faire en matière d’égalité hommes-femmes, avant de se préoccuper du burkini !

On prétend que les arrêtés anti-burkini seraient un moyen de lutter contre l’oppression des femmes… par l’islam. Car comme chacun sait, seul l’islam est une religion sexiste. Le judaïsme et le christianisme sont, c’est bien connu, des religions qui respectent les femmes. Pas besoin de s’étendre sur le sujet.

En dehors même de ces considérations, ce qui est révoltant dans cette affaire, c’est le cynisme de la classe politique française. Car cette affaire est avant tout une question de politique intérieure. Pour Les Républicains, c’est la course à la primaire. Tous les candidats et leurs affidés veulent se positionner sur le registre sociétal. On connaît : la défense des valeurs les plus réactionnaires, car en période de crise, c’est bien connu, rien de mieux que de naviguer à vue dans les eaux de l’extrême droite. Ça va d’une Kosciusko-Morizet avec une proposition de loi pour rendre le salafisme illégal à Sarkozy, qui n’a plus qu’à se baisser pour ramasser la donne distribuée par les socialistes. Et que dire de Manuel Valls et de ces maires socialistes qui, courant après les maires LR, prennent à leur tout des arrêtés anti-burkini, y compris sur des plages où la présence de femmes portant un tel costume relève du fantasme le plus complet ?

On peut leur reprocher leur bêtise crasse. Oui, mais pas seulement. Ce n’est plus uniquement de la bêtise. C’est la désignation d’un bouc émissaire. Ce ne sont pas les femmes en burkini qui sont responsables des attentats. C’est la politique néo-coloniale de la France : pour rappel depuis 2007, la France est intervenue militairement en Libye, en Syrie, au Mali, en Centrafrique, en Afghanistan. Tant que notre pays participera à ce type d’aventures militaires, ne nous étonnons pas des répercussions en France.

En employant la stratégie du bouc émissaire, les élus, les journalistes, les essayistes, les pseudo-experts ne font ni plus ni moins que ce qui se faisait dans les années 30 vis-à-vis des juifs. Le nouvel antisémitisme, ce sont ces attaques fielleuses et constantes contre les musulmans de France. Il se fait, comme dans les années 30, sur une base de classe. Dans les années 30, ce sont les juifs polonais, roumains, tchèques, slovaques, etc. qui étaient vilipendés, sur une double base, religieuse et sociale. Et dans quoi nos politiciens se vautrent-ils aujourd’hui, si ce n’est dans les mêmes travers ? Il n’y a pas de polémique quand un dignitaire saoudien ou des émirats privatise une plage ou un grand magasin pour y dépenser des fortunes. On ne reproche pas, dans les grands hôtels parisiens ou de la côte d’Azur, leurs tenues aux femmes de l’aristocratie qui portent le voile. Quand on a de l’argent, ce type de différence s’estompe complètement.

Ce qu’on reproche aux musulmans de France, ce n’est pas tant l’islam que leur appartenance à des classes sociales populaires, leur marginalité économique et sociale, quand bien même elle est l’héritage d’une situation historique qu’ils n’ont pas créée : la colonisation, la décolonisation, le néo-colonialisme qui continue à siphonner les richesses des anciennes colonies, les politiques d’immigration des années 60-70 pour l’industrie française, des politiques sociales lamentables en matière d’éducation, de logement, de santé…

Quoi de mieux qu’un bouc émissaire quand toutes les politiques de relance depuis les années 70 échouent, quand le chômage ne cesse de grimper, quand les acquis sociaux sont démantelés consciencieusement, quand le code du travail est cassé, tout cela par le biais de l’Union européenne ?

Comment ne pas en vouloir terriblement à ces hommes et ces femmes politiques dont les objectifs à court terme sont leur réélection et qui, pour cela, n’hésitent pas à enfourcher les discours les plus racistes en travestissant la réalité et en reportant l’attention sur une minorité qui n’a pas les moyens de se défendre ? Fracturer la société entre d’un côté les bons, Français, modernes, anti-sexistes, etc. et de l’autre les mauvais, musulmans, rétrogrades, voire terroristes, c’est cela, porter une parole politique ? Non ! C’est jouer avec le feu comme les politiciens des années 30 l’ont fait. Pourquoi en juillet 1942 a-t-on pu arrêter si facilement des centaines d’hommes, de femmes, d’enfants et de vieillards au Vel d’Hiv, avant leur déportation ? Parce que l’opinion publique avait été façonnée avant-guerre.

Je ne peux pas croire qu’en 2016, personne ne soit capable de se rappeler des années 30. Ce qui est fait aujourd’hui est un scandale national, dont les effets risquent de nous dépasser. Notre pays est dirigé par des apprentis sorciers, et nous manquons cruellement d’une perspective de changement de société.

Tsípras, ou le traité du vain combat

Dimitri ALEXAKIS

Blog de Dimitri ALEXAKIS, 23 juillet 2016

https://blogs.mediapart.fr/dimitris-alexakis/blog/230716/tsipras-ou-le-traite-du-vain-combat


Si le gouvernement d’Aléxis Tsípras est devenu, entre les mois de janvier et juillet 2015, le premier à remettre en cause les politiques d’austérité à l’échelle de l’Union européenne et est entré dans l’Histoire à ce titre, son « deuxième gouvernement »[1], en cautionnant la suppression de fait du droit d’asile européen et l’alliance stratégique de l’Union avec le régime de Recep Tayyip Erdoğan, en appliquant, après plus de six ans de récession, le plus cynique des programmes d’austérité qu’un gouvernement européen ait jamais mis en œuvre[2], semble avoir pour effet d’effacer jusqu’au souvenir de cette séquence inaugurale.

La métamorphose évoque cette scène du Metropolis de Fritz Lang qui voit les Maîtres de la cité remplacer Maria, guide et égérie des insurgés, par un robot à son image chargé de semer la discorde et la confusion parmi les ouvriers, mais aussi ces procès politiques apparus lors de la période stalinienne et où l’accusé, après avoir été soumis à interrogatoire et à un chantage direct, sur sa personne et sur ses proches, s’accuse publiquement d’avoir été celui qu’il était : séances pathétiques où le sujet parle la langue de ses persécuteurs, adopte leur rhétorique, leurs inflexions et s’évertue devant ses juges à effacer son empreinte de l’Histoire.

