Unis et à l’offensive pour une bataille communiste !

Jeudi 1er décembre 2016

46,5 % pour l’option 2, celle de la candidature communiste, 53,50 % pour l’option 1 visant à soutenir Jean Luc Mélenchon, jamais une décision stratégique ne se sera prise à une aussi courte majorité dans le PCF, alors que nous continuons de nous affaiblir puisque nous avons perdu depuis 2012 plus de 12000 cotisants.

C’est une victoire à la Pyrrhus pour Pierre Laurent et son équipe car elle s’est faite très largement sur la pédagogie de la peur, de l’affaiblissement de notre parti et de l’hésitation : recherche d’une hypothétique primaire de la gauche pour un candidat commun, refus de mettre la candidature communiste en débat au 37éme congrès, absence d’appel explicite à candidature, menaces d’un score catastrophique… l’exécutif national a tout fait pour rendre une candidature issue du PCF impossible. Jusqu’à la menace entretenue au coeur même du vote d’un possible retour vers un candidature issue de la primaire socialiste.Des camarades ont cru l’éviter en votant pour l’option 1, alors qu’elle reste présente dans les déclarations et décisions de la direction et de Pierre Laurent.

Nous apprécions donc très positivement le résultat de l’option 2 qui démontre l’attachement des communistes à leur parti, leur opposition aux tentatives liquidatrices et leur exigence croissante d’une bataille communiste. Il témoigne de capacités à se rassembler pour l’existence et l’avenir du PCF qu’il faut encore élargir.

Nous avons combattu le choix de soutenir Jean-Luc Mélenchon parce que ce choix accélère l’effacement du PCF de la vie politique nationale et internationale et ferme donc la perspective d’une alternative durable face aux forces du capital, au risque de l’extrême droite. Ce choix ne sera pas un point d’appui pour l’élection de députés communistes.

Cependant le vote sur l’option 1 est divers dans ses motivations. De nombreux camarades l’ont fait par défaut, insistant pour que soit développée une bataille communiste autonome de la France insoumise, pour l’élection présidentielle comme pour les législatives.

Engagé pour une candidature communiste dès le congrès, nous avons porté notre position jusqu’au bout du débat :

« Loin des présidentiables éphémères, notre parti peut porter un candidat et un programme communistes, se renforcer en influence idéologique et forces organisées, contribuer à ce que les forces populaires gagnent en conscience et en force face aux combats qui s’annoncent. Le PCF peut porter un candidat représentatif de ces millions de travailleurs qui ont combattu la Loi El Khomri et ne veulent pas baisser les bras. Cette candidature sera un point d’appui pour nos 577 candidats aux législatives, qu’il nous faut désigner rapidement, et affirmera notre volonté de continuer le PCF. »

Notre engagement pour l’avenir du PCF a irrigué le rassemblement autour de la candidature communiste. Nous avons contribué à ce que les communistes affirment fortement au travers de leur vote, leur détermination à continuer leur combat dans une forme d’organisation qui leur est propre et qui ne saurait être sacrifiée à l’air du temps en même temps que progresse l’exigence d’une bataille communiste offensive.

Pour conforter et étendre leur domination sur toute l’activité humaine et les richesses de la planète, la bourgeoisie et le capital s’apprêtent à verrouiller toute alternative à la présidentielle. Les renoncements de la gauche, de la soumission à l’Union européenne jusqu’à l’enfermement dans les institutions et le système électoral, nourrissent les surenchères réactionnaires, fascistes et racistes de la droite et du Front National.

Le combat pour la rupture avec le capitalisme ne peut se déléguer ni se réduire à un bulletin de vote : luttes, unité de la classe ouvrière, rassemblement populaire, programme. Nous avons besoin d’un véritable parti communiste. Oui, nous voulons relever défi d’un parti communiste moteur de la transformation révolutionnaire dans un grand pays capitaliste développé.

Nous n’aurons pas de candidat à la présidentielle mais des milliers de communistes peuvent être les candidats de leur parti et d’un programme communiste.

Nous prendrons toute notre place dans cette bataille et porterons un programme autour de cinq grands chantiers communistes pour une assemblée nationale
constituante, ouvrant la perspective d’une nouvelle république, la première république socialiste, autogestionnaire et internationaliste :
- Pour un emploi digne et utile pour tous, conquérir la souveraineté populaire sur l’économie
- Pour le droit au logement et à une santé de qualité pour tous, sortir de la marchandisation
- Pour la paix, le développement humain, la planète, sortir du néocolonialisme et des affrontements impérialistes.
- Pour une démocratie autogestionnaire, sortir du rôle répressif de l’état par une autre organisation des pouvoirs.
- Pour le développement des individus, sortir de la violence par la culture et la démocratie

Nous sommes déterminés à travailler pour que le peuple se renforce en organisation, en conscience et action pour affronter les durs combats qui s’annoncent. Avec la montée de l’extrême droite et d’une droite bien décidée à liquider ce qui reste des acquis sociaux, nous avons plus que jamais besoin d’une force révolutionnaire, pas d’un rassemblement hétéroclite qui se reconstitue à chaque échéance électorale pour se dissoudre entre deux élections. Notre parti doit redevenir l’outil indispensable aux combats à venir.

