Comment « Le Monde » invente la « répression » au Venezuela


La majorité des victimes sont des travailleurs qui allaient au boulot , des militants chavistes ou des membres des forces de l’ordre.

Mettons-nous dans la peau d’un habitant de la planète qui n’aurait que les médias pour s’informer sur le Venezuela et à qui jour après jour, on parlerait de « manifestants » et de « répression ». Comment ne pas comprendre que cette personne croie que la population est dans la rue et que le gouvernement la réprime ?

Mais il n’y a pas de révolte populaire au Venezuela. Malgré la guerre économique la grande majorité de la population vaque à ses occupations, travaille, étudie, survit. C’est pourquoi la droite organise ses marches au départ des quartiers riches. C’est pourquoi elle recourt à la violence et au terrorisme, dont les foyers sont localisés dans les municipalités de droite. ll y a 90% de quartiers populaires au Venezuela. On comprend l’énorme hiatus : les médias transforment les îles sociologiques des couches aisées (quelques % du territoire) en « Venezuela ». Et 2% de la population en « population ». (1)

Le 12 mai l’ex-présidente argentine Cristina Fernández, après Evo Morales, a dénoncé « la violence utilisée au Venezuela comme méthodologie pour arriver au pouvoir, pour renverser un gouvernement » (2). Depuis l’Équateur, l’ex-président Rafael Correa a rappelé que « le Venezuela est une démocratie. C’est par le dialogue, avec les élections, que doivent se régler les divergences. De nombreux cas de violences viennent clairement des partis d’opposition » (3). C’est aussi la position du Caricom, qui regroupe les pays des Caraïbes (4). Le Pape François a dû pousser les évêques du Venezuela qui comme dans le Chili de 1973 traînaient les pieds face au dialogue national proposé par le président Maduro (5). Ce dernier a par ailleurs lancé le processus participatif de l’Assemblée Constituante, avec vote à la clef, et confirmé la tenue du scrutin présidentiel légalement prévu en 2018.

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Assemblée populaire et d’enseignants pour faire des propositions dans le cadre de l’Assemblée Nationale Constituante, dans l’état d’Apure le 20 mai 2017. Ce processus doit être ouvert et participatif. Une image qu’on ne risque pas de voir dans les médias… Photo de Marco Teruggi

Depuis la disparition d’Hugo Chavez en 2013, le Venezuela est victime d’une guerre économique qui vise à priver la population des biens essentiels, principalement les aliments et les médicaments. La droite locale renoue avec certains éléments de la stratégie mise en place jadis au Chili par le tandem Nixon-Pinochet, en clair provoquer l’exaspération des secteurs populaires jusqu’au débordement de rage et légitimer la violence. Selon le rapport budgétaire 2017 mis en ligne sur le site du Département d’Etat (6), 5,5 millions de dollars ont été versés aux “sociétés civiles” du Venezuela. Le journaliste vénézuélien Eleazar Diaz Rangel, directeur du quotidien Ultimas Noticias (centre-droit) a révélé des extraits du rapport que l’amiral Kurt Tidd, chef du Southern Command, a envoyé au Sénat US : « avec les facteurs politiques de la MUD (coalition vénézuélienne de l’opposition) nous avons mis au point un agenda commun qui comprend un scénario abrupt combinant des actions de rue et l’emploi dosifié de la violence armée sous l’angle de l’encerclement et de l’asphyxie » . (7)

La phase insurrectionnelle implique d’attaquer des services publics, des écoles, des maternités (El Valle, El Carrizal) et des établissements de santé, barrer les rues et les principales artères routières pour bloquer la distribution des aliments et paralyser l’économie. A travers les médias privés, majoritaires au Venezuela, la droite appelle ouvertement les militaires a mener un coup d’État contre le président élu (8). Plus récemment les bandes paramilitaires colombiennes passent du rôle de formatrices a un rôle plus actif : le corps sans vie de Pedro Josué Carrillo, militant chaviste, vient d’être retrouvé dans l’État de Lara, portant les marques de torture typiques au pays d’Uribe (9).

Malgré les mortiers, armes à feu, grenades ou cocktails Molotov utilisés par les manifestants « pacifiques » (sans oublier les mannequins de chavistes pendus aux ponts, signature du paramilitarisme colombien), la loi interdit à la Police ou la Garde Nationale d’user de leurs armes à feu. Les manifestants de droite en profitent pour pousser leur avantage, déverser leur racisme sur les gardes ou policiers, les provoquer à coups de jets d’urine, d’excréments et de tirs à balles réelles, guettant la réaction pour les caméras de CNN. Les fonctionnaires des forces de l’ordre qui ont désobéi et qui se sont rendus coupables de blessures ou de morts de manifestants ont été arrêtés et poursuivis en justice (10). Le fait est que la grande majorité des victimes sont des travailleurs qui allaient au boulot ou en revenaient, des militants chavistes ou des membres des forces de l’ordre (11). C’est pourquoi le « Monde » parle de morts en général – pour que l’on croie qu’il s’agit de « morts du régime ». Allonger la liste des « morts » sert à augmenter l’appui planétaire a la déstabilisation : il y a dans ces meurtres, il est terrible de le constater, un effet de commande médiatique.

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Après avoir vendu cette image à son réseau international, l’agence Reuters s’est « excusée » d’avoir fait passer pour une arrestation arbitraire visant à étouffer la liberté d’expression ce qui était en réalité l’aide apportée par un garde national à un caméraman blessé…

Tout manifestant qui tue, détruit, agresse, torture, sabote sait qu’il sera sanctifié par les médias internationaux. Ceux-ci sont devenus un encouragement à poursuivre le terrorisme. Toute mort, tout sabotage économique seront attribués au « régime » y compris à l’intérieur du Venezuela où les médias, comme l’économie elle-même, sont majoritairement privés. Que la démocratie participative qu’est le Venezuela tente de se défendre comme doit le faire tout État de Droit, et elle sera aussitôt dénoncée comme « répressive ». Qu’elle ose punir un terroriste, et celui-ci deviendra ipso facto un « prisonnier politique ». Pour le journaliste et sociologue argentin Marco Teruggi « pour une intervention au Venezuela, le Gouvernement des États-Unis a des conditions plus favorables que celle qu’il avait pour bombarder la Libye si on tient compte du fait que l’Union Africaine avait condamné cette intervention presque à l’unanimité. (..) Tout dépend de la capacité de la droite à soutenir longtemps un bras de fer dans la rue en tant qu’espace politique. D’où l’importance de maintenir la caisse de résonance médiatique internationale » (12).

Exemple sordide de cette alliance : le 5 mai 2017, à l’aide d’une photo digne d’un ralenti hollywoodien (mais qui n’est pas celle de la victime) « Le Monde » dénonce « la mort d’un leader étudiant tué lors des protestations contre le projet du président Maduro de convoquer une assemblée constituante ». Or la victime, Juan (et non José comme l’écrit « le Monde ») Bautista Lopez Manjarres est un jeune dirigeant étudiant révolutionnaire assassiné par un commando de droite alors qu’il participait a une réunion de soutien au processus d’assemblée constituante.

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Le dernier tweet de Juan Bautista Lopez Manjarres : la conférence de presse où il annonçait le soutien du secteur étudiant au processus de l’assemblée constituante

« Le Monde » mentionne aussi la réaction du chef d’orchestre Gustavo Dudamel, en tournée à l’étranger, qui demande que « cesse la répression » à la suite de la mort du jeune joueur de violon alto Armando Cañizales. Or ce musicien n’a pas été victime de la répression mais, lui aussi, d’un projectile tiré des rangs de la droite.

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Armando Cañizales

Le journal espagnol La Vanguardia, bien que virulent opposant a la révolution bolivarienne, l’admet exceptionnellement sous la plume de son envoyé spécial Andy Robinson : « De même qu’à d’autres moments de cette crise, le storytelling d’une jeunesse héroïque massacrée par la dictature bolivarienne ne colle pas dans le cas d’Armando Cañizales. (..) Il est pratiquement sûr que le projectile n’a pas été tiré par la police mais par les manifestants eux-mêmes. Il est notoire que certains d’entre eux ont fabriqué des armes artisanales pour les affrontements quotidiens avec la police » (13).

La réaction rapide de Mr. Dudamel est représentative des personnalités artistiques – nombreuses, on peut mentionner Ruben Blades ou René du groupe Calle 13 – subissant la forte pression du dispositif médiatique de leurs pays, contraintes de faire des déclarations pour satisfaire l’opinion publique convaincue à 99 % par les médias qu’il faut dénoncer la « répression au Venezuela ».

Le 16 mai, « Le Monde » dénonce « la mort d’un jeune de 17 ans, blessé par balle lors d’un rassemblement contre le président Maduro » (article ci-dessus). C’est faux. L’enquête montre que Yeison Natanael Mora Castillo a été tué par un projectile identique à celui utilisé pour assassiner le jouer de violon alto Cañizales. Il ne participait pas davantage à un rassemblement anti-Maduro. Ses parents sont membres d’une coopérative en lutte pour récupérer un latifundio de sept mille hectares, subissant depuis longtemps les attaques du grand propriétaire. Ils ont porté plainte contre les organisateurs de la marche de l’opposition et dans une interview au journal local Ciudad Barinas ont dénoncé la manipulation internationale de l’assassinat de leur fils, imputé faussement au gouvernement Maduro. (14)

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Yeison Natanael Mora Castillo

Imputer systématiquement au gouvernement bolivarien les assassinats commis par la droite, c’est tout le « journalisme » de Paulo Paranagua. Le 21 avril déjà, il impute aux collectifs chavistes la mort d’un étudiant de 17 ans, Carlos Moreno, tué d’une balle dans la tête, tout comme celle de Paola Ramirez Gomez, 23 ans. Double mensonge. Selon la famille de Carlos Moreno, l’adolescent ne participait à aucune manifestation et se rendait a un tournoi sportif. Son assassin vient d’être arrêté : il s’agit d’un membre de la police d’Oscar Oscariz, maire de droite de la municipalité de Sucre. Le journal d’opposition Tal Cual en a rendu compte (15). Quant à la deuxième victime mentionnée par Paranagua, Paola Rodríguez, son assassin a été arrêté également par les autorités : il s’agit d’Iván Aleisis Pernía, un militant de droite.

Certes le « quotidien vespéral des marchés » n’est pas seul à mentir de manière aussi sordide dans ce « combat pour la liberté ». La Libre Belgique, le New York Times, France-Culture, El Pais, Le Figaro ou même Mediapart sont autant de robots de la vulgate mondiale. Cette invention de « la répression » est d’autant plus facile que l’image archétypale du manifestant matraqué par un garde national est gagnante d’avance lorsqu’on est privé d’accès au hors-champ de l’image. Loin du Venezuela, seuls les happy few flaireront la mise en scène où des jeunes sont entraînés, armés, payés pour provoquer les forces de l’ordre et produire « l’image » nécessaire. La concentration planétaire des médias et la convergence croissante des réseaux sociaux avec les médias dominants fait le reste, fixant l’imaginaire de la gauche comme de la droite. On voit ainsi des « insoumis » politiquement se soumettre médiatiquement et ajouter sans le savoir leur petite pierre à la campagne mondiale :

Et ci-dessous le retweeteur de cette belle affiche n’imagine sans doute pas la supercherie qui se cache derrière l’Anonymous vénézuélien. Cette capacité de l’extrême droite d’emprunter au mouvement alternatif mondial certains de ses symboles pour capitaliser un appui est décryptée ici : « Quand tombe le masque de Guy Fawkes de l’opposition vénézuélienne » (16)

Bref, comme si l’histoire de la propagande et des guerres ne nous avait rien appris, nous retombons sans cesse dans la nasse. Malcolm X avait prévenu : « si vous n’y prenez garde, les médias vous feront prendre les victimes pour les bourreaux et les bourreaux pour les victimes ». En transformant les violences de l’extrême droite en « révolte populaire », en rhabillant en « combattants de la liberté » des assassins nostalgiques de l’apartheid des années 90, c’est d’abord contre les citoyens européens que l’uniformisation médiatique sévit : la majorité des auditeurs, lecteurs et téléspectateurs appuient sans le savoir une agression visant à renverser un gouvernement démocratiquement élu. Sans démocratisation en profondeur de la propriété des médias, la prophétie orwellienne se fait timide. Le Venezuela est assez fort pour empêcher un coup d’État comme celui qui mit fin à l’Unité Populaire de Salvador Allende mais la coupure croissante de la population occidentale avec le monde se retournera contre elle-même.

