ROANNE : CINQ SYNDICALISTES CONVOQUES POUR DES PRELEVEMENTS ADN!

Le 19 novembre 2012, la Cour d’Appel de Lyon avait déclaré les cinq camarades de Roanne "coupables", mais sans exécution de peine !

La mobilisation sans faille, de personnalités publi-ques, d’organisations syndicales, des partis politiques de gauche, du monde associatif, de la Ligue des Droits de l’Homme et de toutes les structures de la CGT, avait pesé sur ce rendu de jugement, sans toutefois aller jus-qu’à la relaxe.

Ainsi, après plus de deux ans de cauchemar judiciaire, de moments difficiles et stressants vécus par nos camarades, ceux-ci étaient lavés définitivement de toutes accusations et aucunes peines n’étaient retenues contre eux.

ils étaient donc coupables de n’avoir rien fait de condamnable ! Avec la Loi d’Amnistie qui se profilait, on pensait le dossier définitivement clos. Mais c’était sans compter sur l’acharnement politico-juridique !

Nous apprenons que les 5 de Roanne sont convoqués le 22 mai 2013 au commissariat de police de Roanne pour un prélèvement d’ADN en application de l’article 706-56 du Code de Procédure Pénale.

Pourtant, la loi d’amnistie pour les syndicalistes, votée par le Sénat, est sérieusement menacée. En effet, la Commission des Lois de l’Assemblée Nationale, sous l’injonction du Gouvernement, vient d’opposer son veto !

Comment un projet de loi sur l’amnistie adopté par un parlement peut-il être remis en cause par un autre parlement et cela par la même majorité ?

Que pèse en effet cette loi face à la violence, même symbolique, affichée vis-à-vis des classes moyennes et populaires par les plus hauts responsables de l’exécutif ?

Que pèse cette loi vis-à-vis de la délinquance en col blanc qui fait des milliards d’euros de profit dans des salles de marché, aux vus et aux sus de tous, au détriment des salariés dont les usines ferment, des retraités qui voient leurs pensions s’amenuiser ?

Que pèse cette loi face à l’injure, froide et répétée, commise par ceux qui n’en n’ont jamais assez et qui font tout ce qu’ils peuvent pour mettre leur fortune à l’abri de l’effort qui est demandé à tous les Français ?

Le combat et les luttes que nous menons tous ensemble pour obtenir cette loi d’amnistie, mais aussi cette volonté de changer de société est un symbole fort. Nous voulons croire que l’ère de la criminalisation de l’action syndicale et de l’immunité accordée aux patrons-voyous ou aux actionnaires financiers prédateurs de richesse sera bientôt révolue.

Non seulement les cinq militants CGT de Roanne risquent de ne pas bénéficier de la loi d’Amnistie, mais ils subissent en plus l’humiliation en étant traités comme de véritables criminels !

Oui ! Nos cinq camarades sont considérés comme de dangereux criminels comme le sont les auteurs de viols, de crimes, de braquages …

Nous devons réagir à la hauteur des enjeux qui nous sont fixés sur les expressions et les libertés syndicales.

TOUS ENSEMBLE LUTTONS
CONTRE LA CRIMINALISATION DE L’EXPRESSION ET DES LIBERTES SYNDICALES

Pour suivre ce combat : http://cgt-ul-roanne.fr

FRONT DE GAUCHE : STRATEGIE ELECTORALE ET DEMARCHE POLITIQUE

Caroline ANDREANI, Approches Marxistes n° 29, mai 2013

La manifestation du 5 mai dernier illustre les contradictions de la démarche du Front de gauche, qui oscille depuis le départ entre une stratégie électorale, celle d’un rassemblement de forces politiques à la gauche du Parti socialiste, et une démarche politique moins évidente, qui elle même oscille entre la volonté de dilution du Pcf au sein d’un rassemblement plus large, et la volonté de maintenir malgré tout la primauté de la force communiste au sein de ce rassemblement. La diversité des échéances électorales et politiques, la stratégie à géométrie variable de la direction du Parti communiste et de son principal allié, le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, font qu’il est parfois difficile de bien comprendre tous les éléments de la démarche. Pour autant, ne nous y trompons pas, le risque de dissolution est latent depuis la création du Front de gauche il y a 5 ans.

L’héritage des collectifs anti-libéraux

Rappelons-nous de l’épisode des collectifs anti-libéraux et du plantage de l’élection présidentielle de 2007.

En 2004, le Parti communiste, après avoir hésité sur la stratégie, se lance dans une campagne pour le « Non » au référendum sur le Traité constitutionnel européen. Cette campagne rassemble bien au-delà du Pcf, puisque l’on voit aux côtés de Marie-George Buffet des personnalités aussi diverses que Olivier Besancenot, Laurent Fabius, José Bové ou Jean-Luc Mélenchon. Cette expérience d’une campagne collective, avec des militants issus de l’extrême gauche, est une première pour le Pcf qui jusque-là se méfiait de tout ce qui n’était pas issu de ses rangs. Le référendum de 2005 voit la victoire du « Non ». A travers cette expérience politique positive, les dirigeants du Parti communiste commencent à ré-espérer peser sur le débat politique, en sortant du tête à tête inégalitaire avec le Parti socialiste. Le Pcf rêve déjà d’une alliance large, comme le montre les démarches envers Laurent Fabius qui est invité à la Fête de L’Humanité en 2005. Mais la greffe ne prend pas car de nombreux militants du Pcf se souviennent de ce Premier ministre de Mitterrand, chantre de l’austérité, et de l’épisode du sang contaminé.

C’est à la suite de l’expérience de 2005 que sont créés en 2006 les collectifs anti-libéraux. Ces collectifs rassemblent dans les mêmes assemblées militants communistes et militants de la « petite gauche ». La direction du Parti travaille à une liste commune fédérant toutes les forces à la gauche du parti . Elle fait de nombreuses avances à l’étoile montante de l’époque, Olivier Besancenot. Las, la LCR est dans son processus de construction du Nouveau parti anti-capitaliste. Persuadés de devancer le Pcf aux élections présidentielles et d’attirer à eux de nombreux communistes, voire de siphonner la majorité des militants communistes pour créer enfin la grande organisation populaire qui dépassera le Pcf, les dirigeants du NPA refusent toute idée d’alliance. Le Pcf devra donc se rabattre sur les militants gauchistes et écologistes des collectifs, qui se reconnaissent, eux, dans José Bové beaucoup plus que dans Marie-Georges Buffet.