Mais Aléxis Tsípras ne s’est pas renié, et il ne lui a rien été demandé de tel ― au contraire. Son « capital de popularité », engrangé depuis la période de sa candidature à la Mairie d’Athènes, son âge, son style vestimentaire, ses talents oratoires, son « ancrage populaire », son parcours politique et la contradiction même dans laquelle il se trouve l’ont fait après coup apparaître comme un dirigeant plus à même de mettre en œuvre ces programmes que n’importe lequel des caciques de la droite ou du Parti socialiste grec. Contrairement à ces derniers, le Premier ministre grec a longtemps côtoyé les « victimes de l’austérité » et connaît leurs difficultés. La nécessaire compassion pour les petites gens, lieu commun de l’exercice du pouvoir depuis le début de la crise, n’est pas exactement un vain mot dans sa bouche. Son avantage semble être de connaître les souffrances qu’il inflige. À y regarder de plus près, cette posture compassionnelle est précisément celle de l’Église orthodoxe grecque, que Sýriza n’a jamais combattue.

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La trouvaille tient expressément, ici, au fait que la même personne et que le même parti contestent « radicalement » et, presque simultanément, mettent en œuvre « malgré eux » la même politique de précarisation massive, de coupes et de ponctions sur le revenu des classes populaires et moyennes, de destruction et de privatisation des espaces communs, de démantèlement des lois et des usages sociaux, de redistribution vers le haut, au bénéfice de grands investisseurs privés, des infrastructures et de la fortune (foncière et immobilière) de l’État, dans un nouveau procès d’accumulation capitaliste et de reconfiguration de l’ensemble de l’économie (disparition accélérée des petites et moyennes entreprises qui constituaient le tissu de l’économie nationale, décrochage brutal des prix de l’immobilier qui permettront bientôt à ces investisseurs de racheter des quartiers entiers pour une bouchée de pain[3]). Quel démenti plus cinglant au programme de Sýriza ? Ce résultat dépasse sans doute les espérances de Wolfgang Schäuble, de Jean-Claude Juncker, de Martin Schulz ou de François Hollande et semble surpasser en efficacité toutes les manœuvres que ces derniers avaient pu déployer, entre janvier et juillet 2015, pour se défaire du Premier ministre grec et de son parti.

Le cœur de la manœuvre porte sur la signification même de cette première séquence, sur sa dimension historique : non pas effacer le nom ou les traces d’une personnalité gênante mais effacer en bloc le sens de l’événement ; moins réécrire l’Histoire que l’effacer en la rendant après coup illisible ; faire en sorte que, par un étrange mouvement rétroactif, cet événement, privé de sa dimension historique, ne soit pas réutilisable, ne soit plus opérant : désarmer l’événement. C’est ainsi que ceux qui soutenaient le gouvernement grec durant cette première période de négociations se sont retrouvés non seulement privés de victoire mais en quelque sorte floués d’une défaite et dépossédés de la signification même du combat auquel ils avaient pris part.

Le fait qu’il soit soudain devenu impossible à Podemos, soutien majeur du gouvernement grec durant la campagne électorale de l’hiver 2015 et la première période d’exercice du pouvoir[4], de se référer au parti de la gauche radicale grecque, de prononcer jusqu’à son nom, est à cet égard indicatif. Grâce à l’intervention de François Hollande qui, lors de la nuit de négociations du 12 au 13 juillet 2015, a su ramener Aléxis Tsípras à la table des négociations, l’Union européenne a en définitive réussi son pari : s’assurer que le gouvernement grec n’ait, le moment venu, aucun relais à passer aux mouvements extra-parlementaires et aux organisations politiques d’Espagne, du Portugal, d’Irlande, de France ou d’Italie, rien à léguer et rien à dire.

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Le caractère dramatique du revirement opéré tient à un principe de discontinuité radicale : rien, du point de vue du sens, ne permet de relier le résultat du référendum du 5 juillet[5] et « l’appel au peuple » dont il est issu à « l’agrément » ou accord de principes signé par le Premier ministre grec dans la matinée du 13 juillet 2015 ; rien ne permet de relier ces deux points sinon, précisément, sa personne même.

Toute la campagne électorale menée par Sýriza en vue des « deuxièmes élections » de septembre 2015 en témoigne. Le sens ayant été sacrifié, il ne restait plus au parti de gauche radicale qu’à faire campagne « sur la personne » ; la question politique, par un effet de réduction vertigineux, a été brusquement circonscrite à une question personnelle de charisme, d’influence et d’habileté politicienne. Tsípras, résumait Jean-Claude Juncker en usant d’un barbarisme de mauvais aloi, « s’est homme-d’étatisé » et a rejoint la cohorte muette des dirigeants responsables se conformant docilement au cours des choses. Le « deuxième gouvernement » Tsípras offre ainsi le spectacle glaçant d’une politique dissociée des sujets qui l’appliquent : une politique sans sujets, dans la mesure où elle n’est de fait assumée par personne, et une politique sans discours. La suppression de la politique n’est pas, bien sûr, « politiquement neutre »[6], et passe ici par une dissociation brutale entre le sujet et l’acte : il n’est pas demandé à Aléxis Tsípras de croire en ces mesures, de les assumer subjectivement, simplement de les mettre en œuvre. Tsípras, ou la politique de personne.

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Ce que la volte-face du Premier ministre hellénique escamote pour l’Histoire et aux yeux des peuples, c’est la spécificité de la guerre économique menée par les dirigeants européens, la Banque centrale et le FMI à l’encontre du gouvernement grec au cours de ces 6 mois : offensive asymétrique[7] (l’ensemble du conflit se déroulant sur le terrain de l’adversaire et les armes en présence étant sans commune mesure : argumentaire keynésien d’un côté, blocus financier de l’autre) et multiforme, combinant adresse aux opinions publiques, communication politique, contrôle des médias, manœuvres diplomatiques, mesures de rétorsion et prise en otage de la population locale à travers le mécanisme d’octroi de liquidités d’urgence (ce que Státhis Kouvelákis a appelé « le supplice de la goutte d’eau »[8]). Guerre atypique, dans un contexte d’économie intégrée, qui a mis en lumière la violence de la monnaie[9] unique mais s’est déployée en surface autour d’arguments politiques et moraux ― tour de passe-passe destiné aux petits épargnants de France ou d’Allemagne, indignés de devoir « payer la part » du peuple grec ― et qui comportait en outre une dimension psychologique : les dirigeants européens se sont tantôt employés, bien maladroitement, à « parler aux cœurs et aux esprits »[10] dans l’espoir de gagner le peuple grec à leur cause, tantôt (beaucoup plus fréquemment) à le culpabiliser, à le menacer[11], à le terroriser[12] ; dans la dernière ligne droite de cette séquence temporelle, ces dirigeants sont enfin parvenus, selon l’expression rappelée par Grégoire Chamayou[13], à « disloquer la psychologie des insurgés » par la reddition sans conditions de leur porte-parole. À l’inverse de la stratégie classique de contre-insurrection visant à désolidariser le peuple de la direction politique, l’UE, au terme de cette séquence, a obtenu, de façon assez inattendue, le résultat inverse : désolidariser la direction politique du peuple, faire en sorte que le gouvernement lui-même démente ceux qui venaient non sans courage de lui réaffirmer son soutien (près de 62% des votants en faveur du « non »).