Vive le Parti Communiste Français !

Pour André Chassaigne, rallier Jean-Luc Mélenchon serait porter « un coup fatal au parti communiste »

http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2016/11/23/pour-andre-chassaigne-rallier-jean-luc-melenchon-serait-porter-un-coup-fatal-au-parti-communiste_5036710_4854003.html#xtor=AL-32280270


Invité de l’émission « Questions d’info » sur LCP, le chef de file des députés communistes se dit « disponible » pour une candidature.

Jean-Luc Mélenchon peut-il être le candidat des communistes à l’élection présidentielle ? Alors que les militants du PCF sont appelés à voter lors d’une consultation qui s’ouvre jeudi 24 novembre, André Chassaigne répond clairement par la négative. « Si le choix de rallier Jean-Luc Mélenchon est fait, je le dis avec une conviction voire une forme d’émotion dans la voix, je crois que c’est véritablement un coup fatal qui sera porté au Parti communiste », a déclaré, mercredi, le député PCF du Puy-de-Dôme, invité de l’émission « Questions d’info » sur LCP en partenariat avec Le Monde, France Info et l’AFP.

Pour justifier son opposition au leader de « la France insoumise » le chef de fil des députés communistes a mis en avant la pratique du pouvoir de Jean-Luc Mélenchon qu’il qualifie de « pyramidale ». « J’ai lu la charte des insoumis. Si je la signe, je n’aurai plus de liberté de vote, cela veut dire que je reviendrai à une conception de la politique qui a été abandonnée par le PCF il ya plusieurs décennies » a- t -il fait valoir en ajoutant : « Chez les communistes, on a vu le résultat du culte de la personnalité. »

André Chassaigne a également dénoncé la ligne de l’ancien allié du Front de gauche qui ne conduira selon lui qu’« au repli et à l’isolement » alors que le PCF doit « reconstruire une gauche susceptible de gouverner le pays ».

« Bloquer l’arrivée de la droite »

A cinq mois de l’élection présidentielle, le PCF est en pleine turbulence. Pierre Laurent et la direction du PCF se sont déjà ralliés à la candidature de Jean-Luc Mélenchon quitte à se faire désavouer, en novembre, par la conférence nationale du parti. Selon André Chassaigne, ils ne l’ont pas fait « par conviction, mais par crainte que les candidats de la France insoumise aux élections législatives puissent empêcher certains candidats communistes de reprendre des sièges qu’ils avaient perdus notamment en 2012 ».

Se déclarant « disponible », André Chassaigne entend se battre jusqu’au bout pour défendre les couleurs du PCF à l’élection présidentielle. Alors que le PS organise sa primaire en janvier, il n’a cependant pas fermé la porte à une « candidature de rassemblement » de la gauche susceptible de « bloquer l’arrivée de la droite ». Ce rassemblement « ne peut pas se construire à n’importe quel prix. Il doit symboliser une gauche de combat contre la dérive libérale », a-t-il prévenu. Selon lui, François Fillon et Alain Juppé, les deux finalistes de la primaire de la droite, incarnent la même droite « décomplexée et réactionnaire ».

Le député du Puy-de-Dôme a confirmé qu’il serait candidat à sa succession aux législatives de juin. « Je sais que j’aurai un candidat de la France insoumise contre moi mais je n’ai pas l’habitude de vendre mon âme pour un plat de lentilles », a- t-il conclu.

 

Nous, Communistes

Un appel d’André Chassaigne pour la candidature communiste


Réunis en conférence nationale le 5 novembre à Paris, les délégués du PCF de tout le pays ont envoyé un message fort, dont la teneur et le sens profond méritent ici d’être précisés. Les médias l’ont en effet interprété comme un vote contre Jean-Luc Mélenchon. Cette lecture est superficielle. Certes, la personnalisation de cette candidature, comme son orientation, suscitent de justes interrogations auprès de nombre de nos militants. Il n’empêche, l’essentiel est ailleurs. Ce vote revêt un sens positif, constructif et dynamique.