Ce n’est pas faute, au sein du Pcf, de mettre en garde contre une certaine forme d’aventurisme liée à une méconnaissance totale de la mouvance gauchiste. Ce qui devait arriver arriva : les collectifs explosèrent lorsqu’il fallut désigner le candidat à l’élection présidentielle. Entre un José Bové issu de l’expérience du Larzac, dirigeant de la Confédération paysanne, quelques aventuriers politiques en mal de reconnaissance et Marie-Georges Buffet, les gauchistes choisirent Bové, les communistes MG Buffet, même s’il s’éleva à l’époque dans les rangs du Pcf des voix pour déplorer que les communistes n’aient pas accepté le choix des gauchistes.

Marie-Georges Buffet, partie trop tard en campagne, ne se présentant pas sous l’étiquette communiste, ne réussit pas à mobiliser les communistes. Elle obtint moins de 2% des voix, son challenger José Bové faisant encore moins bien.

On aurait pu penser qu’après cette expérience cuisante, les communistes auraient eu à cœur de repenser leur démarche d’alliance et de réfléchir à une stratégie de rassemblement différente. C’était sans compter Jean-Luc Mélenchon, nouvel homme providentiel après Besancenot et Bové, rangés dans les limbes des tentatives malheureuses.

Les premiers pas du Front de gauche : européennes et régionales

S’il est un homme politique qui sait se saisir des opportunités, c’est bien Jean-Luc Mélenchon. Sénateur socialiste, issu de l’OCI, Mélenchon choisit son moment pour sortir du Parti socialiste avec un maximum de publicité, en novembre 2008, avec le député du Nord Marc Dolez. Il espère quitter le Parti socialiste avec sa frange de gauche, mais à peine 2 000 militants socialistes quittent leur parti pour le suivre.

Il déclare alors : «Ainsi que nous l’a montré en Allemagne Oskar Lafontaine avec Die Linke, nous décidons d’engager avec tous ceux qui partagent ces orientations la construction d un nouveau parti de gauche et nous appelons à la constitution d’un front de forces de gauche pour les élections européennes».

Il n’est pas encore question d’un rassemblement avec le Parti communiste, et Mélenchon ne ferme aucune porte. Des contacts existent depuis 2005 entre les dirigeants du Parti communiste et Mélenchon. Il saura les ré-activer pour créer le Front de gauche, car l’aspiration a créer en France un nouveau Die Linke est bien présente dans la direction du Pcf.

Le nouvel astéroïde politique comprend au départ trois « forces », le Pcf, le Parti de gauche créé par Mélenchon, et la Gauche unitaire, issue du NPA et emmenée par un dirigeant historique de la LCR, Christian Piquet.

Pour les communistes, c’est un nouvel épisode politique qui voit le jour, et qui doit valider coûte que coûte une stratégie d’alliance électorale mise à mal avec les collectifs anti-libéraux. Plus question de perdre du temps avec la « petite gauche » : Gauche unitaire ou Parti de gauche, les deux formations n’existent que sur le papier et à travers leurs dirigeants « emblématiques », mais ils donnent une caution de rassemblement à la direction du Parti communiste qui cherche un renouveau dans l’affichage politique.

Ce renouveau, le Parti communiste va le payer chèrement au niveau des élus. Si le PG et la GU ne représentent que peu de forces sur le terrain, médiatiquement par contre, Jean-Luc Mélenchon prend une assurance et un poids que le Pcf n’avait sans doute pas escompté. Ce poids médiatique, le Parti de gauche le monnaye. Lors des élections européennes de 2009, sur huit régions, le Parti communiste présente et réussit à faire élire deux communistes, Jacky Hénin (Nord-Pas-de-Calais) et Patrick Le Hyaric (Ile-de-France). Le Parti de gauche obtient deux têtes de liste éligibles et élues, Jean-Luc Mélenchon dans le Sud-Ouest, Marie-Christine Vergiat dans le Sud-Est. Au total, un micro-parti nouvellement créé (il est fondé officiellement le 1er février 2009) obtient autant de députés européens que le Parti communiste, ce dernier ayant été le fer de lance de la campagne des européennes.

Dans la foulée, aux élections régionales de mars 2010, le Parti communiste et ses alliés décident de poursuivre dans la voie tracée aux européennes. Si certains s’opposent fermement à cette alliance dans laquelle ils voient un jeu de dupes, d’autres au sein du Parti communiste y voient l’occasion de poursuivre dans la voie de l’effacement du parti. Toute l’aile droitière de la direction nationale pousse à fond pour que le Front de gauche soit l’étiquette derrière laquelle se rangent les communistes, voulant transformer une alliance électorale en nouvelle force politique.

Dans 17 régions, le Front de Gauche présente des listes autonomes. Au moment de la constitution des listes, on voit se manifester localement des membres se revendiquant de l’étiquette PG ou GU qui exigent et obtiennent des positions éligibles.

Résultat, aux régionales de 2010, les résultats électoraux sont contrastés. Avec 6% des scrutins au plan national, le Front de gauche réussit quelques percées intéressantes en Nord-Pas-de-Calais, Auvergne, Corse et Limousin où le Front de gauche dépasse les 10 %. Mais le Parti communiste lui, perd la moitié de ses élus -ils ne sont plus que 95- par rapport aux élections régionales de 2004 où il avait obtenu 191 élus. Au total, si le pourcentage global a augmenté, le nombre des élus est très en deçà de ce qu’il aurait du être parce qu’il fallait laisser la place aux partenaires, puis négocier avec le Parti socialiste. Des partenaires qui se révèlent parfois difficilement gérables. En Ile-de-France, au lendemain de l’élection, deux groupes Front de gauche siègent au Conseil régional, l’un rassemblant les communistes, l’autre leurs alliés des autres composantes politiques…

La présidentielle de 2012

L’aventure électorale des européennes et des régionales se poursuit avec les élections présidentielles de 2012.

En juin 2010, Pierre Laurent succède à Marie-Georges Buffet, promotrice du Front de gauche et soutien indéfectible de Jean-Luc Mélenchon. Pierre Laurent, tout jeune secrétaire national, ne souhaite manifestement pas risquer une candidature à l’élection présidentielle.

En 2011, la direction du Pcf lance un processus de désignation du candidat à l’élection présidentielle. Pierre Laurent met son poids dans la balance en affirmant publiquement à différentes reprises que son candidat est Jean-Luc Mélenchon. Face à cette candidature imposée, d’autres noms circulent, les plus sérieux étant ceux d’André Gérin et d’André Chassaigne, tous deux députés et connus pour leur ancrage de terrain. Rapidement, André Gérin annonce son soutien à André Chassaigne. Lors de la consultation des communistes (juin 2011), Chassaigne obtient 36,82 % des voix des communistes. La désignation de Jean-Luc Mélenchon est donc actée.