L’Union européenne doit faire oublier qu’elle a mené une guerre atypique, asymétrique, non militaire contre l’un de ses États-membres (une « guerre de l’économie de la dette »), et nul n’est mieux placé qu’Aléxis Tsípras pour légitimer la manœuvre : c’est ainsi que Jean-Claude Juncker, qui avait tout mis en œuvre[14] pour renverser le gouvernement de janvier 2015, a été récemment accueilli à Athènes comme « le meilleur ami de la Grèce ».

La trouvaille repose sur une tautologie : si Tsípras est toujours en place, c’est qu’il n’a pas été renversé. Quelle preuve plus éclatante que la guerre n’a pas eu lieu et que les États-membres restent des partenaires ?

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Reste à savoir dans quelle mesure cette coupure effective entre le peuple et la « direction politique » se trouvait déjà inscrite en pointillés dans la période qui s’étend de janvier à juillet 2015 : dans la pratique politique d’Aléxis Tsípras et du groupe restreint qui l’entourait (concentration accélérée du pouvoir de décision), dans l’incapacité du parti Sýriza, déjà déchiré, à reprendre l’initiative (le caractère hétéroclite et non centralisé de cette formation politique permettant paradoxalement à l’équipe dirigeante de s’autonomiser, de court-circuiter les instances et les usages du parti), dans l’absence, surtout, d’initiatives populaires qui auraient permis de déborder le gouvernement sur sa gauche, ou par le bas, de le tenir à sa parole, de l’empêcher de reculer ― sur le modèle, notamment, des grèves de 1936 en France ; absence d’un mouvement de masse multiforme et sans inscription partisane pouvant agir « en tension »[15] et non pas seulement « en soutien » avec le niveau politique[16]. (Le référendum sur le « non » constitue le seul moment de cette séquence de 6 mois où l’exécutif ait été « débordé » ; débordement doublement paradoxal, puisque ce référendum était organisé à l’appel du Premier ministre et que la majorité sociale ― classes populaires, jeunesse ― a débordé le gouvernement à son insu, en croyant l’appuyer).

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Pourquoi ce retrait ? Pourquoi cette absence d’action ?[17] Une première explication tiendrait au temps long de la crise grecque, à la fatigue et à l’usure provoquées depuis 2008 par les privations, les faillites en cascade, la répression systématique des luttes et des mouvements sociaux, mais cette explication ne rend aucunement compte de l’état d’esprit critique, joyeux et combattif qui régnait alors à Athènes : débats politiques nourris et permanents, dans la rue, au marché, en famille, au travail.

Les causes de ce retrait doivent d’abord être recherchées dans la stratégie adoptée par le gouvernement : l’action de l’exécutif (et, par voie de conséquence, le débat politique dans la société) a été dès les premiers jours phagocytée par la question de la dette et les négociations avec les créanciers, déplacée d’emblée sur un plan purement politique et dans des lieux littéralement (géographiquement) hors de portée du peuple grec : déterritorialisation dont témoignent paradoxalement ces rassemblements athéniens de « soutien au gouvernement négociant à Bruxelles » qui avaient quelque chose d’imperceptiblement décalé (conscience diffuse que le jeu se jouait ailleurs, que le sort de la Grèce se réglait hors de Grèce : trait historique récurrent de l’histoire grecque contemporaine[18]). Les premiers gestes de Tsípras comme de son ministre des Finances ont été de prendre l’avion (pour Londres, Bruxelles, Paris, etc.): hors lieu de la politique, le champ social et le champ politique se trouvant comme dissociés. (Dans un contexte très différent, cette « délocalisation » ou déterritorialisation de l’action politique, hors du champ social et hors du territoire, est aujourd’hui poursuivie par Yánis Varoufákis).

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La conclusion de cette séquence de 6 mois apporte la preuve cinglante que ce renversement des priorités, que cette action politique marchant la tête en bas étaient condamnés à l’échec et qu’un gouvernement résolu à rompre le carcan de l’austérité, dans une situation d’adversité largement prévisible, n’avait d’autre choix que d’agir au niveau local[19] en « reterritorialisant » son action, en concentrant ses efforts sur une politique de mise en valeur et de réquisition de la richesse nationale (transformation de milliers d’hectares en terres cultivables socialisées pour répondre dans l’urgence à la question de l’autosuffisance alimentaire et remise en cause du poids idéologique, politique et économique de l’Église orthodoxe, alliée de la grande bourgeoisie grecque et premier propriétaire foncier du pays), en s’appuyant sur l’espace de création, de solidarité et d’initiatives productives autonomes qui s’est ouvert en Grèce, indépendamment des partis et des appareils syndicaux, depuis le début de la crise[20], en proclamant une cessation de paiement immédiate des intérêts de la dette. La question des alliances politiques nouvelles et d’un financement intermédiaire (pour répondre à la crise sociale, d’abord, mais aussi pour investir, en particulier, dans un programme d’autonomie énergétique fondé sur les ressources naturelles du pays) se serait alors posée dans des termes diamétralement différents. La guerre, dans ces conditions, n’aurait pas été aussi asymétrique, ni unilatérale.

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Reste enfin à s’interroger sur la pérennité de cette solution politique contre-nature : si le maintien en place de Tsípras, en rendant après coup illisible cette première séquence de négociations et en escamotant le soutien populaire dont bénéficiait son  premier gouvernement, a rempli son office (défaire le sujet politique du « non », générer la confusion, la division et un sentiment d’impuissance inversement proportionnel à l’espoir soulevé par les élections de janvier 2015), le « deuxième gouvernement » Sýriza ne présente pas moins toutes les caractéristiques d’un « pouvoir faible » et fait presque figure, à cet égard, de curiosité historique.

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Dimitris Alexakis, 22 juillet 2016


Reconnaissance de dette1: mes remerciements à Irène Bonnaud, L. G. et Fausto Giudice pour leur relecture attentive. Reconnaissance de dette2: le titre de ce texte se réfère à celui du premier roman de Marguerite Yourcenar, Alexis ou le Traité du Vain Combat, publié en 1929 par les éditions Au Sans Pareil.



[1] Septembre 2015 : http://www.rfi.fr/europe/20150921-elections-grece-deuxieme-chance-alexis-tsipras-syriza

[2] Lire notamment : « Grande braderie en Grèce », Niels Kadritzke, « Le Monde Diplomatique », juillet 2016.