Dans le contexte actuel, une candidature issue du parti communiste est légitime et nécessaire pour faire entendre la voix des communistes. Bien au-delà, elle a vocation à rassembler les progressistes de notre pays. Malgré les coups de boutoirs assénés depuis 2012 par les gouvernements socialistes, nous demeurons toujours animés par un « esprit de conquêtes sociales », par un attachement viscéral aux valeurs humanistes, celles de paix, de justice, de partage, d’égalité et de fraternité. Ces mots et ces valeurs nourrissent et animent l’engagement de nos militants dans tous nos départements.

Notre identité est une identité généreuse. C’est aussi une identité d’avenir, celle d’où viendra le salut de la gauche.

Alors que certains sont pressés d’enterrer les communistes et annoncent la fin de leur parti historique, nous sommes pourtant toujours vivants, debout, combatifs, force organisée et ouverte, présents dans les assemblées élues comme dans les combats menés par nos concitoyens.

Nous, communistes, avons vocation à fédérer le peuple de gauche, à unir tous les progressistes et former ainsi un front uni contre les forces de l’austérité et de la xénophobie.

Loin de toute ambition personnelle, nous pensons que les défis à relever sont collectifs : contrer à gauche la dérive libérale du parti socialiste, empêcher le retour au pouvoir d’une droite extrême et faire face au danger du Front National, refuser l’abandon de l’idéal progressiste de notre Contrat social hérité de la Révolution et de la Résistance.

Il revient aux communistes, forts de leur histoire faite de luttes sociales émancipatrices, de porter aujourd’hui une candidature de la révolte face à la résignation, une candidature qui rassemble, dans le respect, tous ceux qui souhaitent incarner une alternative à la dérive libérale qui gangrène notre société et désespère les peuples. Une candidature qui portera l’exigence et l’urgence de mettre en chantier une société nouvelle.

Une candidature qui n’affronte pas seulement la finance par les mots, mais par les actes, en s’appuyant sur les intelligences et les mobilisations sociales.

Cette fin de semaine, par leur vote, les communistes se doivent de prendre leur responsabilité devant l’Histoire, notre Histoire.

André Chassaigne, publié dans l’Humanité du 22 11 2016

PCF : faire le choix de l’audace !

Guillaume Sayon

https://guillaumesayon.wordpress.com/author/guillaumesayon/


Voilà nous y sommes. Ce week end de très nombreux militants communistes vont choisir la voie qu’ils veulent emprunter pour les échéances à venir. Deux choix s’offrent à nous. Le choix de soutenir Mélenchon ou le choix de construire une candidature issue de nos rangs. On pourrait discuter la formulation du bulletin de vote. On pourrait de nouveau rappeler que ce processus arrive bien trop tard. On pourrait s’insurger face aux sournoiseries en cours depuis la conférence nationale au travers du journal l’Humanité, ou même face au dernier billet de Pierre Laurent publié sur son blog qui fait comme si une importante majorité des participants de la conférence nationale n’avait pas fait un choix clair, libre, contraire à celui que ce dernier avait formulé la veille. Nous en avons vu d’autres et c’est avec la même constance que nous continuons à rester cohérent et à argumenter dans le respect et avec le soucis prioritaire de l’unité du Parti. Même si, et c’est suffisamment singulier pour le souligner, c’est une première de voir un secrétaire national désavoué à ce point.

La première chose qui me vient à l’esprit, c’est la fierté d’appartenir à cette grande famille communiste. Malgré toutes les tentatives successives depuis le début de l’année pour contourner l’hypothèse d’une candidature communiste, c’est en lucidité et en faisant preuve de beaucoup d’intelligence que de nombreux communistes font pourtant actuellement ce choix. Cela n’était pas évident puisque le parti est historiquement légitimiste. Des réseaux internes se sont constitués pour porter la contradiction se pliant toujours néanmoins au fait majoritaire. Cependant, très globalement, les communistes suivent la direction que nos congrès établissent et qui est déclinée dans le texte proposé par la direction sortante. C’est ainsi que la réaction à la mutation portée par Robert Hue a pris beaucoup de temps, que de trop rares camarades s’y sont opposés dès le départ. Même chose concernant Marie-George Buffet et le choix de participer aux collectifs antilibéraux. Alors que nous avions arraché une magnifique victoire en 2005 lors du référendum sur le projet de constitution pour l’Europe ouvrant un chemin intéressant, nous avons sans doute fait le pire des choix : nous engluer dans une fronde de groupuscules gauchistes qui partageaient tous un même trait de caractère, leur détestation du PCF. C’est ainsi qu’ils ont fait le choix tardif de José Bové alors que Marie-George Buffet avait été choisie par la consultation populaire. Le même José Bové et sa moustache légendaire qui siège aujourd’hui sur les bancs des Verts, à côté de Daniel Cohn-Bendit, au parlement européen. C’est ainsi qu’on peut relire avec délice Clouscard qui était sans doute le plus lucide des intellectuels sur ce qu’était mai 68 et les leaders de la trempe de Dany le rouge.