Le soutien à Jean-Luc Mélenchon est une rupture dans l’histoire du Pcf qui depuis 1981 avait toujours présenté un candidat aux élections présidentielles. En soutenant un candidat qui n’était pas issu de ses rangs, le Pcf préférait éviter un énième résultat catastrophique. En même temps, il se privait d’une tribune politique au profit d’un ancien socialiste.

Le résultat a dépassé les prévisions : crédité en début de campagne de 6 % des suffrages, Mélenchon a réussi à dépasser 11 % des scrutins.

Mais surtout, cette campagne lui a permis de s’imposer comme un acteur incontournable de la vie politique. Entre ses interviews, ses débats, les réunions publiques dans les grandes villes de France qui ont réuni des centaines de milliers de partisans, Mélenchon a obtenu une tribune qu’il n’aurait jamais eue autrement. En politicien intelligent, il a eu ce qu’il cherchait : une légitimation médiatico-politique qui lui donne un poids sans commune mesure avec la réalité de son organisation.

Ne jetons pas la pierre à Mélenchon : sa verve, son talent d’orateur ont aussi cassé les codes du débat politique. Il a redonné, y compris aux communistes, une volonté de se battre contre les idées dominantes. Et on peut certainement mettre à son actif la non-participation à un gouvernement dirigé par le Parti socialiste, participation qui tentait une partie des dirigeants du Pcf.

Ne sur-estimons toutefois pas les résultats de la présidentielle : Mélenchon a aussi engrangé les voix qui se sont portées aux scrutins précédents sur l’extrême gauche. Lors de cette élection, il a polarisé l’électorat que le parti communiste avait laissé échapper par l’illisibilité de ses positions et son manque de courage politique.

L’épisode Hénin-Beaumont

Le coup de pied de l’âne a été par la suite l’aventure législative d’Hénin-Beaumont. Lorsqu’au lendemain de la présidentielle, Pierre Laurent a officiellement annoncé au Conseil national du Pcf la candidature de Mélenchon face à Marine Le Pen à Hénin-Beaumont, l’idée d’un duel Le Pen-Mélenchon a été appréciée. D’une part, ce parachutage déstabilisait la fédération du Pas-de-Calais, ouvertement hostile au Front de gauche. D’autre part, cela constituait un défi personnel pour le candidat de la présidentielle. A aucun moment les communistes n’ont remis en cause ce choix, alors qu’en tout état de cause, le Front de gauche n’était pas responsable de la montée en puissance du leader de l’extrême droite. En allant jouer les pompiers-pyromanes, le Front de gauche et les communistes en leur sein, tombaient dans le piège des médias et des partis bénéficiaires de la bi-polarisation de la vie politique. On peut aujourd’hui s’agacer que le Front national et le Front de gauche soient systématiquement renvoyés dos à dos. Il fallait commencer par refuser d’affronter l’extrême droite sur le terrain choisi par d’autres, en mettant en cause les véritables responsables de sa montée en puissance : la politique du gouvernement Fillon-Sarkozy, la crise économique, l’Union européenne.

Des lendemains qui chantent ?

Aujourd’hui se pose pour le Parti communiste plusieurs questions, dont les réponses ne sont ni simples ni évidentes.

La validité de la politique d’alliance électorale n’est pas à remettre en cause. A toutes les étapes de son histoire, le Parti communiste a conclu des alliances avec d’autres forces politiques, ce dès les années 1934 avec la mise en place du Front populaire, au moment de la Résistance, à la Libération. Depuis les années 60, on peut remarquer que ces alliances se sont limitées à un partenariat de plus en plus prégnant avec le Parti socialiste. Celles du Front de gauche ne dérogent donc pas à la règle, mais elles ne sont pas absurdes si l’on se place dans la perspective de desserrer l’étau des relations trop inégalitaires avec le Parti socialiste.

Autre chose est la dilution du Parti communiste dans une nouvelle force politique. Ce risque est présent, et il est inquiétant car toutes les expériences menées dans des conditions similaires ailleurs en Europe se sont terminées par la disparition des forces communistes.

Cependant, le personnage de Mélenchon refroidit de nombreux communistes. Le récent épisode du dépassement des prévisions du compte de campagne à l’élection présidentielle n’est pas sans interroger les communistes. En effet, au cas où les dépenses de la campagne présidentielle dépassaient les projections, le Parti de gauche s’était engagé à en assumer sa part. Il refuse aujourd’hui de le faire, laissant au Pcf le soin de payer l’ensemble des dépenses supplémentaires de la campagne.

Les positions du Parti de gauche, qui annonce lors de son congrès qu’il présentera des listes autonomes dans plus de 60 grandes villes de France face au Parti socialiste, sans en discuter au préalable avec ses partenaires, posent aussi problème aux communistes. Le Pcf est le 3e parti de France en terme d’élus locaux. Or, il doit cette positon à ses alliances avec le Parti socialiste. Si celles-ci sont remises en cause par l’attitude du PG, que fera le Parti communiste ? Acceptera-t-il une confrontation avec le Ps dont il ne sortira pas vainqueur ? Certainement pas. Des décennies d’alliances électorales avec le Ps l’ont convaincu de ne pas affronter trop directement le Ps, le récent vote du budget du Conseil général le prouve.

Quid des instances dirigeantes du Front de gauche ? Même si l’on ne veut pas voir dans le Front de gauche les prémisses d’une nouvelle organisation politique, on ne peut que s’étonner du silence qui entoure ses instances dirigeantes. Une indiscrétion de Didier Le Reste lors d’un récent CN du Pcf laisse à penser que les rapports avec les dirigeants des organisations partenaires ne sont pas au beau fixe.

En tout état de cause, les élections municipales de 2014 risquent de constituer une ligne de fracture entre un Pcf habitué la gestion municipale, dont il a structurellement besoin, et le Parti de gauche, qui lui, n’a rien à perdre à une confrontation avec le Parti socialiste, sauf une reconnaissance en tant qu’opposant à la ligne sociale-démocrate du Ps. Et pourtant, qu’est-ce qui distingue vraiment Mélenchon du reste du Parti socialiste ? Il suffit de lire en détail ses discours pour comprendre que le Parti de gauche est sur une ligne réformatrice. Mélenchon n’est pas un Chavez français. Tout au plus serait-il un Régis Debray avec 20 ans de moins. Sur le fond, rien de révolutionnaire. L’union européenne, l’euro ? Il ne faut pas y toucher. Les agressions impérialistes contre le Libye ou la Syrie ? Il ne les condamne pas. Alors bien sûr, il y a les références historiques, les traits d’esprit et les rodomontades. Mais ce n’est pas cela qui donne de l’épaisseur à une visée politique. Celle de Mélenchon est facile à cerner : il se sert du Parti communiste pour fonder les bases d’une nouvelle organisation qu’il souhaite diriger, une organisation qui serait l’aile gauche du Parti socialiste. En cela, il rejoint les visées de Pierre Laurent de de Marie-Georges Buffet.