Micro-manuel d’auto-défense face à la déferlante médiatique.

« Le Venezuela est un « régime dictatorial ». Faux. Depuis 1999, le Venezuela bolivarien a organisé un nombre record de scrutins (25), reconnus comme transparents par les observateurs internationaux. Selon l’ex-président du Brésil Lula da Silva, il s’agit d’un “excès de démocratie”. Pour Jimmy Carter qui a observé 98 élections dans le monde, le Venezuela possède le meilleur système électoral du monde. En mai 2011 le rapport de la canadienne Fondation pour l’Avancée de la Démocratie (FDA) a placé le système électoral du Venezuela à la première place mondiale pour le respect des normes fondamentales de démocratie. L’ONG chilienne LatinoBarometro a établi dans son rapport 2013 que le Venezuela bat les records de confiance citoyenne dans la démocratie en Amérique Latine (87 %) suivi de l’Équateur (62 %) et du Mexique (21 %). Le président Nicolás Maduro vient de lancer un processus constituant participatif qui permet à tous les secteurs sociaux de faire leurs propositions, ce qui donnera un nouveau scrutin, et a réaffirmé que des élections présidentielles auront lieu en 2018 comme le stipule la loi.

« Il n’y pas de liberté d’expression au Venezuela  ». Faux. Sur les plus de 1000 stations de radio et chaînes de télévision auxquelles l’État a accordé l’autorisation d’émettre, 67% sont privées (la grande majorité opposées à la révolution bolivarienne), 28% sont aux mains des communautés mais ne transmettant que sur une échelle strictement locale et 5% sont propriété de l’État. Sur les 108 journaux qui existent, 97 sont privés et 11 publics. 67% de la population vénézuélienne a accès à internet. Cette plate-forme dominante des médias privés renforcée par le réseau des transnationales joue un rôle crucial dans la désinformation au service de la déstabilisation. Pour un dossier détaillé et chiffré de ce paysage médiatique, voir « François Cluzel ou l’interdiction d’informer sur France-Culture  » (17)

« Il y a des prisonniers politiques au Venezuela ». Faux. A moins de considérer comme « prisonniers politiques » les assassins du parti d’extrême droite Aube Dorée emprisonnés en Grèce. Dans un État de Droit, qu’il s’appelle France ou Venezuela, être de droite ne signifie pas être au-dessus des lois ni pouvoir commettre impunément des délits tels qu’assassinats, attentats à la bombe ou corruption. Ce n’est pas pour leurs opinions politiques mais pour ce type de délits que des personnes ont été jugées et emprisonnées (18). Dans la pratique on observe d’ailleurs un certain laxisme de la justice. Selon la firme privée de sondages Hinterlaces, 61 % des vénézuéliens considèrent que les promoteurs des violences et des actes de terrorisme devraient répondre de leurs actes devant un tribunal (19).

Rappelons que les leaders actuels de la droite n’ont jamais respecté les institutions démocratiques : ce sont les mêmes qui en avril 2002 avaient mené un coup d’État sanglant contre le président Chavez, avec l’aide du MEDEF local et de militaires formés à la School of Americas. Ce sont les mêmes qui ont organisé les violences de 2013 à 2016. Notons l’identité d’un de leurs mentors : Alvaro Uribe, un des plus grands criminels contre l’humanité de l’Amérique Latine, ex-président d’un pays gouverné par le paramilitarisme et les cartels de la drogue, qui possède les plus grandes fosses communes du monde, qui compte 9500 prisonniers politiques, 60.630 personnes disparues au cours des 45 dernières années et qui depuis la signature des accords de paix a repris une politique sélective d’assassinat de leaders sociaux et de défenseurs des droits de l’homme. Pour une information complète et en photos sur ces liens des héros du « Monde » avec le paramilitarisme colombien, lire « Venezuela : la presse française lâchée par sa source ? ».

Thierry DERONNE
Venezuela, 20 mai 2017.

»» https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/20/comment-le-monde-inven…

Notes

  1. Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/22/brevissime-cours-de-journalisme-pour-ceux-qui-croient-encore-a-linformation/
  2. Entretien intégral de Cristina Kirschner avec Jorge Gestoso https://www.youtube.com/watch?v=-WM6nD6hPu0
  3. http://ambito.com/883274-tras-reunirse-con-michetti-correa-defendio-a-venezuela . Voir aussi http://www.telesurtv.net/news/Long-rechaza-injerencia-de-EE.UU.-en-asuntos-internos-de-Venezuela-20170518-0039.html
  4. http://correodelorinoco.gob.ve/cancilleres-de-caricom-resaltan-solucion-pacifica-para-situacion-de-violencia-en-venezuela
  5. http://www.ultimasnoticias.com.ve/noticias/politica/papa-francisco-dialogo-venezuela-afectado-la-division-la-oposicion/
  6. https://www.state.gov/documents/organization/252179.pdf (voir page 96)
  7. http://www.southcom.mil/Portals/7/Documents/Posture%20Statements/SOUTHCOM_2017_posture_statement_FINAL.pdf?ver=2017-04-06-105819-923
  8. Comme le reconnaît Julio Borges, leader du parti d’extrême droitePrimero Justicia et actuel président de l’Assemblée Nationale, dans l’interview non complaisante que lui fait le journaliste de la BBC Stephen Sackur, le 19 mai 2017 : http://bbc.co.uk/programmes/p052nsxd
  9. http://tatuytv.org/index.php/noticias/duelo/3680-terrorismo-hallan-sin-vida-y-con-signos-de-tortura-a-militante-del-psuv-secuestrado-en-zona-opositora
  10. Détails de plusieurs cas sur le site du Parquet : http://bit.ly/2ro4iXE ; http://bit.ly/2qE9MNb ; http://bit.ly/2q5RsbU ; http://bit.ly/2rnNT5s
  11. http://albaciudad.org/2017/05/lista-fallecidos-protestas-venezuela-abril-2017/
  12. http://hastaelnocau.wordpress.com/2017/05/09/radiografia-de-la-violencia
  13. http://www.lavanguardia.com/internacional/20170507/422343873153/violinista-muerto-venezuela-manifestaciones.html
  14. http://www.desdelaplaza.com/poder/yeison-lo-mataron-manifestantes-la-mud-destacado/
  15. http://www.talcualdigital.com/Nota/142708/detenido-polisucre-por-asesinato-de-estudiante-de-la-ucv-carlos-jose-moreno
  16. https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/15/fauxccupy-sous-les-masques-de-guy-fawkes-de-lopposition-venezuelienne
  17. https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/12/thomas-cluzel-ou-linterdiction-dinformer-sur-france-culture
  18. https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/08/04/venezuela-la-presse-francaise-lachee-par-sa-source/
  19. http://hinterlaces.com/61-afirma-que-responsables-de-manifestaciones-violentas-deberian-ir-presos/
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MACRON, ou de la double injonction

Georges Gastaud, PRCF, 3 mai 2017


Ou comment M. Macron dévoie la générosité des antifascistes pour légitimer sa prochaine guerre-éclair contre les acquis sociaux.

« Un individu constamment placé en situation de double contrainte (double bind) met en danger sa santé mentale ». Donald Laing, psychanalyste anglais.

Par Georges Gastaud (Prcf).

Macron a sèchement refusé la demande de Mélenchon de retirer au moins de son paquet néo-thatchérien la future contre-réforme sur le Code du travail, c’est-à-dire la Loi Travail puissance quatre.

Macron a justifié son refus en prétendant que « les Français » (en réalité, seulement 24% des exprimés et 16% des inscrits ont voté Macron, mais sans doute les autres électeurs ne sont-ils pas « français »…) ont validé ces réformes au 1er tour et qu’il les ferait passer toutes coûte que coûte (et pour cause, c’est pour cela que la finance internationale a massivement investi sur Macron !). Il a certes ajouté qu’il rencontrerait l’ensemble des syndicats (c’est un minimum !) mais bien évidemment, le but ne sera pas de négocier : tout est bouclé !, mais de doter d’une apparence « concertée » les ordonnances programmées pour l’été : merci d’avance à la CFDT ! Bref, le grand « démocrate antifasciste » qu’est Macron s’apprête à piétiner à nouveau la CGT, FO, SUD, la FSU et l’UNEF, qui ont contesté la Loi Travail, et à leur imposer un super-49.3 pour les remercier d’un éventuel vote de « barrage antifasciste » portant PAR DEFAUT le candidat d’En marche à l’Elysée.Qui est déloyal, ceux qui refusent ce chantage doublé d’un viol des consciences, ou le maître-chanteur qui PREND EN OTAGE les antifascistes pour faire passer le NEOLIBERALISME au prix de ce que les psychanalystes appellent une « double contrainte » ?

Qu’il soit clair que nous ne polémiquerons pas à l’infini avec les « antifascistes » qui, tous les cinq ou dix ans, traitent de crypto-nazis les gens de gauche qui refusent de valider par leur vote les contre-réformes qui broient nos vies sous prétexte de « barrer la route au fascisme ». Que ces « antifascistes » de circonstance, dont la plupart n’a jamais affronté physiquement les nervis de l’extrême droite, ni tenté d’empêcher l’expulsion policière d’une travailleuse étrangère à 6 h du matin, fassent ce qu’ils ont prévu de faire : nous respectons leur choix comme ils se doivent, eux les « tolérants » professionnels, de respecter ceux qui ne font pas le même choix qu’eux. Mais que du moins ces bons apôtres n’essaient pas de nous faire accroire que leur candidat, Macron lui-même, cherche à édifier un vote de barrage antifasciste au moment même où le seul souci de Macron, quitte à faire monter irresponsablement Le Pen, est d’obtenir clairement un vote d’adhésion. En clair, ce personnage machiavélique veut obtenir le MANDAT populaire le plus fort possible qui lui permettrait de légitimer sa guerre-éclair de l’été 2017 contre les retraites, le code du travail, les statuts, les conventions collectives, les indemnités chômage des SALARIES (qui paieront pour les « start-upers » et qui, « en contrepartie », perdront leurs indemnités chômage s’ils refusent une offre d’emploi familialement ingérable !), bref, contre les ultimes acquis du CNR. Sans parler du « saut fédéraliste européen », déjà dans les cartons de Merkel et d’Hollande, ou de la fin des textes juridiques déjà si poreux qui protègent la langue française contre le tout-anglais. Il suffit d’examiner les faits et les déclarations répétées de cet arrogant personnage pour se convaincre que Macron lui-même ne veut pas d’un vote de barrage, ou plutôt qu’il veut travestir en vote de « barrage » un blanc-seing pour sa politique antipopulaire : rappelons en effet ceci :