Il y avait à l’époque (déjà!) des collectifs antilibéraux, Clémentine Autain. J’ai une détestation viscérale pour ce genre de personnage. Après avoir profité d’un mandat d’adjointe à la mairie de Paris sur le contingent des communistes, elle a passé son temps ensuite dans les colonnes de son journal Regards, à cracher sur le PCF, à dire à quel point nous sommes rétrogrades, mauvais, arriérés. Elle a nourri, non sans un certain talent, les conceptions communautaristes, bras d’honneur aux dynamiques de classes qui se sont affaiblies avec les conséquences que l’on sait. Elle a pu compter et peut toujours compter sur le concours de Martelli, l’historien révisionniste, qui lui aussi ne manque jamais d’inspiration pour démolir le PCF. Les mêmes sont aujourd’hui ceux qui nous font la leçon, eux qui n’existent que grâce ou plutôt à cause du PCF. Et voilà que les « plus rouge que moi tu meurs » se rangent eux aussi derrière Mélenchon. Le PRCF, la Coordination Communiste … Pour de très nombreux membres de ces organisations j’ai du respect et de l’amitié. Mais l’enthousiasme dont ils font preuve pour s’immiscer dans nos débats internes et pour nous vendre les qualités incontestables du « Jaurès insoumis » devient délirant. Tous deviennent nerveux parce que les communistes restent insensibles à leurs manœuvres.

Dans le même temps, nous devons supporter l’insupportable. Les envolées hystériques du « fan club insoumis ». Tous répètent à la virgule près, le même prêchi-prêcha du grand chef. Nous devons subir des torrents d’insultes, des caricatures insidieuses. Pire encore, alors qu’ils pensent se draper du manteau souverain de la pureté révolutionnaire, ils ne se rendent pas compte qu’ils perpétuent la vieille tradition poujadiste, ce populisme abscons anti-parti. Beaucoup vont déchanter quand les élections de 2017 passées, la France insoumise deviendra un parti. Il arrive même parfois que le délire atteint de tels sommets qu’il nous est impossible de pouvoir y répondre avec raison. J’avoue que plus d’une fois j’étais partagé entre le fou-rire et la consternation. Et nous devrions donc donner de la force et du crédit à cette chose ?

Aucune remise en cause, aucune contradiction, aucune écoute raisonnable sur les arguments économiques ou sur le nucléaire. Dans les évangiles selon Jean-Luc c’est dit comme ça, point à la ligne. Vous leur expliquez que proposer la sortie du nucléaire demande à être discuté, que des bassins industriels entiers dépendent de l’existence de centrales, que là où on stoppe la production du nucléaire civil comme en Allemagne on finit par émettre beaucoup plus de gaz carboniques … Non Jean-Luc a dit on sort du nucléaire et c’est comme ça ! Je les invite donc à venir taper aux portes dans les quartiers avec nous, à se rendre à la sortie des entreprises et à l’expliquer aux salariés. On va rire deux secondes. Ce discours qui a sans doute une belle portée chez ceux qui n’ont jamais vu une usine ou qui se complaisent dans les discours faciles à la Al Gore, ne mesurent pas que l’urgence est à relancer la machine industrielle, seule capable de créer les millions d’emplois dont notre pays a besoin pour sortir du marasme économique dans lequel il s’enfonce toujours un peu plus. Bien évidemment il va falloir lancer d’importants programmes publics de recherche dans les énergies du futur, mettre des centaines d’ingénieurs au travail pour inventer la production énergétique de demain. Cependant, Le Pen triomphera dans l’électorat populaire si nous continuons à axer symptomatiquement notre discours là-dessus. L’édification de quelques centrales thermiques ou l’installation d’éoliennes en mer ne permettront certainement pas de répondre aux défis colossaux qui nous attendent pour éviter le pire. Des millions de français veulent pouvoir avoir la certitude de mettre quelque chose dans leur assiette et celle de leurs enfants. D’ailleurs, bien évidemment il est juste d’évoquer les problématiques des protéïnes carnées et des circuits courts. Mais combien de foyers n’ont plus la possibilité de manger de la viande ne serait-ce qu’une fois dans la semaine ?  Un peu de bon sens serait le bienvenu …