REFORME DES UNIVERSITES

Déclaration commune de COURRIEL et de la Libre Pensée

La Fédération nationale de la Libre Pensée (FNLP) a rencontré le 15 mai 2013, à son siège, le Collectif Unitaire Républicain de Resistance, d’Initiative et d’Émancipation Linguistique (CO.U.R.R.I.E.L.) , afin d’aborder les menaces qui pèsent sur la langue française.

  1. Nos deux associations considèrent que la langue française, qui constitue par ailleurs la langue commune des pays de la Francophonie, est une expression tangible de l’Unité de la République et est un des fondements de l’État-Nation
  1. Elles rappellent que la revendication d’une langue commune était une revendication réclamée largement par les Cahiers de doléances qui ont précédé la Révolution française.
  1. Si nous ne sommes nullement opposés à l’existence et à l’enseignement de langues régionales et autres idiomes comme expression de la diversité culturelle ; nous refusons fermement qu’ils soient mis sur le même plan que la langue française.

A)- En conséquence, nous refusons toute modification de l’article 2 de la Constitution qui fait de la langue française la langue officielle de la République.

B)- Nous demandons aux plus hautes autorités de l’État de ne pas ratifier la Charte européenne des Langues régionales et minoritaires. Cela serait entrer sur le chemin de l’éclatement de la Nation et de l’unité de la République ; cela constituerait aussi une source permanente d’inégalités des droits en fonction de la locution des citoyens. 

C)- Nous refusons que le Code du Travail et les autres Codes juridiques soient traduits dans les langues régionales et que les procès et autres actes juridiques soient tenus dans ces idiomes, car cela constituerait un facteur d’éclatement et d’affrontement dans le pays. Il n’y a qu’une seule classe ouvrière et qu’un seul peuple : le peuple français.

4-  Le  CO.U.R.R.I.E.L. et la FNLP ne s’opposent nullement à l’enseignement et à l’utilisation des langues étrangères, mais ils récusent le basculement insidieux de la France au tout-anglais. Nous constatons que la mondialisation (appauvrissement social et culturel) et que la « construction » européenne néo-libérale et supranationale s’accompagnent du développement d’un anglais de qualité médiocre qui est loin de la qualité et de la force de la langue de Shakespeare. L’avenir n’est pas à l’hégémonie d’une culture et d’une langue ; un internationalisme véritable implique au contraire de respecter l’égale dignite des peuples, donc l’égale dignité des langues, avec en parallèle le développement universel d’un véritable plurilinguisme, facteur d’enrichissement mutuel, de diversité, et de mutualisation des cultures. En résumé, le tout-anglais au rabais n’est que l’instrument de soumission et d’asservissement des peuples.

5-      Nos deux associations dénoncent le saccage de l’enseignement de la langue française au sein de l’École publique. En quarante ans de contre-réformes (Haby, Jospin, Allègre, Fillon, Chatel…), un élève aura perdu 800 heures d’enseignement du français, du CP à la fin de la Troisième. Elles demandent le rétablissement des heures de français afin de permettre aux élèves et futurs citoyens d’avoir un niveau de connaissance suffisant dans la maitrise de la langue de la République.

6-      La FNLP et le CO.U.R.R.I.E.L. condamnent le projet de loi Fioraso, en particulier son volet linguistique et appellent les parlementaires à refuser cette nouvelle régression. Loin d’abroger la loi LRU imposée par Valérie Pécresse, comme on était en droit de l’espérer, le projet Fioraso accentue la « libéralisation » à l’anglo-saxonne de l’Université. Au lieu de faire respecter la loi de 1994 qui fait du français « la langue de l’enseignement », au lieu de rappeler à l’ordre républicain les Grandes Écoles, notamment Sciences po et nombre d’écoles de commerce qui multiplient, voire généralisent l’enseignement en globish, le projet Fioraso légalise l’illégalité en l’étendant à l’Université. Sous couvert d’encadrer les dérives, le projet Fioraso donne un signal majeur à tous ceux qui veulent basculer un maximum d’enseignements au tout-anglais. Il ne s’agit pas seulement d’un risque de déclassement généralisé de la langue de Molière et de Victor Hugo, mais d’un nouveau frein à la démocratisation de l’enseignement supérieur.

L’avenir des universités n’est pas dans l’allégeance à la prétendue « élite anglophone mondialisée », ni dans l’espoir d’une captation de « parts » du « marché mondial de l’enseignement » (sic) ; il est dans l’obtention des moyens publics nécessaires pour un bon fonctionnement de l’Université, dans l’encadrement décent des étudiants issus des milieux populaires, dans la mise en place de conditions d’accueil correctes faites pour les étudiants étrangers – notamment pour ceux qui viennent de l’Afrique francophone – , dans l’annulation des contre-réformes qui brident l’élan et l’originalité de la recherche française, dans la coopération à égalité entre les institutions universitaires de tous les pays. Avant et plutôt que d’être une « entreprise » soumise à des impératifs d’image et de rentabilité, comme le croient les promoteurs actuels de son "attractivité", l’Université est un service public au service des citoyens, porteur de la mission essentiellede former les spécialistes dont la Nation a besoin, en France même, pour développer sa culture, irriguer son industrie, et tenir sa place dans les enjeux de l’avenir.

7-    Le CO.U.R.R.I.E.L. et la F.N.L.P. condamnent la politique linguistique insidieuse de l’Union Européenne qui, en violation de ses traités fondateurs, promeut le tout-anglais comme langue officieuse de l’Europe, notamment au parlement européen et dans toutes les initiatives, évènements et formations qu’elle met en place (comme le montre caricaturalement le monopole dont jouit l’anglais sur les sites informatiques de l’UE). A l’arrière-plan de cette politique délétère, on trouve le patronat européen qui, par la bouche du Baron Seillère, alors président de Business Europe (le « MEDEF » européen), veut faire de l’anglais « la langue de l’entreprise et des affaires ». 