  • Au soir du 1er tour, dans son spectacle à l’américaine sur fond de « Bri-gitt’/Bri-gitt’ !» débilitants, de Marseillaise chantée les yeux clos et la main sur le cœur (à l’américaine, là encore !) et de drapeaux européens, Macron a claironné qu’il ne demandait pas un « vote contre » mais bel et bien un vote d’adhésion sur son projet. Chacun peut encore le vérifier sur l’internet…
  • La réponse apportée par Macron à Mélenchon est on ne peut plus claire :aucun compromis, aucune main tendue aux communistes, aux insoumis, aux syndicalistes antifascistes qui sont sommés de faire unilatéralement tout le chemin (de croix !) en avalant à 100% un programme néolibéral qui, dès le 9 mai, explosera les conditions de vie déjà bien dures des travailleurs. Et là, combien d’ « antifascistes macroniens » (c’est presque un oxymore !) viendront-ils dans les manifs – si elles sont autorisées, car le clone de Macron, M. Valls, a bel et bien tenté de les interdire en juin dernier, pour « faire barrage » à l’ubérisation générale de la société? Combien d’ « antifascistes macroniens » qui prennent aujourd’hui des postures héroïques délirantes viendront-ils alors défiler entre matraques et gaz lacrymogènes ? Bref, la gauche populaire est sommée par Macron de se sacrifier sans l’once d’une concession et avec la promesse, en guise de remerciement, d’en prendre plein la tête dès le 9 mai, la bien nommée « journée de l’Europe » !
  • Enfin, il y a l’expérience : en 2002, la gauche populaire a apporté son soutien massif à Chirac contre Le Pen. Dès le printemps 2003, la droite étant la droite et se fichant dpas mal e l’antifascisme, Raffarin lançait coup sur coup la contre-réforme maastrichtienne des retraites – qui a institué les « décotes » en plongeant des millions de pensionnés dans la pauvreté – et la première étape de la dénationalisation de l’école publique (régionalisation des TOS). Et malgré d’énormes manifs et un mois de grève scolaire, l’ « antifasciste » Chirac agissant sur mandat impératif de l’UE n’a pas reculé d’un pouce, signifiant à des millions de Français qu’ils comptaient pour pain et beurre dans leur pays.
  • Et nous ne sommes plus en 2002 : entretemps, la fascisation – dont le FN est l’aile marchante, mais qu’il ne résume nullement – a fait un bond de géant: treize lois liberticides en douze ans, état d’urgence à perpètuité, milliers de syndicalistes traînés en justice ou licenciés, y compris dans des entreprises dirigées par le gouvernement « de gauche » (sic)… Sans parler des manifs menaçantes et NON SANCTIONNEES de flics en service, en armes et en tenue devant les Palais de justice… Que sera-ce demain avec un gouvernement macronien « de gauche et de droite » qui annonce déjà, par la voix de Macron lui-même, la « tolérance zéro » pour les manifestants, et qui encense les forces de répression sans questionner un seul de leurs agissement (il y aura donc de l’argent public pour embaucher 10 000 CRS en plus, faire des prisons, etc., mais c’est parce qu’ « il en manque » que Macron veut supprimer 150 000 fonctionnaires ?!) ?

Fils de Résistant, l’auteur de ces lignes a toujours combattu le racisme ; il ne demanderait donc pas mieux que de POUVOIR exprimer au second tour un vote loyal de barrage anti-FN autour d’un paquet, réduit, mais significatif, de « valeurs républicaines ». Encore faut-il que ce soit bien ce « paquet » qui soit au cœur du vote du 7 mai et non pas un projet néolibéral CRUEL, qui ne pourra passer qu’à coups de matraque, qui s’accompagnera de l’euro-dissolution finale de la souveraineté nationale, et qui sera appliqué, Macron s’en vante, en marche » forcée, sans même transiter par le futur parlement… Est-ce cela la « république », la « démocratie », l’ « antifascisme » ???

Alors non merci, je ne voterai pas Macron le 7. Cela signifie-t-il que je resterai les bras croisés devant le FN, ce parti qu’il ne faut aucunement banaliser ? Non, car c’est un sophisme que d’affirmer que, pour faire baisser le vote FN, il est « incontournable » d’utiliser « l’autre bulletin ». On peut parfaitement militer, et c’est ce font les militants franchement communistes dans les cités populaires et à la porte des usines, pour dégonfler le score du FN en milieu populaire sans rabattre sur Macron. Et surtout, on peut et on doit préparer la résistance sociale et l’alternative populaire qui passent par la mise en place d’un Front antifasciste, certes, mais également patriotique, populaire et écologiquetourné à la fois contre le FN et contre l’UE/OTAN dont Macron est le proconsul missionné.

Christophe Guilluy : « La posture anti-fasciste de supériorité morale de la France d’en haut permet en réalité de disqualifier tout diagnostic social »

Atlantico, 27 avril 2017


La qualification pour le second tour d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen a mis en exergue la défiance de plus en plus forte des Français vis-à-vis de la politique et des partis traditionnels. Pour éviter l’arrivée au pouvoir de partis populistes, les élites politiques, intellectuelles et médiatiques seraient bien inspirées de se reconnecter avec les classes populaires.

Le premier tour de l’élection Présidentielle a permis à Emmanuel Macron et à Marine Le Pen d’être qualifiés pour le second tour. Sur le temps long, comment juger un tel bouleversement politique ? En quoi la qualification promise de Marine Le Pen dans les sondages a-t-elle pu participer à l’émergence du mouvement en Marche ! ?

Ce qui est intéressant, c’est que les deux candidats sont ceux qui se positionnent en dehors du clivage gauche-droite. Ceux qui ont été identifiés à droite et à gauche, issus des primaires, ne sont pas au second tour. La structure n’est plus le clivage gauche / droite. Le clivage qui émerge est lié complètement au temps long, c’est-à-dire à l’adaptation de l’économie française à l’économie monde. Dès 1992, avec Maastricht, ce clivage était apparu, avec la contestation d’un modèle mondialisé. Si on veut remonter plus loin, les causes sont à chercher dans le virage libéral, qui est le basculement des sociétés occidentales dans le néolibéralisme.

C’est une logique où les sociétés vont se désindustrialiser au profit de la Chine ou de l’Inde par exemple. Cela est aussi vrai avec Donald Trump ou le Brexit, qui naît de la financiarisation de l’économie américaine sous Clinton et du thatchérisme.

Ce sont des dynamiques de temps long qui vont avoir un impact d’abord sur les catégories qui sont concernées par ce grand plan social de l’histoire : celui des classes moyennes. Tout cela se fait au rythme de la sortie de la classe moyenne. Logiquement, ce sont d’abord les ouvriers, qui subissent ce processus de désaffiliation politique et culturelle, qui sont les premiers à grossir le nombre des abstentionnistes et à rejoindre les mouvements populistes. Puis, ce sont les employés, les agriculteurs, qui suivent ce mouvement. La désaffiliation aux appartenances s’accentue. Les ouvriers qui votaient à gauche se retrouvent dans l’abstention ou dans le vote Front national, c’est également le cas aujourd’hui du monde rural qui votait à droite.

Ce que l’on constate, c’est que l’effet majeur de la disparition des classes moyennes est de mettre hors-jeu les partis traditionnels. Parce que le Parti socialiste ou Les Républicains ont été conçus pour et par la classe moyenne. Or, ces partis continuent de s’adresser à une classe moyenne qui n’existe plus, qui est mythique. Il ne reste plus que les retraités, cela a d’ailleurs été le problème de François Fillon, qui a perdu par son incapacité à capter le vote de la France périphérique, ces gens qui sont au front de la mondialisation. Il ne capte que ceux qui sont protégés de la mondialisation, les retraités. C’est le même constat à gauche, dont le socle électoral reste la fonction publique, qui est aussi plus ou moins protégée de la mondialisation. Nous parlons d’électorats qui se réduisent d’année en année, ce n’est donc pas un hasard que les partis qui s’adressent à eux ne parviennent plus à franchir le premier tour.

C’est aussi ce qui passe en Europe ou aux États Unis. Les territoires populistes sont toujours les mêmes, l’Amérique périphérique, l’Europe périphérique. Ce sont toujours ces territoires où l’on crée le moins d’emplois qui produisent ces résultats : les petites villes, les villes moyennes désindustrialisées et les zones rurales

La difficulté est intellectuelle pour ce monde d’en haut, les politiques, les journalistes, les universitaires etc… Il faut penser deux choses à la fois. Objectivement, nous avons une économie qui crée de la richesse, mais ce modèle fonctionne sur un marché de l’emploi très polarisé, et qui intègre de moins en moins et crée toujours plus d’inégalités sociales et territoriales. C’est ce qui a fait exploser ce clivage droite gauche qui était parfait, aussi longtemps que 2 Français sur 3 faisaient partie de la classe moyenne. Si on n’intègre pas les gens économiquement, ils se désaffilient politiquement.

Dès lors, peut-on parler de système « réflexif » ? Entre un Front national qui a pu émerger dans les années 80, aussi bien sur la base du « surgissement » du chômage de masse que sur les questions migratoires, jusqu’à la présence de Jean Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002, et l’émergence d’un mouvement cherchant à dépasser le clivage droite/gauche au travers d’Emmanuel Macron ?

C’est son modèle inversé. Emmanuel Macron comme Marine Le Pen ont fait le constat que cela ne se jouait plus autour du clivage gauche / droite. Ils ont pris en compte la polarisation de l’économie, entre un haut et un bas, et sans classes moyennes. Dans ce sens-là, l’un est la réponse de l’autre.

Géographiquement, et sociologiquement, en quoi le mouvement En Marche ! se définit il en miroir du Front National ?

Géographiquement, c’est l’opposition entre la France des métropoles et la France périphérique qui structure le match Emmanuel Macron/ Marine Le Pen. On a déjà pu voir quelques cartes sur l’opposition est/ouest, mais ce clivage est ancien, hérité, il ne dit rien des dynamiques en cours. Lorsque j’étais étudiant, ces cartes est/ouest existaient déjà, elles expriment l’héritage de l’industrie, et donc de la désindustrialisation. C’est là où il y a le plus de chômage, de pauvreté, d’ouvriers, et le plus de gens qui votent FN. Ce qui est intéressant, c’est de voir les dynamiques. C’est en zoomant à partir des territoires qui créent le plus d’emplois et ceux qui en créent le moins. Par exemple, en Bretagne, ou Marine Le Pen fait 6% à Rennes, et 20% dans les zones rurales. C’est toujours un distinguo entre les dynamiques économiques. Aujourd’hui les classes populaires ne vivent plus aux endroits où se créent les emplois et la richesse.

Le marché de l’immobilier s’est chargé, non pas dans une logique de complot, évidemment, mais dans une simple logique de marché, de chasser les catégories dont le marché de l’emploi n’avait pas besoin. Ces gens se trouvent déportés vers les territoires où il ne se passe rien. Or, les élites n’ont de cesse de parier sur la métropolisation, il est donc nécessaire que s’opère une révolution intellectuelle. Il serait peut-être temps de penser aux gens qui ne bénéficient pas de ces dynamiques, si on ne veut pas finir avec un parti populiste en 2022.

En perdant une partie de leurs bases, la gauche avec les ouvriers, la droite avec les agriculteurs, les partis de gouvernement semblent s’être détournés des classes populaires. Quelles sont les conditions permettant une « normalisation » de la situation, dont l’objectif serait de récréer des partis de masse ?

Tout le bas ne peut pas être représenté que par le Front national. Il faut que les partis aillent sur ces thématiques. Il y a toujours eu un haut et un bas, et des inégalités, la question est qu’il faut que le haut soit exemplaire pour le bas, et qu’il puisse se connecter avec le bas. Il faut que le « haut » intègre les problématiques du « bas » de façon sincère. C’est exactement ce qui s’était passé avec le parti communiste, qui était composé d’une base ouvrière, mais aussi avec des intellectuels, des gens qui parlaient « au nom de ». Aujourd’hui c’est la grande différence, il n’y a pas de haut qui est exemplaire pour le bas. La conséquence se lit dans le processus de désaffiliation et de défiance des milieux populaires dans la France périphérique mais aussi en banlieues.

Plus personne n’y croit et c’est cela l’immense problème de la classe politique, des journalistes etc. et plus généralement de la France d’en haut. Ces gens-là considèrent que le diagnostic des gens d’en bas n’est pas légitime. Ce qui est appelé « populisme ». Et cela est hyper fort dans les milieux académiques, et cela pèse énormément. On ne prend pas au sérieux ce que disent les gens. Et là, toute la machinerie se met en place. Parce que l’aveuglement face aux revendications des classes populaires se double d’une volonté de se protéger en ostracisant ces mêmes classes populaires. La posture de supériorité morale de la France d’en haut permet en réalité de disqualifier tout diagnostic social. La nouvelle bourgeoisie protège ainsi efficacement son modèle grâce à la posture antifasciste et antiraciste. L’antifascisme est devenu une arme de classe, car elle permet de dire que ce racontent les gens n’est de toute façon pas légitime puisque fasciste, puisque raciste. La bien-pensance est vraiment devenue une arme de classe. Notons à ce titre que dans les milieux populaires, dans la vie réelle les gens, quelles que soient leurs origines, ne se parlent pas de fascisme ou d’antifascistes, ça, ce n’est qu’un truc de la bourgeoisie. Dans la vie, les gens savent que tout est compliqué, et les gens sont en réalité d’une hyper subtilité et cherchent depuis des décennies à préserver leur capital social et culturel sans recourir à la violence. Le niveau de violence raciste en France reste très bas par rapport à la situation aux États-Unis ou au Royaume Uni.

Cette posture antifasciste, à la fin, c’est un assèchement complet de la pensée. Plus personne ne pense la question sociale, la question des flux migratoires, la question de l’insécurité culturelle, celle du modèle économique et territorial. Mais le haut ne pourra se régénérer et survivre que s’il parvient à parler et à se connecter avec le bas. Ce que j’espère, c’est que ce clivage Macron/Le Pen, plutôt que de se régler par la violence, se règle par la politique. Cela implique que les partis intègrent toutes ces questions ; mondialisation, protectionnisme, identité, migrations etc… On ne peut pas traiter ces questions derrière le masque du fascisme ou de l’antifascisme.

 

Des hommes d’influence – Al-Qaïda aurait-il manipulé Donald Trump et les médias américains ? Scott Ritter

Scott Ritter

Ancien officier de renseignement, ancien inspecteur en armement de l’ONU en Irak de 1991 à 1998.


Source: The Huffington Post, le 09/04/2017

La responsabilité de l’attaque aux armes chimiques à Khan Cheikhoun est toujours source d’interrogations.

Il fut un temps où Donald Trump, l’« homme d’affaires new-yorkais devenu président », vociférait en septembre 2013 contre le président Barack Obama à propos de la non intervention militaire américaine contre la Syrie. À cette époque, les États-Unis envisageaient l’utilisation de la force contre la Syrie en riposte aux allégations (désormais largement contestées) que le régime du président Bachar el-Assad avait utilisé des armes chimiques contre des civils de la Ghouta, dans la banlieue de Damas. Trump tweetait alors « avertissement à notre leader très stupide, n’attaquez pas la Syrie, si vous le faites il n’en résultera que du mauvais et les É-U ne retireront rien de ce combat ! »

Le président Obama, en dépit de ses déclarations publiques affirmant qu’il déclencherait une action militaire américaine si la « ligne rouge » de l’utilisation des armes chimiques était franchie, renonça finalement à lancer une offensive. Ce recul était largement fondé sur les avertissements de James Clapper, Directeur du renseignement national, indiquant que les responsabilités de l’utilisation des armes chimiques lors de l’attaque de la Ghouta ne pouvaient être clairement établies.

Le président Obama, lors d’un entretien en 2016 avec The Atlantic, observait : « il y a un manuel à Washington que les présidents sont sensés suivre. C’est un manuel écrit par l’establishment de la diplomatie. Et le manuel prévoit des solutions pour différents événements, et ces solutions tendent à être des solutions militarisées. » Pour Obama, si le « manuel de Washington » peut être utile en temps de crise, il peut également devenir « un piège qui peut mener à des décisions néfastes. »

Sa « ligne rouge » concernant l’utilisation des armes chimiques, combinée avec les discours enflammés de ses plus proches conseillers, dont le secrétaire d’État John Kerry, faisant allusion à une réponse militaire, était l’un de ces pièges. Finalement, le président Obama choisit de reculer, au motif que « larguer des bombes uniquement pour démontrer que l’on est prêt à larguer des bombes est tout simplement la pire raison d’utiliser la force. » Les médias, les Républicains et même des membres de son parti ont condamné Obama pour cette décision.

Toutefois, en novembre 2016, Donald Trump, alors président-élu, renchérissait sur la reculade d’Obama par rapport au « manuel de Washington ». La situation sur le terrain en Syrie a fondamentalement changé depuis 2013. L’État islamique en Irak et en Syrie avait pris le contrôle de larges territoires en Irak et en Syrie, établissant une « capitale » à Raqqa, en Syrie, et proclamant la création d’un califat islamique. Les tentatives américaines pour que le président syrien Assad quitte le pouvoir commençaient à porter leurs fruits, forçant la Russie à intervenir en septembre 2015 afin de prêter main forte au président assailli.

Trump, en rupture avec les positions dominantes de la plupart des acteurs politiques américains, Républicains comme Démocrates, déclara que les États Unis devaient s’attacher à combattre et vaincre l’État islamique (ÉI) plutôt que de viser à un changement de régime en Syrie. « Pour moi, » déclarait Trump, « on combat la Syrie, alors que la Syrie combat l’ÉI, et il faut se débarrasser de l’ÉI. La Russie est maintenant totalement alignée avec la Syrie, et il y a aussi l’Iran, devenu plus puissant à cause de nous, qui est aussi aligné avec la Syrie… Maintenant nous soutenons les rebelles contre le gouvernement syrien, alors que nous n’avons aucune idée de qui ils sont vraiment. » En outre, pour Trump, compte tenu de la forte présence russe en Syrie, si les États-Unis s’attaquaient à Assad, « nous finirions par combattre les Russes en combattant la Syrie. »

Durant plus de deux mois, la nouvelle administration Trump propageait l’idée que Donald Trump avait, comme son prédécesseur avant lui, balancé le “manuel de Washington” par la fenêtre en ce qui concernait la politique syrienne. Après avoir lancé une série d’ordres de nouveaux déploiements militaires en Syrie et en Irak visant spécifiquement le combat contre l’ÉI, l’administration Trump commença à communiquer sur un changement majeur de politique vis-à-vis du président syrien.

En août 2011, le président Obama déclarait que le changement de régime à Damas était un pré-requis pour l’arrêt de la guerre civile qui faisait rage depuis avril 2011. Pour la première fois depuis cette prise de position, des représentants officiels du gouvernement américain déclaraient que ce n’était plus le cas. “On choisit ses combats,” affirmait Nikki Haley, ambassadeur des États-Unis aux Nations Unies, à des journalistes le 30 mars 2017. “C’est-à-dire que l’on change de priorités et notre priorité n’est plus de se focaliser sur l’éviction d’Assad.” Les déclarations d’Haley étaient relayées le même jour par le secrétaire d’État Rex Tillerson en visite officielle en Turquie, “Je pense que… l’avenir à long terme du Président Assad sera décidé par le peuple syrien.”

Ce nouvel axe politique a duré à peine cinq jours. En début d’après-midi le 4 avril 2017, des images et clips vidéo alarmants commençaient à être diffusés depuis la province syrienne d’Idleb par des activistes anti-gouvernement, dont des membres des “Casques Blancs”, une équipe de secouristes bénévoles dont le travail a été filmé dans un documentaire éponyme récompensé par un Oscar. Les images montrent des victimes à divers stades, y compris décédées, victimes selon les activistes d’une exposition à des armes chimiques larguées par les forces aériennes syriennes sur la ville de Khan Cheikhoun le matin même.

Les images de ces morts tragiques ont immédiatement été diffusées par les médias américains, commentés par des experts dénonçant l’horreur et l’atrocité de l’attaque chimique, qui a été presque unanimement attribuée au gouvernement syrien, bien que l’unique preuve fournie provenait d’images et témoignages d’activistes anti-Assad, lesquels dénonçaient le revirement de la politique américaine vis à vis du changement de régime en Syrie quelques jours auparavant. Le président Trump a vu ces images, a été très choqué par ce qu’il a vu, particulièrement celles d’enfants morts et blessés.

NEW YORK, NY – 5 Avril – L’ambassadrice des États-Unis à l’ONU Nations Nikki montre des photos des victimes de l’attaque chimique. (Photo by Drew Angerer/Getty Images)

Les images furent utilisées comme exemple dans un discours enflammé de Haley durant le Conseil de Sécurité du 5 avril 2017, où elle confronta la Russie et menaça d’action militaire américaine unilatérale si le Conseil ne répondait pas aux prétendues attaques chimiques syriennes. “Hier matin, nous avons découvert les images d’enfants la bave aux lèvres, en convulsion, transportés par leurs parents désespérés,” a dit Haley, brandissant deux des images fournies par les activistes anti-Assad. “Nous avons vu des rangées de corps sans vie, certains en couche-culotte… Nous ne pouvons fermer les yeux à ces images. Nous ne pouvons fermer nos esprits à la responsabilité d’agir.” Si le Conseil de Sécurité refuse de prendre des mesures contre le gouvernement syrien, a dit Haley, alors “Il y a des moments dans la vie d’un État où nous sommes contraints à agir par nous-mêmes.”

En 2013, le président Barack Obama fut confronté aux images de civils morts ou blessés, incluant de jeunes enfants, en provenance de Syrie et qui étaient aussi déchirantes que celles exposées par l’ambassadeur Haley. Son secrétaire d’État, John Kerry, avait fait un discours sans passion qui appelait à une action militaire contre la Syrie. Le président Obama a demandé, et reçu, une large gamme d’options militaires de la part de son équipe de sécurité nationale visant le régime du président Assad ; seule l’intervention de James Clapper, et les doutes qui existaient sur la véracité de l’information reliant l’attaque chimique de la Ghouta au gouvernement syrien, ont retenu Obama de donner le feu vert au bombardement.

Comme le président Obama avant lui, le président Trump a demandé à son équipe de sécurité nationale de préparer différentes options pour une intervention militaire. Contrairement à son prédécesseur, Donald Trump n’a pas cherché à faire de pause dans sa prise de décision pour laisser ses services de renseignement enquêter sur ce qui s’était effectivement passé à Khan Cheikhoun. Tout comme Nikki Haley, Donald Trump était guidé par sa réaction viscérale aux images disséminées par les activistes anti-Assad. Dans l’après-midi du 6 avril, alors qu’il se préparait à quitter la Maison-Blanche pour une réunion au sommet avec une délégation conduite par le président chinois Xi Jinping, les mots mystérieux de Trump lui-même en réponse à un journaliste au sujet d’une riposte américaine semblent indiquer que sa décision était déjà prise. « Vous verrez bien, » a-t-il dit avant de s’en aller.

En quelques heures, deux destroyers de la marine des États-Unis ont lancé 59 missiles de croisière avancés Block IV Tomahawk (dont le coût est d’environ 1,41 million de dollars chacun), visant avions, abris blindés, entrepôts de combustibles, approvisionnement en munitions, défenses aériennes et installations de communications à la base aérienne d’al-Chaayrate, située en Syrie centrale. Al-Chaayrate hébergeait deux escadrons de SU-22, des chasseurs-bombardiers de fabrication russe opérés par l’aviation syrienne, le décollage de l’un d’eux depuis al-Chaayrate avait été repéré par les radars américains le matin du 4 avril 2017, et survolait Khan Cheikhoun à peu près au moment où l’attaque chimique se serait produite.

L’objectif de la frappe américaine était double : premièrement, envoyer un message au gouvernement syrien et à ses alliés que, selon le secrétaire d’État Tillerson, « le président est disposé à prendre des mesures décisives lorsque c’est nécessaire, » et en particulier face à des preuves d’une attaque chimique sur laquelle les États-Unis ne pouvaient pas « détourner le regard, fermer les yeux. » L’autre objectif, selon un porte-parole de l’armée américaine, « réduire la capacité du gouvernement syrien à livrer des armes chimiques. »

De plus, la lune de miel politique de l’administration Trump était terminée et elle venait récemment d’annoncer le changement de régime en Syrie. « Il est très, très possible, et, je vais vous dire, c’est déjà arrivé, que mon attitude envers la Syrie et Assad ait beaucoup changé, » a dit le président Trump aux journalistes avant que les tirs de missiles ne commencent. Le secrétaire Tillerson est allé plus loin : « Il semblerait qu’il n’y ait pas de rôle pour lui [Assad] pour qu’il gouverne le peuple syrien. »

Un tel revirement dans les fondamentaux et la stratégie politiques dans un laps de temps aussi court est stupéfiant ; Donald Trump n’a pas juste dévié légèrement de son axe, il a fait un revirement à 180°. La précédente politique de non-ingérence visant à vaincre l’EI et à améliorer les relations avec la Russie a été remplacée par une prise de position résolue pour un changement de régime, un engagement militaire direct avec les forces armées syriennes et une posture conflictuelle vis à vis de la présence militaire russe en Syrie.

Normalement, un changement de politique aussi majeur ne pourrait s’expliquer que par une nouvelle réalité, étayée par des faits vérifiables. La supposée attaque aux armes chimiques contre Khan Cheikhoun n’était pas une nouvelle réalité ; les attaques chimiques en Syrie se sont produites régulièrement, malgré les efforts internationaux pour le désarmement chimique de la Syrie entrepris en 2013 et qui ont joué alors un rôle prépondérant dans la prévention d’une action militaire américaine. Les enquêtes internationales sur ces attaques ont donné des résultats peu probants, certaines étant attribuées au gouvernement syrien (ce que le gouvernement syrien dément farouchement), et la majorité étant attribuées aux combattants du régime, en particulier ceux affiliés au Front al-Nosra, affilié à al-Qaïda.

En outre, il y a une telle confusion sur les responsabilités lors de l’utilisation des armes chimiques en Syrie qu’il semblerait très impulsif de condamner uniquement le gouvernement syrien pour les événements de Khan Cheikhoun sans avoir les résultats d’une enquête officielle. C’est pourtant exactement ce qui s’est produit. Un événement chimique a eu lieu à Khan Cheikhoun, ce qui doit être établi, c’est qui est responsable du déclenchement des armes chimiques qui ont causé la mort d’aussi nombreux civils.

Personne ne conteste le fait qu’un chasseur bombardier SU-22 de l’armée de l’air syrienne a conduit une mission de bombardement contre une cible à Khan Cheikhoun au matin du 4 avril 2017. Les activistes anti-régime à Khan Cheikhoun ont cependant dépeint une armée de l’air syrienne lâchant des bombes chimiques sur une population civile endormie.

Une information cruciale largement absente de la couverture dans les médias grand public est que Khan Cheikhoun est le point de départ pour les djihadistes islamiques au centre du mouvement anti-Assad en Syrie depuis 2011. Jusqu’en février 2017, Khan Cheikhoun était contrôlée par un groupe pro-EI, appelé Liwa al-Aqsa, qui était engagé dans une lutte souvent violente avec son organisation concurrente, le Front al-Nosra (qui s’est transformé par la suite en Tahrir al-Sham, constituant quelle que soit l’appellation la branche d’al-Qaïda en Syrie), pour le contrôle des ressources et de l’influence politique au sein de la population locale.

 

Le ministre russe de la défense a affirmé que le groupe Liwa al-Aqsa utilisait des installations à l’intérieur et autour de Khan Cheikhoun pour fabriquer des obus chimiques rudimentaires et des mines destinées aux forces de l’EI combattant en Irak. Selon les autorités russes, l’usine d’armes chimiques de Khan Cheikhoun est similaire à d’autres sites découverts par les forces russes et syriennes à la suite de la reconquête des zones d’Alep contrôlées auparavant par les rebelles.

À Alep, les Russes ont découvert des laboratoires militaires sommaires de production d’armes qui permettaient de remplir des obus de mortier et de mines avec un mélange de gaz chloré et de phosphore blanc ; après qu’une enquête méticuleuse a été menée par des spécialistes militaires, les russes ont confié des échantillons de ces armes ainsi que des échantillons de sol prélevés dans des zones touchées par des armes produites dans ces laboratoires à des enquêteurs de l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques, afin qu’un examen plus approfondi soit mené.

Al-Nosra a une longue histoire en terme de confection et d’utilisation d’armes chimiques rudimentaires ; l’attaque chimique de 2013 sur la Ghouta comprenait l’utilisation de gaz Sarin de mauvaise qualité, fabriqué localement, tandis que les attaques sur et autour d’Alep en 2016 employaient un mélange de chlore et de phosphore blanc. Si les conclusions des russes sont correctes, et que le bâtiment bombardé à Khan Cheikhoun au matin du 4 avril 2017 produisait ou permettait le stockage d’armes chimiques, il y a une forte probabilité que des agents chimiques opérationnels et d’autres contaminants toxiques se soient répandus dans les quartiers environnant, puis se soient répandus plus loin sous l’action des vents dominants.

L’explication alternative proposée par les Russes et les Syriens, cependant, a été minimisée, ridiculisée et ignorée à la fois par les médias américains et par l’administration Trump. De même que l’absence totale de logique des éléments mis en avant pour expliquer pourquoi le président Assad risquerait tant en utilisant des armes chimiques contre une cible n’ayant aucune utilité militaire, à un moment où la balance des forces sur le plan stratégique avait basculé fortement en sa faveur. De la même manière, pourquoi la Russie, qui s’était investie de manière considérable dans le démantèlement de l’arsenal chimique syrien après 2013, serait restée passive pendant que les forces aériennes syriennes menaient une telle attaque, et notamment alors qu’il y avait une forte présence militaire russe sur la base aérienne au moment de l’attaque ?

Une analyse de la sorte semble hors de portée du quatrième pouvoir des États-Unis. Au lieu de dela, les organes de presse tels que CNN prennent pour argent comptant toutes les déclarations faites par les sources officielles américaines, y compris les insinuations particulièrement grotesques sur le fait que la Russie était de connivence avec les attaques chimiques ; la présence mentionnée ci-dessus d’officiers russes sur la base d’al-Chaayrate a été mentionnée comme la preuve que la Russie devait avoir eu connaissance de l’arsenal chimique syrien, et n’avait rien fait pour prévenir l’attaque.

Pour supporter ce non-sens, le public américain et les preneurs de décisions font usage d’une campagne de propagande sophistiquée impliquant des vidéos et des récits fournis par les forces opposantes au régime de Bashar al-Assad, ceci incluant des organisations telles que les “Casques Blancs”, l’association médicale américano-syrienne, le centre médiatique d’Alep, qui ont un passif de production d’information biaisée destinée à promouvoir un message anti-Assad (Donald Trump a tout fait sauf admettre que ces images ont joué un rôle majeur dans sa décision de réviser son opinion sur Bashar al-Assad et d’ordonner l’attaque aux missiles sur la base aérienne d’al-Chaayrate).

De nombreux combattants membres de Tahrir al-Sham sont des vétérans de la bataille d’Alep, et en tant que tels sont intimement familiers avec les outils et l’échange de propagande de guerre qui fut menée simultanément au combat physique dans un effort pour influencer l’opinion occidentale dans le sens d’adopter une posture plus agressive en opposition du gouvernement syrien d’Assad. Ces outils ont été amené pour supporter la promotion d’une contre-histoire au sujet de l’incident chimique de Khan Cheikhoun (ironiquement, beaucoup d’activistes en question, y compris des “Casques Blancs”, ont été entraînés et équipés pour des tactiques de manipulation via les réseaux sociaux avec l’argent fourni par les États-Unis ; il n’est très probablement jamais venu à l’esprit du département d’État qui a conçu ce programme que ces technique finiraient par être utilisées pour manipuler un président américain à réaliser une action de guerre.

Même un entraînement médiatique astucieux, cependant, ne peut dissimuler des inconsistances factuelles basiques. Plus tôt, des médias d’opposition anti-Assad étiquetaient l’incident de Khan Cheikhoun comme une attaque à l’”agent nerveux Sarin” ; un docteur membre d’al-Qaïda a envoyé des images et un commentaire via un réseau social qui documentaient des symptômes, tels que les pupilles dilatées, qu’il diagnostiquait comme provenant de l’exposition à l’agent nerveux Sarin. Le Sarin, cependant, est une substance inodore et incolore, dispersée sous forme de liquide ou vapeur ; les témoins oculaires, eux, parlent d’une “odeur âcre” et de nuages “bleu-jaune”, qui indiqueraient plutôt du gaz chlorine.

Et pendant que les médias américains, à l’instar de CNN, ont parlé de munitions “remplies à ras bord” avec l’agent nerveux Sarin qui fut utilisé à Khan Cheikhoun, aucune preuve citée par aucune source ne peut corroborer ces dires. Des images déchirantes de victimes traitées par des “Casques Blancs” ont été citées comme preuve de symptômes de type Sarin, cependant la fiabilité médicale de ces images est en question ; aucune image n’a été prise des victimes sur les lieux de l’attaque. A la place, la vidéo fournie par les “Casques Blancs” montre des procédures de décontamination et autres traitements réalisés à une base des Casques Blancs après que les victimes, mortes ou vivantes, y ait été transportées.

Le manque de vêtements de protection adaptés portés par les “Casques Blancs” pendant le transport des victimes est une autre indication que les agents chimiques en question n’étaient pas du Sarin de qualité militaire ; si c’était le cas, les sauveteurs eux-mêmes seraient devenus victimes (certains témoignages mentionnent ce phénomène, mais il s’est produit sur le site de l’attaque, où les sauveteurs ont été submergés d’une “âcre odeur” chimique – encore une fois, le Sarin est inodore).

Plus de 20 victimes de l’incident de Khan Cheikhoun ont été transportées vers des hôpitaux turcs ; trois d’entre eux sont morts en cours de route. Selon le ministre de la justice turque, les autopsies pratiquées sur ces corps confirment que la cause du décès était l’exposition à des agents chimiques. L’Organisation Mondiale de la Santé a indiqué que les symptômes des victimes de Khan Cheikhoun correspondent à une exposition avec Sarin et Chlorine. Les médias américains se sont déchaînés contre les déclarations des Turcs et de l’OMS comme “preuve” de l’implication du gouvernement syrien ; cependant, toute exposition avec le mélange chlorine/phosphore blanc associé avec les armes chimiques d’al-Nosra produirait des symptômes similaires.

De plus, si al-Nosra a réutilisé à Khan Cheikhoun le même type de Sarin de mauvaise qualité employé à la Ghouta en 2013, il est hautement probable que les victimes en question affichent des symptômes de type Sarin. Les échantillons sanguins prélevés sur les victimes pourrait fournir une lecture plus précise des composants chimiques impliqués ; de tels échantillons ont prétendument été récoltés par des membres d’al-Nosra et donné aux investigateurs internationaux (il est stupéfiant qu’une unité d’investigation sérieuse puisse accepter des preuves légales provenant d’al-Nosra lors d’une investigation où al-Nosra est l’un des deux coupables potentiel, mais c’est précisément ce qui s’est passé). Cependant, l’administration Trump a décidé d’agir avant que ces échantillons puissent être analysés, peut-être par crainte que les résultats ne corroboreraient pas les allégations sous-jacentes de l’emploi du Sarin par l’armée de l’air syrienne.

Les médias grand public américains ont volontairement et ouvertement accepté une version des faits fournie par des membres d’al-Qaïda dont l’usage d’armes chimiques en Syrie et la distorsion et fabrication de “preuves” promouvant les politiques anti-Assad en Occident – ceci incluant le changement de régime – sont bien documentées. Ces médias ont délibérément pris la décision d’endosser la vue d’al-Qaïda au sujet d’une fiction fournie par les autorités gouvernementales russe et syrienne sans aucun effort pour vérifier les faits d’une des versions. Ces actions, cependant, ne semblent pas choquer la conscience du public américain ; quand il s’agit de la Syrie, les médias grand public américains et son audience ont depuis longtemps cédé à la version d’al-Qaïda et autres groupes islamistes anti-régime.

Les véritables coupables sont ici l’administration Trump, et le Président Trump lui-même. La tendance du président à accorder plus de poids à ce qu’il voit à la télévision qu’aux briefings de son département renseignement (briefings auxquels il participe ou pas), son manque de curiosité intellectuelle et de familiarité avec les nuances et la complexité des politiques de sécurité étrangères comme nationale, ont créé des conditions où les images des victimes de Khan Cheikhoun qui ont été répandues par des structures pro al-Nosra (e.g. Al-Qaïda) sont en mesure d’influencer des décisions critiques de vie et de mort.

Il n’est pas surprenant que le Président Trump soit susceptible de manipulation aussi peu subtile, étant donnée sa prédilection à rendre les coups sur Twitter pour toute offense perçue ; il est en revanche scandaleux que son équipe de sécurité nationale l’ai laissé être ainsi manipulé, et n’ait rien fait pour influencer l’opinion de Trump ou faire traîner le passage à l’action dans l’attente d’une vérification approfondie des faits. L’histoire montrera que Donald Trump, ses conseillers et les médias américains étaient un peu plus que volontairement dupes d’al-Qaïda et ses membres, dont la manipulation du récit syrien résulta dans un changement de politique majeur qui sert leurs objectifs.

L’autre vainqueur de cette tragique histoire est ISIS, qui tira parti de la frappe américaine contre al-Chaayrate pour lancer une offensive majeure contre les forces du gouvernement syrien autour de la ville de Palmyre (al-Chaayrate a servi de base aérienne principale pour les opérations dans la région de Palmyre). La cassure dans les relations entre la Russie et les États-Unis signifie que, dans un futur proche tout du moins, le type de coordination qui a eu lieu dans le combat contre ISIS est du passé, ce qui ne profite qu’aux combattants d’ISIS. Pour un homme qui a mis une telle emphase sur le fait de combattre ISIS, les actions du Président Trump peuvent uniquement être vues comme une blessure auto-infligée, une sorte d’escadron de tir circulaire, ce qui ressort plus des actions d’un policier de Keystone que du commandant en chef de la nation la plus puissante du monde.

Mais la personne qui pourrait rire le dernier est le président Assad lui-même. Alors que le Pentagone a annoncé qu’il a considérablement dégradé la base aérienne d’al-Chaayrate, avec 58 des 59 missiles atteignant leur cible, la Russie affirme que seulement 23 missiles ont touché ces infrastructures, n’y faisant que des dégâts limités. La piste de décollage est intacte ; en effet, l’après-midi du 7 avril 2017, un bombardier syrien décolla d’al-Chaayrate et vola vers la province d’Idleb où il a attaqué les positions d’al-Nosra près de Khan Cheikhoun.

Source: The Huffington Post, le 09/04/2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Pour la préservation de la mémoire de la Résistance en Basse-Silésie

Lettre-pétition aux représentants de la République de Pologne en France

Signer cette pétition

Le gouvernement polonais prétend revisiter l’Histoire du pays dans un sens ultranationaliste et clérical. Entrée en application en septembre 2016, une loi vise ainsi à interdire dans l’espace public toute référence à des idéaux progressistes. En vertu de cette disposition, la ville de Walbrzych pourrait débaptiser les rues « Burczykowski » et « Rabiega ».Originaire de Sallaumines (Pas-de-Calais), la famille Burczykowski a combattu l’occupant nazi pendant la Seconde Guerre mondiale. Joseph Burczykowski, le père, est mort en déportation à Sachsenhausen. Trois de ses fils, membres des Francs-tireurs et partisans (FTP), ont été assassinés par les Allemands. Dans l’entre-deux-guerres, le syndicaliste Thomas Rabiega de Montigny-en-Ostrevent (Nord), soucieux d’améliorer les conditions de travail et d’existence des mineurs de charbon, s’est élevé contre les pratiques rétrogrades du patronat des Mines. Un engagement salué à la Libération par les mineurs polonais rapatriés de France afin de contribuer à la renaissance de cette ville industrielle de Basse-Silésie. Dans le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, ces noms symbolisent la résistance à toutes les oppressions et la vaillance de l’amitié franco-polonaise « pour votre et notre liberté », selon un slogan en vogue à l’époque. Prétendre débaptiser ces rues, c’est faire offense à cette mémoire commune. Aussi nous vous saurions reconnaissants de bien vouloir signifier aux autorités compétentes notre volonté de conserver intacts ces témoignages de la France combattante au cœur des Sudètes.

Les premiers signataires :
- Christian Pedowski, maire PCF de Sallaumines, (62)
- Léon Landini, retraité, président du PRCF, président de l’Amicale des anciens FTP-MOI de la région Rhône-Alpes (Bataillons Carmagnole-Liberté), grand mutilé de guerre suite aux tortures endurées pendant son internement par la Gestapo, décoré pour faits de résistance par l’Union Soviétique, Bagneux, (92)
- Jean-Jacques Candelier, député du Nord, Maire de Bruille-lez-Marchiennes, Vice-président de la commission Défense nationale et Forces armées de l’Assemblée nationale, (59)
- Jacques Kmieciak, journaliste, SNJ-CGT / Les Amis d’Edward Gierek, (62)
- Georges Gastaud, secrétaire départemental du PRCF, fils de feu Raymond Gastaud, décoré par la République populaire de Pologne pour avoir aidé des soldats polonais à déserter la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale, (62)
- Hervé Poly, secrétaire de la Fédération du PCF du Pas-de-Calais, (62)
- André Démarez, journaliste honoraire, correspondant de l’Humanité à Varsovie de 1976 à 1979, (62)
- Bruno Drweski, enseignant-chercheur, militant de l’ARAC, (92)
- Jean Ooghe, retraité, ancien sénateur de l’Essonne, ancien maire de Sainte-Geneviève-des-Bois, président départemental de l’Association des anciens combattants et amis de la résistance, directeur de la Revue de la Résistance, (40)
- Edmond Szarzynski, retraité de l’Education nationale, conseiller municipal de la vraie gauche à Houdain, (59)
- Dominique Watrin, sénateur PCF du Pas-de-Calais, (62)
- Raymond Frackowiak, retraité mineur, Syndicat des mineurs CGT, (62)
- Arlette Alban, retraitée, Syndicat des mineurs CGT, (62)
- Mathieu Bayart, fonctionnaire territorial, PCF, Auby (59)
- Jacques Lacaze, médecin, Lieu auto-géré (LAG), (62) Association d’Éducation Populaire
- Michèle Belot, professeur de langue, (62)
- Daniel Rougerie, retraité de l’Éducation nationale, ancien adjoint au maire à Lille, directeur de publication du site Résistance-Politique, Lille (59)
- Annie Lacroix-Riz, professeur émérite d’histoire contemporaine, Paris 7, chercheuse, SneSup / PRCF, (78)
- Jean-Michel Canlers, enseignant, (62)
- Frédéric Naveteur, informaticien, citoyen communiste, (62)
- Jean-Claude Dengremont, anarcho-syndicaliste, libre penseur, (62)
- Thierry Milhomme, éducateur, (62)
- Odile Hage, retraitée de l’Education nationale, PCF / SNEP-FSU, (59)
- Antoine Manessis, responsable PRCF, fils de Résistants (père EAM-ELAS / mère FFI), (38)
- José Minard, maçon, retraité des BTP, ex-syndicaliste CGT, syndicaliste FSC (Front syndical de classe) / PRCF, Outreau (62)
- Geneviève Pourcelle, enseignante retraitée, militante de gauche, (62)
- Alain Pourcelle, médecin du travail retraité, militant de gauche, (62)
- Nadia Majdzerczak, enseignante retraitée, PRCF, (62)
- Jacques Kleinpeter, retraité, Mazingarbe (62)
- Jean-Pierre Page, Paris, ancien dirigeant national de la CGT, Paris (75)
- Francis Arzalier, historien, président du Collectif communiste Polex, (95)
- Joël Vuylsteker, enseignant à Hénin-Beaumont, syndicaliste communiste, (62)
- Hermine Pulvermacher, retraitée, ancienne FTP-MOI, Nanterre (92)
- Colette Becquet, enseignante retraitée, CGT, (59)
- Jean-Louis Fossier, retraité de la Fonction publique territoriale, élu PCF de Courrières, (62)
- Liliane Mortier, enseignante retraitée, CGT Educ’Action, (59)
- Pierre Charret, ancien résistant FTP Creuse et Indre, combattant volontaire « 1939-45 », Wasquehal (59)
- Monique Heddebaut, enseignante, (59)
- Martine Barbieux, professeur, CGT Educ’Action, (59)
- Marina Chauvac, professeur, CGT Educ’Action, (59)
- Daniel Dewalle, retraité du ministère de la Justice, PCF, (62)
- Jean-Claude Naveteur, professeur d’histoire retraité, maire d’Avesnes-les-Aubert de 1995 à 2008, PCF, (59)
- Ben, président de l’Institut d’histoire sociale CGT du Douaisis et Environs, (59)
- Kaczmarek, maire d’Auby, PCF, (59)
- Patrick Mania, agent Enedis, PCF / CGT des Mineurs de la Gohelle, Grenay, (62)
- Nivet, retraitée de l’Education nationale, PRCF, (59)
- Portaux, Les Amis d’Edward Gierek, (62)
- Lescureux, retraité PCF /FSU, (62)
- Dunlop, retraitée, Mouvement de la Paix, (62)
- Jean-Pierre Bouzin, Wasquehal (59)
- Christian Delépine, chauffeur poids lourd CGT Xpologistics, Arras, Collectif « Bassin minier » Abdallah, (62)
- Monique Delépine, agent d’entretien, Collectif « Bassin minier » Abdallah, (62)
- Louis Bembenek, mineur retraité, CGT, (59)
- Marie-Paule Baude, (62)
- Szewczyk, sculpteur, (62)
- Patrice Bardet, informaticien, CGT, (59)
- Beauchamp, président du Groupe communiste, républicain, citoyen et apparentés au conseil départemental du Nord, (59)
- Gabriel Krause, éducateur, éco-socialiste libertaire, (69)
- Jean Delépine, préparateur de commandes, (62)
- Thibaut Delépine, plombier chauffagiste, (62)
- Stéphane Hernu, retraité de l’Education nationale, (62)
- Hamel, (62)
- Coffre, maire PCF de Marles-les-Mines, (62)
- Pierre Carette, imprimeur, FGTB, (Belgique)
- René Vandenkoornhuyse, professeur retraité, SNES-FSU/ PCF Audomarois, (62)
- Philippe Boulfroy, chanteur picard, membre de l’association Achteure, académicien de l’académie des « Lafleur » Amiens, (60)
- Vincent Flament, PRCF, rédacteur en chef d’Initiative Communiste, (59)
- Alexandre Ruiz, retraité du BTP , Parti de la démondialisation PARDEM 62, (62)
- Joël Copin, retraité PCF, Rouvroy, (62)
- Bruno Mattei, professeur de philosophie honoraire, Université citoyenne et populaire de Roubaix, (59)
- Marcel Debauche, retraite 62710
- Frédéric Mustar, informaticien, JazzSurLesTerrils, (62)
- Yves Mascorte, retraité du Bâtiment, PCF, Hénin-Beaumont (62)
- Dimitri Larivière, demandeur d’emploi, PCF, Hénin-Beaumont (62)
- Edith Chevalier, citoyenne de Torcy (62)
- Emmanuel Vire, Journaliste, syndicaliste
- David Noël, enseignant, conseiller municipal PCF Hénin-Beaumont, (62)
- Françoise Dellac, professeur retraité de l’Education nationale, PCF
- Yves Salingue, retraité de la FPT, adjoint au maire de Libercourt, (62)
- Christophe Dero, artisan, (62)
- Alcide Carton, inspecteur de l’Education Nationale honoraire, (62)
- Michel Royer, membre de l’association française Buchenwald Dora et kommandos et de Territoire de la mémoire
- Richard Marcziniak, artiste peintre, (23)
- Claude Lucantis, enseignant retraité, Comité « Libérez-les ! » de soutien aux prisonniers et réfugiés politiques (59-62), Collectif de Soutien à la Résistance Palestinienne (CSRP 59), (59)
- Franck Dupont, syndicaliste, (62)
- Guy Beauchamp, fils de déporté, Marcq-en-Baroeul, (59)
- Leïla Dutailly, éducatrice spécialisé, PCF Arras, (62)
- Maryse Massart, aide à domicile, PCF Arras, (62)
- Chantal Fossier, professeure retraitée, PCF Courrières, (62)
- Kamel Ben Azzouz, PCF Pas-de-Calais, (62)
- Daniel Dupont, retraité de l’Education nationale, (62)
- Dufossé, éditeur, Editions Nord Avril, (59)
- Olivier Averlant, journaliste, (62)

 

Les colombes armées de l’Europe

Manlio Dinucci

Edition de mardi 21 février 2017 de il manifesto

https://ilmanifesto.it/le-colombe-armate-delleuropa/


De nouveaux pas dans le « renforcement de l’Alliance » ont été décidés par les ministres de la Défense de l’Otan, réunis à Bruxelles dans le Conseil Atlantique Nord. Avant tout sur le front oriental, avec le déploiement de nouvelles « forces de dissuasion » en Estonie, Lettonie, Lituanie et Pologne, conjoint à une présence de l’Otan accrue dans toute l’Europe orientale avec exercices terrestres et navals. En juin seront pleinement opérationnels quatre bataillons multinationaux à déployer dans la région.

En même temps sera accrue la présence navale de l’Otan en Mer Noire. En outre est lancée la création d’un commandement multinational des forces spéciales, formé au départ de forces belges, danoises et hollandaises. Enfin, le Conseil Atlantique Nord félicite la Georgie pour ses progrès dans le parcours qui la fera entrer dans l’Alliance, devenant le troisième pays Otan (avec l’Estonie et la Lettonie) directement frontalier avec la Russie.

Sur le front méridional, directement lié à l’oriental en particulier à travers la confrontation Russie-Otan en Syrie, le Conseil Atlantique Nord annonce une série de mesures pour « contrecarrer les menaces provenant du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord et pour projeter une stabilité au-delà de nos frontières ».

Auprès du Commandement de la force conjointe alliée à Naples, est constitué le Hub pour le Sud, avec un personnel d’environ 100 militaires. Il aura la mission d’ « évaluer les menaces provenant de la région et de les affronter ensemble avec des nations et organisations partenaires ». Il disposera d’avions-espions Awacs et de drones qui deviendront rapidement opérationnels à Sigonella (Sicile).

Pour les opérations militaires est déjà prête la « Force de riposte » Otan de 40 mille soldats, en particulier sa « Force de pointe à très haute rapidité opérationnelle ».

Le Hub pour le Sud -explique le secrétaire général Stoltenberg- accroîtra la capacité de l’Otan à « prévoir et prévenir les crises ». En d’autres termes, dès que le Hub aura « prévu » une crise au Moyen-Orient, en Afrique du Nord ou ailleurs, l’Otan pourra effectuer une intervention militaire « préventive ». L’Alliance Atlantique au complet adopte, de cette façon, la doctrine du « faucon » Bush sur la guerre préventive.

Les premiers à vouloir un renforcement de l’Otan, avant tout en fonction anti-russe, sont en ce moment les gouvernements européens de l’Alliance, ceux qui en général se présentent en habit de « colombes ». Ils redoutent en fait d’être dépassés ou marginalisés si l’administration Trump ouvrait des négociations directes avec Moscou.

Les gouvernements de l’Est sont particulièrement actifs. Varsovie, ne se contentant pas de la 3ème Brigade blindée envoyée en Pologne par l’administration Obama, demande maintenant à Washington, par la bouche de l’influent Kaczynski, d’être couverte par le « parapluie nucléaire » étasunien, c’est-à-dire d’avoir sur son sol des armes nucléaires étasuniennes pointées sur la Russie.

Kiev a relancé l’offensive dans le Donbass contre les Russes d’Ukraine, soit à travers de lourds bombardements, soit à travers l’assassinat systématique de chefs de la résistance dans des attentats derrière lesquels se trouvent aussi des services secrets occidentaux. En même temps, le président Porochenko a annoncé un référendum pour l’adhésion de l’Ukraine à l’Otan.

Et c’est le premier ministre grec Alexis Tsipras qui est allé lui prêter main forte : en visite officielle à Kiev les 8-9 février, il a exprimé au président Porochenko « le ferme appui de la Grèce à la souveraineté, intégrité territoriale et indépendance de l’Ukraine » et, en conséquence, la non-reconnaissance de ce que Kiev appelle « l’illégale annexion russe de la Crimée ». La rencontre, a déclaré Tsipras, jetant les bases pour « des années d’étroite collaboration entre Grèce et Ukraine », contribuera à « atteindre la paix dans la région ».

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio 

 

Décodex: le vieux Monde se meurt

Grégoire LALIEU, Investig’action, 6 février 2017

http://www.investigaction.net/decodex-le-vieux-monde-se-meurt/


Le vieux Monde se meurt, le nouveau Monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgit le Décodex. Cet outil du quotidien de révérence est censé labelliser les sites d’information fiables. Tentative de sauvetage désespérée d’une presse aux abois ? Michel Collon et Investig’Action en font les frais, ils se prennent un carton rouge. Mais les fact-checkeurs du Monde justifient cette décision en citant un article erroné.

Ça y est, le Décodex est en ligne ! L’outil pensé par les Décodeurs du Monde est censé faire le ménage sur la Toile en aidant les internautes à trier les vraies des fausses informations. Concrètement, le Décodex se présente comme un moteur de recherche. On y entre l’adresse d’un site d’info et l’outil nous dit s’il est fiable ou pas. Une extension est même disponible pour les navigateurs Chrome et Firefox, ainsi que pour les réseaux sociaux Facebook et Twitter. « L’idée pour caricaturer, c’est de mettre en rouge les reptiliens et les illuminati, et en vert les médias plutôt fiables, qui vérifient la plupart du temps ce qu’ils publient », confie à Arrêt sur Images Samuel Laurent, le responsable de la rubrique[1].

Surprise ou pas, Michel Collon et le site Investig’Action sont repris dans le Décodex du Monde. Et c’est un carton rouge ! « Ce site diffuse régulièrement de fausses informations ou des articles trompeurs ». Des exemples ? Hélas, non[2]. Mais deux références pour appuyer la décision. Un article du Monde daté du 5 juin 2012, « Le petit monde composite des soutiens au régime syrien »[3]. Sur Michel Collon, le texte indique : « Antiaméricain et antisioniste, il a beaucoup milité contre l’opération de l’OTAN en Libye. Il s’est d’ailleurs rendu à Tripoli en juillet 2011, à l’invitation du régime Kadhafi. Michel Collon, que Pierre Piccinin revendique comme un ami, s’était déjà élevé contre l’intervention de l’OTAN au Kosovo, en 1999. » C’est tout ? Oui. Passons l’épithète « antiaméricain »,   la critique de la politique étrangère des Etats-Unis ne se résume pas à une forme de racisme primaire. Que reproche Le Monde finalement ? De s’opposer à la colonisation de la Palestine et de dénoncer les interventions de l’Otan ?

L’auteur de cette pièce justificative est Christophe Ayad. Invité sur le plateau de Ce Soir ou Jamais à débattre de la guerre en Libye avec Bernard-Henri Lévy, le journaliste lancera au philosophe : « Sans vous il y aurait malgré tout eu une intervention en Libye, mais tant mieux, vous avez joué un rôle. »[4] Envoyé spécial à Benghazi, Ayad a couvert l’intervention de l’Otan en Libye pour Libération. Un copié-collé de la version de l’alliance atlantique, agrémenté de quelques témoignages de rebelles. Son article du 21 mars 2011, « Sous le feu à Benghazi »[5], est ainsi résumé : « Le contexte. Une série de frappes de la coalition internationale a permis d’instaurer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de Benghazi. L’enjeu. Faire cesser la répression sanglante d’une révolte contre le régime Kadhafi. » En réalité, les frappes de l’Otan n’étaient pas seulement destinées à instaurer une zone d’exclusion aérienne. L’alliance a pilonné les positions de l’armée libyenne pour permettre aux rebelles de renverser le gouvernement. Ensuite, l’enjeu sur la protection des civils pose sérieusement question. Confirmant les rapports de plusieurs observateurs internationaux, le Parlement britannique a sèchement condamné l’engagement de David Cameron dans la guerre libyenne, indiquant notamment que son gouvernement n’avait « pas pu vérifier la menace réelle que le régime de Kadhafi faisait peser sur les civils »[6]. Les parlementaires ajoutent que Cameron n’a pas exploité les solutions politiques, préférant se « focaliser exclusivement sur le changement de régime par des moyens militaires ». « Tant mieux », dirait Christophe Ayad. Pendant que l’ex-journaliste de Libé jouait les attachés de presse de l’Otan à Benghazi, Michel Collon a commis le crime d’aller voir, de l’autre côté, les dégâts infligés par nos bombes[7]. Ayad était du côté Bien, Collon aura donné la parole aux mauvaises victimes. Impardonnable !

La deuxième pièce justificative du Décodex est particulièrement éloquente. Il s’agit d’un article de Libération, daté du 9 février 2012. « Des réseaux français au service de la Syrie »[8] cite brièvement Michel Collon. Il aurait participé à un voyage de presse en Syrie aux côtés de sympathisants du Front National. Le hic ? Collon n’a jamais fait partie de cette expédition. Il n’a même jamais mis un pied en Syrie. Ainsi, le Décodex, spécialiste du fact-cheking qui invite à « vérifier une information avant de la partager », relaie un article erroné pour justifier la mise au  ban d’Investig’Action. Les braconniers ne font pas les meilleurs gardes-chasse !

L’autre Monde

Nous ne sommes pas seuls. Nos amis du Grand Soir, « site peu fiable qui relaie des théories conspirationnistes » ont l’illustre honneur de partager le rouge reptilien du Décodex. Fakir hérite d’un orange qui invite à la prudence. Mise en garde du Décodex: « Un journal indépendant de gauche […] avec une ligne éditoriale militante et un parti pris clairement revendiqué ». Réponse des principaux intéressés : « Tout le monde sait que les ouvriers, les employés, les syndicalistes, les économistes hétérodoxes, les chômeurs, les agriculteurs sont des sources “peu fiables” avec lesquelles il faut être “prudent”. Un bon lobbyiste à Bruxelles, hein, c’est toujours plus sérieux ! » La gauche, ce terrain miné sur lequel l’internaute doit s’engager avec prudence. Le Monde Diplomatique est ainsi considéré comme une source fiable par le Décodex. Mais l’outil juge utile de préciser que le Diplo est un « mensuel français d’information et d’opinion, marqué à gauche ». Taquin le Décodex: au lieu de placer ouvertement le Monde à droite, il précise avec subtilité que le quotidien est « détenu depuis 2010 par les hommes d’affaires Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse ».

Cela ne prive pas le Monde d’une bonne note. À croire que certains égarements du quotidien de révérence auront échappé à la vigilance des décodeurs du Décodex. C’est Le Monde qui avait découvert en 1991 des charniers sandinistes qui n’existaient que dans l’imagination de son envoyé spécial[9]. C’est Le Monde encore qui avait authentifié le plan « Fer-à-cheval » de Milosevic ; ce plan avait été inventé par le gouvernement allemand pour justifier les bombardements au Kosovo[10]. C’est Le Monde toujours qui annonçait la fausse démission de Chavez lors de la tentative de putsch en 2002[11]. C’est Le Monde que quitte Hervé Kempf en 2013, alors que la direction du journal l’empêche de couvrir la mobilisation contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes[12]. C’est Le Monde aussi qui reproduit un décompte farfelu des victimes syriennes, à partir des statistiques d’une obscure ONG proche du Quai d’Orsay[13]. C’est le même Monde qui avait en un temps record attribué à l’armée syrienne l’attaque chimique de la Ghouta en 2013[14]; par contre un expert du Massachusetts Institute of Technology et un ancien inspecteur de l’ONU imputeront la faute aux rebelles[15] tandis que les Nations Unies confirmeront l’usage d’armes chimiques sans établir de responsabilités.

Ces quelques exemples de dérives journalistiques ne sont pas l’apanage du Monde. En fait, à chaque guerre de l’Otan, les mensonges de l’alliance atlantique sont relayés dans la presse mainstream. L’ensemble de cette presse est pourtant considéré comme fiable par le Décodex. À l’inverse, un coup d’œil sur la base de données de l’outil nous montre que les sites d’info alternative dénonçant les interventions de l’Otan doivent être considérés comme suspects. C’est à se demander comment l’équipe du Décodex a procédé pour classer les quelque 600 sites référencés. « Il n’y avait pas de critères pointus », indique Samuel Laurent, responsable de la rubrique. « C’est simplement une grille qui nous a guidés dans notre choix. On ne l’a pas utilisée de manière scientifique. »[16]

L’anti-critique des médias 2.0

La grille du Décodex blanchit la presse mainstream. Elle s’assied sur une riche et abondante littérature d’analyse critique des médias, au profit du fact-checking. C’est plus tendance. Mais c’est boiteux dans le cas du Décodex. Aux oubliettes donc l’étude empirique d’Herman et Chomsky ainsi que leur modèle des filtres de l’information[17]. À la trappe, la collusion entre les pouvoirs médiatique, politique et économique, illustrée par Geuens[18]. Oubliée, la marchandisation de l’information dénoncée par Ramonet[19]. Pardonnée, l’inquiétante concentration des médias entre les mains d’une poignée de riches industriels, comme l’a notamment illustré Halimi[20]. Ignoré, le poids de l’habitus social théorisé par Bourdieu, ces lunettes particulières « à partir desquelles [les journalistes] voient certaines choses et pas d’autres ; et voient d’une certaine manière les choses qu’ils voient [21]». Absentes, les conditions de travail des journalistes dont Accardo a mis en lumière l’impact sur la qualité de l’info[22]. Tous les travers de l’industrie médiatique sont passés entre les mailles du Décodex. Agitant l’épouvantail reptilien, Le Monde tente d’offrir une nouvelle virginité à la presse mainstream. Le Décodex, c’est l’anti-critique des médias 2.0. Un moteur de recherche et une extension Facebook pour ramener les internautes sur le droit chemin de l’idéologie dominante. Y arriveront-ils ?

La presse traditionnelle est en crise. Avec Internet, elle ne bute pas seulement sur la concurrence d’un nouveau support où elle peine à trouver sa place et un modèle économique adapté. Elle voit surtout sa crédibilité affectée par l’apparition de nouveaux acteurs. C’était impensable il y a quelques années encore, alors que le paysage de l’information avait été laminé par l’industrialisation des médias, au détriment de la pluralité des opinions. En 2003 par exemple, lorsque George W. Bush envahissait l’Irak, 69 % des Américains pensaient que Saddam Hussein était impliqué dans les attentats du 11 septembre[23]. Cette guerre aurait-elle été possible si les citoyens des Etats-Unis avaient été mieux informés ? Quatorze ans plus tard, l’opération visant à renverser le gouvernement syrien semble conduire l’Otan et ses alliés dans l’impasse. De nombreux facteurs expliquent cet échec. Mais on remarquera que sur ce dossier, les tambours de guerre de la presse traditionnelle ont perdu ce qui leur restait de crédibilité. En décembre 2016, alors que Le Monde et cie s’alarmait sur le sort d’Alep, une courte vidéo d’Eva Bartlett dénonçant la propagande occidentale faisait le buzz[24]. Engrangeant des centaines de milliers de vues en quelques jours, l’intervention de la journaliste se classait dans le top 10 de YouTube. Si bien que la presse traditionnelle se voyait contrainte d’aborder le sujet pour dénoncer le « conspirationnisme » de la propagande russo-syrienne[25]. Sans même juger du fond du dossier, il est intéressant de noter que les commentaires de nombreux internautes ont révélé une certaine frilosité aux accusations des médias traditionnels. De toute évidence, le Web n’est pas acquis à la propagande de l’Otan. Dans ce contexte, l’étrange classement du Décodex apparait comme l’ultime tentative de sauvetage d’une presse aux abois.

De Gutenberg à WikiLeaks

La militante pacifiste Sara Flounders a établi un parallèle intéressant entre l’invention de la presse à imprimer d’une part, et le développement d’Internet et de WikiLeaks d’autre part[26]. Au 16e siècle, l’Église catholique romaine était une institution toute puissante. Elle avait la mainmise sur d’énormes quantités de propriétés, sur les privilèges, les titres, les héritages et, plus particulièrement, les idées. Mais la presse de Gutenberg et sa capacité à diffuser largement des informations vont briser non seulement l’autorité de l’Église, mais aussi les rapports de classes féodaux. « Fondamentalement, les nouvelles formes de technologie ont un effet déstabilisateur, pour l’ordre établi », analyse Flounders. « Ceci constitue toute la base de la compréhension matérialiste de l’histoire. » En 2006, WikiLeaks publiait des révélations fracassantes sur la guerre d’Irak. Dans la foulée, son fondateur Julian Assange faisait l’objet d’un mandat d’arrêt. Certains ont même lancé des appels au meurtre. Amazon, PayPal, American Express, Master Card ainsi que des banques américaines et suisses annulaient leurs services à WikiLeaks. Mais Sara Flounders remarque que ces tentatives de bâillonnement ont contribué à radicaliser partout dans le monde de nombreux jeunes hautement qualifiés: « Chaque effort pour fermer [WikiLeaks] n’a servi qu’à le populariser plus encore et à le rendre encore bien plus accessible. Des milliers de sites miroirs ont été installés dans les jours qui ont suivi la tentative de fermer WikiLeaks. » Ajouté à la débâcle irakienne, tout ceci rompait « l’image sans cesse peaufinée de l’impérialisme US en tant que puissance invincible disposant des technologies les plus sophistiquées. »

L’hégémonie occidentale a vécu. Les cures d’austérité sont administrées en guise de soins palliatifs à un modèle économique à bout de souffle. La démocratie spectacle ne fait plus illusion. Et comme l’orchestre du Titanic, la presse traditionnelle et son quotidien de révérence accompagnent le naufrage d’un système condamné. Le vieux Monde se meurt, le nouveau Monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgit le Décodex. Aux cartons rouges de ce vil détecteur d’infaux, nous préfèrerons les cellules grises de nos lecteurs. Internet a permis à l’information de retrouver une certaine diversité. On trouve bien sûr des révélations douteuses sur le Web. Tout comme des journalistes travaillant correctement dans la presse traditionnelle. Évidemment, Russia Today ou Sputnik peuvent défendre une vision intéressée de l’actualité. Tout comme CNN, la BBC ou France 24. Il revient donc au lecteur de profiter de la multiplicité des sources pour confronter les faits et se forger sa propre opinion. Bref, soyez votre propre Décodex !

 

Source: Investig’Action

Notes:

[1] Robin Andraca, « Comment le “Décodex” du Monde va labelliser l’info en ligne, 25 janvier 2017, Arrêt sur Images.

[2] Voir notre dossier sur les méthodes de diabolisation. Le Décodex symbolise une méthode habituelle: discréditer par des étiquettes, sans apporter d’exemples, puis fuir le débat. Ainsi, le Décodex avance vaguement que Michel Collon est « proche des positions du conspirationniste Thierry Meyssan ». Ce dernier s’est fait connaitre pour ses thèses sur les attentats du 11 septembre. Michel Collon et Investig’Action n’en ont pas fait leur cheval de bataille, bien au contraire. Quant aux sempiternelles accusations de complotisme, voir notre mise au point.

[3] Christophe Ayad, “Le petit monde composite des soutiens au régime syrien”, 05 juin 2012, Le Monde.

[4] Ce Soir ou Jamais, 29 mai 2012.

[5] Christophe Ayad, “Sous le feu à Benghazi”, 21 mars 2011, Libération.

[6] Le Monde.fr avec AFP et Reuters, “Royaume-Uni : des parlementaires mettent en cause la décision de Londres d’intervenir en Libye”, 14 septembre 2016, Le Monde

[7] Michel Collon, “Sarkozy, combien d’enfants as-tu tué cette nuit ?”, 28 juillet 2011, Investig’Action, vidéo en ligne.

[8] Hala Kodmani, “Des réseaux français au service de la Syrie”, 9 février 2012, Libération.

[9] Voir Maurice Lemoine, “Au Salvador, 25e anniversaire des Accords de paix”, 16 janvier 2017, Mémoire des Luttes.

[10] Voir Michel Collon, Monopoly. L’Otan à la conquête du monde, EPO, Bruxelles, 2000

[11] Voir “Le Monde ou la voix de l’Amérique Latine ?”, 20 août 2002, Acrimed.

[12] Voir Hervé Kempf, “Adieu Le Monde, vive Reporterre”, 2 septembre 2013, Reporterre.

[13] Voir Bahar Kimyongur,  » Syrie : le révisionnisme du Monde a une odeur de camembert”, 17 septembre 2015, Investig’Action. Voir également Emmanuel Wathelet, « Qui se cache derrière le «Réseau Syrien des Droits de l’Homme» ? », 17 septembre 2015, Investig’Action.

[14] Le Monde.fr avec AFP et Reuters, “Syrie : l’armée accusée de bombardements massifs et d’attaques chimiques”, 21 août 2013, Le Monde.

[15] Richard Lloyd et Theodore A. Postol, Possible Implications of Faulty US Technical Intelligence in the Damascus Nerve Agent Attack of August 21, 2013, 14 janvier 2014, consultable en ligne.

[16] Robin Andraca, op.cit.

[17] Noam Chomsky et Edward S. Herman, La fabrique de l’opinion publique, Paris, Le serpent à plumes, 2003

[18] Geoffrey Geuens, Tous pouvoirs confondus, Belgique, Ed. EPO, 2003

[19] Ignacio Ramonet, La tyrannie de la communication, France, Ed. Gallimard, 2004

[20] Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, Paris, Ed. Raisons d’agir, 2005

[21] Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Paris, Ed. Raisons d’agir, 1996

[22] Alain Accardo, Journalistes précaires, journalistes au quotidien, Ed. Agone, 2007

[23] Olfa Lamloum, “Médiatisation de la guerre en Irak”, 24 novembre 2003, l’Humanité

[24] ONU : une journaliste démonte en deux minutes la rhétorique des médias traditionnels sur la Syrie, vidéo en ligne.

[25] Voir notamment Mathieu Dejean, Comment une vidéo conspirationniste sur la Syrie est devenue la deuxième la plus vue sur YouTube, 15 février 2016, Les Inrocks

[26] Sara Flouders, “WikiLeaks, la presse à imprimer et la Bible”, 14 janvier 2011, Investig’Action

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