On pourrait parler également du fait que le programme proposé par la France insoumise ne propose pas de détruire les logiques systémiques qui fondent le modèle libéral. Encore moins le modèle capitaliste. Hormis la proposition du retour à l’impôt progressif et l’augmentation du Smic, rien de bien palpitant il faut le dire. Le programme de 1981 était plus révolutionnaire encore que celui de Mélenchon. Dans le projet de la France Insoumise, on propose un plan de relance via le vecteur de l’économie verte aux potentialités réelles il est vrai, mais limitées. Quid de la nationalisation bancaire ? Quid de la place des salariés dans l’entreprise et de la possibilité de prendre progressivement le pouvoir dans cette dernière ? Quid des moyens proposés pour mettre fin à l’exil fiscal ? … Mélenchon travaille à perpétuer l’héritage du réformisme social-démocrate. Par ailleurs la révolution citoyenne, la refonte institutionnelle ne peuvent pas et ne doivent pas se limiter à un bidouillage constitutionnel qui ressusciterait la quatrième République et à inscrire la règle verte dans la prochaine constitution. Règle verte qui, si nous l’avions suivie à la lettre jusqu’ici, ferait que nous vivrions encore aujourd’hui à l’âge de pierre. La démocratie elle doit avant tout exister dans les entreprises et au travers d’assemblées populaires locales.

Bref j’invite mes camarades à aller au-delà l’enrobage qui peut paraître séduisant. Voyez l’arrivée de la droite la plus réactionnaire depuis la guerre et l’urgence de porter une alternative ambitieuse, véritablement révolutionnaire. De terribles années nous attendent sûrement et il va falloir une force organisée, patiente, militante pour pouvoir y faire face. Pas une auberge espagnole où l’on apprend par cœur son catéchisme pour ensuite le répéter en boucle sur les réseaux sociaux. Il faut des militants qui se forgent une conscience reposant sur une matrice philosophique solide, un marxisme de notre temps, une approche dialectique et matérialiste de l’histoire. Comment un militant qui pense qu’un homme peut tout changer peut-il avoir conscience de ce que sont les rapports de classes ? Que sans luttes, le progrès démocratique n’est rien ? Que la démocratie bourgeoise ne pourra jamais aller plus loin que ce qu’elle est ? Il ne s’agit pas de problématiques anodines mais bien du cœur de notre engagement.

Ne permettons donc pas, nous communistes, à cette entreprise de s’imposer seule dans le paysage alternatif. Ne nous abandonnons pas dans cette dynamique qui s’avérerait fatale en fin de compte. Nous subissons aujourd’hui encore les errements et renoncements du rassemblement autour du programme commun, ceux qui résultent également de la gauche plurielle qui a permis à Le Pen d’accéder au second tour de la présidentielle pour la première fois. Tirons donc les enseignements de nos échecs passés.

Que deviendra la France Insoumise sans son chef ? Ces gens qui n’ont pas l’expérience du temps long, qui n’ont pas l’expérience de la force collective pour surmonter l’adversité, les défaites successives, retrouverons-nous les demain pour empêcher les plans de la bourgeoisie de se réaliser ? Après 2012, où étaient-ils tous passés ? Pourquoi nous sentions-nous finalement si seul pour continuer la bataille ? Le candidat Mélenchon dans la circonscription d’Hénin-Beaumont, pourquoi n’est-il jamais revenu ? Pourquoi n’était-il pas, il y a peu, avec nous devant le local du Secours Populaire pour s’opposer à la sale manœuvre de la mairie FN ? Pourquoi pour s’opposer aux expulsions locatives il n’y avait que les communistes ?

Toutes ces interrogations doivent guider notre choix. Ne nous laissons pas endormir par les sondages ou les discours aventureux des uns et des autres. Le PCF ne rassemble plus parce que depuis des années nous nous sommes convaincus que nous n’en avions plus la force, la capacité. Pourtant, localement, lorsque nous sommes actifs, organisés, que nous ne renions pas ce que nous sommes, nous nous renforçons, nous rassemblons. Il est clair que nos concitoyens réclament de l’authenticité, de l’audace, du courage et une force qui leur ressemble. Non pas une simple bulle médiatique. Non pas de beaux discours bien prononcés. Nos idées ont de l’avenir. Elles ne pourront survivre et grandir que si elles sont portées par une organisation capable de ne pas flancher, capable de se déployer vite et bien, d’être en prise avec le réel, dans les quartiers et les entreprises. Alors camarades, l’heure n’est pas venue d’abdiquer ou de faire un choix contraint et forcé. L’heure est venue d’exister.

G.S

Mélenchon, génie politique et avenir de résistance ?