[3]« Never let a good crisis go to waste », disait W. Churchill : « ne jamais laisser passer une bonne crise ».

[4] Lire notamment : https://oulaviesauvage.wordpress.com/2015/06/30/au-regard-de-la-situation-en-grece-et-a-la-suite-de-la-rupture-des-negociations-par-leurogroupe-podemos-souhaite-communiquer-ce-qui-suit/

[5] Lire notamment : « Référendum en Grèce : victoire massive du non, Tsipras gagne son pari », http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/la-crise-grecque/20150705.OBS2110/en-direct-referendum-en-grece-journee-historique-pour-l-europe.html

[6] « La suppression de la politique, se demandait Alain Touraine le 14 septembre 1973, à Santiago, au cœur du coup d’État chilien, est-elle politiquement neutre ? » (Vie et mort du Chili populaire, Le Seuil, 1973, p. 241.)

[7] Et qui manifeste l’« asymétrie de la relation de crédit, c’est-à-dire de l’économie de la dette » (Maurizio Lazzarato, La Fabrique de l’homme endetté, essai sur la condition néolibérale, éditions Amsterdam, 2011, p. 58).

[8] Lire notamment « Une contradiction insurmontable » : http://www.humanite.fr/la-grece-va-t-elle-transformer-leuro-et-lunion-europeenne-569305

[9] À propos de la « violence de la monnaie » et du concept de « monnaie/dette », lire notamment : Félix Guattari, Gilles Deleuze, L’Anti-Œdipe, éditions de Minuit, 1972, p. 263 ; Maurizio Lazzarato, La Fabrique de l’homme endetté, essai sur la condition néolibérale, éditions Amsterdam, 2011, p. 58 – 59, p.  110 ; Michel Aglietta et André Orléan, La violence de la monnaie, Presses Universitaires de France, 1982.

[10] Expression empruntée à Grégoire Chamayou, Théorie du drone, La Fabrique éditions, 2013.

[11] Entretien de Martin Schulz diffusé au matin même du référendum : « Si vous votez non, disait-il en substance, vous sortez. »

[12] Avec un résultat systématiquement inverse de celui qui était escompté.

[13] Théorie du drone, La Fabrique éditions, 2013, p. 94.

[14] Lire notamment : https://oulaviesauvage.wordpress.com/2015/06/16/grece-le-coup-detat-ne-sera-pas-televise/

[15] Expression empruntée à Alain Touraine, Vie et mort du Chili populaire, Le Seuil, 1973.

[16] Ce modèle d’articulation « en tension », pouvant aller du soutien à l’opposition, entre une direction politique et un mouvement social autonome présent dans la ville et sur les lieux de production est au fondement de la théorie de Níkos Poulantzás, principal théoricien du courant de la gauche grecque dont Syriza est issu ― et ce qui distingue notamment ce courant des pratiques dirigistes d’encadrement et de mobilisations centralisées, par l’intermédiaire d’un syndicat de parti, du KKE, le parti communiste grec. Formulation analogue chez Alain Touraine, à propos du Chili de l’Unité Populaire : « l’autonomie d’un mouvement de classe associé au pouvoir gouvernemental sans être soumis à aucune organisation politique » (Vie et mort du Chili populaire, p. 167).

[17] La question était déjà posée en ces termes par Alain Touraine, le 10 septembre 1973, à la veille du coup d’État chilien. Cf. Vie et mort du Chili populaire, Le Seuil, 1973, p. 204.

[18] Lire notamment à ce propos : Karl Mazower, Dans la Grèce d’Hitler, 1941-1944, éditions des Belles Lettres, 2002.

[19] Cessation de paiement, priorité absolue donnée au « front intérieur » et aux réformes de gauche (adoption d’un nouveau système fiscal en faveur des classes populaires, « mémorandum sur le capital »). Lire à ce sujet la tribune de Yánnis Miliós, ancien responsable du programme économique de Syriza : https://oulaviesauvage.wordpress.com/2015/05/06/et-si-la-grece-cessait-de-jouer-au-poker-pour-se-mettre-aux-echecs/

[20] Cf. « L’invention sous la crise » : https://oulaviesauvage.wordpress.com/2015/06/14/grece-autogestion-et-circuits-de-production-paralleles-ressources/.

Après le 37ème congrès du PCF, pour empêcher un nouvel effacement programmé, faire vivre le PCF!

Poursuite de l’effacement du PCF ou renouveau communiste dans l’unité et l’action ? Le 37ème congrès n’a pas échappé aux questions qui montent dans les luttes de classe, bien au delà des communistes organisés eux-mêmes.

Les interrogations multiples des communistes, dont le vote avait montré la diversité, sont apparues dans les débats : effacement ou non de l’idéologie, de l’organisation communiste nationale dans les luttes et les moments électoraux. Nous avons pris toute notre place dans le débat avec de multiples interventions, tandis que le courant refondateur du texte 1 intervenait pour accentuer encore la dilution du PCF dans une nouvelle force politique. Au final, c’est la stratégie d’effacement du parti autour d’un programme et de candidatures communes de la gauche qui l’emporte. Les législatives, comme la présidentielle, restent soumises à ce nouveau carcan « socialiste/vert ». Le secrétaire national a mis tout son poids dans cette orientation qui peine à convaincre.

Le discours final de Pierre Laurent théorise à nouveau l’effacement du Parti communiste au nom du rassemblement, plutôt que d’affronter le débat sur les conditions du nécessaire renforcement du courant révolutionnaire porteur de transformations sociales. Pour l’instant, toute proposition de candidature communiste à la présidentielle est exclue jusqu’à novembre, moment où de fait nous serons le dos au mur.

Qui peut croire que ces ultimes combinaisons politiques vont battre la droite et le Front national, répondre à la colère et aux exigences sociales ?

Ainsi, après la gauche plurielle, les collectifs antilibéraux, la candidature Front de Gauche en 2012, nous repartirions dans une nouvelle fuite en avant aboutissant à une campagne pour Duflot, Hamon, Montebourg, sur un programme minimum, à moins d’ailleurs que nous n’aboutissions sur le « rien du tout » qu’espère Jean-Luc Mélenchon.

Dans cette perspective, il n’y a rien d’étonnant que le secrétaire national, par ailleurs président du PGE, ait refusé tout débat sérieux sur notre position sur l’Union européenne et l’euro après le diktat en Grèce, alors même que plus de 40 % des délégués l’ont demandé dans un amendement. Notre position sur l’UE reste donc un tabou.

Au plan international, la direction du PCF tourne le dos au socialisme existant (Chine, Viêt-Nam, Laos, etc.) et aux BRICS. Elle poursuit la rupture avec les partis communistes du monde entier au profit des forces réformistes. Dans ce contexte, l’intervention du représentant du Parti communiste portugais a été un moment fort témoignant d’une bataille communiste possible.

Mais la fin de l’histoire n’est pas écrite.

Le congrès n’efface pas les votes sur les différents textes, les discussions et votes des conférences de sections et départementales où les communistes ont largement exprimé leur rejet de la primaire et de la sujétion à la social-démocratie, frondeurs et autres.

Surtout, jusque dans ces quatre jours de congrès, la volonté des communistes de faire vivre le PCF et de mener les combats qui découlent de cette volonté s’est exprimée fortement, même si elle se heurte à une ligne politique qui tourne le dos à cette exigence. La rupture du PCF avec son histoire et la classe ouvrière, le renoncement au socialisme et à l’action révolutionnaire, l’acceptation de l’effacement du Parti communiste, tout cela ne fait pas l’unanimité au PCF. Les résistances sont toujours là, traversent les générations, interrogent de nouveaux militants.

Notre présence légèrement renforcée au Conseil national témoigne de la persistance de ce débat dans le PCF jusqu’au sein de sa direction et il est regrettable que la division notamment au travers de deux textes ait affaibli une fois de plus ceux qui veulent faire vivre et renforcer le PCF.

Le mouvement social contre la Loi Travail s’élargit et se renforce. Il peut gagner et de toutes façons, modifie déjà profondément les rapports de forces et les consciences. Il pose différemment toutes les questions politiques, ouvre une nouvelle séquence à peine effleurée par le congrès. Travaillons à ce que ce mouvement gagne en force et en conscience en mettant toutes nos forces pour le succès des manifestations prévues dans les jours qui viennent, particulièrement le 14 juin.

Les communistes peuvent dans les mois à venir prendre toutes les initiatives qu’ils jugent utiles pour placer le PCF en position offensive, mettre la question de sa force en débat dans la population comme élément essentiel du rapport de force, porter et faire grandir un projet de transformation sociale, ancrer des candidats communistes aux législatives.

Une conférence nationale aura lieu en novembre pour décider de notre stratégie aux présidentielles et les communistes seront consultés. Nous prenons date !

Grèves, blocages et cohérence

Jacques SAPIR

25 mai 2016

https://russeurope.hypotheses.org/4985


Le Premier-ministre, le gouvernement et la presse aux ordres se déchainent contre la CGT et qualifient les grèves qui touchent les raffineries de « terrorisme social ». Le discours tenu aujourd’hui par Manuel Valls est en contradiction complète avec celui qu’il tenait en 2010. Vérité dans l’opposition, erreur dans la majorité… Mais, l’inquiétant est que, par sa pratique, comme une gestion exclusivement policière du mouvement ou par l’usage abusif de l’article 49-3 pour faire passer la loi « El Khomri », tout comme par son langage, il installe un climat de guerre civile en France. Il le fait alors que nous vivons, du moins en théorie, dans l’état d‘urgence. Ce comportement parfaitement irresponsable constitue aujourd’hui une menace pour la paix civile.

 La rançon de l’UE et de l’Euro

La vérité, niée par le gouvernement mais aujourd’hui largement révélée par de multiples déclarations de dirigeants de l’UE, est que cette loi El Khomri est la rançon qu’il nous faut payer à Bruxelles, à l’Union européenne et à l’Euro pour faire admettre un déficit dépassant les normes[1]. On sait que les diverses instances européennes reprochaient à la France son « manque » de réforme et la menaçaient de procédures disciplinaires. De fait, cette loi est la stricte application de la « stratégie de Lisbonne » et des «Grandes Orientations de Politique Économique» qui sont élaborées par la direction générale des affaires économiques de la Commission européenne[2]. C’est pour cela que le gouvernement y tient tant et qu’il ne veut, ni ne peut, revenir sur sa décision.

Nous sommes donc rançonnés, ce qui est logique car nous ne sommes plus souverains. Mais, cette loi ne constitue plus précisément une partie de la rançon. Déjà Emmanuel Macron, Ministre de l’économie annonce un politique de modération salariale, soit la diète pour les salariés, au moment même ou il s’oppose à une mesure similaire pour les patrons. Beau raisonnement d’un homme qui confond un gouvernement avec un conseil d‘administration. Car, dans l’esprit de Monsieur le ministre, est intégré le fait que la France ne pouvant plus dévaluer, elle ne peut rétablir sa compétitivité que dans une course au « moins disant/moins coûtant » salarial. La volonté de ramener toute négociation dans le strict cadre des « accords d’entreprise » au détriment des accords de branches ou des accords nationaux, affaiblissant de manière dramatique le rapport de force des salariés face aux patrons.

Rapport de force et légitime défense

Rapport de force, voilà bien le mot qui fâche, mais qui néanmoins s’impose. Il n’est de bonne négociation qu’avec un rapport de force construit et, bien souvent, pour qu’il en soit ainsi il faut faire intervenir des agents extérieurs à la négociation. Ce qui nous conduit directement à la question des grèves et des blocages actuels. Il y a conflit, cela est évident pour tout le monde.

Ce conflit oppose le gouvernement, et au-delà une large partie de la « classe politique » de « gauche » comme de droite, à une large majorité de la population, les sondages donnant de 70% à 74% d‘opposants à cette loi[3]. La montée des protestations ayant eu quelques échos au sein du parti dit « socialiste », le gouvernement se vit privé de majorité, et décida d’engager l’article 49-3, ce qui n’est – ni plus, ni moins – qu’un détournement éhonté de procédure[4]. De ce point de vue, le recours à des formes de luttes plus violentes s’apparente à une légitime défense. Une légitime défense sociale, assurément, contre des mesures contenues dans une loi qui ont été imposées de l’étranger et au mépris des règles de la démocratie, mais cette légitime défense sociale n’en est pas moins légitime.

Il est clair que ces formes de luttes créent un désordre, et touche des personnes qui ne sont pas directement impliquées. Mais, ce désordre ne fait que répondre à un désordre premier, qui résulte de l’usage du 49-3. Prétendre alors s’offusquer de la conséquence et non de la cause relève de la plus pure hypocrisie. On ne peut condamner les blocages que si, au préalable, on condamne l’usage du 49-3, et plus généralement la tactique du gouvernement qui n’apporte que des réponses policières à un mouvement social. De fait Manuel Valls se révèle un émule de Jules Moch.

 Hypocrisies et cohérence

Cependant, ce ne sont pas les seules hypocrisies suscitées par ce mouvement de protestation. Comment qualifier ainsi l’attitude de dirigeants d’un parti qui proclame à qui veut l’entendre son opposition aux pratiques et aux politiques édictées par l’UE, mais qui n’a que « l’ordre » à la bouche quant il s’agit des blocages des raffineries et des dépôts de carburant. Pourtant, que l’on sache, ils ne condamnent pas la légitime défense de manière systématique. Qu’ils réfléchissent donc sur l’origine des désordres qu’ils prétendent condamner et ils verront toute l’incohérence de leurs positions.

Il y a aussi beaucoup d’hypocrisie dans les condamnations des blocages par ces députés d’opposition qui sont les premiers à s’indigner contre les mesures européennes et contre la perte de souveraineté qu’elles entraînent, mais qui ont un haut-le-cœur quand des travailleurs passent concrètement à l’action contre ces mesures.

Il y a, enfin, une hypocrisie immense dans le comportement de ces membres du P « S » qui condamnent sans la condamner la loi El Khomri, et qui refusent de dire les choses telles qu’elles sont parce qu’ils comprennent bien que l’origine première de ces dites choses, c’est l’Union européenne et l’Euro.

Ce qui menace aujourd’hui la France, c’est la combinaison de deux phénomènes. D’une part, l’entêtement de ce gouvernement qui n’est plus que le fondé de pouvoir d’une puissance étrangère et qui, pour ne pas déplaire à ses véritables maîtres est prêt à plonger le pays dans la guerre civile. D’autre part, c’est l’hypocrisie généralisée de beaucoup, et le manque de cohérence que révèle cette hypocrisie. Car, nos adversaires, ceux de Bruxelles et de Francfort, ceux qui cherchent à imposer en France ce qu’ils ont déjà imposé en Grèce, en Espagne et en Italie, eux, sont cohérents.


[1] Voir http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/05/17/31001-20160517ARTFIG00137-ce-que-la-loi-el-khomri-doit-a-l-union-europeenne.php

[2] Voir le « Rapport pour la France » établi en février 2016 par les services de la commission européenne, pp. 82 et ssq. http://ec.europa.eu/europe2020/pdf/csr2016/cr2016_france_fr.pdf

[3] http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1512903-les-francais-hostiles-a-la-loi-el-khomri-le-peuple-a-ete-et-reste-tres-mal-informe.html

[4] Voir Sapir J., « Nous y voilà (49-3) » note publiée sur le carnet RussEurope le 11 mai 2016, https://russeurope.hypotheses.org/4941


Libération immédiate pour Antoine Deltour

Antoine, militant de la CGT de Valenciennes est en détention préventive depuis le 17 mai.

Il a été arrêté à Lille durant une manifestation contre la loi travail. Trois policiers l’ont alors interpellé en se jetant violemment sur lui et en l’immobilisant.

Un policier accuse Antoine de l’avoir frappé. Or les personnes qui étaient à ses côtés et ont témoigné en sa faveur affirment qu’il n’en est rien. Antoine était juste venu manifester avec dans ses mains son drapeau CGT.

Rien ne justifiait donc son arrestation.

Cette arrestation s’inscrit dans une vague répressive qui touche tout le pays ; celle-ci vise particulièrement les organisations actives dans le mouvement social qui dure depuis trois mois. Les organisations syndicales sont spécialement ciblées : arrestations, provocations policières, intrusion dans des locaux syndicaux, charge contre des piquets de grève,…

L’incarcération d’Antoine voulue par les autorités participe d’une véritable stratégie de la tension. Il s’agit d’en faire un exemple pour faire peur afin de dissuader celles et ceux qui se mobilisent contre la loi Travail et plus largement contre un ordre de plus en plus inégalitaire et autoritaire de descendre dans la rue.

Ce qui est en fait reproché à Antoine, c’est d’être un militant syndicaliste, antifasciste et libertaire particulièrement actif dans le Valenciennois. Antoine est victime de l’arbitraire le plus total. Outre les conséquences morales, une condamnation judiciaire à une peine d’emprisonnement aurait des conséquences dramatiques pour ce jeune travailleur précaire.

Antoine doit être jugé à Lille jeudi 9 juin.

Aussi les organisations et les personnes signataires de cet appel :

  • affirment leur solidarité avec Antoine ;
  • appellent toutes les organisations syndicales, démocratiques et progressistes, locales ou nationales, ainsi que toutes les personnes révoltées par cette situation à soutenir Antoine et à se mobiliser ce jour-là ;
  • exigent sa libération immédiate et l’abandon de toutes les poursuites à son encontre.

Les organisations locales ou nationales et les personnes qui soutiennent cet appel peuvent le signaler à syndicatscgtdouai@gmail.com

 

LA CONTRE-OFFENSIVE BOLIVARIENNE ET LA COURSE CONTRE LA MONTRE DE LA DROITE AU VENEZUELA

Venezuela Infos

28 mai 2016

https://venezuelainfos.wordpress.com/2016/05/28/la-contre-offensive-bolivarienne-et-la-course-contre-la-montre-de-la-droite-au-venezuela/


par Franco Vielma

Une vue d’ensemble d’abord : pour les droites vénézuélienne et transnationale, la stabilité politique est un vrai problème car elle permet au gouvernement élu (Maduro) de travailler et d’approfondir cette étape de la révolution. D’où la nécessité d’accélérer l’offensive de la pénurie économique, la confrontation politique, la construction du récit de “l’explosion sociale”, la confrontation des pouvoirs institués, la violation des normes du Centre National Électoral pour que celui renonce aux délais légaux et organise de manière très rapide le référendum révocatoire, la propagation de la campagne internationale sur une “crise humanitaire” et les appels à une intervention extérieure.

Sur le plan économique, la contre-offensive du camp bolivarien amène des nouveautés qui, même si elles ne sont pas dûment visibilisées (par l’ensemble de la classe politique) préparent une nouvelle donne à moyen terme.

C’est dans l’économique que se trouve le noyau du malaise, au bout de trois ans d’une guerre économique dure aggravée par la chute mondiale des cours du pétrole. C’est donc en 2016 que les acteurs du putschisme espèrent enfin mener à bien leur coup d’État sur la base politique du mécontentement et de la fatigue.

De nouvelles perspectives d’amélioration de la situation économique apparaissent cependant, qui trouvent leur origine principale dans les actions du gouvernement Maduro. La droite comprend le risque de voir ces actions produire leurs effets. Voyons:

  1. Le prix du pétrole: après les mois catastrophiques de février et de mars 2016, les cours du pétrole connaissent une remontée qui pourrait atteindre un niveau d’équilibre autour des 50 dollars par baril suivant les indicateurs Brent et WTI.

Bien que ce prix reste très bas, il marque une rupture avec le niveau de 10 ou 20 dollars auquel aurait pu stagner le baril cette année, ce qui aurait mis en faillite toute l’économie des hydrocarbures. Même dans les conditions instables du marché, c’est une bonne nouvelle pour le Venezuela.

Si ce niveau se maintient, l’impact de ce prix encore modeste se fera sentir au cours du second semestre lors de l’entrée des revenus générés par ce nouveau prix.

  1. La gestion de la dette en devises: Le président Maduro a expliqué que dans les 20 derniers mois le Venezuela a honoré ses paiements de dette, pour plus de 35 mille millions de dollars. Malgré ce respect strict des engagements, les agences de notation internationales continuent à élever de manière démesurée le “risque pays”, provoquant et générant de fait un blocus financier. Cependant le ministre Miguel Pérez Abad a déclaré à Reuters que le Venezuela a convenu de meilleures conditions de paiement et a signé de nouveaux contrats financiers avec la Chine.

Le Ministère des relations Extérieures chinois a annoncé le mardi passé qu’il est parvenu à un accord avec le Venezuela pour renforcer sa coopération financière. Sur cette alliance avec la Chine, Abad a précisé qu’elle est adaptée « aux nouvelles conditions, ce qui va insuffler au pays un oxygène très important pour avancer ». Le réaménagement de la dette n’est pas une situation totalement nouvelle : quand il était à la tête de la Banque Centrale du Venezuela Nelson Merentes avait déjà évoqué la possibilité de mettre en place des swaps en or ou tout autre instrument. C’est le cas avec les titulaires de bons émis par la compagnie pétrolière publique PDVSA. La recherche de nouvelles sources pour le paiement des engagements allègera la pression sur les liquidités très affaiblies cette année.

  1. Certification et monétisation des réserves de l’Arc Minier: dans quelques mois seront rendues publics les résultats de l’évaluation des réserves de l’Arc Minier. Une fois certifiées, ces réserves pourront être monétisées, avec pour résultat immédiat l’attraction de nouvelles devises à travers les investissements étrangers.

Mais la Nation peut aussi mettre en œuvre l’émission de bons payables à terme en or (ou en autres minéraux), ce qui implique une entrée rapide de devises qui peuvent contribuer en grande partie à atténuer la chute des revenus en dollars suite à la chute du pétrole. Pour notre économie hautement dépendante d’importations de biens et de matières premières, la mise en route rapide de ces sources alternatives est une bonne nouvelle.

  1. Investissements focalisés sur des leviers de la production nationale: Un des aspects favorables de la conjoncture est la conjugaison d’une politique pertinente et cohérente de substitution des importations et de la diversification des exportations, en partant de la capacité installée dans le pays. L’investissement « par acuponcture financière » vise à recapitaliser des secteurs comme l’alimentation et la santé, ce qui limite la pression sur les devises pour les importations (une variable de l’extraction de devises, de la spéculation et de la fraude dans le cadre de la guerre économique) et favorise la rotation de produits nationaux.

L’effort en faveur de la production nationale transversalise l’économie. L’usage des ressources financières se met en place de manière planifiée, de manière pragmatique, sur la base d’une méthodologie plus efficace, avec des accords directs entre l’État et certains acteurs économiques à toutes les échelles, des grandes entreprises privées jusqu’aux entreprises d’État ainsi que des entreprises du tissu communal.

On construit une administration de ressources sur la base de résultats. Le rôle de l’État étant de superviser et d’inspecter rigoureusement les secteurs concernés pour qu’ils remplissent les objectifs prévus de productivité. En plus de préserver des devises, la production nationale fait du bien en profondeur sur l’approvisionnement du marché avec beaucoup d’autres articles.

  1. Contention de la tempête du dollar parallèle: Une partie des accords passés au sein du Conseil de l’Économie Productive est le rejet par certains acteurs économiques (pas les importateurs) de matières premières qui se basent sur le taux du DolarToday, ce qui limite la tendance à  la hausse, clairement spéculative, que ce taux a généré. Bien qu’il reste un marqueur important de la spéculation et des prix commerciaux et qu’il continue à affecter le pouvoir d’achat des vénézuéliens, le DolarToday stagne à 1000 bolivars pour un dollar et perd de sa force après avoir occasionné des dommages brutaux aux acteurs économiques.
  2. Avec l’arrivée des pluies, viendront les grandes récoltes: La complexité de la conjoncture vénézuélienne provient également de deux années de grande sécheresse et de faibles pluies. Son impact le plus médiatisé sont les coupures d’électricité et les réductions d’horaire dans l’administration publique en vue d’économiser l’énergie générée par des barrages victime du faible étiage. Cette mesure sera levée dans quelques semaines et les pluies sont d’une énorme importance dans la production d’aliments stratégiques sur le plan national.

De nombreux produits au Venezuela sont soumis aux conditions d’irrigation, des céréales telles que le riz et le maïs dépendent des cycles hydriques et les grandes récoltes dépendent des pluies. Les pluies de cette annéeauront donc un impact positif sur ces productions dont la circulation se fera sentir dans la seconde moitié de l’année.

  1. Nouveau système de prix: c’est un thème polémique et sujet à de longs débats. Il y a beaucoup de facteurs en jeu. Pour commencer admettons que l’actuelle conjoncture économique vénézuélienne met fin à une période de plus de dix ans de prix artificiellement bas maintenus grâce aux différentes subventions directes et indirectes de l’État. Beaucoup de produits sujets à de fortes baisses d’inventaire sont dérivés de matières premières importées au dollar préférentiel. Ce qui explique les prix de produits comme le fameux Pantène à 37 bolivars, ou le dentifrice Colgate à 40 Bolivars, ou le paquet de couches-culottes Huggies à 100 bolivars.

Pendant des années nous avons été nombreux à ne pas reconnaitre l’effort de l’État pour protéger la population avec ces subventions. La situation a changé. Nous ne disposons pas d’une réserve énorme de devises pour effectuer des achats massifs de matières premières et pour produire à grande échelle ces produits à des prix artificiellement bas, ce qui en a fait la proie d’aspects sanglants de la guerre économique tels que la contrebande, le méga-accaparement, le méga-détournement et la méga-revente liés à l’induction de la micro-revente, des files d’attente et des asymétries dans la distribution.

La « mise à niveau » réaliste des prix de nombreux produits (précisément ceux qui subissent le plus de pénurie organisée) implique que les nouveaux prix stimulent la production et la circulation de nombreux produits. Certains resteront subventionnés, leur prix sera plus élevé qu’avant, mais ils se verront favorisés dans leur circulation. Pérez Abad a dit que « le  second semestre de 2016 sera meilleur que le premier, tant en ce qui concerne les niveaux d’approvisionnement que de perception économique ».