8-      Cette politique de basculement linguistique, liée à la mise en place du grand marché et de l’Union transatlantique (cf le manifeste du MEDEF Besoin d’aire, déc. 2011, ainsi que le dernier Discours sur l’état de l’Union de B. Obama), se traduit dans nombre d’entreprises – notamment dans certains groupes du CAC 40, mais aussi dans certains services publics à la dérive – par l’imposition du globish comme langue de travail unique ou principale, cela en violation de la loi de 1994 («  le français est la langue du travail »). Cela engendre souvent une grande souffrance au travail, des ouvriers que l’on soumet à des outils informatiques incompréhensibles (Danone…) aux  cadres qui souffrent dans leur dignité, dans le sentiment qu’ils ont de leur inefficacité professionnelle, dans les humiliations qu’ils subissent quand ils sont confrontés à de hauts responsables English Mother Tongue souvent promus de manière discriminatoire. Cela provoque aussi l’angoisse des salariés devant les problèmes de sécurité que pose le basculement à un anglais technique mal maîtrisé, in fine, non traduit et livré "tel quel" (transports, énergie, santé…) à l’initiative d’un patronat qui refuse de payer les frais de traduction (Air-France) et qui tourne le dos au mot d’Umberto Eco : « la langue de l’Europe, c’est la traduction », sans compter les notices diverses des produits commercialisés.

9-      Dans ces conditions, la Libre Pensée et CO.U.R.R.I.E.L. sollicitent une entrevue, d’une part auprès de Mme Yasmina Benguigui, ministre déléguée à la francophonie et d’autre part auprès de Mme Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, pour leur faire part de leurs revendications.

Paris, le 20 mai 2013.

 

Victoire sur l’Allemagne nazie: perception de l’événement en Russie et en Occident

Ria Novosti, 9 mai 2013

berlin-1945Le 9 mai 1945, date de la victoire contre l’Allemagne pendant la Seconde guerre mondiale, est l’une des plus importantes de l’histoire de la Russie. Mais la perception de cet événement est complètement différente en Russie et en Occident: d’ailleurs ce dernier célèbre cette victoire un jour plus tôt, le 8 mai. La fin de la guerre a engendré de nombreux stéréotypes sur les deux continents et nous nous arrêterons sur les principaux.

Double Journée de la Victoire

Les Etats-Unis et l’Europe occidentale considèrent que le principal acte de capitulation de l’Allemagne a eu lieu à Reims le 7 mai avant d’être officiellement annoncé à la communauté internationale le lendemain. Alors que la Russie l’identifie à l’acte signé par le maréchal Joukov le 9 mai à Karlshorst. L’opinion des historiens diverge sur le choix de la date. Juridiquement le premier acte a été signé par le général Ivan Sousloparov, représentant l’Union soviétique, mais Staline n’a pas apprécié le "comité restreint des alliés" et a insisté sur la signature d’un autre acte, que le président américain Truman et le premier ministre britannique Churchill ont refusé de valider. Même lorsque le second acte a été signé, c’était encore le 8 mai en Europe mais le 9 mai en URSS. Au final, tout le monde a formellement raison concernant les dates de célébration de la Journée de la Victoire. En revanche, les Occidentaux se réfèrent à l’acte de Reims et les Russes à celui de Karlshorst.

La guerre contre l’Allemagne ne s’achève pas en 1945

Notons que la signature de ces actes ne signifiait pas la fin de la guerre mais seulement la suspension des combats. Juridiquement l’URSS était en guerre contre l’Allemagne jusqu’au 25 janvier 1955, lorsque le Présidium du Conseil suprême de l’URSS a adopté un décret déclarant la fin de l’état de guerre. Il instaure des relations de paix entre les deux pays et stipule que "toutes les restrictions juridiques survenues en raison de la guerre contre les Allemands, considérés comme citoyens d’un Etat ennemi, sont abrogées". Mais dans la conscience nationale et avec la contribution de l’Etat, la victoire a commencé à être célébrée le 9 mai 1945. Après tout, il était inutile d’attendre la publication d’un document officiel.

Même chose pour les alliés occidentaux. Par exemple, le Royaume-Uni et la France ont officiellement annoncé la fin de la guerre avec l’Allemagne non pas en 1945 mais en juillet 1951. Les Etats-Unis un peu plus tard : en octobre 1951.

Hollywood : les Américains ont remporté la guerre

Les différences de vision sur la guerre sont flagrantes avant tout dans le cinéma et la littérature, qui contribuent largement à façonner l’opinion publique. En résumé, l’Occident estime qu’il a gagné la guerre et la Russie pense qu’elle en est le vainqueur.

Jugez par vous-mêmes : vous pouvez vous souvenir d’au moins une dizaine de films où le scénario se construit principalement autour de la guerre en Europe occidentale et dans le Pacifique. Omettons la seconde région car pour les USA la guerre contre le Japon avait bien plus d’importance que pour l’URSS. Pour cette raison il est logique que les Américains tournent des films patriotiques à ce sujet. Mais en ce qui concerne la confrontation avec l’Allemagne, les avis divergent.

En prenant les 10 films les plus populaires sur la guerre selon le site spécialisé IMDb, huit d’entre eux concernent précisément la guerre en Europe occidentale : La Liste de Schindler, Il faut sauver le soldat Ryan, Le Pianiste, U-571, La Vie est belle, Inglourious Basterds, La Grande évasion, Rome ville ouverte. Et seulement deux se détachent de la guerre en soi et sont consacrés à Adolf Hitler en tant que personnage comique (Le Dictateur) et tragique (Le Bunker).

Le rôle secondaire de l’URSS

Hollywood a toujours évité le thème de la guerre entre l’URSS et l’Allemagne. Le film Stalingrad, avec Jude Law dans le rôle du tireur d’élite Vassili Zaïtsev, est l’une des rares exceptions. Et ce film est plutôt européen qu’américain.

Les films russes reconnus par l’élite cinématographique occidentale tels que Quand passent les cigognes de Mikhaïl Kalatozov et La Ballade du soldat de Grigori Tchoukhraï n’ont pas eu d’impact sur l’opinion publique euro-américaine. C’est une goutte d’eau dans l’océan au regard des centaines de films sur la guerre où les alliés forgent la victoire contre Hitler sur le front Ouest.

C’est aussi le cas dans la littérature et les programmes scolaires d’histoire : ils parlent peu du front Est. Evidemment, une nation qui croit tout est persuadée que les Alliés ont remporté la guerre et que le rôle de l’Union soviétique est secondaire.

Mais ont peut l’interpréter différemment, maudire les "stupides" Américains qui ont "perverti" les faits – ou faire preuve de compréhension. Premièrement, le stéréotype des Américains victorieux est apparu pendant la Guerre froide, quand on présentait au public l’URSS comme un mauvais pays communiste et que personne ne voulait donner une image héroïque d’un Etat négatif, même au cinéma. Deuxièmement, quoi qu’il en soit les Européens et les Américains ont également remporté la victoire et leur propagande de masse a contribué à cultiver cette image. Ce n’est de la faute de personne si cette propagande a été si puissante.

Le débarquement en Normandie, tournant de la guerre

Pas étonnant, donc, que les principales batailles de la Seconde guerre mondiale montrées par Hollywood soient aussi différentes de ce que les Russes ont appris à l’école et vu à la télévision. On sait que la bataille de Stalingrad a marqué un tournant dans la guerre, qu’elle était la plus importante par son envergure, que les Allemands ne sont jamais remis de cette défaite et que la victoire n’était plus qu’une question de temps.