Caroline ANDREANI, 18 novembre 2016

Réponse à une déclaration de Claude Mazauric en faveur de JL Mélenchon*

(28 septembre 2016)


Depuis la conférence nationale du 5 novembre, qui a mis en minorité un secrétaire national à bout de souffle, les partisans de la candidature Mélenchon ne cessent de convoquer des avis éclairés pour convaincre les récalcitrants de voter comme il faut.

C’est ainsi que resurgit la contribution de Claude Mazauric, déjà vieille de plusieurs semaines, où il affirme son engagement en faveur de Mélenchon.

Que dit-il exactement ?

1- Que les partisans d’une candidature communiste font un choix moral et affectif, qui s’inscrit dans « un champ idéologique traditionnel par son référentiel », et dans « une perspective mythique et même eschatologique ». Lequel choix conduirait à « la presque fin pratique » du PCF.

Décryptage : les partisans de la candidature communiste sont des nostalgiques, qui n’ont pas compris que leur choix conduirait à l’extinction de leur parti.

Voilà une affirmation pour le moins lapidaire qui demanderait à être étayée.

2- Claude Mazauric soutient Mélenchon, convaincu qu’il a été par « le rapport argumenté de Pierre Dharéville ».

C’est curieux comme la perception des situations peut varier d’un individu à un autre. En entendant Pierre Dharéville, j’ai plutôt eu la sensation qu’il naviguait à vue, et que la ligne qu’il défendait était celle du report de la décision.

Claude Mazauric salue le « coup de génie politique » de Mélenchon qui en déclarant sa candidature fin 2015, aurait porté « un coup majeur » à la « crédibilité du Parti socialiste ».

On peut toujours trouver des justifications à ses choix politiques. Encore faudrait-il ne pas trop forcer le trait.

Quand Jean-Luc Mélenchon a déclaré sa candidature, il a surtout torpillé la primaire de la petite gauche voulue par Pierre Laurent. Les « Lundis de la gauche », qui donnaient la parole au ban et à l’arrière-ban des intellectuels non communistes, étaient un ballon d’essai à la recherche d’une candidature commune face à… Mélenchon ! Avec le flair politique qui le caractérise, Pierre Laurent a sollicité Caroline de Haas et Thomas Piketty… Et par un heureux hasard du calendrier, Emmanuelle Cosse a torpillé plus encore la perspective d’une candidature commune en trahissant les siens par son entrée surprise au gouvernement.

Quant à la crédibilité du Parti socialiste, quatre années de mesures en faveur du patronat, d’alignement sur les politiques européennes les plus régressives et de guerres coloniales tous azimuts l’ont certainement bien plus entamée que la candidature d’un électron libre issu de ses rangs.

Car enfin, on peut crier au génie politique. Mais il a tout de même fallu trente ans à Jean-Luc Mélenchon pour se rendre compte que le Parti socialiste s’était converti à « l’ordolibéralisme européiste », pour reprendre les termes de Claude Mazauric. C’est faire preuve d’une lucidité tardive.

Ensuite, l’appel à voter François Hollande sans poser de conditions – ce qui n’avait rien à voir avec une participation gouvernementale – ressemble sacrément à une erreur de stratégie plus qu’à une décision politique mûrement réfléchie. Cela aurait pu permettre de créer un rapport de forces, comme l’ont fait les communistes français en 1936 lorsqu’ils soutenaient le Front populaire tout en se refusant à participer à un gouvernement d’union avec les socialistes et les radicaux.

La position de Claude Mazauric, si respectable soit-elle, repose sur une analyse très partielle de la situation. La candidature de Jean-Luc Mélenchon peut-elle servir d’outil pour recomposer le paysage politique à gauche ? Rien n’est moins sûr. À Hénin-Beaumont, les classes populaires ne se sont pas reconnues dans le candidat de L’humain d’abord.

Le système médiatique fait la part belle à des personnalités comme Jean-Luc Mélenchon, qui ont l’habitude des plateaux de télévision et la répartie (un peu trop) facile. Mais il reste un objet médiatique, comme Besancenot avant lui, favorisé par l’absence d’autres candidatures porteuses. Jean-Luc Mélenchon est certes brillant, mais il n’a pas su créer, depuis sa candidature en 2012, autre chose qu’un mouvement-croupion regroupant des affidés.

Sa candidature est-elle un « avenir de résistance », un « avenir non mythique », comme l’affirme Claude Mazauric ?

Personnellement, j’ai du mal à y croire, et j’ai même du mal à comprendre comment un historien comme Claude Mazauric peut partager cette conviction, qui pour le coup ressort du mythe. Je ne saurais dire si une candidature communiste empêchera la disparition du PCF. Mais il y a une chose dont je ne doute pas, c’est que le soutien à la candidature Mélenchon se soldera par sa disparition.