  1. Le nouveau modèle d’approvisionnement populaire: pour les acteurs de terrain du sabotage économique, la transformation de la nature du modèle de distribution est plus qu’une menace. Le renforcement des Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP) dans les secteurs populaires, à travers les conseils communaux, l’introduction de plus de produits et la régularisation de nouvelles formes de distribution vont s’accélérer et s’approfondir dans les prochains mois. Chaque semaine des milliers de tonnes supplémentaires de produits sont distribuées par les CLAP à seulement trois mois de leur naissance. Cette modalité a l’avantage de protéger la population face aux asymétries et aux irrégularités de la distribution, et limite la spéculation qui affecte des produits essentiels.

Dans la lutte contre trois ans de guerre économique, les CLAP ne sont pas la solution définitive et totale mais constituent un facteur d’un poids énormecomme réponse au chaos. Leur importance vient de qu’ils ont un impact au-delà de leur objectif économique. Ils relancent l’économie solidaire au service des gens, revitalise le tissu politique chaviste, surmonte la logique de l’économie cannibale de guerre, impose la gouvernance d’État en faveur de mécanismes participatifs pour la distribution et confère au peuple un rôle vital dans la contre-offensive.

Source: http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/acelerar-el-conflicto-y-propiciar-el-golpe-antes-que-la-economia-mejore

Traduction: Thierry Deronne

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Après le vote des communistes, la primaire sans majorité, le débat s’impose !

Déclaration des initiateurs du texte « Unir les communistes »

Les résultats du vote des communistes pour choisir le texte qui sera la base commune de discussion sont maintenant connus.

Le résultat indique un nouvel affaiblissement de l’organisation communiste, avec une perte de 11.317 cotisants et 4.535 votants depuis le 36ème congrès. Le délitement du lien entre le parti et ses adhérents est donc confirmé, d’autant que les chiffres doivent être mis en lien avec le nombre total d’adhérents qui n’a pas été indiqué pour cette consultation. C’est la première question sur laquelle notre congrès devra travailler.

Dans ce contexte, notre texte « Unir les communistes » obtient 3.755 voix, soient 12,9 % des suffrages exprimés. Nous progressons de 61 voix et de près de 2 %. Les tentatives de division n’y ont rien changé, nous nous affirmons comme la première base d’opposition à l’effacement du PCF, force d’action et de proposition pour l’avenir du parti communiste. Le combat contre la liquidation du PCF a besoin d’unité et nous porterons la voix de tous ceux qui s’y opposent sans exclusive. Nous appelons au rassemblement de tous ceux qui veulent faire vivre et renforcer le PCF.

Notre texte arrive en tête dans le Pas-De-Calais, le Nord et les Ardennes, confirme son ancrage dans les départements où nous sommes traditionnellement présents, Rhône, Hérault, Bouche-du-Rhône, Gironde, Var, élargit son audience dans de nouveaux départements, Alpes-Maritime, Ain, Ardèche, Bas-Rhin, Savoie, Saône et Loire, Dordogne, Haute-Garonne… C’est un bon résultat obtenu par l’engagement courageux de nombreux camarades malgré l’affaiblissement du parti.

Le texte proposé par le Conseil National n’a pas convaincu les communistes. Il ne recueille que 14.942 voix (51,2 %) soit une perte de 9.655 voix par rapport à 2012 (-22% des exprimés). Il est minoritaire dans 34 fédérations. C’est un résultat historiquement bas pour un texte proposé par la direction, qui traduit une grande perte de confiance. Même en cumulant les voix des deux textes de la direction (« Ambition communiste » et « France en commun »), le résultat est en dessous de 2012 avec 2.745 voix perdues (-11% de voix), aggravé hors région parisienne où la direction est moins présente avec 2.769 voix perdues (-14% de voix).

Trois questions importantes ont porté ce refus des communistes de légitimer le texte de la direction : le refus des primaires avec le parti socialiste, la nécessité d’un débat ouvert sur les conditions du refus du diktat européen après l’expérience grecque, la crédibilité et le contenu de notre projet de rupture avec le capitalisme.

Avec les conférences de section et départementales, une nouvelle étape du Congrès s’ouvre. Nous attendons du Conseil National qu’il tire les enseignements de ce vote, c’est pourquoi nous demandons qu’il se réunisse sans plus tarder.

La primaire et le soutien obligé à un candidat issu du PS sont de fait caduques, faute de majorité affirmée. Pour autant, la ligne de fuite en avant dans le Front de Gauche aboutissant à soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon n’a pas fait recette. Le vote sur les textes envoie un message fort, celui de la nécessité de réexaminer complètement la question de l’élection présidentielle dans toutes ses composantes : stratégie, candidats, programme. Une consultation des communistes sur la stratégie aux élections présidentielles devient une nécessité.

La faiblesse du résultat du texte proposé par le Conseil National, la dispersion des suffrages et la multiplicité des textes, la persistance depuis maintenant près de 20 ans de la contestation de la ligne d’abandon initiée au congrès de Martigues et jamais remise en cause depuis… tout cela oblige au débat stratégique que nous avons demandé au travers du texte 3.

Nous souhaitons que ce débat s’ouvre dans la fraternité et sans tabou et le Conseil National doit prendre des décisions précises et concrètes dans ce sens. Nous le disons fermement : il faut apprendre à écouter tous les communistes pour construire l’avenir du PCF avec eux. C’est incontournable pour éviter au PCF de s’enfermer dans une impasse mortifère, ouvrir une alternative à notre peuple face au capitalisme, reconstruire l’unité des communistes. Tout passage en force est voué à l’échec et au désaveu de la direction, nous prendrons toute notre place pour que les communistes aient le débat qu’exige leur vote, comme la situation politique et sociale.

Caroline Andreani (93), Paul Barbazange (38), Jean Baus (54), Luc Bazin (26), Floriane Benoit (38), Michelle Bardot (67), Pascal Brula (69), Robert Brun (26), Marie-Christine Burricand (69), Michel Dechamps (04), Herve Fuyet (92), Clara Gimenez (34), Guy Jacquin (01), Jean Jacques Karman (93), Armand Lecoq (34), Jean Pierre Meyer (83), Pierre Alain Millet (69), Sandrine Minerva (34), Hervé Poly (62), Gilbert Remond (69), Eric Ruiz (27), Laurent Santoire (93), Bernard Trannoy (33), Danielle Trannoy (33), Serge Truscello,…