L’Occident a également du respect pour cette bataille mais estime que ce n’était pas la sienne. Pour cette raison, dans les manuels scolaires occidentaux et l’opinion publique, c’est le débarquement en Normandie qui fut la bataille la plus importante, quand le 6 juin 1944 plus de 150 000 soldats alliés ont débarqué sur les côtes françaises. D’ailleurs, contrairement au stéréotype répandu, des Britanniques et des Canadiens ont également participé au débarquement. Le groupe s’est emparé de la côte en perdant 10 000 hommes avant de continuer à progresser sur le territoire occupé par les Allemands. Ensuite, la bataille des Ardennes est considérée comme plus décisive que la bataille de Koursk. Au cinéma, Il faut sauver le soldat Ryan de Spielberg est le film qui présente le mieux le débarquement en Normandie.

Stalingrad oubliée

En effet l’humanité n’avait jamais assisté à un débarquement plus important qu’en Normandie. Mais en termes de forces impliquées et de pertes il est incomparable à la bataille de Stalingrad, où l’URSS a perdu plus de 500 000 hommes et les Allemands pratiquement 1 million. Cela n’a pas vraiment marqué la culture occidentale. Le film Stalingrad a été tourné bien après la bataille idéologique et ne pouvait plus changer la signification enracinée dans l’opinion publique.

L’Allemagne voit tout cela sous un autre angle. Evidemment le thème de la guerre n’est pas clos pour les Allemands mais en prenant les plus grands films sur l’Allemagne, on pense immédiatement à un autre Stalingrad  réalisé en 1993 par Joseph Vilsmaier. Même le titre indique quelle bataille les a le plus marqués.

L’URSS a gagné la guerre sans l’aide des Alliés

Une autre question litigieuse a engendré deux stéréotypes complètement différents en Russie et en Occident. Malheureusement, sur la vague de l’éducation patriotique et du rejet de l’idéologie occidentale, beaucoup de Russes pensent que l’URSS n’avait pas besoin de l’aide des Alliés – qu’elle a vaincu l’Allemagne et que les autres ont rejoint la partie à la fin sans aucunement aider les Russes. C’est faux. Tout le monde se souvient du Land Lease ou Prêt-Bail. Il s’agit du programme américain pour aider les Alliés pendant la guerre. Il a permis de fournir des armes, des munitions, du matériel, des médicaments et de la nourriture. Y compris à l’Union soviétique. Beaucoup de Russes pensent que c’était une aumône.

Mais les faits parlent d’eux-mêmes : plus de 300 000 camions Studebaker, plus de 20 000 avions, sans compter d’autres matériels et des produits alimentaires. Pratiquement toutes les conserves consommées par l’armée et la population étaient d’origine américaine.

Tout cela est tombé dans le hachoir du conflit idéologique d’après-guerre – la Russie sous-estimait le rôle de ces livraisons et l’Occident soulignait leur importance. Tout le monde n’a plus qu’à en tirer des conclusions.

Pendant 4 mois de grève, les salariés ont tenu en échec PSA et ont réussi à ne pas se faire écraser

logo-cgt-psa-aulnayCommuniqué de presse de la CGT PSA Aulnay

17/05/2013

Ce vendredi 17 mai, les salariés de PSA Aulnay en grève depuis 4 mois (16 janvier) ont voté en Assemblée Générale la suspension de la grève et ont demandé à la CGT et à la CFDT de signer un protocole de fin de grève.

Pour l’ensemble des salariés, la fermeture de l’usine reste toujours inacceptable et injustifiée. Cette fermeture est un véritable gâchis social qui aura des conséquences désastreuses au niveau de la région. C’est pourquoi si les salariés ont décidé de suspendre la grève, ils n’ont pas renoncé à défendre leur droit.
Depuis 4 mois, des centaines de salariés ont réussi à tenir en échec la direction de PSA dont le principal actionnaire, la famille Peugeot, est une des familles les plus riches et les puissantes de France. Contre eux, les grévistes ont eu aussi le gouvernement qui a pris fait et cause pour la famille Peugeot et ses actionnaires et a mobilisé les moyens de l’État contre la grève.
Depuis 4 mois, les salariés ont montré qu’il est possible de relever la tête et de se battre collectivement de ne pas se faire écraser, même s’ils n’ont pas réussi à faire reculer PSA sur la fermeture de l’usine ou à obtenir un CDI pour tous et une pré-retraite dès 55 ans. Il aurait fallu pour cela une lutte qui se généralise.
Cette longue grève, est une véritable fierté pour les centaines de salariés qui y ont participé. C’est la fierté d’avoir mené un combat juste et légitime. C’est le combat pour l’emploi et pour protéger les conditions d’existence face à une direction qui licencie dans le seul but d’augmenter les profits.
Le soutien extraordinaire de dizaines de milliers de travailleurs est la preuve la plus éclatante que cette grève était juste et que nombre de militants et de travailleurs s’y reconnaissaient.
Tous les grévistes tiennent à remercier tous les travailleurs qui les ont soutenus et leur ont permis de tenir.
Grâce à la grève, PSA a dû céder un certain nombre mesures.
Concernant l’ensemble des salariés concernés par le PSE :
- La prime de licenciement supra-légale est passée de 6 mois à 12 mois.
- Pour les travailleurs âgés, le départ anticipé est passé de 30 à 36 mois.
- Les critères restrictifs pour toucher les primes de déménagement ont été quasiment annulées.
- La prime de mutation est passée de 5000 € brut imposable à 5000 € net non imposable
Concernant les grévistes de PSA Aulnay :
- La réintégration des 4 salariés honteusement licenciés. Ils pourront bénéficier des mesures du PSE ou de la possibilité de reclassement à la RATP, SNCF ou ADP.
- L’annulation des procédures de licenciements contre les délégués.
- L’annulation de toutes les poursuites pénales et disciplinaires.
- Des garanties écrites concernant les mutations.
- Une indemnité forfaitaire supplémentaire pour ceux qui choisiraient de quitter l’entreprise avant le 31 mai.
- Les journées de grève sont neutralisées pour le paiement des journées de chômage, du calcul de la prime de 13éme mois, des jours de congés payés, des jours fériés ce qui atténue fortement les pertes financières de la grève.
La grève reste la meilleure arme des travailleurs !
Jean-Pierre MERCIER
DS CGT PSA Aulnay

EN ALLEMAGNE AUSSI

Vanessa IKONOMOFF, Bastille-République-Nation, 30 avril 2013

billetsLe 14 avril s’est tenu à Berlin le congrès fondateur d’un nouveau parti allemand, Alternative pour l’Allemagne (AfD). 1500 délégués y ont pris part. L’événement n’est pas passé inaperçu : l’AfD entend en effet œuvrer pour la « sortie ordonnée » de la zone euro. Son programme précise : « chaque pays doit pouvoir décider démocratiquement de sa monnaie ».

Parmi les fondateurs du parti figurent des économistes et des juristes, en particulier le groupe qui avait introduit des plaintes auprès du tribunal constitutionnel de Karlsruhe contre les traités européens successifs. Son président, Bernd Lucke, fut pendant trois décennies membre de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le parti d’Angela Merkel. De fait, beaucoup parmi ses premiers adhérents – 7000 revendiqués à ce jour – viennent de cette mouvance.

L’AfD a centré son programme sur le « renforcement de la démocratie » et sur la sauvegarde des droits des parlements nationaux. Les fondateurs ont dû se sentir confortés par une révélation récente mise au jour dans une étude universitaire qui revient sur la genèse de la monnaie unique : Helmut Kohl convient, vingt ans plus tard, s’être volontairement comporté en « dictateur » en imposant l’abolition du mark à ses concitoyens, qui n’y auraient jamais consenti s’ils avaient été consultés, a reconnu l’ancien chancelier.

Pour M. Lucke, l’euro enfonce les pays du sud de l’UE, et n’apporte aucun avantage à l’Allemagne. Les partis traditionnels, de même que l’essentiel de la presse, ont réagi de manière violente à l’émergence de cette nouvelle force politique. « Pour un pays exportateur comme le nôtre, l’euro est une chance unique » a martelé le porte-parole de Mme Merkel. Même son de cloche du côté de la co-présidente des Verts, Claudia Roth, pour qui cette « nostalgie de l’Etat-nation nuit avant tout à l’Allemagne et aux intérêts allemands ». Des convictions sur lesquelles les dirigeants d’outre-Rhin restaient jusqu’à présent discrets…

La colère de la classe politique établie est à la mesure des inquiétudes provoquées par les enquêtes d’opinion. Deux études successives ont évalué à 19% et 24% la proportion d’électeurs qui n’excluent pas de voter pour l’AfD (si ce jeune parti réussit à se mettre en ordre de bataille pour le scrutin de septembre prochain). Côté chrétien-démocrate, on craint particulièrement une fuite des électeurs traditionnels qui pourrait compromettre, même pour quelques pourcents, la victoire annoncée de la chancelière sortante. Près d’un électeur chrétien-démocrate sur cinq pourrait être tenté par l’AfD ; la proportion est du même ordre du côté des sociaux-démocrates. C’est chez les Verts – désormais surtout ancrés parmi les classes urbaines aisées – que la tentation est la plus faible (un sur six). En revanche, entre 29 et 35% des électeurs du parti de gauche Die Linke, déclarent être tentés.

Interrogé par BRN, Bernd Lucke dit n’être pas surpris par cet apparent paradoxe : « notre électorat potentiel n’est pas à l’image de nos membres actuels ; mais il n’est pas anormal que les électeurs des classes populaires rejettent le plus la monnaie unique ». Dans le quotidien Die Welt, le président de Die Linke a dès lors qualifié l’AfD de « parti le plus dangereux actuellement à droite ».

Une réaction qui n’est pas sans rappeler, en France, le refus réitéré des dirigeants du Front de gauche d’envisager une sortie de la monnaie unique (il faut un « euro des peuples », a-t-on proclamé de ce côté sans rire). Jean-Luc Mélenchon a même affirmé qu’il ne fallait pas faire le jeu de la chancelière allemande dont le plan secret serait d’expulser les pays du sud de la zone euro – un conte à dormir debout, récemment décrypté par l’économiste Jacques Sapir.

On peut certes observer que l’AfD est soutenu par une partie – au demeurant très minoritaire – du patronat allemand. On peut également noter que ce mouvement s’affirme partisan de l’Union européenne, qu’il entend vouloir sauver des menaces que l’euro ferait peser sur elle.

Reste qu’il cristallise un ressentiment populaire légitime et profond, mais jusqu’à présent occulté sur la scène publique. Il est évidemment trop tôt pour prédire l’avenir de cette initiative. Mais qu’un tel tabou vole en éclat en Allemagne aussi pourrait bien ne pas être sans conséquence sur l’avenir radieux de l’euro-qui-nous-protège…

BANGLADESH : LA TERREUR DU CAPITALISME

Vijay PRASHAD, counterpunch.org

bangladeshMercredi 24 Avril. Au lendemain de la demande faite par les autorités aux propriétaires de faire évacuer leur usine de confection, l’immeuble s’est écroulé. Le bâtiment, le Rana Plaza, situé dans la banlieue de Dhaka, à Savar, confectionnait des vêtements pour la chaîne de fabrication qui prend forme dans les champs de coton en Asie du Sud et finit dans les enseignes de distribution occidentales. Les vêtements de marques célèbres y sont cousus, comme le sont les habits que l’on retrouve disposés sur les étagères sataniques de Wal-Mart. Les secours ont pu sauver deux mille personnes à l’heure où nous écrivons, confirmant ainsi la mort de trois cents autres. Le bilan devrait inéluctablement s’alourdir (on en est à plus de 1100 aujourdhui, ndlr). Il est intéressant de mentionner que le tribut payé lors de l’incendie de la Shirtwaist Factory de New York en 1911 s’élevait à cent quarante-six personnes. Le bilan est à ce stade deux fois plus élevé à Dhaka. Cet « accident » survient cinq mois après l’incendie de l’usine de confection de Tazreen (le 24 Novembre 2012) qui a coûté la vie à cent douze travailleurs au moins.

La liste des « accidents » est longue et insoutenable. En Avril 2005, une usine de confection s’est effondrée à Savar, tuant soixante-quinze salariés. En Février 2006, une autre usine a connu le même sort, tuant dix-huit personnes. En juin 2010, un bâtiment s’est effondré à Dhaka, tuant 25 personnes. Telles sont les « usines » de la Mondialisation de ce 21e siècle – des abris à peine construits où la production s’opère lors de longues journées de travail, à l’aide de machines de piètre qualité et réalisée par des travailleurs dont les vies sont soumises aux impératifs de la production en « just in time ». Ecrivant alors sur le régime de production en Angleterre au 19e siècle, Karl Marx soulignait « Dans sa quête aveugle et sans limites, face à son appétit insatiable de productivité toujours accrue, le capital a non seulement outrepassé le seuil moralement acceptable, mais aussi les limites physiques d’une journée de travail. Il usurpe le temps nécessaire au développement, à la croissance et à l’entretien sain du corps. Il vole le temps requis à la consommation d’air frais et de soleil…sa seule préoccupation est d’utiliser uniquement et simplement le maximum de main-d’œuvre possible au cours d’une journée de travail. Il atteint son but en écourtant la durée de vie du travailleur, à la manière d’un fermier trop gourmand qui arracherait une production accrue de la terre en réduisant sa fertilité » (Capital, Chapitre 10).

Ces usines du Bangladesh sont un exemple du paysage offert par la mondialisation et qui est reproduit dans ces usines le long de la frontière Américano-Mexicaine, à Haïti, au Sri Lanka, et à d’autres endroits qui ouvrent leurs portes au nouvel ordre de production et de commerce de l’industrie de la confection des années 1990. Des pays soumis, qui n’ont ni la volonté patriote de se battre pour leurs citoyens ni le moindre intérêt dans l’affaiblissement de leur ordre social à long-terme, se sont précipités pour accueillir la production textile. Les gros fabricants de textile ne voulaient plus investir dans des usines – ils se sont tournés vers les sous-traitants en proposant des marges très faibles et les forçant ainsi à gérer leurs usines comme de véritables prisons du travail. Ce modèle de la sous-traitance a permis à ces firmes de nier toute responsabilité pour ce que faisaient les vrais patrons de ces petites usines, leur permettant de profiter des bénéfices des produits à bas prix sans que leur conscience ne soit entachée par la sueur et le sang des travailleurs. Cela a aussi permis aux consommateurs occidentaux d’acheter d’énormes quantités de biens, souvent à crédit, sans qu’ils se soucient des méthodes de production. Une vague d’indignation ponctuelle pourra voir le jour contre telle ou telle enseigne, mais ce sera sans une appréciation globale des méthodes de production que des entreprises comme Wal-Mart ont introduites, sans appréciation non plus des pratiques commerciales qui ont été normalisées et qui sont à l’origine de telle ou telle campagne d’indignation.

Les travailleurs bangladais ne sont pas aussi bien placés que les consommateurs occidentaux pour le faire. Pas plus tard qu’en Juin 2012, des milliers de travailleurs de la zone industrielle d’Ashulia, à l’extérieur de Dhaka, ont manifesté pour réclamer des augmentations de salaire et des meilleures conditions de travail. Pendant plusieurs jours, ces travailleurs ont fermé plus de 300 usines, bloquant l’autoroute Dhaka-Tangali à Narasinghapur. Les travailleurs gagnent entre 3000 taka (35$) et 5500 taka (70$) par mois ; ils demandaient une augmentation comprise entre 1500 taka (19$) et 2000 taka (25$) par mois. Le gouvernement a envoyé trois mille policiers pour sécuriser la zone, et le Premier Ministre a vaguement promis qu’elle se pencherait sur leur cas. Un comité composé de trois membres a été créé, mais rien de substantiel n’en a est ressorti.

Conscients de la futilité des négociations avec un gouvernement entièrement acquis à la logique de la chaîne de fabrication, Dhaka a connu une explosion de violence à mesure que les informations en provenance de l’usine de Rana survenaient. Les travailleurs ont bouclé le secteur de Dhaka, bloquant les routes et vandalisant des voitures. L’insensibilité de l’Association des Fabricants de textile du Bangladesh (BGMEA) a également contribué à jeter de l’huile sur le feu. A la suite des manifestations de Juin, Mr Shafiul Islam, à la tête de la BGMEA, a accusé les travailleurs d’être impliqués dans « une conspiration  ». Il a argué du fait qu’il n’y avait « aucune raison logique pour augmenter le salaire de travailleurs  ». Cette fois-ci, le nouveau Président de la BGMEA, Mr Atiqul Islam, a suggéré que le problème n’était pas la mort des travailleurs ou des mauvaises conditions d’exercice des travailleurs, mais « l’arrêt de la production causé par le mécontentement et les hartals (grèves) ». Ces grèves, a-t-il dit, sont « juste un coup dur porté au secteur de la confection  ». Il ne fait dès lors plus aucun doute que ceux qui sont descendus dans la rue n’ont plus foi en les sous-traitants et en leur gouvernement.

Les tentatives pour solutionner l’exploitation ont été mises à mal par une pression continue de la part des autorités et par le recours au meurtre. Toute approche visant à faire évoluer le Code du travail au Bangladesh est éclipsée par une exécution très sommaire de la part du Service d’Inspection du Ministère du Travail. On dénombre en tout et pour tout 18 inspecteurs et inspecteurs-adjoints pour contrôler 100 000 usines sur la zone de Dhaka, où sont situées la plupart des usines de confection. Si une infraction est détectée, les amendes sont trop faibles pour initier une quelconque réforme. Quand les travailleurs essaient de se regrouper en syndicat, la répression féroce de la part de la Direction suffit à réduire tout effort à néant. La Direction préfère le recours anarchique à la violence plutôt que le maintien durable de la main-d’œuvre. En effet, la violence a conduit le Gouvernement bangladais à créer une Cellule de Gestion de Crise ainsi qu’une Police Industrielle, non pas en vue de contrôler les violations au Code du Travail, mais pour surveiller les leaders syndicaux. En Avril 2012, des agents de la capitale ont kidnappé Aminul Islam, un des organisateurs clés du Centre pour la Solidarité des Travailleurs au Bangladesh. Il a été retrouvé mort quelques jours après, son corps présentant de nombreuses marques de torture.

Le Bangladesh est secoué ces derniers mois par des vagues de protestation historiques – la violence terrible qui s’est abattue sur les combattants pour la liberté de la Jamaat-e-Islamien 1971 a entraîné l’arrivée de milliers de personnes à Shanbagh à Dhaka ; cette protestation s’est transformée en une guerre civile entre les deux principaux partis, laissant de côté les appels à la justice pour les victimes de ces violences. Cette contestation a enflammé le pays, avec pour conséquence, une répression assez sanguinaire et une terreur quotidienne contre les travailleurs du secteur de l’habillement. L’accident du Rana Building peut constituer un moment charnière du mouvement de protestation. Sans quoi, il partira à la dérive.

L’Occident, quant à lui, est bien trop absorbé par les Guerres contre le terrorisme et la crise économique pour espérer une introspection profonde sur le mode de vie qui repose sur une consommation alimentée par le crédit et qui se fait au détriment des travailleurs de Dhaka. Les personnes ayant trouvé la mort dans l’accident de Rana sont les victimes non seulement de la malfaisance de sous-traitants, mais aussi de la mondialisation du 21e siècle.

Vijay Prashad est l’auteur de The Poorer Nations : A Possible History of the Global South,paru chez Verso Books.

Source : counterpunch.org

Traduit de l’anglais par M. Bahman pour Investig’Action.