Quand Maurice Lemoine botte les fesses de Guillaume Erner (France Culture)

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imagesLettre de Maurice Lemoine au médiateur de Radio France sur le traitement du Vénézuéla dans la matinale (16/11) de France Culture.

(Invitée : Paula Vasquez (EHESS / CNRS)

Votre message a bien été envoyé au Médiateur des antennes de Radio France. Il est en cours de traitement.

De : Monsieur Maurice Lemoine (75018)
Concernant la chaîne : France Culture

Votre message :

Au nom de la droite et de l’extrême droite vénézuéliennes, merci à M. Guillaume Erner pour son traitement de la crise vénézuélienne, à travers une seule intervenante, représentante (assez caricaturale, je vous l’accorde, mais universitaire, vous avez eu raison de le souligner) de l’opposition.

Merci d’avoir caché les responsabilités bien réelles de cette opposition dans la crise – en particulier dans le report (et non l’interdiction) du Référendum révocatoire.

Merci d’avoir occulté que se déroule actuellement un « dialogue », sous les auspices d’individus extrêmement douteux – M. Ernesto Samper, secrétaire général de l’Union des nations sud-américaines (Unasur) ; les ex-présidents panaméen et dominicain Martin Torrijos et Leonel Fernandez ; l’ex-chef du gouvernement espagnol José Luis Zapatero ; le représentant du Pape, Mgr Emil Paul –, dialogue auquel s’oppose la partie la plus « droitière » de l’opposition, représentée ce matin sur votre plateau.

Merci d’avoir innocemment introduit une petite séquence « Jean-Luc Mélenchon » dans votre lynchage des présidents Chavez et Maduro.

Merci encore de ne pas avoir mentionné, en évoquant les « pénuries » et la « famine », les similitudes étonnantes qu’elles présentent avec le phénomène constaté au Chili durant les mois qui ont précédé le renversement de Salvador Allende.

Merci surtout d’avoir laissé raconter qu’on ne trouve plus un journal dans les rues de Caracas – les occasions de rire sont tellement rares que, lorsqu’il s’en présente une, il faut en profiter à fond.

Merci, mille fois merci, de participer à l’affaiblissement du service public en lui ôtant toute crédibilité – ceux qui rêvent de le démanteler vous en seront gré.

Maurice Lemoine *

* NdR : Ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique, auteur de nombreux ouvrages sur l’Amérique Latine qu’il sillonne depuis trente ans, Maurice Lemoine a récemment publié « Les enfants cachés du général Pinochet. Précis de coups d’Etat modernes et autres tentatives de déstabilisation » (ed. Don Quichotte, 2015).

Pour écrire au médiateur : http://mediateur.radiofrance.fr/contact/mediateur/)

Trump : les raisons de la victoire

Bruno GUIGUE

Investig’action, 10 novembre 2016

http://www.investigaction.net/trump-les-raisons-de-la-victoire/


La veille du scrutin, un grand journal américain écrivait : « Trump est dans son bunker comme Hitler la veille de sa mort ». Quel brillant pronostic ! Il résume l’aveuglement impressionnant de ces élites bien-pensantes qui croient que leur monde est le monde tout court. Provoquant un véritable séisme politique, le businessman new-yorkais vient de conquérir la Maison blanche à la hussarde. Il a transformé le camp adverse en champ de ruines. Il a ridiculisé les médias qui n’ont eu de cesse de le vilipender.

Enfin, et ce n’est pas rien, il frappe de stupeur une classe politique européenne qui s’était amourachée d’Hillary Clinton parce qu’elle lui ressemblait. A l’image d’un président Hollande qui bredouille des platitudes faute d’avoir quelque chose d’intelligent à dire sur la déculottée qu’il vient de recevoir, cette classe politique ne sait plus à quel saint se vouer. Elle croyait au mythe de l’Amérique « leader du monde libre », et ce mythe ridicule s’évanouit sous les vivats qui saluent le discours de victoire de ce nouvel élu qu’elle abhorrait. Il va falloir qu’elle s’en accommode.

Pourquoi Donald Trump a-t-il gagné ?

On peut formuler trois hypothèses.

Premièrement, de larges couches de la population ont vu dans le candidat républicain un recours contre des politiques libre-échangistes qui les ont appauvries. Les mêmes analystes qui fulminent contre Donald Trump oublient généralement de rappeler qu’aux USA il y a 20 à 25% de pauvres. Les classes moyennes ont encaissé le choc en retour de la crise de 2008 et les travailleurs ont fait les frais de la mondialisation libérale encensée par les démocrates. Après huit années de présidence Obama, ce délabrement de la société américaine peut difficilement être porté au crédit du président sortant. Première leçon de cette élection : quand ceux qui se disent progressistes ne le sont qu’en paroles, le peuple essaie autre chose.

Deuxièmement, Donald Trump a gagné parce qu’il est apparu à tort ou à raison comme un électron libre, sans allégeance particulière, voire étranger au système politique traditionnel. Le milliardaire qui pavoise les gratte-ciel de son nom en lettres géantes, bien sûr, est un pur produit du système capitaliste. Il aime se présenter comme un self-made man qui s’est taillé un empire immobilier dans la jungle new-yorkaise. Evidemment ce n’est qu’une belle histoire enjolivée pour les besoins de la cause, mais peu importe puisque les Américains qui votent pour lui ont follement envie d’y croire.

Représentatif d’une couche de managers chevillée au marché intérieur, il a fait fortune dans l’immobilier, la télé-réalité et les élections de miss. Trump, c’est l’homme qui vend du rêve aux Américains, de préférence « blancs, masculins et peu éduqués », comme disent aimablement les sociologues. Il a choisi son cœur de cible et il s’y est tenu, quitte à caresser dans le sens du poil les tendances xénophobes et islamophobes de l’Amérique profonde, avivées par le climat international et les problèmes liés à l’immigration clandestine.

Du coup, il a pu tenir un discours contre le système oligarchique tout en étant lui-même un parfait oligarque. Contrairement à Hillary Clinton, il n’a pas sollicité le soutien des lobbies qui font et défont les carrières politiques aux USA. Les magnats de l’armement, les financiers de Wall Street et les prête-nom d’Israël lui ont préféré son adversaire. N’étant pas leur débiteur, rien ne le retenait de faire le procès de « l’establishment » comme s’il n’en faisait pas partie. Capitaliste sans complexe, mais franc-tireur, il a su détourner à son profit la vindicte populaire contre les vautours de la finance qui se sont enrichis pendant la crise sur le dos des classes moyennes. Deuxième leçon de cette élection : quand le peuple en veut à l’oligarchie, il vaut mieux montrer qu’on ne dépend pas d’elle, même si on en fait partie.

Troisièmement, Donald Trump doit aussi son succès massif, bien sûr, au climat pestilentiel qui régnait autour de la candidate démocrate. Experte en double langage, Hillary Clinton s’est pris les pieds dans le tapis à force de multiplier les mensonges. Elle s’est mouillée jusqu’au cou avec Wall Street, allant jusqu’à confesser qu’elle se sentait « plus proche des financiers que de la classe moyenne depuis qu’elle et Bill avaient gagné des dizaines de millions de dollars ». Le trucage éhonté des primaires démocrates et l’affaire rocambolesque des emails ont fait le reste. Les ploucs qui se lèvent tôt le matin pour aller nourrir leur famille ou payer les études de leurs enfants viennent de renvoyer l’ascenseur à celle dont ils ne supportaient plus la duplicité. Direction le sous-sol.

On va beaucoup dire, à gauche, que la victoire de Trump est surtout la défaite de Clinton parce que c’était une mauvaise candidate. Mais peu d’observateurs iront jusqu’à admettre que c’était une mauvaise candidate parce que le parti démocrate lui-même est une véritable planche pourrie. C’est pourtant vrai. Et si ce parti est en putréfaction, c’est parce qu’il s’est livré au clan Clinton, cheval de Troie des intérêts capitalistes les plus rapaces au sein du système politique américain.

Pourtant, pour la première fois, le parti démocrate avait un candidat honorable. Bernie Sanders n’était ni menteur, ni corrompu. Il avait des idées sur la société américaine qui séduisaient cette partie de la jeunesse qui ne voulait pas passer sa vie à se prosterner aux pieds du dieu-dollar. Mais il n’avait aucune chance parce que le système n’en voulait pas. Avides de pouvoir, les Clinton l’ont cyniquement descendu en plein vol pour le compte d’une oligarchie cupide. Le symbole des Clinton, c’est la fondation du même nom. Cette pompe à fric financée par les Saoudiens fut l’instrument d’une effroyable corruption et d’une compromission éhontée avec les sponsors du terrorisme. Vaincue, Hillary Clinton ira donc rejoindre le club des conférenciers à 300 000 dollars. Bon débarras.

Bruno Guigue | 9 novembre 2016

Bruno Guigue, est un ex-haut fonctionnaire, analyste politique et chargé de cours à l’Université de la Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles.